dimanche 23 septembre 2018

Sigismund Karpeles - Ludwigs-Fest-Marsch - 1866




Marche pour pianoforte composée en l'honneur de la visite du roi Louis II de Bavière à Bayreuth en 1866 et jouée en Sa présence le 10 novembre de cette année. La musique de la marche (éditée par Wilhelm Schmid, Nuremberg et Munich) a été entièrement mise en ligne sur le site de la Bayerische Staatsbibliothek. On la trouve aussi en ebook gratuit sur google books.

Anecdote munichoise: un Français sur la Wiesn. Quand Catulle Mendès rendait visite à la Bavaria.


Le 26 août 1869, le quotidien français Le National publiait la 12ème note de voyage de son chroniqueur Catulle Mendès qui se trouvait à Munich au moment des répétitions du premier Rheingold à Munich. Catulle Mendès profita de son séjour munichois pour découvrir la capitale bavaroise et relate son étrange expérience de la Wiese. Ce séducteur impénitent et farceur voulut visiter la gigantesque statue de la Bavaria :

"NOTES DE VOYAGE

XII  DANS UNE TÊTE

— Par l'orteil? 
—  Par l'orteil. 

Nous entrâmes. Après une assez longue promenade dans le pied gauche, nous suivîmes la courbe du mollet, l'évasement de la cuisse, la concavité ronde des parties postérieures, et, obliquant vers la gauche, nous nous insinuâmes sous le renflement du nombril. Il faisait très chaud; nous crûmes opportun de nous reposer un instant. Nos forces reconquises, nous entreprîmes l'escalade périlleuse des vertèbres. La caverne pectorale nous sembla capable d'abrite plusieurs bêtes fauves: nous nous hâtâmes prudemment, et, rampant à l'intérieur du cou, franchissant la gorge, nous atteignîmes les mâchoires. Là, nous nous mîmes à rêver. Il faisait de plus en plus chaud; force nous fut de quitter notre redingote. Embarrassé par notre canne, notre parasol, nous fourrâmes le tout dans les narines, et, délivré d'un lest inutile, nous grimpâmes sans trop d'encombre dans les prunelles, où il nous parut bon de nous asseoir, les jambes pendantes hors de la pupille.         

Admirable spectacle! Munich groupait au-dessus de nous ses maisons rigidement alignées, les tourelles pesantes de ses églises, les galeries polychromes de ses édifices ; par delà la ville, se bossuaient dans l'azur chaud, lointaines et gracieuses, les montagnes confuses du Tyrol; et ce paysage immense, brûlé par le soleil de midi, crépitait de lumière. 

La chaleur devenait intolérable. Nous nous mîmes à l'abri sous la boîte osseuse, en tournant nos regards vers la nuque. Par une fente où nous appliquâmes instantanément une excellente lunette d'approche, il nous fut donné de distinguer le Panthéon, vaste monument semi-circulaire aux colonnades doriques. Là sont rangés, sur des piédestaux bas, les bustes des plus grands hommes de l'Allemagne. La tête de Hans Sachs, l'illustre cordonnier, rappelle celles de Gutemberg et de Jean de Leyde ; le baron de Cornélius est voisin du comte de Platen ; on n'oublie plus, quand on l'a vue une seule fois, la tête carrée et sublime du métaphysicien Wilhelm de Schelling. Mais il faisait décidément trop chaud. Nous descendîmes aussi rapidement qu'il nous fut possible, et par le chemin même qui avait vu notre ascension, avec cette seule différencie qn'entré par le pied gauche nous sortîmes par le pied droit. 

Le moment est-il venu de révéler aux lecteurs que le corps complaisant à l'intérieur duquel nous nous étions sournoisement introduit est une épouvantable statue de bronze, auprès de laquelle le colosse de Rhodes aurait l'air de la princesse Félicie? C'est la Bavaria elle-même, vaste femme qui brandit une couronne, pendant que veille à ses pieds un lion pacifique. 

Dans notre précipitation, nous avions oublié une de nos bottes dans l'une des narines de la Bavaria. Nous attendîmes pendant quelques instants, espérant que la statue éternuerait. Elle se garda bien d'en rien faire, et ce fut piteux et boiteux que nous nous traînâmes vers une voiture qui passait. "

Notre  commentaire

Peu de visiteurs de l'Oktoberfest savent que l'Allégorie de la Bavière, la grande statue qui domine la Theresienwiesen, se visite aussi de l'intérieur. Pour quelques euros, on peut pénétrer dans le corps de la BAVARIA, faire un peu d'escalade, et voir l'Oktoberfest comme peu de gens l'ont vue: au travers des yeux de Madame Bavaria elle-même!

L'histoire de la statue est fascinante. Un article bien documenté sur l'histoire de la statue se trouve sur Wikipedia.

La Bavaria se visite d'avril à la mi-octobre, de 9 à 18 H. 






La gueule du lion, vue de l'intérieur

L'escalade vers la plate-forme supérieure

L'Oktoberfest par les yeux de la Bavaria

Un angle intéressant sur la couronne de glands brandie par la Bavaria

Vue de la plate-forme sur Saint-Paul




Le regard intérieur de la Bavaria






Crédit photographique: Luc Roger

samedi 22 septembre 2018

Le Who's Who du Rheingold munichois de 1869 par Catulle Mendès.

Le 30 août 1869, le quotidien français Le National publiait la 16ème note de voyage de son chroniqueur Catulle Mendès qui se trouvait à Munich au moment des répétitions du premier Rheingold à Munich. "Avant la première représentation", le gratin culturel européen était déjà arrivé dans la capitale bavaroise. Qui était qui, c'est ce que nous apprend cet article. Ambiance munichoise avant la création d'un opéra majeur.


Le National du 30 août 1869

"Qu'ils s'apprêtent à rire, ceux que les beaux enthousiasmes font rire. Rien ne saurait nous être plus agréable que leur ironie. Ils outragent. Nous adorons. Lequel vaut mieux? Soeur cadette de la Poésie, la Musique est devenue, grâce à Richard Wagner, l'égale de son aînée. Et nous sommes les confesseurs prêts au martyre de cette jeune et puissante divinité. Nous vous disions bien qu'il y aurait de quoi rire! 

Capitale du monde musical moderne, Munich voit accourir en foule des pèlerins ardents. 

Hans Richter
Liszt est arrivé le premier. Cet artiste illustre, le plus ancien grand-prêtre de la musique nouvelle, assistait hier à une répétition du Rheingold. A la fin de la soirée, il a rencontré le maître de chapelle Hans Richter, qui venait de diriger l'orchestre, et il l'a embrassé. Hans Richter pleurait. N'est-ce pas du dernier bouffon?

A propos de ce maître de chapelle larmoyant, racontons  une historiette (1):

Un jour, à Munich, la salle du Théâtre-National regorgeait de spectateurs, parce qu'on allait représenter Tristan et Iseult. C'était au temps où Hans de Bulow tenait le bâton de chef d'Orchestre. On ne se hâtait pas de commencer; les spectateurs donnaient des signes d'impatience. Quel obstacle pouvait bien être survenu ? Voici. Un musicien était devenu tout à coup malade, et c'était justement celui qui devait sonner, au second acte, l'air de chasse de Tristan. Que faire? Comme Aymeri, dans l'Aymerillot de notre admirable et bien-aimé maître Victor Hugo, se présente à Charlemagne et lui dit: " Je prendrai Narbonne," un jeune homme aux grands cheveux blonds et touffus s'avança vers Hans de Bulow et lui dit : 

- Je sonnerai la chasse de Tristan. 
- Vous savez jouer du cor? demanda chef d'orchestre. 
- J'en jouerai, dit l'inconnu. 

