mardi 18 juin 2013

Opéra: Korngold redécouvert à Augsbourg

Stephen Owen et Sally du Randt dans Violanta
L'Opéra d'Augsbourg (Theater Augsburg) a eu l'excellente idée de mettre à l'affiche deux oeuvres de jeunesse d'Erich Wolfgang Korngold: Der Ring des Polykrates et Violanta, en reproduisant la combinaison de ces deux oeuvres comme lors de leur création à Munich en 1916 par Bruno Walter. On sort là des sentiers battus de l'opéra, pour beaucoup ce fut à la fois une découverte et une soirée variée, puisque le premier opéra est plutôt léger et appartient au genre comique, avec une musique qui annonce déjà les musiques de film ou les comédies musicales, alors que le second est une sombre tragédie aux accents shakespeariens. Si, dans les deux cas, les livrets peinent à la vraisemblance, on est étonné par la maturité de la composition musicale, surtout pour la seconde oeuvre. Ajoutons à cela une compagnie d'artistes permanents d'excellent niveau et on a les ingrédients qu'il faut pour passer une excellente soirée d'opéra.

Le patronyme Korngold peut se traduire littéralement par Graindor, et comme l'action des deux opéras se passe dans des milieux extrêmement fortunés, cela a sans doute inspiré la belle mise en scène de Markus Trabusch et les décors entièrement dorés de Volker Hintermeier.

L'histoire de l'anneau de Polycrate a inspiré Schiller et Maeterlinck, ou encore Heinrich Teweles dont Leo Feld et Julius Korngold (le père du compositeur) se sont inspirés pour le livret de notre opéra, une oeuvre à la philosophie très sommaire: nul ne peut décider de son destin, si on est destiné à être riche, on vivra dans l'opulence et tout nous sourira, si par contre on est né sous une mauvaise étoile, on vivra dans la poisse et le sort s'acharnera contre nous. Comme le veut l'adage, il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade. Vae victis! Le Hofkapellmeister Arndt vit une existence dorée que la mise en scène représente avec des moyens dépouillés et efficaces: une simple armature de maisonnée toute dorée, un lustre de cristal et de métal doré, une échelle dorée que gravit la soubrette de la maison pour épousseter le lustre, et même la poussière que balaye Lieschen est faite de paillettes d'or. L'action est simple:  Arndt, sa femme et sa maisonnée, sont nés gagnants et le resteront, et le perdant, Vogel, accumule malheurs et déconvenues et sera prié de s'en aller (il n'avait d'ailleurs pas été convié) et d'emporter sa mouise avec lui. On retrouve avec plaisir Sophia Christine Brommer en Lieschen, une des étoiles de la compagnie, qui avait enchanté le public munichois lors du concours international ARD l'an dernier. Dans le second opéra, elle chante Bice avec le même bonheur. La distribution est très homogène pour cette oeuvre agréable sans être définitive.

Violanta étonne et ravit, d'abord par la découverte de l'oeuvre, d'une composition beaucoup plus dynamique et complexe que celle du Polykrates avec une architecture musicale bien agencée et Roland Techet et l'orchestre du Theater Augsburg rendent avec une sensibilité admirable. Ici aussi, le palais vénitien de Simone Trovai est rendu par une armature hexagonale entièrement dorée dont les panneaux arrière sont translucides et miroitants, permettant par exemple d'apercevoir le passage d'une gondole. Une sphère dorée (-un grand grain d'or-) est posée sur le sol de cette demeure opulente, mais ici, en contrepoint de l'oeuvre précédente, l'argent et l''or ne font pas le bonheur, l'or sera terni par le sang d'une haine jalouse et meurtrière. Violanta est interpétée avec une fougue passionnée par Sally du Randt, dont la Laura de la première partie avait déjà charmé, mais la chanteuse avait réservé le meilleur pour le rôle titre du second opéra, avec un beau jeu de scène, et ravit un public enthousiaste. Stephen Owen rend bien par son chant aux beautés sombres les vertus patriciennes, l'amour conjugal puis la fureur vengeresse de Simone Trovai.  Le jeune Ji-Woon Kim donne un Alfonso avec une voix au timbre aussi doré que le décor, et qui donne envie de l'entendre en Rodolfo ou en Alfredo, deux rôles qu'il a pratiqué cette saison à Augsbourg. 

Comme c'était la dernière de cette production, il faudra en attendre une reprise éventuelle, mais on pourra toujours découvrir Violanta dans l'interprétation de Marek Janowski, avec Eva Marton et l'excellent orchestre de la radio de Munich.







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