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lundi 31 août 2015
Insolite: un labyrinthe permet de parcourir toute l´Allemagne en moins d´une heure.
Le labyrinthe d´Ex Ornamentis à Utting sur l´Ammersee permet de parcourir toute l´Allemagne en une heure de temps pour un parcours de 3,1 kilomètres. Plus de renseignements: voir le site d´Ex Ornamentis.
vendredi 28 août 2015
Rameau au Festival de musique ancienne d´Innsbruck: Les Paladins et Sandrine Piau donnent d´étourdissantes Surprises de l´Amour.
L´édition 2015 du Festival de musique ancienne d´Innsbruck s´est achevée par un concert glorieux donné dans la salle des Géants, la plus somptueuse des salles d´apparat du Palais impérial d´Innsbruck, que l´impératrice Marie-Thérèse (qui régna de 1740 à 1780) fit transformer dans le style du rococo viennois courtois. C´est dans ce prestigieux univers blanc et or et entourés des portraits de Marie-Thérèse et de ses enfants que l´on a pu suivre un second grand concert français donné par des musiciens qui comptent parmi les plus grands spécialistes de la musique de Jean-Philippe Rameau, la soprano Sandrine Piau et l´orchestre baroque des Paladins dirigé par Jérôme Corréas. Avec Rameau, quelques jours après l´Armide de Lully, l´opéra baroque français baroque est décidément à l´honneur cette année dans la capitale tyrolienne!
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| Jérôme Corréas et Sandrine Piau |
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| L´ensemble baroque les Paladins, Jérôme Corréas |
On a vécu à Innsbruck une soirée d´exception, avec la magie envoûtante de Sandrine Piau et des Paladins, qui interprètent les oeuvres de Rameau dans une entente parfaite, avec un rendu exquis des couleurs et du clair-obscur de ses compositions dans lesquelles la soprano flirte avec la flûte et le basson dans le paysage tendu par les cordes pour une fabuleuse fête des sens au cours de laquelle le corps de Sandrine Piau se tend comme une corde vibrante et ne semble plus faire qu´un avec le son et les harmonies, avec un vibrato d´une incroyable beauté. La chanteuse semble se jouer de toutes les difficultés, sautille d´un personnage à l´autre avec l´agilité du dieu Pan, amoureuse ingénue ici, là femme épanouie ou prophétesse, tantôt tragique et lyrique, tantôt d´un comique innocent. du tout grand art!
Un concert de clôture à l´image et à la ressemblance du Festival de musique ancienne d´Innsbruck 2015: exceptionnel!
Luc Roger
Un concert de clôture à l´image et à la ressemblance du Festival de musique ancienne d´Innsbruck 2015: exceptionnel!
Luc Roger
dimanche 23 août 2015
Armide de Lully au Festival de musique ancienne d´Innsbruck
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| Elodie Hache (Armide) |
L´opéra a été monté dans la belle cour de la Faculté de théologie d´Innsbruck dont les arcades et les fenêtres peuvent être aisément utilisées á des fins de décor. Dans ce cadre, la metteure en scène et chorégraphe Deda Cristina Colonna et le décorateur et costumier Francesco Vitali ont créé un décor simple, en utilisant toute une série de mannequins pour servir à la fois de figuration et d´éléments de décor. Là où Francesco Vitali réussit un beau travail avec ses costumes et ses coiffes á panaches emplumés inspirés du baroque et ses éclairages ou ses vidéos efficaces pour suggérer des changements de décor, la mise en scène de Deda Cristina Colonna pèche par des erreurs qui auraient pu facilement être évitées. Le podium servant de scène n´est pas suffisamment élevé pour que l´ensemble des spectateurs puissent voir ce qui se passe au sol. Malgré cela, Deda Cristina Colonna fait à plusieurs reprises se coucher des chanteurs sur le plancher, pour les scènes pourtant capitales du sommeil de Renaud et du désespoir d´Armide. L´un et l´autre disparaissent du champ de vision de tous les spectateurs qui ne sont pas assis aux premiers rangs. Ses chorégraphies, qui manquent de légèreté et sont trop souvent caricaturales, ratent le coche de l´élégance et du raffinement baroques, les pas des danseurs qui martèlent le plancher et le bruit ainsi produit interférant de plus avec le travail des chanteurs. Avec les danseurs de l ´ensemble Nordic baroque dancers plus sollicités pour le jeu théâtral que pour la danse, la mise en scène passe à coté de l´essence de l´oeuvre, qui est heureusement portée par l´excellence de l´orchestre et du chant, même si l´on assiste à de beaux tableaux par le positionnement des mannequins, des danseurs et des chanteurs. Le traitement des mannequins, habillés de pourpoints aux riches brocards ou de robes de cour ornées de dorures, est particulièrement intéressant dans les scènes finales. Un des mannequins est décapité par l´allégortie de la haine, les autres dévêtus et nus, tout comme a disparu le monde illusoire de la magicienne Armide qui a tout perdu, et la guerre et l´amour.
