mercredi 26 décembre 2018
150ème anniversaire du Rienzi français : le compte-rendu de Léon Leroy dans la "France musicale"
Dans un peu plus de trois mois on fêtera le 150ème anniversaire de la première production du Rienzi en France, que dirigea Jules Padeloup le 6 avril 1869 au Théâtre-Lyrique à Paris. Nous retranscrivons ici un article que Léon Leroy, Secrétaire général du Théâtre-Lyrique et wagnérien ardent, publia dans la France musicale du 11 avril 1869.
RIENZI
Opéra en cinq actes, de RICHARD WAGNER
Représentations au Théâtre-Lyrique, le 6 avril 1869
L'opéra, dont j'ai l'honneur de parler aujourd'hui aux lecteurs de la France musicale, est de ceux qui permettent à la critique de franchir les bornes du compte rendu spécial. En effet, il ne s'agit pas simplement ici d'une œuvre quelconque, présentée au public parisien pour s'imposer au répertoire ou tomber dans l'oubli, selon le bon plaisir de ce même public. Rienzi est une des pièces de ce grand procès artistique qui se déroule en Allemagne depuis trente-cinq ans bientôt, et en France, c'est-à-dire à Paris, depuis les fameux concerts donnés par Richard Wagner, au Théâtre-Italien, en 1860. Après la débâcle du Tannhauser, à l'Opéra, les admirateurs de Wagner, ils sont nombreux et se multiplient incessamment, quoi qu'on en dise, révèrent une revanche pour le musicien brutalement sifflé. On chercha donc, dans l'œuvre de Wagner, un opéra dont le goût français pût s'accommoder plus aisément.
On pensa d'abord à Lohengrin, dont divers fragments avaient obtenu un éclatant succès aux Concerts populaires; puis on songea au Vaisseau fantôme, dont la légende était quelque peu connue en France, et dont la musique paraissait se rattacher davantage, dans ses formes et dans son style, aux traditions de l'opéra français.
Personne alors ne songeait à Rienzi. Wagner, disait-on, répudiait cette œuvre de jeunesse.
Cependant, quiconque se préoccupait de la revanche de Tannhauser devait comprendre que, dans l'état actuel de notre éducation musicale, il fallait, pour atteindre ce but, remonter le courant wagnérien presque jusqu'à sa source, c'est-à-dire non pas seulement jusqu'au Vaisseau fantôme, mais bien jusqu'à Rienzi, celui des opéras de Wagner qui se rapproche le plus des formes acceptées et consacrées chez nous.
M. Pasdeloup, qui aime la musique de Wagner à son théâtre comme à ses concerts, et qui réussira à la faire applaudir au Théâtre-Lyrique comme au Cirque Napoléon, M. Pasdeloup a compris la nécessité de suivre, dans l'intérêt de son œuvre de propagation, cette filière chronologique.
Voici donc Rienzi au Théâtre-Lyrique. Nous entrons dans le vif de la question actuelle.
On a déjà dit de Rienzi que c'était le Crociato de Wagner. A mon sens, cette comparaison est absolument à côté de la vérité. Si l'on met en parallèle Rienzi et Tristan, écrits à trente ans d'intervalle, je conviens qu'au point de vue de l'esthétique musicale, tout un monde sépare ces deux ouvrages; mais assimiler Rienzi au Crociato, est une facétie qui n'a plus cours depuis la représentation de mardi dernier.
Sans doute, Rienzi est une œuvre de jeunesse, Wagner n'avait pas vingt-cinq ans quand il la composa ; sans doute, maintes pages de cette partition, notamment le finale du second acte, trahissent manifestement les sacrifices que l'auteur se crut alors obligé de faire aux dieux de la salle Ventadour. Mais quelle ampleur, quelle magnificence de style dans ce finale du deuxième acte de Rienzi ! Et combien tout cela est loin des innocentes pantalonnades du Crociato!
Je viens de dire qu'entre Rienzi et Tristan il y avait tout un monde et, en effet, tout ce qui, dans le premier de ces deux opéras, se rattache encore aux vieilles formules, aux coupes consacrées, aux cadences officielles et aux harmonies, estampillées par les conservatoires, a totalement disparu dans le second de ces ouvrages. Tristan c'est la suprême réalisation d'un système qui ne s'est pleinement affirmé qu'à partir de Tannhauser inclusivement, avec sa mélodie presque ininterrompue, ses harmonies terribles, ses obscurités et ses splendeurs, c'est la mélodie de la forêt, parfois hérissée de broussailles inextricables, mais où se rencontrent, çà et là, de vastes éclaircies, débordantes de mouvement et de lumière.
