vendredi 8 juillet 2016

Au sanctuaire de Saint Wagner, Mark Twain à Bayreuth (première partie)

Lettres de voyage de Mark Twain datant de 1891-1892 avec les illustrations originales de Dan Beard et Harold R. Heaton publiées dans le Chicago Daily Tribune du 6 décembre 1891

Mark Twain´s travel letters from 1891-92 with original illustrations by Dan Beard and Harold R. Heaton. Chicago Daily Tribune, December 6, 1891


Première partie: de Nüremberg à Bayreuth, une traduction libre de Luc Roger

"Ce fut à Nuremberg que nous nous heurtâmes à la vague des étrangers fous de musique qui déferlait vers Bayreuth. Il y avait longtemps que nous n´avions plus vu une telle multitude de gens excités et se débattant. Cela prit une bonne demi-heure pour les charger et les placer dans le train- et c´était le plus long train que nous ayons jusqu´ici vu en Europe. Nuremberg avait été le témoin de ce type d´expérience plusieurs fois par jour depuis à peu près quinze jours. Cela donne une idée impressionnante de l´importance de ce pèlerinage biennal. Car il s´agit bien d´un pèlerinage. Les fidèles viennent du bout du monde adorer leur prophète dans sa propre Mecque.

Si vous vivez à New York ou à San Francisco ou à Chicago ou n´importe ailleurs aux Etats-Unis, et que vous vous rendez compte, vers le milieu du mois de mai, que vous avec envie d´assister aux représentations de l´opéra de Bayreuth deux mois et demi plus tard, il vous faut télégraphier et vous activer sur-le-champ sous peine de ne pas obtenir de places, et il vous faut aussi télégraphier pour réserver vos chambres. Alors, si vous avez de la chance, vous aurez des places pour la dernière rangée et un logement à  la lisière de la ville. Et si vous vous arrêtez d´écrire vous n´obtiendrez rien du tout. Quand nous avons traversé Nuremberg il y avait un grand nombre de personnes qui étaient venues en pèlerinage sans avoir d´abord réservé leurs places et un hébergement. Elles n´avaient trouvé ni les unes ni l´autre à Bayreuth; elles avaient parcouru pendant un temps les rues de Bayreuth complètement abattues, puis étaient allées à Nuremberg et n´y avaient trouvé ni lits ni même un endroit où se tenir et en avaient parcouru les rues pittoresques toute la nuit, en attendant que les hôtels ouvrent et déversent leurs hôtes dans les trains, faisant ainsi de la place pour ces êtres déconfits, leurs malheureux frères et soeurs dans la foi. Elles avaient enduré de trente à quarante heures de train sur le continent européen, avec tout ce que cela implique d´inquiétudes, de fatigue et de dépenses importantes-- et tout ce qu´elles en avaient retiré et tout ce qu´elles allaient encore en retirer c´étaient l´aptitude à se botter elles-mêmes le derrière, une aptitude acquise par la pratique dans les ruelles des deux villes où d´autres personnes étaient au lit; et pour rentrer il leur faudrait répéter ce voyage indescriptible sans avoir accompli leur pieuse mission. Ces parias humiliés avaient l´apparence nauséabonde, échevelée et navrée de chats mouillés, leurs yeux étaient hagards de fatigue,leurs corps complètent affaissés, et les personnes avec un bon coeur se retenaient de leur demander s´ils avaient été à Bayreuth et avaient omis de réserver, sachant bien qu´ils mentiraient. Nous arrivâmes à Bayreuth dans le milieu de l´après-midi d´un samedi pluvieux. Nous faisions partie des sages et avions réservé nos chambres et nos places d´opéra des mois à l´avance."

Twain´s text, first part. From Nuremberg to Bayreuth.

"It was at Nuremberg that we struck the inundation of music-mad strangers that was rolling down upon Bayreuth. It had been long since we had seen such multitudes of excited and struggling people. It took a good half-hour to pack them and pair them into the train--and it was the longest train we have yet seen in Europe. Nuremberg had been witnessing this sort of experience a couple of times a day for about two weeks. It gives one an impressive sense of the magnitude of this biennial pilgrimage. For a pilgrimage is what it is. The devotees come from the very ends of the earth to worship their prophet in his own Kaaba in his own Mecca.


If you are living in New York or San Francisco or Chicago or anywhere else in America, and you conclude, by the middle of May, that you would like to attend the Bayreuth opera two months and a half later, you must use the cable and get about it immediately or you will get no seats, and you must cable for lodgings, too. Then if you are lucky you will get seats in the last row and lodgings in the fringe of the town. If you stop to write you will get nothing. There were plenty of people in Nuremberg when we passed through who had come on pilgrimage without first securing seats and lodgings. They had found neither in Bayreuth; they had walked Bayreuth streets a while in sorrow, then had gone to Nuremberg and found neither beds nor standing room, and had walked those quaint streets all night, waiting for the hotels to open and empty their guests into trains, and so make room for these, their defeated brethren and sisters in the faith. They had endured from thirty to forty hours' railroading on the continent of Europe--with all which that implies of worry, fatigue, and financial impoverishment--and all they had got and all they were to get for it was handiness and accuracy in kicking themselves, acquired by practice in the back streets of the two towns when other people were in bed; for back they must go over that unspeakable journey with their pious mission unfulfilled. These humiliated outcasts had the frowsy and unbrushed and apologetic look of wet cats, and their eyes were glazed with drowsiness, their bodies were adroop from crown to sole, and all kind-hearted people refrained from asking them if they had been to Bayreuth and failed to connect, as knowing they would lie. We reached Bayreuth about mid-afternoon of a rainy Saturday. We were of the wise, and had secured lodgings and opera seats months in advance."


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