lundi 15 septembre 2014

Une Première délirante pour We will rock you au Deutsches Theater

Brigitte Oelke en  Killer-Queen / Photo Hardy Müller
L'arrivée de l'opéra-rock We will rock you est sans conteste un des grands événements de la rentrée munichoise. Le public ne s'y est pas trompé lors de la première qui a joué à guichets fermés. Dès les premiers effets lumineux, dès les premiers accords, cela a commencé à rocker dans la salle, des mains se sont mises à taper la cadence, des bras se sont levés pour suivre la mesure, des chants se sont joints à la musique et aux  chanteurs, et cette ambiance électrisée, cette attention aiguisée se sont perpétués sans relâche tout au long du spectacle, tout le monde s'est levé pour les dernières chansons, on a connu là une des plus longues standing ovation qu'une comédie musicale ait jamais connue. Une houle d'énergie a parcouru l'échine du public du premier au dernier accord, rien que du bonheur.

Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis pour assurer un spectacle de première qualité. La salle du Deutsches Theater d'abord, qui on le sait, a connu récemment une complète rénovation et s'est dotée des moyens scéniques des plus modernes et des plus sophistiqués. L'ingéniérie du son et des lumières donnent des résultats qui approchent la perfection au-delà de l'imaginable, à la hauteur de ce que peuvent attendre les concepteurs de ce fabuleux spectacle dont la mise en scène joue sur une osmose constante entre les effets visuels et les décors réels, résultat du travail successif de feu Mark Fisher et de Willie Williams, aujourd"hui responsable du design des lumières et des effets vidéos. La technologie lumineuse et sonore (design sonore de Bobby Aitken) a pour effet d'inclure le public dans l'action, lors de ce spectacle nous devenons tous des habitants de la planète Ipad, nous vivons et vibrons au rythme de la musique électronique de l'an 2300 tout en aspirant avec les Bohémiens au retour du paradis perdu de la musique de Queen. 

Les habitants d'Ipad /Photo Susanne Brill
Composé en 2002, We will rock you n'a pas pris une ride, et on peut s'attendre à ce que les représentations au Deutsches Theater vont drainer les foules. A Cologne, entre 2004 et 2008, plus de deux millions de visiteurs se sont déplacés pour voir ce spectacle déjà alors prémonitoire d'une société totalement informatisée où les gens sont conditionnés dès l'enfance à reproduire des attitudes de consommation et d'utilisation de produits informatiques standardisés qui nous bombardent de publicités assimilatrices qui imposent des modèles de vie et de loisirs : on ne peut porter que tels vêtements (superbes costumes de Tim Goodchild), aimer telles musiques et danser de telles façons (chorégraphie d'Arlene Philips), ce qui évoque nécessairement le contrôle total et global auquel nous sommes soumis (cfr entre autres les récentes affaires de la NSA et la non-protection des données). Sur la planète Ipad règne en maître Globalsoft, un empire informatique aux mains de la Killer Queen. De plus le spectacle est joué en mode bilingue (dialogues en allemand et chansons en anglais) avec un texte de base qui est constamment actualisé par des citations pleines d'humour, typiques du théâtre de régie, pour le mettre en phase avec l'actualité musicale allemande (citations de groupes ou de chanteurs comme Bap, Die Ärtze, Herbert Grönemayer, Nena, pour ne citer qu'eux.) La culture musicale populaire évolue à grande vitesse et les concepteurs du spectacle, Ben Elton („Blackadder“) et les deux vétérans du groupe Queen Brian May et Roger Taylor en tiennent constamment compte dans leurs adaptations. Mais que l'on parle allemand et que l'on comprenne l'humour des citations ou non, ce sont bien sûr les interprétations des 21 chansons de Queen qui animent le spectacle et entraînent l'exaltation du public enthousiaste.

Scaramouche et Galileo Figaro / Photo Nilz Böhme
Un plateau de chanteurs exceptionnels occupent la scène de l'opéra-rock. A tout seigneur, tout honneur, c'est d'abord à la fabuleuse interprétation de la Killer-Queen par Brigitte Oelke qu'il convient de célébrer. La chanteuse originaire de Suisse dispose d'un charisme époustouflant et une voix d'une puissance à la mesure de son personnage qui veut régner sans partage sur le monde. Son superbe organe vocal doté d'une belle projection est soutenu par un jeu de scène où Brigitte Oelke investit totalement le rôle de la Killer Queen avec l'expression de la puissance et  de la hargne haineuse qui animent le personnage. Si tous les autres chanteurs et chanteuses sont du plus haut niveau, Brigitte Oelke domine cependant toute la soirée. Les deux personnages principaux, Scaramouche et Galileo Figaro, sont interprétés par les talentueux Jeannine Michèle Wacker et Christopher Brose. Wacker interpète fort bien la nervosité de la jeune femme qui revendique l'égalité pour les femmes et refuse avec force tous les stéréotypes machistes. Issue de la prestigieuse American Musical and Dramatic Academy de New York, elle a aussi le corps rompu à la danse. Christopher Brose gagne en intensité et en force au long de la soirée et semble se jouer des difficultés d'interprétation de morceaux d'autant plus difficiles à interpréter que le public les connaît par coeur et les a dans l'oreille dans la version originale comme „I Want To Break Free“ et „Bohemian Rhapsody“. Pour cette dernière chanson, on a pu croire pour un moment que Freddy Mercury s'était réincarné sur scène. Signalons encore l'excellent viking Brit de Markus Neugebauer et la puissante Ozzy de Linda Holmgren.

L'orchestre rock dirigé par Jeff Frohner (direction musicale et keyboard) qui surplombe l'arrière-scène et que l'on ne voit qu'en fin de spectacle est lui aussi d'une qualité exceptionnelle donne un niveau musical rare dans le plus pur esprit Queen, un niveau soutenu par la supervision attentive de Brian May et de Roger Taylor. La salle vibre au son des 21 chansons de Queen, les puristes orthodoxes regretteront la traduction allemande de certaines d'entre elles, mais le public allemand n'en a cure, il apprécie et jouit des effets humoristiques de la production. Les corps se balancent, les bras se lèvent et les chants s'élèvent parfois à l'unisson d'un spectacle qui se veut une fête totale.

A voir et à revoir pendant trois mois au Deustches Theater de Munich.



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