mercredi 23 décembre 2015

Première au Ballet d´Etat de Bavière: création mondiale de 'Adam is' de Aszure Barton

Adam is, Photo Wilfried Hösl: L´ours géant est une création de Bruke Brown.
Pour les fêtes de fin d´année, le Bayerisches Staatsballett nous propose une soirée en trois volets chorégraphiques avec en ouverture Le Palais de Cristal, un ballet créé par George Balanchine en 1947 sur le premier des deux ouvrages symphoniques de Georges Bizet, sa symphonie en ut majeur, suivi d´In the night du chorégraphe américain Jerome Robbins, un ballet présenté pour la première fois au Lincoln center de New York en 1970, chorégraphié sur des Nocturnes de Frédéric Chopin, et, pour couronner la soirée, de la création mondiale de Adam is de la Canadienne Aszure Barton sur une composition de Curtis Robert Macdonald dont le musicien avait reçu commande pour la création de ce ballet. Une soirée-promenade qui décline trois approches de la danse en nous menant du plus classique au plus contemporain après un passage par le romantique.

D´emblée le ballet très équilibré de Balanchine offre aux danseurs et aux danseuses du Bayerisches Staatsballett de faire une nouvelle fois la démonstration d´un art qui confine à la perfection tant dans les compositions chorégraphiques d´ensemble que dans le travail d´incomparables solistes, avec quatre duos des plus remarquables interprétés successivement par une pluie d´étoiles du ballet: Erik Murzagaliyev et Ekaterina Petina, Marlon Dino et Lucia Lacarra, Maxim Chashchegorov et Ivy Amista, et Daria Sukhorukova et Adam Zvonař. La musique du jeune Bizet, qui en a composé la partition pour un concours alors qu´il n´a encore que 17 ans, est légère et lumineuse, avec un dynamisme propice à la danse dans les parties les plus joyeuses, et un très beau deuxième mouvement, plus nostalgique et langoureux, interprété par le couple Marlon Dino et Lucia Lacarra avec une légèreté de mouvements exquise et feutrée, où la danseuse étoile semble effleurer la scène plus qu´elle ne s´y pose, dans une quasi apesanteur toute duveteuse. 

Au fond bleuté du Palais de Cristal succède le ciel étoilé d´In the night qui met en scène diverses formes de l´amour romantique. Les costumes (très élégants, dus à Anthony Dowell) et le décor très dépouillé de lustres en cristal simplement suggérés par une projection stylisée sur la toile de fond contribuent à créer que atmosphère bourgeoise très 19ème siècle proche de celle des cercles que Chopin a pu fréquenter. Les trois pas de deux de ce ballet aux formes très classiques sont parfaitement exécutés par  Ivy Amista et Javier Amo, Ekaterina Petina et Tigran Mikayelyan, et Cyril Pierre et Lucia Lacarra. On a pu une nouvelle fois apprécier l´excellent jeu pianistique de Maria Babanina, une musicienne spécialisée dans l´accompagnement de ballets.

C´est bien Adam is que le public attendait. Tobin del Cuore, l´assistant d´Aszure Barton, est en charge des projections vidéos qui accompagnent la production, avec d´entrée une vidéo qui nous balade dans un sous-bois projeté en technique 3D, une nature primordiale que l´absence de l´homme rend quelque peu mystique, comme le titre de la chorégraphie peut le suggérer. Adam fut créé avant Eve, c´est bien connu, aussi ne verra-t-on que neuf danseurs masculins sur scène vêtus de costumes blancs aux imprimés ocellés noirs (costumes de Michelle Jank). Au commencement, Dieu créa l´homme, qui se vêtit de peaux de bêtes...Ces premiers hommes, s´ils en sont, semblent partir à la découverte de l´espace et du corps, du corps de l´autre surtout, avec diverses formes d´interaction, dans des jeux de découverte, de combats ou de rapprochements, parfois homoérotiques, avec une félinité aussi, que rapporte une seconde projection video avec des gros plans surdimensionnés sur les ocelles. sur la scène est assis un teddy bear surdimensionné, de plus de six mètres de hauteur, dont les danseurs escaladent parfois les jambes et dont ils semblent parfois sortir, comme d´une matrice. Est-ce l`un simple jouet qui vient agrémenter l´enfance de ces jeunes Adams, ou est-ce davantage? La hauteur de l´ours en peluche est telle qu´elle en devient totémique. Est-ce alors la représentation que les premiers hommes se font d´un créateur, l´espoir d´un dieu bon dont les hommes se rendront bientôt compte qu´il est inanimé et sourd-muet, et ne peut répondre ni à leurs attentes ni à leurs questionnements. La musique semble bien le faire grogner, il y a là comme de sourds grondements, mais ils sont trop dérisoires pour donner un sens à l´humanité. On se contentera alors de la seule affirmation du titre, Adam is. Il n´y a, comme toujours, pas d´autres clés de lecture que celles de nos projections. Le langage chorégraphique d´Aszure Barton est fait d´explorations dont les pistes restent ouvertes. 

C´est précisément l´ intérêt de ces soirées de ballet qui juxtaposent différents langages: aux certitudes de l´ordonnancement du monde dans son expression classique ou de l´affirmation de la nécessité de l´amour romantique comme justification de l´existence succède aujourd´hui une approche qui nous renvoie à nos questionnements. Au-delà de la qualité des danseurs, l´énorme succès de la production vient sans doute aussi du fait qu´elle relaie nos interrogations et nos tâtonnements, sans plus prétendre y apporter de réponses.

Agenda

Cette saison, le spectacle Sinfonie in C / In the Night / Adam is se donnera encore le 28 décembre 2015, le 29 janvier, les 21 et 23 février et le 19 avril 2016 au National Theater de Munich.

Pour réserver en ligne, cliquer ici.

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