Et, une heure plus tard, Hans Richter prit Narbonne. Deux mois après, la toile allait se lever et on allait entendre les premières mesures du prélude de Lohengrin, lorsqu'un des violons, celui justement à qui était échue une des parties les plus compliquées, fit tout à coup défaut. Hans de Bulow se désolait et disait : 
- Qui le remplacera? 
- Moi, dit un jeune homme aux grands cheveux blonds et touffus. 
- Vous savez jouer du violon? demanda le chef d'orchestre. 
- J'en jouerai. Et Hans Richter prit une seconde fois Narbonne. Le lendemain, le premier acte des Maîtres Chanteurs de Nuremberg était déjà commencé, quand l'artiste chargé du rôle de Pogner fut pris d'un enrouement subit et complet. Grand émoi dans les coulisses. Quel parti prendre? Interrompre la représentation?impossible; le roi était dans la salle. Faire une annonce? extrémité désastreuse. Un jeune homme demanda à parler an premier régisseur et lui dit : 
- Je me charge du rôle. 
- Est-ce que vous savez chanter?
- Je chanterai. 
- Est-ce que vous savez jouer la comédie ? 
- Je jouerai. 
Et Hans Richter prit Narbonne pour la troisième fois! Aujourd'hui il est maître de chapelle au Théâtre-National de Munich. Bien qu'il soit âgé de vingt-huit ans à peine, ses confrères d'Allemagne le saluent du nom de Maître. Voilà assurément un homme qui ne sait pas la musique, et, s'il pleurait hier soir dans les bras de Liszt, c'était à cause d'une sensibilité ridicule. 

En même temps que l'auteur de Sainte-Elisabeth arrivait de Rome, - Mme Pauline Viardot est venue de Bade et M. Ivan Tourgienief est venu de Saint-Pétersbourg. Mais Mme Pauline Viardot, qui est une grande artiste, ne saurait juger sainement un opéra. Quant à M. Ivan Tourgienief, c'est le meilleur poète de la Russie, et on sait que les poètes sont des gens sans importance. De Russie encore sont accourus Rubinstein, l'admirable virtuose, le comte Frédro, chambellan du czar, et Serow, le compositeur célèbre. La Pologne est représentée par Mme la comtesse Mouchanof, qu'on appelle en France Mme de Kalardji et à qui Théophile Gautier dédia la Symphonie en blanc majeur. Le pianiste Brassin est venu de Bruxelles, et le sculpteur Godebski est venu de Carrare. Lassen a quitté Weimar pour Munich. Mlle Augusta Holmès, cette rare musicienne, cette enfant irlandaise qui fait songer à ce vers de Wagner: "Du wildes, minniges Kind," Saint-Saens, un des plus sûrs espoirs de la musique française, et Pasdeloup, qui a initié la France à un art nouveau, n'ont pas reculé devant les longues heures de voyage qui séparent Paris de Munich. Obstinément dévote au dieu qu'elle encense, Mme Judith Mendès avait donné l'exemble, et Liszt lui a dit : « Vous êtes la patronne des musiciens, " Compliment d'artiste et d'abbé. Et de toutes les villes de l'Allemagne se sont précipités les maîtres de chapelle, les compositeurs, les virtuoses. Et l'Italie a envoyé des artistes sans nombre, et M. Garcias est accouru d'Angleterre, et M. Lindau, qui signe à la Revue des Deux-Mondes de si remarquables articles, ayant appris à Yokohama qu'on allait représenter le Rheingold à Munich, est venu du Japon pour entendre le nouvel opéra de Richard Wagner! Et demain, après-demain, s'empresseront de nous rejoindre le musicien russe Arantchewski, le poète français Georges Lafenestre, l'éditeur Fraxland et vingt autres, et, seul, M. Azévédo ne sera pas là.   

