jeudi 7 avril 2011

Capuleti e Montecchi: Tara Erraught, le nouvel héros de l'Opéra de Munich

L'opéra de Bellini n'avait plus été monté à Munich depuis 1834...et le public munichois attendait beaucoup de la prestation de Vasselina Kasarova, une des plus grandes mezzo-sopranos contemporaines. Attente déçue puisque Madame Kasarova, malade, -on a évoqué une infection pulmonaire-, a été contrainte de se désister peu avant la Première.
Le Directeur général de l'opéra, Nikolaus Bachler, a fait preuve d'un discernement remarquable en confiant le rôle à Tara Erraught, dont on avait déjà récemment pu mesurer le talent dans la nouvelle production de L'Enfant et les Sortilèges de Ravel , dans laquelle elle avait chanté le rôle-titre et soulevé l'enthousiasme du public. Tara Erraught aurait appris le rôle de Romeo en quelques jours seulement et a dépassé toutes les attentes que l'on peut imaginer inquiètes: elle s'est révélée un Romeo exceptionnel! Une voix éclatante dans le forte et qui sait admirablement moduler les nuances de l'émotion dans le piano: Tara Erraught a véritablement sauvé la production en incarnant un Romeo bouillonnant, dont le caractère extraverti est encore accentué par une mise en scène qui le place en contrepoint d'une Juliette perdue dans ses tergiversations, à la limite de la folie. Le public a porté la prestation de Erraught aux nues et a consacré la naissance d'une nouvelle étoile

La Juliette d'Eri Nakamura enchante par sa voix à la pureté cristalline  mais aussi par un jeu d'actrice hors du commun qui représente une âme incertaine écartelée dans les déchirements de l'attachement familial et de l'amour adolescent. Le metteur en scène Vincent Boussard exige à plusieurs reprises des talents d'équilibriste de Nakamura  qui doit grimper aux murs ou vaciller au bord du cadre de la scène.La mise en scène accentue le contraste entre les caractères de Romeo et Juliette. La fille de Capuletti est le seul personnage féminin de l'opéra, une adolescente égarée dans un univers entièrement masculin  sur pied de guerre. Juliette ne semble pas comprendre les sentiments qui l'animent et se réfugie dans un monde où elle ne peut plus dialoguer qu'avec les anges, qui sont peut-être représentés par une improbable groupe statuaire entièrement blanc, comme un stuc dans une église rococco qui flotte dans les airs. Broussard la fait mourir debout, tout comme Romeo, et c'est l'une des rares originalités d'une mise en scène par ailleurs fort sage.

Notons  que les costumes, fort beaux au demeurant, sont signés Christian Lacroix, mais qu'ils paraissent un peu incongrus dans cette production à laquelle ils n'apportent pas grand chose, si ce n'est le glamour d'une signature. Ce n'est pas là ce qu'on vient chercher à l'opéra...

Le Canadien d'origine française Yves Abel dirige l'orchestre avec précision et retenue et la discipline qu'il impose rend des merveilles orchestrales. Le solo pour clarinette au début du grand air de Romeo du deuxième acte Deserto è il luogo a été tout simplement divin. Et les choeurs, dont on connaît la qualité, se sont encore dépassés notamment par une articulation et une qualité d'ensemble impeccables. L'excellence de l'orchestre et des choeurs sauvent un opéra trop rapidement composé par Bellini, qui n'appartient pas aux chefs-d'oeuvre du genre et dont le livret a de plus fait perdre toute profondeur à la pièce de Shakespeare.

La musique avant toute chose...

Agenda

Prochaines représentations les 9 et  12 avril, puis, lors du festival d'opéra d'été de Munich, les 24 et 29 juillet. Pour plus de renseignements, cliquer ici, puis sur la date désirée et suivre la procédure.
A noter que lors du festival d'été, la distribution reprend Kasarova.

Crécit photographique: Wilfried Hösl

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire