dimanche 12 octobre 2014

Le Simon Boccanegra de Dmitri Tchernakiov avec une nouvelle distribution au Bayerische Staatsoper

Simon Boccanegra (Dimitri Platanias) et Amelia (Serena Farnocchia)
Crédit photographique: Wilfried Hösl
L'Opéra d'Etat de Bavière a reprogrammé le Simon Boccanegra dans la mise en scène récente de Dmitri Tchernakiov (2013) avec un plateau complètement renouvelé, l'occasion de découvrir quelques belles voix verdiennes dans cet opéra que Riccardo Muti a  qualifié de chef d'oeuvre absolu alors qu'il ouvrait la saison romaine avec cet opéra en 2012. A Munich, on a retrouvé avec bonheur la direction musicale de Bertrand de Billy qui avait déjà dirigé la nouvelle production en 2013. Le maestro nous plonge d'emblée dans la tension dramatique de cette musique aux couleurs aussi sombres que somptueuses, empreinte d'une émotionnalité intense et profonde, une direction précise, raffinée et délicate, qui obtient le meilleur de l'excellent orchestre et des choeurs. 

Dimitri Platanias, qui a toutes les qualités d'une grande voix verdienne, incarne avec charisme le personnage complexe du pirate devenu doge. Platanias est familier de l'oeuvre, il avait déjà revêtu les habits d'un autre personnage de l'opéra, Paolo Albiani, à Covent Garden. On sait que Rigoletto a fait la réputation du baryton grec. En Boccanegra il émeut avec sa voix riche, profonde, puissante et sombre, et son beau jeu d'acteur qui sait rendre les transformations de Simon Boccanegra: le pirate qu'il fait ressembler à un parrain de la pègre se transmue en un doge tourmenté certes mais qui sait porter avec force la dignité de sa fonction. Platanias dispose aussi d'une expressivité émotionnelle rare pour évoquer les déchirements et les doutes intérieurs de Simon Boccanegra. 

Face à lui le Fiesco de la basse Dmitry Belosselskiy est d'une puissance virile redoutable, avec une voix vibrante et volumineuse pour évoquer la grandeur et la noblesse du personnage. Belosselskiy, très connu pour son Zacarria dans Nabucco, est tout aussi grandiose en Fiesco. Avec Platanias, il se livre sur scène à un combat de géants. Le duo final où les deux hommes s'affrontent une dernière fois avant de se réconciler est un des grands moments de la soirée. 

Si le jeu  trop outré de Markus Eiche dans son interprétation de Paolo ne parvient pas à convaincre, il dispose cependant  d'une forte présence scénique et d'un baryton puissant. En contrepoint de la noirceur de ce personnage haineux, le ténor solaire de Wookyung Kim en Gabriele Adorno a déchaîné les bravi avec un timbre lumineux et glorieux de ténor lyrique italien, une voix en pleine maturité qu'on pourra retrouver dès janvier en Rodolfo dans la Bohême à l'Opéra d'Etat de Bavière.

Le rôle d'Amelia, le seul grand rôle féminin de cet opéra d'un monde machiste, exige une voix exceptionnelle. En 2013, Kristine Opolais avait relevé le défi de remplacer  Krassimira Stoyanova, souffrante, et avait habité le personnage avec force et talent. Malgré ses nombreuses qualités, Serena Farnocchia, qui a chanté Amelia pour la reprise de ce début de saison, n'atteint pas à la dimension tragique du personnage: si la voix est lumineuse et pleine d'ardeur, elle semble souvent s'épuiser à donner du volume pour tenir sa place face aux protagonistes masculins, et cela au détriment de l'expression  dramatique, qui en devient trop linéaire, avec un jeu d'actrice trop univoque.

Dans les rôles secondaires, signalons encore le Pietro de Peter Lobert, qui avait cet été donné un excellent jardinier dans les Noces, et la belle interprétation du capitano par Matthew Grills.



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