dimanche 8 septembre 2013

Concours international de musique ARD 2013 - Rencontre avec le Linos Piano Trio

Le Linos Piano Trio
Interview de Vladimir Waltham, le violoncelliste du trio Linos, qui est d'origine française et qui a bien voulu répondre à quelques questions à l'issue de sa prestation lors de la première éliminatoire. 

Vladimir Waltham, vous êtes le violoncelliste du Linos Piano Trio, un trio avec piano basé à Londres, très international puisque à vos côtés on trouve Prach Boondiskulchok, originaire de Thaïlande et Konrad Elias-Trostmann, qui est Allemand. Vous participez actuellement au Concours international de musique ARD. Comment votre trio s'est-il constitué? 

Prach et moi avons lancé le trio en 2007, quand nous étions tous les deux étudiants à la Guildhall School of Music and Drama de Londres. Prach avait parlé de son souhait de former un trio à un ami compositeur, qui lui avait sugéré mon nom, et avant même mon premier jour d'étudiant, j'avais reçu un coup de fil d'un parfait inconnu au nom impossible à prononcer, me proposant de jouer ensemble au moins pendant un an. Six ans plus tard, nous jouons encore ensemble et sommes très bons amis! A l'époque nous nous appelions le Lakeside Trio (en référence au réservoir au sein du complexe Barbican, où se situe la Guildhall et qui est le point rencontre des étudiants) et avions un superbe violoniste tchéco-japonais. Konrad nous a rejoint au début de cette année, après une période de flou ou nous avons été sans violoniste et avons joué avec de nombreux autres. Je connaissais Konrad d'avant, mais nous n'avions jamais joué ensemble. Après le premier concert ensemble, Prach et moi avons tout de suite su que nous voulions qu'il se joigne à nous!

Votre trio est international, basé à Londres, on peut imaginer que l'anglais est votre langue de communication?

Tout d'abord, notre trio est encore plus international que vous ne le croyez: Konrad cumule les nationalités Allemande, Brésilienne et Anglaise, tandis que moi-même j'ai la double nationalité Franco-anglaise. Nous parlons tous les trois Anglais, Allemand et Français, ainsi qu'un peu d'Italien, Portugais, alors notre langue de communication peut devenir un bien curieux mélange, qui peut parfois interloquer notre entourage!

Vous avez baptisé votre trio du nom de Linos? Que représente ce nom?

Linos est le frère d'Orphée dans la mythologie grecque. C'est lui qui aurait enseigné à Orphée à chanter et jouer (malheureusement il a presque été oublié dans l'ombre de son illustre frère)

Pourquoi vous être présentés au Concours international de l'ARD? Dans votre discipline, quelle est l'importance de ce concours au niveau international? A quels autres concours peut-il être comparé?

Nous avions longtemps souhaité nous présenter à ce concours. Notre période sans violoniste a failli couper court à ce souhait, mais nous avons trouvé Konrad juste à temps pour pouvoir nous préparer! Je pense que c'est vraisemblablement le concours le plus en vue qu'il y ait pour les trios avec piano. Il y a toujours eu beaucoup de très grands concours pour quatuor à cordes, mais les trios avec piano n'ont pas cette chance. Il y a un grand concours à Melbourne qui est ouvert aux deux disciplines, mais sinon je pense qu'il faudrait le comparer aux concours tels que les concours de quatuor à cordes de Banff (au Canada) ou Londres, ou les grands concours instrumentaux comme le concours Tchaikovsky en Russie, ou le concours Reine Elizabeth de Belgique.

Quelle stimulation apporte la participation à un tel concours? Relever ce type de défi nourrit-il votre travail de musiciens?

C'est une stimulation incroyable: tout d'abord, nous sommes obligés d'avoir un répertoire énorme au bout des doigts (si nous arrivons en finale nous aurons joué en 10 jours autant de répertoire que nous jouerions habituellement en 6 mois!!). Dans notre cas, comme nous avons un nouveau violoniste, ça a été un très gros défi: nous n'avions joué en représentation qu'une seule des pièces au programme quand nous avons su que nous avions l'épreuve éliminatoire par enregistrement. Nous étions très heureux d'avoir été sélectionnés, mais nous nous sommes vite rendu compte que ça allait être un travail énorme! La situation de concours nous force aussi à travailler différemment, peut-être à formuler nos idées de façon plus concrète.