Je proteste également, pour ma part, contre l'idée que des musiciens un peu superficiels ont mise depuis quelque temps en circulation, et qui devait aisément se propager dans un milieu léger comme le nôtre, ou les opinions toutes faites sont toujours accueillies avec le plus grand empressement. " Rienzi n'est pas du vrai Wagner, ont prétendu quelques-uns ; et quelles que soient ses destinées au Théâtre-Lyrique, la question wagnérienne n'aura pas avancé d'un pas en France. "
Je ne suis point de cet avis : d'abord, et en tous cas, il importait à la cause de Wagner que le maître allemand fut connu à Paris autrement que par l'exécution de quelques fragments isolés ; ensuite, malgré les imitations italiennes dont ne s'est point défendu le compositeur, qui travaillait surtout en vue du public parisien, il n'est pas niable que la partition de Rienzi n'offre à chaque pas la puissante empreinte de cette main qui devait, un peu plus tard, écrire le Vaisseau fantôme. Le Wagner de Rienzi est encore indécis ; il est partagé entre les entraînements de sa nature ardente et la nécessité des concessions Je n'y contredis pas. Mais si l'individualité de l'auteur de Lohenngrin ne se montre pas encore tout entière, elle se laisse au moins pressentir dans toutes les pages capitales de Rienzi dans l'ouverture, dans la scène d'Orsino et de ses partisans, dans la prière des femmes (troisième acte), dans le chœur de l'excommunication, et dans le cinquième acte en entier.
D'ailleurs, les pages vraiment originales sont, je le répète, assez nombreuses dans cette partition pour que les partisans de Wagner livrent de bonne grâce aux anathèmes ou aux lazzi de ses détracteurs, les quelques faiblesses qu'elle renferme. Quant à moi, je leur abandonne volontiers le duo d'Adriano et d'Irène, au premier acte, la plupart des airs de ballet, et la première partie de la marche sur laquelle défile le cortège de Rienzi, avant la bataille, au troisième acte. Je suis même disposé à reconnaître que l'appel aux armes de Rienzi, auquel répond le chœur, vaut beaucoup moins par son style que par la disposition toute particulière des voix de femmes, lesquelles voix occupent les degrés inférieurs de l'échelle chorale. Sauf quelques exceptions de détail, et bien que mon enthousiasme ait encore des nuances, je ne sais plus qu'admirer tout le reste et m'étonner de cette virilité d'inspiration et de cette prodigieuse expérience de symphoniste chez un musicien de vingt-cinq ans.
Le cadre de cet article ne me permet pas d'étudier dans tous ses détails cette œuvre considérable, ni par conséquent de m'engagcr dans une nomenclature qui offrirait d'ailleurs un médiocre intérât au lecteur. Je signalerai pourtant quelques-uns des morceaux qui commandent plus particulièrement l'attention.
Au premier acte, l'air de Rienzi : Sachez défendre tous vos droits (suivi du chœur final), et dont Meyerbeer pourrait bien s'être souvenu quand il a écrit le chœur des évêques, de L'Africaine.
Au deuxième acte, le délicieux chœur des Messagers de paix, - une perle ,- qui a été bissé d'enthousiasme; puis le chœur Qu'un hymme d'allégresse, etc., et le septuor avec chœur final.
Au troisième acte, l'hymne de guerre de Rienzi : Santo Spirito cavaliere ! et, pendant la bataille, la prière des femmes, à laquelle se mêle, par intervalles et dans le lointain, la fanfare guerrière du héros.
Au quatrième acte, la marche orchestrale qui accompagne le cortège du tribun; puis la romance de Rienzi : Que la tristesse s'efface, et le chœur de la malédiction : Vae ! vae ! tibi maledicto. Au cinquième acte enfin, la prière de Rienzi, et le chœur furieux qui précède l'incendie du Capitole.
J'ai hâte de dire que Monjauze a eu les honneurs de cette belle soirée. Pour ce personnage écrasant de Rienzi, il ne fallait pas seulement un ténor doué d'une poitrine de bronze, il fallait encore un artiste passionné de cette tâche, à la fois magnifique et terrible. Monjauze a été jusqu'au bout d'une vaillance incomparable, et je répéterai ici ce que tout le monde disait de lui à la fin de la soirée : c'est une révélation.
En dépit des fatigues de sa voix, Mlle Borghèse (Adriano) seconde dignement Monjauze-Rienzi, et Mlle Sternberg est une Irène fort convenable.
Mlle Priolat a été très-remarquée dans le solo du chœur des Messagers de paix.
Je ne terminerai pas cet article très-sommaire sans relever un reproche dont l'instrumentation de Rienzi est aujourd'hui l'objet.
Il s'agit de l'excès des sonorités, notamment de l'emploi fréquent des instruments de cuivre.