De la musique avant toute chose. Les cordes de l´orchestre de Patrick Cohën-Akenine nous font participer avec une précision exquise à l´atmosphère versaillaise des 'Vingt-quatre violons du Roi´avec leurs cinq différentes voix (basse, dessus, haute contre, taille et quinte de violon), nous sommes conviés pour deux heures à la cour de Louis XIV. Le rôle-titre est magnifiquement tenu par la Francaise Elodie Hache, qui excelle dans l´art de la rhétorique et de la déclamation, des qualités essentielles à la réussite d´un opéra baroque. La jeune soprano se voit ici confier un de ses premiers grands rôles, et sa prestation est glorieuse, puissante et animée tant sur le plan vocal que sur le plan théâtral, avec de remarquables moments de fureur baroque. Le baryton basse Pietro di Banco, très présent sur les scènes françaises, séduit en Hidraot par les sonorités chaudes et les graves profonds d´une voix fort bien projetée. Le Renaud de Joao Pedro Cabral, s´il présente quelques difficultés de justesse au démarrage, retient vite l´attention par les belles modulations de son vibrato et donne un "Plus j´observe ces lieux et plus je les admire" d´un beau lyrisme, avec aussi des moments très inspirés et émouvants au dernier acte. La basse canadienne Tomislav Lavoie donne de remarquables Aronte et Ubalde. Enfin Jeffrey Francis, qui participe et anime le festival depuis de nombreuses années, notamment en coachant les jeunes chanteurs, peine à convaincre dans le rôle de la Haine, surtout parce que la mise en scène tourne en ridicule ce personnage dont l´apparition devrait être au contraire des plus terrifiantes avec une intervention qui devrait confiner à la fureur. Deda Cristina Colonna fait du personnage infernal une espèce de coq de basse-cour très empanaché. Si Enguerrand de Hys déçoit en Artémidor et en chevalier danois, avec une voix trop en retrait, Daniela Skorka et Miriam Albano, toutes deux primées au concours CESTI de l´an dernier, font de très charmantes Phénice et Sidonie.
On sort tout compte fait ravi de cette soirée baroque à la française portée par de jeunes chanteurs fort prometteurs et par la prestation éblouissante des Folies françoises de Patrick Cohën-Akenine.
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| Armide (Elodie Hache) et Hidraot (Pietro di Banco), Nordic baroque dancers, Sidonie (Miriam Albano) |
On sort tout compte fait ravi de cette soirée baroque à la française portée par de jeunes chanteurs fort prometteurs et par la prestation éblouissante des Folies françoises de Patrick Cohën-Akenine.
