lundi 8 avril 2013

L'Allemagne doit-elle rembourser plus de 160 milliards d'euros à la Grèce?

Οσα μας χρωστούν οι Γερμανοί...
Des Grecs morts de faim pendant l'occupation sont transportés
sur une charrette à bras au cimetière
La question fait la une du quotidien grec TO VIMA de ce dimanche et a été reprise par Der Spiegel en Allemagne. Un rapport d'environ 80 pages   sur les dommages de guerre dont l'Allemagne serait redevable à la Grèce  a été établi par une commission d'experts du Ministère des Finances grec qui a travaillé pendant 6 mois sur des documents d'archives comportant environ 190000 pages. Il aurait dû rester secret, les responsables politiques grecs se refusaient  à en publier les résultats, craignant notamment la réaction des investisseurs. 

Le montant  des dommages de guerre serait colossal: 162 milliards d'euros au total, qui se divisent de la manière suivante:
-108 millliards d'euros de réparations de guerre pour la reconstruction des infrastructures détruites par les Allemands
-54  milliards d'euros pour des emprunts que l'Allemagne nazie a forcé la Grèce à contracter entre 1942 et 1944

Après la seconde guerre mondiale, dont la Grèce a particulièrement souffert, aucun dédommagement n'a été versé par l'Allemagne au pays dévasté.
Cette somme représente 80 pour cent du produit intérieur grec.


Pour s'informer sur l'occupation allemande en Grèce, on pourra lire l'ouvrage de l'historien Mark Mazower Dans la Grèce d'Hitler, dont voici la présentation par l'éditeur:

Ce livre se veut le reflet de ce que furent la vie et les valeurs des habi­tants d'un pays, la Grèce, où 40000 personnes moururent de faim au cours de la première année d'occupation par les Nazis tandis que 25000 autres périrent dans la guerilla qui les opposa à la Wehrmacht.

C'est par le biais de l'observation du combat quotidien d'individus de chair et d'os que l'auteur éclaire l'occupation nazie dans sa globalité. Mazower montre comment l'occupation s'inscrivit, non dans un vide his­torique, mais au sein d'une chaîne d'événements débouchant sur une suc­cession de guerres civiles qui perdurèrent, en Grèce, jusqu'à la fin des années quarante.

À l'instar du livre exemplaire de Robert Paxton sur la France de Vichy, celui de Mark Mazower tend à démontrer à quel point les événements de l'époque faisaient écho à ceux d'un passé récent.

Envisagée du point de vue de ceux qui la subirent comme de ceux qui l'imposèrent, cette histoire de l'occupation nazie en Grèce juxtapose le parcours de résistants tenaces comme d'of­ficiers de la Gestapo, de juifs aux abois comme de jeunes conscrits germaniques.

Le commentaire d'Olivier Delorme, romancier français, agrégé d'histoire, spécialiste de la Grèce et des Balkans.

Le Mazower est un livre magistral et indispensable. Et il est  à noter qu'aucun des crimes de masse en Grèce n'a donné lieu à procès en Allemagne, où les criminels contre l'humanité qui les ont commis ont coulé des jours tranquilles sans être jamais inquiétés. Pour la question des dettes, elle est bien réelle. Mais plutôt que de poser la question de leur paiement aujourd'hui, qui n'a pas grand sens, il faudrait plutôt se demander, comme l'ont fait quelques historiens allemands, pourquoi l'Allemagne, qui a fondé sa prospérité sur l'annulation d'une partie de ses dettes après la guerre, un moratoire sur le paiement du reste et des conditions de paiement extrêmement favorables, a refusé aux pays du sud le même traitement, les étrangle au lieu de permettre leur redressement et favorise ainsi l'émergence des mêmes forces qui ont pris le pouvoir en Allemagne en 33 et jeté l'Europe dans la tragédie. Il faudrait aussi savoir d'où vient cette dette - un fonctionnement de l'euro qui a enrichi les riches au premier rang desquels l'Allemagne en leur assurant des avantages de change exorbitants, et appauvri les pauvres -, la lâcheté de l'Europe devant la Turquie, qui empêche depuis 30 ans la Grèce d'exploiter le gaz et le pétrole de l'Egée, et qui a contraint la Grèce à soutenir un effort d'armement totalement disproportionné, dont le poids est à peu près équivalent au déficit budgétaire moyen (qui a fait l'accumulation de la dette) sur 20 ans et dont les principaux bénéficiaires ont été l'industrie d'armement... allemande et française.

Avec l'aimable autorisation d'Oliver Delorme.

1 commentaire:

  1. If paying the debt does not make sense, nothing makes sense these days in Europe with the way Germany wants to take the lead in Europe.

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