dimanche 7 août 2016

Oberammergau: Louis II de Bavière, le Jeu de la Passion et le Groupe de la Crucifixion


Dessin extrait du livre du Gartenlaube de 1875 (p.773)
Don du Roi Louis II en souvenir du Jeu de la Passion

Oberammergau est un  village de l'Oberland bavarois. Il est situé dans une vallée  traversée par l'Ammer, au pied des premiers contreforts des Alpes, à 641 mètres d'altitude. Le village s'abrite contre une montagne abrupte, le Kofel. A quelques pas du village, se dresse, en marbre blanc de Kelheim, un groupe sculptural de la crucifixion, don du roi Louis II de Bavière. On trouvera ici l´histoire de ce groupe.

Le Roi Louis II de Bavière a par deux fois assisté à une représentation du célèbre Jeu de la Passion à Oberammergau. En 1860 d´abord, il a alors 15 ans, avec ses parents Maximilien II de Bavière et la Reine Marie. Il devait y assister également en 1870 mais la guerre de 1870 contre la France, qui rangea la Bavière aux côtés de la Prusse, éclata et les représentations furent interrompues, seules 16 d´entre elles purent avoir lieu. Elles reprirent en 1871. Le Roi y assista lors d´une représentation privée, le 25 septembre, organisée à sa demande pour lui seul et quatre de ses invités, le Prince Louis de Hesse, un représentant de la région de Garmisch, le curé d´Oberammergau et un garde du corps. Le Roi fut tellement touché et ému par la représentation des souffrances et de la mort du Christ qu´il décida d´offrir à la commune d´Oberammergau et aux acteurs du Jeu de la Passion une sculpture monumentale, le Groupe de la Crucifixion.

Le Roi choisit lui-même le matériau, -du marbre de Kelheim-, l´artiste, et l´emplacement où s´élèverait le monument. Il voulait qu´il fut visible depuis Oberammergau par chacun des habitants et que du monument on puisse voir toute la vallée de l´Ammer. Il espérait aussi que les paroissiens construiraient un calvaire sur  la douce colline au sommet de laquelle le groupe a été érigé.

 Il  fallut plus de deux années au sculpteur munichois, le Professeur Johann von Halbig, pour réaliser le monument.

Le 2 août 1875 eut lieu le difficile transport vers Oberammergau, où il n´arriva que le 16 août, au prix d´énormes efforts et de prouesses techniques.  Le transport de 93 kilomètres dura 14 jours au départ de Munich et passa par Starnberg, Weilheim, Murnau, Eschenlohe, Oberau et Ettal.  Pour passer le col d´Ettal à 869 mètres d´altitude, on le fit tracter par une locomobile.Le passage du col fut marqué par un accident dramatique qui emporta deux vies humaines. A noter que pour amener la statue de saint Jean, on avait dû atteler, dans une montée, trente-huit chevaux. 


Le passage du col d´Ettal, situé à 869 mètres d´altitude.
Le groupe sculpté est tracté par une locomobile.
(in Die Gartenlaube de 1875, pages 775-778)
Deux mois plus tard, le 15 octobre, le jour du 50ème anniversaire de la mère du Roi, la Reine Marie, le Groupe de la Crucifixion fut consacré par l´archevêque de Munich et Freising, Gregor von Scherr, en présence du Général Baron von LaRoche, qui représentait le Roi.

Trois années successives, le Roi vint se recueillir et prier devant le monument le 15 octobre, mais la curiosité populaire le décida à mettre fin à ce pèlerinage. Au moment de sa construction, avec sa hauteur de 12 mètres, le monument était le plus grand de son genre dans le monde et d´un poids considérable: le Christ crucifié pèse 600 quintaux, socle compris, la statue de la Vierge et celle de Saint Jean pèsent chacune 40 quintaux, et le socle fait 480 quintaux. Le coût total du monument s´éleva à 400.000 florins (environ 350.000 euros, sachant qu'à l´époque, les ouvriers travaillant dans la construction gagnaient environ 400 florins par an...).

Face à un tel don, la gratitude de population d´Oberammergau  fut telle que depuis lors, la veille de l´anniversaire de la naissance du Roi (la veille du 25 août), elle allume sur quelques-uns des sommet sdes montagnes environnantes des feux de joie (Ludwigsfeuer). Cette tradition s´est maintenue jusqu´à nos jours. Seuls les habitants d´Oberammergau sont autorisés à organiser et à allumer les feux.


Photographies

























Crédit photographique Luc Roger

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