samedi 15 août 2015
Flore du Karwendel sur le circuit Passamani
jeudi 13 août 2015
Il Germanico de Nicolo Porpora au Festival de musique ancienne d´Innsbruck
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| Patricia Bardon en Germanico |
On a pu assister hier soir par des temps caniculaires, sans doute encore plus accablants pour les chanteurs portant perruques et costumes de scène que pour un public qui avait souvent tombé la veste ,à la recréation mondiale d´Il Germanico in Germania de Nicolo Antonio Giacinto Porpora. Par ces chaleurs inhabituelles dans la vallée de l´Inn, Le Tiroler Landestheater était l´endroit où il fallait être pour frissonner... de bonheur. Alessandro de Marchi, l´excellent directeur musical qui préside depuis plusieurs années aux destinées du Festival de musique ancienne, nous a offert avec l´Academia Montis Regalis et un plateau de chanteurs de tout premier plan une première qui devrait rester dans les annales de l´opéra puisque c´est la première fois depuis la création d´Il Germanico en 1732 à Rome que l´opéra complet est mis en scène et représenté. La mise en scène a été confiée à Alexander Schulin, qui avait déjà travaillé avec Alessandro De Marchi à Innsbruck lorsque ce dernier avait repris les rênes du festival des mains de René Jacobs en 2010, pour une Olimpiade de Pergolesi.
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| Carlo Vincenzo Allemano (Segeste), Klara Ek (Rosmonda), Emilie Renard (Ersinda) et Patricia Bardon (Germanico) |
Le livret de Niccolò Coluzzi insiste sur les divergences de point de vue et d´attitudes des protagonistes qui poursuivent des objectifs divers qui se rencontrent rarement, où l´amour et l´affection entrent en conflit avec l´honneur et les valeurs patriotiques dans la situation typique d´une guerre de conquête et d´occupation. Même si aujourd´hui la psychologie des personnages telle que le livret la décrit peut nous sembler abracadabrante, -on imagine par exemple mal le général Germanicus, victorieux des Germains, torturé par le doute et empreint de sensiblerie quant au sort à réserver à Arminius et à sa famille-, Alexander Schulin la traite avec une grande intelligence scénique et la met parfaitement en lumière. L´opéra dure près de cinq heures et comporte de très nombreux récitatifs avec des arias aux reprises systématiquement ornementées qui permettent de mettre en valeur la virtuosité vocale des interprètes qui peuvent aussi à loisir varier ou renforcer l'expression des états d'âme des personnages. Alexander Schulin travaille en parfaite intelligence avec Alessandro de Marchi, sa mise en scène valorise les tempi de la musique baroque. Ainsi dans les arias, par des jeux subtils du plateau tournant, les chanteurs peuvent-ils se déplacer dans des décors légèrement différents pour interpréter une reprise d´aria avec des nuances de charge émotionnelle en donnant des accents et des couleurs différentes au texte répété. Comme dans son Pergolèse Schulin met en lumière le réalisme psychologique des personnages dont les affects et les intérêts particuliers sont parfaitement dessinés dans l ´intensité de leurs passions et de leurs souffrances, dans le déchirement de leurs conflits intérieurs, évidents par exemple dans le personnage de Rosmonda écartelée entre l´amour pour l´époux, l´inquiétude pour l´avenir de son enfant et le devoir filial et l´amour pour un père qui a choisi une voie politique opposée á celle de son mari. On trouvera bien de petits bémols à cet excellent travail comme l´encombrante, l´énorme poupée, représentant le fils de Rosmonda qu´elle trimbale à bras portants pendant de trop nombreuses scènes et qui traîne parfois de ci delà, ou les inutiles pitreries de Cecina, clown chantant qui essaye peut- être ainsi de divertir son adorée prise par le doute relationnel. Mais ce sont là peccadilles qui n´entament pas le travail remarquable de la mise en scène qui travaille aussi par des plans suggestifs et oniriques, en faisant par exemple circuler comme dans un rêve les différents protagonistes qui posent en prenant les expressions et les mimiques de leurs attitudes respectives en contraste avec le point de vue exprimé par le personnage en train de chanter.
Le décor d´Alfred Peter surprend un peu en début d´opéra, où des constructions certes romaines sont recouvertes de filets de camouflage typiques de nos guerres plus contemporaines et fort laids au demeurant, la guerre n´ayant que rarement des buts esthétiques. On se rend cependant très vite compte de l´ingéniosité de la construction des décors placés pour partie sur un plateau tournant utilisé à bon escient qui en présentera successivement des aspects différents pour créer la diversité des lieux de l´action, du palais de Germanicus à la prison d´Arminus, avec des variations et des ajouts d´éléments de décor, comme par exemple une très romaine allée de cyprès. La mise en scène, les décors et les superbes jeux d´eclairage (Alexander Paget) contribuent à dynamiser le contenu du livret tout en collant étroitement à la progression des formes musicales. Un travail des plus remarquables qui tient le spectateur en haleine tout en le maintenant sous le charme. Malgré la durée du spectacle, malgré la chaleur, on ne sent à aucun moment le temps passer tant on est pris par un spectacle porté avec passion et amour par le travail de professionnels aussi qualifiés qu´enthousiastes.