Quel accueil fera le public à l'oeuvre encore inconnue de Richard Wagner? Quel jugement porteront sur elle les musiciens, les gens de lettres et les gens du monde attirés de si loin? Nous croyons à un triomphe retentissant, et, quand justice aura été rendue, s'il arrive à un ou deux hommes infiniment spirituels de raconter dans des journaux également spirituels qu'ils ont surtout remarqué dans le Rheingold un solo de canard et un duettino de chouettes, alors, il ne manquera plus rien à notre joie. 

CATULLE MENDÈS. 

(La suite prochainement.) "

Commentaire

12 années plus tard, Catulle Mendès publiait son célèbre roman Le Roi vierge. Il est piquant de constater que dans ce ce roman à clé Mendés mettra en scène certaines des personnalités présentes à Munich à la première de l'Or du Rhin, tels la Comtesse Mouchanof et le comte Frédro.

(1) Pour bien comprendre cette historiette il faut savoir qu'en 1867 Hans Richter fut nommé sur la recommandation de Richard Wagner chef de choeur puis chef adjoint adjoint de Hans von Bülow à l'Opéra de Munich. Au moment de cette anecdote ils sont tous les deux présents.

vendredi 21 septembre 2018

Le roi de Bavière inspira 'La part du Roi' la deuxième pièce de Catulle Mendès

Le quotidien parisien Gil Blas consacre une large part de son édition du 9 février 1909 à la vie et à l'oeuvre de Catulle Mendès, tragiquement décédé deux jours auparavant. En page 3, Jean-Bernard, l'éditorialiste de la rubrique A l'extérieur, y raconte une amusante anecdote qui concerne la genèse de la Part du roi, la deuxième pièce de théâtre qu'écrivit Catulle Mendès, qui, si l'on en le Gil Blas, fut indirectement inspirée par le roi Louis II de Bavière. Cette petite comédie en vers fut publiée par l'éditeur Jouaust en 1872.

" A L'EXTÉRIEUR

Les coulisses diplomatiques nous fournissent, parfois, des anecdotes littéraires qui trouvent leur place au courant de l'actualité.

La mort de Catulle Mendès nous remet en mémoire une petite histoire qu'il nous raconta lui-même au cours d'une conversation, dans cette forêt de Saint-Germain, où il aimait parfois deviser avec quelques amis.

Ceux qui sont au courant des annales du théâtre savent que la première pièce de Catulle Mendès fut jouée au théâtre du Capitole de Toulouse, alors que le poète portait encore la tunique de lycéen ; cette première pièce avait pour titre : Les Jarretières de ma femme.

La seconde pièce fut écrite après la guerre [franco-allemande de 1870, Ndlr] ; c'est une comédie en vers en un acte, la Part du Roi, qui fut jouée à la Comédie-Française en 1872, par Bressant et Mlle Croisette. Cette pièce a même une petite histoire, qui, par le milieu où elle se déroule, permet de la raconter sous cette rubrique un peu grave : A l'Extérieur, réservée d'habitude à l'examen des problèmes parfois compliqués qui mettent en jeu les intrigues internationales.

Catulle Mendès venait d'arriver à Paris, et il rencontra, dans le même hôtel où il était descendu, une dame de province, riche, une quarantaine de mille livres de rente, fort jolie et qui allait à Munich. Mendès y allait aussi ; ils firent route ensemble. A ce sujet, Catulle Mendès, qui, lorsqu'il était de bonne humeur, n'engendrait pas la mélancolie, me donna des détails qui étaient gais, mais n'ajouteraient rien à notre feuillet d'histoire contemporaire.

C'était au moment où Munich, bien avant Bayreuth, jouait les œuvres de Wagner, et Catulle Mendès allait assister à la première représentation de l'Or du Rhin [à l'été 1869].

— Qu'allez-vous faire, à Berlin, demanda le poète à la jolie dame.

— Je vais, lui dit-elle, jouer le rôle de Lola Montès.