Lors de la première éliminatoire, le Linos Trio a interprété le Trio pour piano, violon et violoncelle no 44 en mi majeur de Haydn ( Hob.XV:28)et leTrio pour piano et cordes nº 2 en ut majeur opus 87 de Brahms. Vous avez conquis le public dans l'interprétation des deux oeuvres et recueilli un énorme succès, les applaudissements ont été extrêmement nourris et les bravi ont fusé de toutes parts. Quelles sont selon vous les clés d'un tel succès? Quels sont les éléments qui font la réussite d'une interprétation d'une oeuvre pour trio avec piano? Quelle est l'originalité, la spécificité de votre trio?


Difficile à dire! La façon dont nous travaillons est très centrée sur une compréhension unanime de l'œuvre. Plutôt que de décider et fixer chaque détail de l'interprétation, nous passons beaucoup de temps à comprendre comment l'œuvre est construite, et quels éléments sont reliés. Nous parlons beaucoup de cause et conséquence: si je joue cette mesure comme ceci, alors tu devras jouer cette mesure là d'une façon différente. Ça nous donne une plus grande liberté et spontanéité, et c'est peut-êre ça que ressent le public: la spontanéité et l'originalité de cette représentation, la prochaine fois que nous jouerons ces œuvres ça sera différent!


Quelles sont les difficultés inhérentes à chacune de ces deux oeuvres? Sur le plan musical, à quoi êtes-vous particulièrement attentifs dans leur interprétation?

Nous avons passé beaucoup de temps à contraster les univers sonores de chaque pièce, mais aussi de chaque mouvement à l'intérieur des pièces. Dans le Haydn, c'est vraiment une sonate pour piano avec accompagnement de cordes (et d'ailleurs publiée comme telle à l'origine). Dans le Brahms, les cordes jouent souvent à l'unisson contre le piano, il nous a fallu trouver un son riche qui ne semble pas pâle face au piano, et vice-versa.

Si vous vous mettez un instant à la place du jury, quels sont selon vous les critères d'appréciation des membres d'un jury pour le trio avec piano?


Il y a des critères d'interprétation: est-ce que le trio a convaincu? Est-ce de bon goût? Est-ce que je me suis ennuyé? Ont-ils de la variété dans leur son? Ont-ils compris l'œuvre? Est-ce créatif? Mais aussi des critères techniques: jouent-ils ensemble, les musiciens ont-ils la même vision, sont ils précisément ensemble, les sons se mélangent-ils bien, respirent-ils ensemble, est-ce qu'il y a tant de mauvaises notes que c'est dérangeant, les cordes jouent-ils juste, comment est le son? Et finalement (peut-être moins important?) la présence scénique: comment se présentent-ils? Est-ce qu'ils arrivent à garder l'attention du public?


Pendant votre prestation, on a pu remarquer combien vous étiez constamment en contact visuel les uns avec les autres? Quelle est l'importance de ce contact, son utilité?

Cela vient en partie de ce que j'exprimais sur notre façon de travailler: comme chaque représentation est différente, il faut qu'on soit en contact pour vérifier que nous sommes "sur la même page", et pour anticiper ce que vont faire nos collègues. Et puis c'est plus agréable que de constamment regarder défiler des notes!

Pourriez-vous évoquer les choix du répertoire de votre trio?


Ça a beaucoup dépendu de nos préférences, mais aussi de ce qu'avaient joué les uns et les autres.


Vladimir Waltham,  pourriez-vous évoquer votre parcours personnel? L'importance de la famille dans votre parcours? A quel âge avez-vous abordé le violoncelle?

J'ai commencé le violoncelle très jeune, à l'âge de 5 ans. Mes parents me disent que c'est moi qui ai choisi, j'ai du mal à m'en souvenir!! Ils sont tous les deux musiciens (ma mère est violoniste, mon père violoncelliste) et ont eu la sagesse de ne pas se mêler de mon éducation musicale, je ne suis pas sûr que je jouerais encore si ça avait été le cas!. Je n'ai jamais eu de cours avec mon père, et ils m'ont encouragé à faire un Bac S et à suivre un parcours différent du leur. Ce n'est qu'à six mois du bac que je me suis rendu compte que finalement la musique m'intéressait plus que la place qui m'était réservée en prépa de physique.

Lorsqu'on fait partie d'un trio, peut-on parallèlement mener une carrière individuelle?

C'est possible et même courant: je pense aux membres des trios Wanderer, Florestan, Beaux-Arts, plus anciennement Istomin-Stern-Rose, Cortot-Thibaud-Casals. Tous ont (ou ont eu) des grandes carrières en soliste en dehors du trio.

Merci, Monsieur Waltham, d'avoir bien voulu vous prêter à cet entretien!

Voir aussi le site internet du Linos Piano Trio

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