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| David Hansen (Arminio) et Patricia Bardon (Germanico) |
Tous les interprètes sont excellents, Alessandro de Marchi a convié des chanteurs et des chanteuses baroques du plus bel orient. A tout Seigneur tout honneur, la mezzo irlandaise Patricia Bardon donne une interprétation absolument fabuleuse du rôle titre dont elle décline la palette émotionnelle avec un charisme, une maîtrise et une sensibilité musicale époustouflants. Ses modulations ornementales, son jeu théâtral d´une exquise intensité dans le "Nasce da valle impura" du deuxième acte relèvent de la théophanie. Plus loin, son "Per un momento ancora soffri, fedele amante!" laisse pantois d´admiration. A chaque reprise de l´aria, elle nous fait découvrir un nouvel aspect du texte, c´est stupéfiant d´intelligence et de beauté, et cela lui vaut à chaque aria des explosions d´applaudissements et de bravi enthousiastes. L´Arminio du contre-ténor David Hansen est également remarquable et remporte les mêmes suffrages. Si le jeu théâtral est plus sombre et torturé, avec un corps qui semble devoir se ramasser sur lui-même pour en extraire les meilleurs effets sonores, le chant doté d´une intensité magnifique s´élève vers des aigus à peine croyables. Son "Parto ti lascio" du deuxième acte est à faire pleurer les anges de joie et d´émotion, de même que son duo de la fin du troisième acte avec Rosmonda, un "Se viver non poss´io" déchirant de beauté. Et son talent est tout aussi splendide dans les récitatifs, où il parvient à imprimer des accents inédits. On cite sans doute rarement un récitatif, pourtant son interprétation de "E questa l´ara, non vacilla e trema" mérite qu´on s´y arrête. La soprano suédoise Klara Ek incarne avec talent le personnage déchiré de Rosmonda, avec son timbre clair, de la précision dans l´intonation et une puissance vocale alliée à un sens aigu de l´interprétation dramatique, notamment dans le duo déjà évoqué et dans son aria "Dite che far degg´io?" avec de belles varaitions de colorature. Le ténor italien Carlo Vicenzo Allemano, à l´aise dans le répertoire baroque comme dans le belcanto, donne un Ségeste au personnage bien campé, avec un beau ténor puissant aux couleurs parfois sombres, et une agilité fascinante dans le colorature dont son "Scoglio alpestre" est l´un des meilleurs exemples de la soirée. Hagen Matzeit, s´il s´est spécialisé dans les rôles de contre-ténor, est tout aussi à l´aise dans le baryton, et donne ici un Cecina vocalement réussi même si on ne comprend pas toujours bien les choix de mise en scène pour ce personnage. Enfin la soprano Emilie Renard, qui a remporté le concours Cesti ici même en 2013 offre son talent ingénu à Ersina, la soeur de Rosmonda, sans parvenir encore à décliner de grandes subtilités de variations dans la déclinaison des reprises de ses arias, mais avec beaucoup de charme et une belle assurance scénique.
Les superbes musiciens de l´Academia Montis Regalis font un travail d´interprétation d´une précision exquise et débordant de coeur à l´ouvrage pour nous transmettre leur passion et leur amour de la musique baroque. C´est un pur bonheur de les écouter et de voir leurs corps rythmer les tempi de Porpora. Alessandro de Marchi a réussi un nouveau coup de maître en ressuscitant cette oeuvre qu´on ne connaissait plus que par quelques arias. Son travail a comme il se doit été salué d´une standing ovation.
Prochaines représentations les 14 et 16 août au Tiroler Landestheater d´Innsbruck. Places restantes. Cliquer ici pour le chemin vers les réservations en ligne.
Luc Roger
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