mercredi 3 juillet 2013

Olga Peretyatko et le Münchner Symphoniker: un concert très applaudi au Gasteig


Olga Peretyatko
La machine à charmer un large public a parfaitement fonctionné hier soir au Gasteig de Munich. L'orchestre symphonique de Munich dirigé par Michele Mariotti alternait des ouvertures parmi les plus connues du répertoire italien du 19ème siècle et accompagnait la soprano colorature Olga Peretyatko et le baryton Dalibor Jenis dans des airs populaires du même répertoire.

Et ce fut un grand succès de divertissement avec une salle de plus en plus portée par l'enthousiasme. Le jeune chef Michele Mariotti a une direction d'orchestre extrêmement fine qui met la raison au service de la passion, avec toutefois, par moments, une tendance aux effets de manche un peu faciles dans les ouvertures, comme par exemple des changements abrupts d'intensité sonore. L'orchestre symphonique de Munich a des qualités d'unisson qui enchantent et répond avec une précision intelligente aux injonctions pointues du dirigeant. La complicité du jeune chef de 34 ans avec les chanteurs et l'orchestre est évidente et aboutie: une coordination parfaite qui donne un résultat enchanteur.

Michele Mariotti et Olga Peretyatko ne sont d'ailleurs pas seulement complices sur la scène, ils se sont aussi unis par les liens du mariage en août dernier. Le couple s'était rencontré au Festival rosssinien de Pesaro en 2010 à l'occasion d'une production de Sigismondo, et c'est à Pesaro, sous l'égide rossinienne, que le mariage a eu lieu.

Dalibor Jenis donne un barbier plutôt hésitant, il accentue les parties les plus sonores du „Largo al factotum" , avec une voix d'attaque d'un grand volume, mais peine dans les basses et dans la rapidité du débit qu'il traite sans relief. Il donne ensuite avec davantage de bonheur et une voix de stentor le grand air d'Enrico „Cruda funesta smania“ (Lucia di Lammermoor) et, en deuxième partie, rendra bien la rage désespérée et vengeresse  de Rigoletto ("Si, tremenda vendetta") dans le duo "Tutte le feste al tempio". Jenis dispose d'une belle voix avec une grande puissance sonore avec de belles projections sombres, impressionnante dans le bel canto traditionnel.

Olga Peretyatko charme par un soprano colorature des plus séduisants, mais on est étonné du choix de la grande scène de la folie dans Lucia di Lammermoor. Peretyatko dispose d'une voix de virtuose du bel canto, une voix d'un beau volume sonore, avec une grande facilité dans l'aigu et le suraigu, une voix fluide, légère, avec beaucoup de vivacité. Elle aime orner le chant de trilles supplémentaires, on l'imagine merveilleuse de fraîcheur dans Rosina ou dans la Fiorilla du Turco in Italia, parfaite pour jouer les ingénues, on la voit bien se jouer des difficultés d'Olympia et s'y amuser beaucoup. Mais elle s'attaque à l'air de la folie sous le seul point de vue du bel canto. Si l'exercice est techniquement parfait et qu'elle l'enjolive de quelques ornements, ce qu'on entend ce sont les rêveries et les soupirs d'une jeune fille enamourée et qui rêve, et non le désespoir d'une femme brisée rendue folle de douleur et qui émet des sons certes charmants mais dictés par la folie et qui précèdent la mort d'une âme qui ne parvient plus à vivre dans un monde insensé et cruel. Olga Peretyatko se trompe là d'exercice: elle ne chante pas Lucia, elle chante Olga. Elle enfile par ailleurs les perles de son art, des perles de la plus belle eau, dans le „Mercé dilette amiche“ („I Vespri Siciliani“) ou en incarnant Gilda, dans "Tutte le feste al tempio...". Si sa Violetta  „E strano – Sempre libera” est techniquement réussie, là aussi on ressent moins l'expression du questionnement existentiel.

Avec sa voix à faire pleurer les anges de joie, on imagine bien un avenir radieux pour la soprano russe et des lendemains qui chantent, en souhaitant que la palette de son jeu  émotionnel s'enrichisse dans l'expression des aspects plus ténébreux de l'existence et de ses drames.

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