Je ne disconviens pas que les auditeurs placés dans le voisinage des trompettes, des trombones et du saxo-tromba, n'aient lieu de regretter l'importance du rôle donné à ces instruments ; je reconnais aussi que dans les ensembles chœurs et orchestre qui sont nombreux dans cette partition, la sonorité atteint parfois des proportions capables d'affecter les tympans très-nerveux. Mais il faut cependant tenir compte de la nature du sujet.
Rienzi , ne l'oublions pas, est un opéra politique et révolutionnaire, où l'auteur a dû mettre constamment en scène toutes les masses peuple, soldats, seigneurs, prêtres, etc., qui formaient l'entourage permanent de son héros historique. Or, de pareilles scènes ne s'accompagnent pas avec des mirlitons. Et d'ailleurs, il ne me paraît pas que nous ayons le droit de tant faire les délicats : on a adressé autrefois le même reproche à Verdi. L'auteur des Vêpres siciliennes a passé outre, et le public s'est habitué à son orchestration métallique ! Je ne sache pas que la renommée du maître italien s'en trouve plus mal aujourd'hui.
En somme, la soirée de mardi dernier est une victoire édifiante, et pour Richard Wagner et pour le directeur du Théâtre-Lyrique.
Rienzi est décidément acclamé par le public français. Maintenant la brèche est ouverte, et par où Rienzi a passé passeront le Vaisseau fantôme et Lohengrin, n'en déplaise aux réactionnaires et aux impuissants.
LÉON LEROY.
mardi 25 décembre 2018
Une chanson de Noël d'Augusta Holmès.
NOËL - AUGUSTA HOLMÈS
Trois anges sont venus ce soir
M'apporter de bien belles choses.
L'un d'eux avait un encensoir,
L'autre avait un chapeau de roses,
Et le troisième avait en main
Une robe toute fleurie
De perles d'or et de jasmin
Comme en a Madame Marie.
Noël, Noël,
Nous venons du ciel
T'apporter ce que tu désires,
Car le bon Dieu
Au fond du ciel bleu
Est chagrin quand tu soupires !
Veux-tu le bel encensoir d'or,
Ou la rose éclose en couronne ?
Veux-tu la robe ou bien encor
Un collier où l'argent fleuronne ?
Veux-tu des fruits du Paradis
Ou du blé des célestes granges ?
Ou comme les bergers, jadis,
Veux-tu voir Jésus dans ses langes ?
Noël, Noël,
Retournez au ciel,
Mes beaux anges, à l'instant même,
Dans le ciel bleu,
Demandez à Dieu
Le bonheur pour celui que j'aime.
Le premier cadeau de Wagner à Judith Gautier : 2 pages de Siegfried
Ces 2 pages de la scène finale du 1er acte de Siegfried (1) ont été offertes à Judith Gautier par Wagner lors du premier séjour que fit Judith Gautier à Lucerne (Cf. Journal de Cosima au 18 juillet 1869). - Elles correspondent aux pp. 157 & 159 de la partition Schott : Vm3 94(3)(cf.WWV,S.383). (Source des images et de leur commentaite : Gallica/Bnf).
(1) Les éditeurs de Gallica font ici une erreur. Ces deux feuillets correspondent au prélude du IIIeme acte de Siegfried et non à la scène finale du Ier acte (qui se termine par l’air de la forge).
Judith Gautier a relaté la scène de ce touchant cadeau dans le Ch. XXV du Troisième rang du collier, un livre de souvenirs qui raconte ses séjours à Lucerne, où elle rencontra Wagner pour la première fois, et à Munich en 1869.
(1) Les éditeurs de Gallica font ici une erreur. Ces deux feuillets correspondent au prélude du IIIeme acte de Siegfried et non à la scène finale du Ier acte (qui se termine par l’air de la forge).
Judith Gautier a relaté la scène de ce touchant cadeau dans le Ch. XXV du Troisième rang du collier, un livre de souvenirs qui raconte ses séjours à Lucerne, où elle rencontra Wagner pour la première fois, et à Munich en 1869.
XXV
J'étais, ce jour-là, invitée à Tribschen pour le « dîner » de 2 heures.
Par le lac, comme d'habitude, un batelier m'amena à la pointe du promontoire et, sans rencontrer personne, je montai par le jardin, jusqu'à la maison. La porte-fenêtre du salon était grande ouverte et j'entendis, dès le seuil, des accords très doux qui venaient de l'étroit sanctuaire où le Maître travaillait!... Osant à peine respirer, je m'assis sur le siège le plus proche, extrêmement émue, troublée, effrayée même : n'était-ce pas indiscret, sacrilège peut- être, de surprendre ainsi le mystère sacré?... Pourtant, quel rare bonheur ! entendre Wagner composer!... Immobile, les yeux ne cillant pas, j'écoutai avec recueillement.
