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lundi 22 février 2016

Berlinale: les Teddy Awards ont 30 ans


Décernés pour la première fois en 1986 à Pedro Almodóvar et Gus Van Sant, les Teddy Awards sont les prix les plus prestigieux décernés pour le cinéma gay, lesbien et queer. Réalisateur et ardent défenseur de la cause homosexuelle outre-Rhin, Rosa von Praunheim, qui avait lui-même reçu un Special Teddy pour son oeuvre en 2014, propose de revisiter ces trois décennies du prix. 

Si, depuis 1986, l'on a pu témoigner de nettes avancées pour la reconnaissance des droits des minorités, la lutte contre l'homophobie et le traitement du sida, il existe toujours des situations alarmantes. Une belle édition anniversaire avec des extraits de films, des reportages sur les palmarès passés, ainsi que nombre d'interviews de créateurs, créatrices, réalisateurs, réalisatrices et militant-e-s. 

Revivez la cérémonie des 30 ans des Teddy ! 

Le reportage sur les 30 ans des Teddy Awards peut se voir pendant quelques jours sur ARTE+7: cliquer ic

Source: Arte TV

mardi 16 février 2016

Zubin Mehta dirige les Gurre-Lieder de Schönberg à l´Opéra de Munich

Le Maestro Zubin Mehta
(source de la photo: facebook du Bayerische staatsoper)

C´est avec une chaleureuse ferveur que le public munichois a accueilli le retour de Zubin Mehta au pupitre du Bayerische Staatsoper. Zubin Mehta fut, on le sait, le Directeur général de la musique de l´Opéra munichois de 1998 à 2006 où il a contribué à faire de la maison ce qu´elle est aujourd´hui, une des meilleures scènes musicales du monde. Zubin Mehta, qui fêtera en avril son quatre-vingtième anniversaire, dirige cette saison les Gurre-Lieder,  la reprise de Fidelio ainsi que la nouvelle production d´Un ballo in maschera dans une mise en scène de Johannes Erath.

Zubin Mehta entretient une relation passionnelle avec le chef d´oeuvre néo-romantique d´Arnold Schönberg, une oeuvre qu´il considère comme le frère cadet de Tristan und Isolde et dont les motifs sphériques ne cessent de le hanter. Son enregistrement de 1992 avec le New York philarmonic, Eva Marton et Gary Lakes fait partie des enregistrements de référence de l´oeuvre.

Okka von der Damerau en conversation avec le Maestro Zubin Mehta
(crédit de la photo: blog du Bayerische Staatsoper)

L´oeuvre la plus célébrée du vivant du compositeur nécessite un très grand orchestre et un choeur encore plus important, qui font scène comble, avec plus de 120 musiciens, soient l´équivalent de deux orchestres, trois choeurs d´hommes à quatre voix et un choeur mixte à huit voix. L´oeuvre nécessite également quelques instruments moins courants comme le tuba wagnérien ou la trompette basse. Le Bayerische Staatsorchester, augmenté d´instrumentistes invités, et les choeurs eux aussi augmentés d´extra-choeurs, entrainés par Sören Eckhoff et électrisés par l´immense charisme de Zubin Mehta, ont rendu une exécution impeccable et exaltante des Gurre -Lieder, Les cinq solistes ont été choisis parmi les plus grands de la scène internationale: le wagnérien et straussien Stephen Gould habite le rôle principal de Waldemar avec une intensité extraordinaire et un sens du tragique qui n´ont d´égale que la beauté de la voix. Anne Schwanewilms interprète Tove avec tendresse et subtilité en déployant la corolle charmante de ses aigus métalliques dans des vocalises qui privilégient souvent le son sur l´articulation. Elle se fait voler la vedette par une Okka von der Damerau éblouissante en Voix de la colombe des bois (Waldtaube): une présence scénique concentrée, une projection parfaite, une interprétation d´une sensibilité et d´une justesse si émouvantes qu´elle déclenche les  bravi et les trépignements d´un public subjugué. D´interprétation en interprétation, Okka von der Damerau gravit d´un pas et d´une technique parfaitement assurés les échelons du succès et on se réjouit à l´avance de venir écouter son Ulrica dans le prochain Ballo in maschera. La basse Goran Jurić donne un excellent Bauer et Gerhard Siegel  revêt les habits pour lui coutumiers de Klaus-Narr, surgissant des coulisses comme un lutin vif-argent pour ce rôle qu´il affectionne particulièrement et qu´il aborde avec vivacité et drôlerie avec une technique vocale magistrale tout au service de l´interprétation théâtrale. Enfin, pour le rôle du narrateur, l´Opéra de Munich ne pouvait que faire appel à l´un des meilleurs acteurs de théâtre du monde germanophone, rien moins que Klaus Maria Brandauer qui a réalisé l´exploit d´imprimer très précisément son son texte sur la musique de Schönberg, qui a été si brillamment servie par ce grand acteur. Klaus Maria Brandauer faisait ici ses débuts au Bayerische Staatsoper, des débuts qui ont récolté eux aussi une immense ovation.

