jeudi 30 octobre 2014

Les Ballets russes au Ballet d'Etat de Bavière


Le Bayerisches Staatsballett a repris en octobre son spectacle inspiré des ballets russes qu'il avait monté en 2008. Il se décline en trois chorégraphies qui, si elles s'échelonnent dans le temps, s'harmonisent dans l'esprit des Ballets russes, la compagnie qui avait renouvelé l'art du ballet au début du vingtième siècle: en ouverture, le célèbre Shéhérazade de Michel Fokine sur une musique de Rimski-Korsakov, suivi des Biches de  Bronislawa Nijinska, sur une musique de Francis Poulenc, et pour terminer la soirée en beauté  Once Upon An Ever After de Terence Kohler sur la sixième symphonie de Tchaïkovski. 

Nikolaï Rimski-Korsakov avait composé sa suite symphonique Shéhérazade ( Шехерезада, op. 35.) en 1888. En 1910, Michel Fokine créera sur cette musique un ballet pour les Ballets russes, avec notamment Vaslav Nijinski dans l'un des rôles principaux, celui de l'esclave doré, l'amant de Zobéide,  ainsi que des décors et des costumes de Léon Bakst. Le ballet, tiré du conte oriental Shahryar et ses frères qui fait partie des Mille et Une Nuits. a été créé en 1910 à l'opéra de Paris par le chorégraphe russe Michel Fokine, pendant les Saisons russes des ballets de Diaghilev.

Ce ballet,  qui au début du siècle passé avait contribué à transformer en profondeur l'art chorégraphique, a sans doute perdu de ses aspects avant-gardistes, mais sa reconstitution rend hommage à un événement fondateur qui a ouvert la voie au  ballet moderne. Le Bayerisches Staatsballett nous offre la reconstitution minutieuse de cette oeuvre opulente et colorée avec l'imagerie exubérante de son charme oriental. La passion tragique de Zobéide et de l'esclave doré était rendue hier soir par un couple mythique de Ballet d'Etat de Bavière, Lucia Lacarra et Marlon Dino qui en ont donné une interprétation d'une intensité aussi parfaite qu'éblouissante, avec à leurs côtés, pour y  assurer un  côté humoristique, l'excellent Grand Eunuque de Vittorio Alberton.  La reconstitution des décors est l'oeuvre d'Ulrich Franz, et les très beaux costumes, créés eux aussi par Léon Bakst, sont parfaitement restitués par Astrid Eisenberger.

Le deuxième ballet de la soirée nous fait progresser dans le temps. Avec Les biches, on se retrouve dans le monde léger et éthéré des riches oisifs de la Côte d'Azur des années 1920. De jeunes femmes légères et de rose court-vêtues, arborant des diadèmes surmontés d'une plume d'autruche rose elle aussi, paradent et s'efforcent d'aguicher de beaux baigneurs musclés our des alours sans doute éphémères. La musique est de Francis Poulenc, que les Ballets russes avaient fasciné et qui fut ravi d'en recevoir la commande. Le ballet de Bronislawa Nijinska est d'une superficialité charmante et divertissante, les tons pastels des toiles de scène de Marie Laurencin conviennent bien à l'atmosphère dilettante et printanière qui rappelle les scènes de Watteau. Stephanie Hancox incarne avec talent et un zeste d'humour l'hôtesse, et Séverine Ferrolier donne une belle interprétation de la dame à la veste de velours bleu.

Sur le plan chorégraphique, le meilleur est pour la fin. Le ballet Once Upon An Ever After de Terence Kohler met en scène les personnages les plus connus des ballets russes sur la symphonie pathétique de Tchaïkovski. On retrouve Giselle (Ilana Werner) et Albrecht (Lukáš Slavický), Barberousse (Vittorio Alberton) et la Princesse Aurore (Séverine Ferrolier)qui peine à se réveiller dans les bras du Prince Désiré (Maxim Chashchegorov) ou encore Odette (Daria Sukhorukova) et Myrtha Emma Barrowman). On oublie la complexité du propos en admirant le talent de ces grands solistes qui évoluent dans les décors de l'artiste rosalie à laquelle le thème de l'éternité inspire d'intéressants jeux 
d'installations lumineuses. Les solistes réinterprètent les figures connues des personnages archétypes classiques au regard de l'esthétique contemporaine de la chorégraphie de Terence Kohler.

L'ensemble donne une délicieuse et agréable soirée où le temps semble passer comme dans un rêve insouciant. Vakery Ovsianikov y a larement contribué par son direction de l'excellent Orchestre d'Etat de Bavière.

Prochaines représentations le 26 avril et les 5 et 7 juin 2015. Pour réserver en ligne, cliquer ici.

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