Ce que j'entendais me paraissait d'une suavité incomparable... C'était un enchaînement d'accords, très lents, qui semblaient s'envoler d'une harpe plutôt que d'un piano : une harmonie lointaine, mystérieuse, surnaturelle... J'ai constaté, plus tard, que c'était la première esquisse de l'évocation d'Erda par Wotan, au troisième acte de Siegfried, quand la déesse monte des profondeurs de la terre, pâle, les yeux clos, toute couverte de rosée...
Après quelques instants, le silence se fit, et bientôt Wagner parut, entre les plis soyeux des portières relevées. Il était calme, la face auréolée de ses cheveux d'argent, et ses larges prunelles dardant un rayon plus lumineux encore que d'habitude. Il m'aperçut, figée sur ma chaise.
— Ah! dit-il, vous étiez là?... sage comme une image, car je n'ai rien entendu.
— Pensez donc. Maître, quelle terreur, et quelle extase!... Surprendre Dieu dans sa création!...
— Je vous l'ai déjà dit, il ne faut pas être si enthousiaste ! s'écria-t-il en riant. Cela nuit à la santé.
— Cela fait vivre double au contraire!...
— Eh bien, venez... Moi aussi, j'ai été sage ; venez voir comme je travaille proprement.
Un parfum assez fort d'extrait de roses blanches flotte dans la chapelle ; un jour reposant, tamisé par les verdures voisines, l'éclaire. Quelques dos de livres luisent sur les rayons; le royal ami, dans son cadre d'or, semble vous suivre du regard magique de ses yeux d'un bleu polaire. Aucun désordre sur le piano-bureau ; plusieurs grandes feuilles de papier à musique, la plupart couvertes d'écriture, masquant, par places, le palissandre sombre. Ce que le Maître vient de composer est écrit au crayon, d'une écriture fine, très nette.
— Je recopie à la plume, me dit-il. J'aime que ce soit très clair. Quand je me trompe, je suis furieux.
Je lis, en haut d'une page recopiée : « Siegfried, troisième acte. »
— Justement, s'écrie Wagner, je dois recommencer, là, presque deux pages, parce que j'ai gribouillé...
Et il me montre, au recto de la feuille, trois mesures raturées. Elles le sont, rageusement, par un triple feston, très appuyé, qui forme comme une suite d'e et d'I.
— Que va devenir ce précieux papier?
— Vous le voulez? dit le Maître, qui devine ma convoitise.
— Oh! oui!... Alors il prend sa plume et date, de Tribschen, tout en haut, dans la marge.
C'est le merveilleux prélude du troisième acte de Siegfried, avant l'évocation d'Erda. Il est esquissé sur trois lignes, avec des indications instrumentales et des retouches au crayon. Je ne connais pas encore toute la beauté que recèlent ces deux pages, dont la possession me comble de joie...
La cloche du déjeuner tinte, et j'entends le rire des enfants. On nous cherche. Wagner, galamment, m'offre le bras pour gagner la salle à manger.
dimanche 23 décembre 2018
Friede auf Erden ! Ein Gedicht von Conrad Ferdinand Meyer.
| Quelle : Die neue Zeitung 25.12.1918 |
Friede auf Erden
Da die Hirten ihre Herde
Liessen und des Engels Worte
Trugen durch die niedre Pforte
Zu der Mutter und dem Kind,
Fuhr das himmlische Gesind
Fort im Sternenraum zu singen,
Fuhr der Himmel fort zu klingen:
»Friede, Friede! auf der Erde!«
Seit die Engel so geraten,
O wie viele blutge Taten
Hat der Streit auf wildem Pferde,
Der geharnischte, vollbracht!
In wie mancher heilgen Nacht
Sang der Chor der Geister zagend,
Dringlich flehend, leis verklagend:
»Friede, Friede ... auf der Erde!«
Doch es ist ein ewger Glaube,
Dass der Schwache nicht zum Raube
Jeder frechen Mordgebärde
Werde fallen allezeit:
Etwas wie Gerechtigkeit
Webt und wirkt in Mord und Grauen,
Und ein Reich will sich erbauen,
Das den Frieden sucht der Erde.
Mählich wird es sich gestalten,
Seines heilgen Amtes walten,
Waffen schmieden ohne Fährde,
Flammenschwerter für das Recht,
Und ein königlich Geschlecht
Wird erblühn mit starken Söhnen,
Dessen helle Tuben dröhnen:
Friede, Friede auf der Erde!
Conrad Ferdinand Meyer (1825-1898)
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