Festival de Pâques 2016 du 11 au 27 mars 2016 à Innsbruck et Hall / Osterfestival Tirol




C´est en 1989 que  Maria et Gerhard Crepaz ont fondé le Festival tyrolien de Pâques (Osterfestival Tirol), un événement qu´ils ont baptisé "Musique des religions" et qui présente des spectacles de musiques nouvelles et anciennes,  de la danse et et du théâtre. Un festival qui favorise un échange culturel entre les cultures et les religions dans un esprit de tolérance et de respect de l'autre dans l´écoute et le dialogue, qualités indispensables au développement humain.


Le Festival 2016 qui se déroule dans la capitale tyrolienne et à Hall in Tirol présente pas moins de 15 spectacles différents réalisés par des artistes de renommée internationale. Il est placé sous le signe de l´Amour. Un programme de danse extraordinaire avec des chorégraphies de Tino Seghal, du Français Etienne Guilloteau, de Boris Charmatz qui signe un hommage à Merce Cunningham, de la Compagnie Chata et deux soirées belges avec des oeuvres d´Anna Teresa De Keersmaeker et Wim Vandekeybus. Le programme musical est tout aussi riche: la Company of music  ouvre le festival en proposant une soirée de chant  avec notamment des oeuvres baroques de Johann Hermann Schein et le triptyque contemporain du compositeur autrichien Georg Friedrich Hass qui se concentre sur les grandes catastrophes de l´humanité. On pourra entendre le For Christian Wolff de Morton Feldmann. Deux soirées sont consacrées à Jean-Sébastien Bach avec la Passion selon Saint-Jean et L´Art de la fugue. Le Quatuor Diotima interprétera des oeuvres de Schönberg, Fuentes et Bartok. Deux offices pascaux seront chantés par les Cantori gregoriani de Milan. Enfin, la veille de  Pâques, la Camera delle lacrime interprétera des oeuvres dédiées à l'entente pacifique entre les différentes cultures et religions, en prenant pour point de départ historique la capitale de l'empire mongol au 13e siècle où le moine franciscain, Guillaume de Rubrouck, fut chargé par le Grand Khan en 1254, d'organiser une rencontre entre les différentes confessions : les chrétiens d'Orient et d'Occident, les nestoriens, les musulmans, les polythéistes ainsi que les bouddhistes. 

Renseignements en français et réservations sur le site du Festival

mercredi 10 février 2016

Comédie musicale: A little night music de Stephen Sondheim dans une nouvelle mise en scène de Josef E. Köpplinger au Théâtre Cuvilliés

Daniel Prohaska (ComteMalcolm), Sigrid Hauser (Desirée Armfeldt),
Julia Klotz(Comtesse Malcolm) © Thomas Dashuber

