mercredi 2 mars 2011

La mégère apprivoisée au répertoire du Ballet national bavarois


Il y a plus de 40, le célèbre et regretté choréographe d'origine sud-africaine John CRANKO  (1927-1973) mettait en scène La mégère apprivoisée (Der widerspenstige Zähmung)  sur base de la pièce de William Shakespeare et sur une adaptation musicale d'oeuvres de Scarlatti. Le ballet fut créé en 1969 par le ballet de Stuttgart que dirigeait Cranko à cette époque.

Aujourd'hui elle est au répertoire du Ballet national bavarois. Deux autres choréographies de Cranko se trouvent également au répertoire du Ballet National: Roméo et Juliette et  Onegin.

Le  spectacle du Bayerisches Staatsballett   Der Widerspenstigen Zähmung (La mégère apprivoisée) au Théatre National s'articule autour de trois grands pas de deux: pendant le premier pas de deux, Katharina se refuse à Petrucchio, dans le second Petrucchio tente de la convaincre et de la dominer, le troisième décline l'amour du couple. Cette oeuvre de John Cranko a été présentée pour la première fois en 1976 au Théatre National et est depuis lors un des fleurons du répertoire du Ballet national bavarois.

Roberta Fernandes a fait ses débuts munichois au Ballet national ce 26 février, où elle interprète Katharina, tandis que Marlon Dino incarne Petrucchio. Le 12 mars, ce sera le tour de Natalia Osipova et de Lukáš Slavický, qu'on retrouvera encore retrouver le 17 mars.

Critique

Comme on peut l'imaginer, la production a pris un petit coup de vieux, mais, comme on le verra, cela en fait aussi le charme. Les décors sont plutôt décevants et sont surtout constitués d'un fond de décor en forme de double galerie, ce qui donne peut-être un petit air shakespearien en rappelant les galeries superposées du Théâtre du Globe. Dans les épisodes carnavalesques un rideau constitué de  centaines de bandeaux multicolores juxtaposés donne un bel effet joyeux et festif.

La choréographie de Cranko reste très séduisante, notamment parce qu'elle fait la démonstration que la danse peut exprimer l'humour. De bout en bout, il s'agit d'un ballet comique et les effets produits par les danseurs et les danseuses sont étonnants. On s'amuse et on rit beaucoup à voir la rigidité de la mégère, les ridicules du courtisan poète chanteur, ou encore les scènes d'ébriété  réelle ou simulée de Petrucchio. Le premier grand pas de deux entre Petrucchio et la Mégère est d'une construction magnifique: Petrucchio y courtise une mégère rétive, rigide et rébarbative par des assauts où l'épreuve de force se mêle aux tentatives de séduction, un pas de deux exigeant dans lequel on peut admirer les performances des premiers danseurs et danseuses du Ballet Nattional. La Mégère entame le ballet avec un corps durci par sa vie de colérique et le termine tout en douceur, alors que son mari l'a matée et apprivoisée. Cette choréographie présente aussi le grand avantage d'être compréhensible de bout en bout par un public non averti, ce qui n'est pas dénué d'agrément.

Signalons la prestation exceptionnelle de Lukáš Slavický, premier soliste au Bayerisches Staatsballet, qui fait, en prise de rôle, un extraodinaire et vigoureux Petrucchio, un personnage qu'il incarne à merveille. La presse bavaroise a également été unanime à applaudir  la prestation conjointe de Roberta Fernandes et de Marlon Dino, respectivement Katharina et Petrucchio, le soir de la reprise de la Mégère apprivoisée.


John Cranko
Der Widerspenstigen Zähmung
Les 26 et 28 février à 19H30
Les 2, 12, 17 et 21 mars à 19H30
Réservations: cliquer ici puis cliquer sur Karten à la date désirée


Synopsis

Acte I

Scène 1 : Devant la maison de Baptista.
Baptista, gentilhomme de Padoue, a deux filles : Katharina (Kate), "mégère" insupportable et entêtée, et Bianca, aussi douce que belle. Cette dernière est courtisée par trois gentilshommes - Hortensio, Lucentio et Gremio –, mais sa sœur, furieuse, a vite fait de les chasser. Baptista déclare alors que Bianca ne pourra épouser l'un deux que si sa sœur aînée décide de se marier.

Scène 2 : Une taverne.
Les trois soupirants éconduits décident donc de payer un gentilhomme, Petruchio, pour épouser Kate. Ce dernier, attiré par la perspective de s'unir à une héritière, accepte.


Scène 3 : Au domicile de Baptista.
Petruchio vient demander la main de Kate, tandis que Bianca est à nouveau courtisée par ses trois admirateurs, qui se sont déguisés en musiciens pour s'introduire chez elle avec Petruchio. Après quelques heurts, Kate finit par accepter, à contrecoeur, cette union


 Scène 4 : Dans la rue.
De nombreux voisins se rendent au mariage, hilares, dont Lucentio, Gremio et Hortensio.

Scène 5 : Au domicile de Baptista.
C'est le jour du mariage. Non seulement Petruchio arrive en retard, mais il est saoul et adopte une conduite scandaleuse. Les vœux prononcés, il emmène Kate avec lui, sans même participer au banquet.

Acte II

Scène 1 : Une route de campagne.
Les jeunes mariés partent pour Vérone et sont pris dans un orage.

Scène 2 : La cuisine de Petruchio.
Petruchio commence le "dressage" de sa nouvelle épouse. Cette dernière a faim, mais il refuse de lui donner à manger. De rage, Kate décide de ne pas partager son lit et se trouve ainsi réduite à passer la nuit sur le sol glacé de la cuisine.

Scène 3 : Le carnaval
Lucentio convainc deux filles des rues de porter le même masque et le même costume que Bianca ; il arrive ainsi à tromper ses deux rivaux, qui acceptent d'épouser les deux intrigantes.

Scène 4 : Au domicile de Petruchio
Petruchio continue à brimer Kate ; la méthode s'avère efficace et Kate accepte finalement de se soumettre. Les deux époux se déclarent même leur amour.
  
Scène 5 : Une route de campagne.
Kate et Petruchio se rendent au mariage de Bianca. Si son époux continue de la provoquer, Kate sait désormais quelle attitude adopter.

Scène 6 : Le mariage de Bianca
Bianca, comme les épouses de Gremio et Hortensio, adopte une conduite méprisante envers son nouvel époux ; Kate lui explique comment une bonne épouse est censée se comporter.
Restés seuls, Kate et Petruchio se redéclarent leur amour.

On peut lire une traduction de la pièce de Shakespeare sur gutenberg.org.

Crédit photographique: Wilfied Hösl
Photos de Roberta Fernandes (Katharina), Marlon Dino (Petrucchio) (2011)
Le synopsis est extrait de l'excellent  site Danser en France, où l'on pourra notamment voir des photos du même ballet par d'autres compagnies.

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