samedi 4 octobre 2014

Année Strauss: le Bayerische Staatsoper reprend La Femme silencieuse dans la mise en scène de Barrie Kosky


Brenda Rae (Aminta), Franz Hawlata
(Sir Morosus)
L'Opéra d'Etat de Bavière continue de célébrer l'année anniversaire de Richard Strauss, un des dieux lares de la Maison, avec la programmation de Die schweigsame Frau dans l'excellente mise en scène de Barrie Kosky, un metteur en scène australien, qui préside actuellement aux destinées de l'Opéra comique de Berlin. Barry Koskie a créé une mise en scène millimétrée qui distille la quintessence du livret de Stefan Zweig tout en collant au corps de la musique de Strauss, et cela donne un spectacle amusant et léger, au comique toujours spirituel et jamais mordant qui chatouille les personnages sans les égratigner. Et c'est bien là l'esprit de Stefan Zweig qui a écrit un livret rempli d'humanité: si Morosus (Franz Hawlata) est bien sûr le barbon dindonnant de la farce, c'est surtout un bon vieillard qu'Aminta cherche à épargner en hésitant à l'égratigner, et qui se révèle en fin de compte plein de bonhomie et de générosité.

Les décors d'Esther Bialas sont aussi minimalistes qu'efficaces, et soulignent d'autant mieux la diversité orginale de ses costumes plus chatoyants les uns que les autres, dont les couleurs éclatantes sont mises en valeur par les belles lumières de Benedikt Zehm.  Un grand caisson, fait de plaques au cuivre mat et qui fait office de podium, se détache sur le fond de scène laissé à l'état brut, manière de souligner les mises en abyme répétées de l'action qui introduit l'opéra dans l'opéra: Henry, le neveu de Morosus, fait partie d'une troupe d'opéra qu'il voudrait voir héberger et entretenir par son oncle. Plus tard, alors que Mororsus, qui ne supporte pas aucun bruit, les eut chassés, ces chanteurs d'opéra mettent en scène les fausses fiançailles et le faux mariage du barbon, à qui son barbier, complice du neveu, a fait adopter l'idée de se trouver une épouse silencieuse. Pour costumer ses personnages chanteurs d'opéra, Esther Bialas a puisé dans le grand catalogue des opéras en convoquant toute une série de personnages emblématiques comme  Lohengrin et son cygne, Brünnhilde et Wotan avec leurs casques ailés, Violetta, Lucia, Butterfly et Tosca, Rigoletto, Falstaff, et bien sûr des personnages straussiens comme le Chevalier à la Rose, Salomé ou l'Empereur de La femme sans ombre. Tous ces personnages se travestiront en abbés et notaires pour les scènes d'épousailles.

Les trois postulantes au mariage:
Tara Erraught (Carlotta), Elsa Benoit (Isotta), Brenda Rae (Aminta/Timidia)
Barrie Kosky a un sens inné de la comédie et anime constamment le plateau des mouvements superbement coordonnés des chanteurs et avec des trouvailles qui font constamment rebondir l'action. On reste suspendus à la magie de ce théâtre voltigeant, léger et rapide et on est tout étonnés de constater que l'opéra se termine, alors qu'il a duré trois heures trente, entractes compris. Au pupitre, Pedro Halffter enchaîne les thèmes straussiens avec précision et légèreté, avec un orchestre visiblement heureux de rendre la gaieté toute aérienne de la musique, et des choeurs aussi excellents que joyeux. Tout prête au rire et à la bonne humeur: les détails scéniques, comme ceux qui soulignent les maniaqueries de la gouvernante (Okka von der Damerau) avec ses bombes aérosol ou insecticides qui doivent purifier un ménage parfaitement entretenu, ou cette perruque forcée sur le crâne dégarni de Morosus lorsqu'on le prépare pour recevoir les  candidates au mariage; la beauté des ensembles, avec l'inénarrable arrivée en scène de la troupe d'opéra en costumes de scène, où Kosky démontre un savoir-faire consommé dans la représentation animée du mouvement chorégraphé un grand ensemble; les tableaux colorés comme la présentation des trois candidates au mariage habillées en dirndl (le costume traditionnel bavarois au féminin, avec son corsage faisant rebondir la poitrine et son tablier seyant), avec des robes qui soulignent la psychologie des personnages, de la rudesse  de la paysanne mal dégrossie au rafinnement sophistiqué de la pédante intellectuelle ou à la modestie de la fausse timide; et les changements de décor, aussi rares que réussis: au troisième acte le podium se soulève et entraîne dans son élévation le déversement d'une averse dorée, on savait Morosus riche et cachant son or dans ses caves, le voici en Oncle Picsou trempé par une pluie d'or qui lui aurait assurément assuré non moins que l'amour de Danaé.

Un plateau homogène porte avec allégresse et brio  la reprise de cette belle production. Franz Hawlata, coutumier du rôle, réenfile avec aisance les habits de Morosus, avec de beaux moments où il émet de longs et superbes graves aussi profonds qu'hilarants. Le chanteur bavarois donne une interprétation délicate du personnage, dont il souligne bien la dimension humaine d'un vieux monsieur qui veut la paix tout en restant bonhomme. Brenda Rae, belle soprano straussienne appartenant aujourd'hui à l'ensemble de l'Opéra de Francfort, interprète avec une grande sensibilité les hésitations d'Aminta et excelle dans les coloratures du troisième acte. On la retrouvera avec intérêt cette saison en Constance ou dans la  Giulietta des Contes d'Hoffmann. Nikolay Botchev, qui fut membre de l'ensemble de l'Opéra bavarois pendant huit années, revêt avec puissance et vivacité les habits du barbier, avec une magnifique présence scénique qui capture l'attention. Le ténor Daniel Behle, très remarqué à Salzbourg en 2004 pour son Matteo (Arabella), élargit avec succès son répertoire straussien par une interprétation d'Henry Morosus très appréciée du public munichois. Trois chanteuses de l'ensemble du BSO font ici un début de saison des plus remarquables: Okka von der Damerau  emplit la scène de la présence jalouse et dominatrice de la gouvernante de Sir Morosus, une femme secrètement amoureuse de son maître qu'elle souhaite pouvoir continuer à servir avec adoration et à contrôler par ses soins dévoués, Elsa Benoît interprète avec un humour étincelant  la savante et énergique Isotta qui, sachant tout, a réponse à tout tant dans la langue de Goethe que dans celle de Cicéron, Tara Erraught endosse les habits et la rugosité d'une paysanne bavaroise pour un des épisodes les plus comiques de la soirée, elle joue et chante en bavarois pour la plus grande joie d'un public plié d'hilarité, comme si elle avait toujours vécu en Basse-Bavière. Enfin Christian Rieger, lui aussi membre de l'ensemble et qui sera de tous les opéras cette saison, puisqu'on le retrouvera dans quatorze d'entre eux, amuse beaucoup en Morbio. Christoph Stephinger (Vanuzzi) et Tareq Namzi (Farfallo), eux aussi membre de l'ensemble bavarois, complètent  avec humour et compétence ce beau plateau. 


Quelques places restantes pour les représentations des 5 et 11 octobre 2014.
Le spectacle sera aussi représenté lors du  Festival d'été 2015 , les 5 et 9 juillet 2015.

A noter que le spectacle est retransmis sur internet par la Staatsoper.tv demain soir, 5 octobre, à partir de 18 heures.

Crédit photographique: Wilfried Hösl





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