C´est au départ d´une adaptation de  Sourires d'une nuit d'été (Sommarnattens leende) par Hugh Wheeler, un film suédois d'Ingmar Bergman, sorti en 1955 et qui, nominé pour la Palme d´Or à Cannes en 1956 y avait remporté le Prix de l´humour poétique, que Stephen Sondheim a composé  en 1972 sa comédie musicale A little night music, qui sortit ensuite en film en 1977, un film tourné par Harold Price avec une inoubliable Elisabeth Taylor dans le rôle de Désirée Armfeldt .  La comédie musicale avait été créée au  Shubert Theatre de Broadway le 25 février 1973. La comédie musicale, qui a remporté en 1974 le Tony award de la meilleure comédie musicale, est depuis restée célèbre essentiellement pour la chanson Send in the clowns, que d´innombrables chanteurs ont par la suite reprise et interprétée. Le titre de la comédie musicale est la traduction littérale de la Sérénade n° 13 pour violon en sol majeur  Eine kleine Nachtmusik de Mozart. Dans l´arrangement qu´en donne en ce mois de février le Gärtnerplatztheater au Théatre Cuvilliés de Munich, c´est le titre traduit en allemand du film de Bergman qui a été repris: Das Lächlen einer Sommernacht.

La nuit d´été suédoise adresse son sourire par trois fois: une première fois pour les jeunes, une deuxième fois pour les fous et une troisième fois pour les aînés. Tel est le secret que la vieille Madame Armfeldt dévoile à sa petite fille Fredrika. Et c´est aussi à une soirée souriante que nous convie la mise en scène du  Surintendant du Theater-am-Gärtnerplat, Josef E. Köpplinger. L´action aux moeurs très libérées de la comédie musicale se déroule en Suède, ce que rappelle le décor (de Rainer Sinell) d´un bois de bouleaux pour la partie de campagne du second acte ainsi que les coiffes fleuries des jeunes filles et des femmes, et, curieusement car telle n´est pas la tradition en Suède, aussi des hommes, une charmante coutume suédoise pour la célébration la fête de la Saint-Jean (costumes de Marie-Luise Walek). La mise en scène fait la part belle aux mises en abyme de la comédie musicale qui commence et se termine avec un groupe de cinq chanteurs et chanteuses qui chantent des chants d´amour ,et la pièce de théâtre dans le  théâtre du premier acte où l´avocat Egermann emmène sa jeune épouse et retrouve son ancienne maîtresse, l´actrice Désirée Armfeldt. Le décor du premier acte est essentiellement constitué d´un grand rideau rouge qui traverse en oblique la scène et qui s´ouvre et se ferme sans cesse pour marquer les changements de tableaux. Köpplinger souligne le tourbillon incessant et la valse des émotions qui agitent les protagonistes et organise les passages de scènes en faisant grand usage du plateau tournant. C´est tendre, drôle, animé et charmant.

Josef Köpplinger a fait appel au gratin de la comédie musicale germanophone pour interpréter les personnages de sa comédie musicale. Sigrid Hauser joue une Desirée Armfeldt sensuelle et gouailleuse, Erwin Windegger en avocat Fredrik Egerman et Daniel Prohaska en Comte Carl-Magnus Malcolm incarnent ses amants rivaux. Gisela Ehrensperger qui fut pendant quarante ans une des gloires de la troupe du Gärtnerplatztheater brûle les planches: elle donne une  Madame Armfeldt dont elle interprète avec un art consommé les diverses facettes, de l´ancienne cocotte à la dame impérieuse ou à la grand-mère attentive. La palme de la soirée revient à Julia Klotz, avec un jeu théâtral et un chant superbes en Comtesse Charlotte Malcolm. Enfin Christof Messner (Henrik Egerman) et Beate Krontner forment un délicieux couple de jeunes premiers. Un beau vaudeville des plus divertissant.

La soirée réserve de beaux moments musicaux avec des chansons comme Every day a little death ou Send in the clowns. Sans doute la partition se perd-t-elle un peu dans la première partie dans les méandres redondants de l´élégie, mais elle finit par prendre corps et rythme vers la fin du premier acte et se montre bien plus alerte au cours de la seconde partie. 

Au Théâtre Cuvilliés jusqu´au 14 février 2016 (les 11, 12 et 14 février, places restantes)

Vidéo de présentation (en allemand)