C'était une de ces bourgeoises que les lectures de Mme Bovary avaient détraquée ; elle se croyait bien supérieure à son mari, un agent de change de province, qu'elle avait quitté, rêvant de devenir la maîtresse de Louis II, le roi de Bavière, qu'on disait être vierge.

Le moment était, du reste, favorable. Louis II venait d'avoir une brouille avec son cher Wagner ; la compagne de voyage de Catulle Mendès possédait des lettres d'introduction pour le roi. Elle fut reçue par lui, mais ne réussit pas, et Louis II ne lui donna pas à jouer le rôle que Lola Montès avait rempli auprès de Louis Ier, son prédécesseur. Elle revint à Paris et se réconcilia avec son mari. 

Partant de cette idée, une femme allant à la conquête d'un roi, Mendès renversa la proposition et mit en scène un prince partant pour la conquête d'une femme, d'où est née : La Part du Roi.

Comme quoi les vicissitudes de la politique étrangère servent parfois les poètes.

Jean-Bernard. "


Note

Si La Part du Roi de Mendès a été inspirée par l'anecdote ferroviaire qu'évoque le Gil Blas, le scénario de cette pièce ne concerne en rien le roi Louis II de Bavière. Comme l'indique la notice bibliographique qui accompagne une des éditions du texte, c'est la chimère d'une jeune actrice "qui avait peut-être rêvé d'être la favorite d'un jeune roi du pays des fées" qui a inspiré l'auteur du Roi vierge.

Concours ARD 2018 - Deuxième concert des lauréats au Prinzregententheater de Munich.

Deuxième concert des lauréats  hier soir au Prinzregententheater accompagné par le  Münchener Kammerorchester mené par son Premier violon est Madame Yuki Kasai.

Mihály Könyves-Tóth

Ce fut le Hongrois Mihály Könyves-Tóth qui ouvrit la fête avec le Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur (Hob. VIIe/1) de Joseph Haydn, que le compositeur autrichien  composa en 1796 pour Anton Weidinger, un célèbbre trompettiste déjà évoqué hier pour son invention d'une trompette à clé capable de jouer tous les degrés de la gamme chromatique. Mihály Könyves-Tóth a remporté le deuxième prix ainsi que le prix du public. Le trompettiste qui joue  dans l'orchestre de l'Opéra national de Hongrie avait déjà remporté le concours international de trompettes de Budapest en 2013 et le deuxième prix du 68ème concours international de musique du printemps de Prague en 2016. Hier soir il exécuta sa partie de manière aussi brillante que joyeuse devant un public ravi de retrouver son favori.

Takehiro Konoe

La deuxième oeuvre interprétée fut le Concerto pour alto et orchestre de Franz Anton Hoffmeister ,
composé en 1800. C'est un des rares concertos pour alto qui, pour cette raison, est très souvent exécuté en concours, et constitue le test par excellence pour les altistes . Hier soir il fut interprétéeavec une sensibilité très intériorisée par le japonais Takehiro Konoe, né à Amsterdam,  qui a su en explorer toute la gamme de couleurs et de nuances et nous partager sa conception raffinée de cette belle oeuvre. Le public a donné une énorme ovation à ce musicien délicat et discret, timide même si l'on en croit le fait que les applaudissements ininterrompus ne sont pas parvenus à le faire revenir sur scène pour un quatrième rappel.

Trio Marvin

L'événement musical de la soirée eut lieu après l'entracte avec la prestation puissante, magistrale du Trio Marvin qui a interprété les fulgurances et les paroxysmes des Episodi e canto perpetuo de Peteris Vasks. Le trio international germano-russo-kazakh nous a entraîné dans un voyage empli d'atmosphères  tendues dans les misères, les déceptions et les souffrances de l'amour, qui constituent l'épicentre du canto. L'oeuvre du compositeur est pleine de bruits et de fureurs avec ses thèmes puissants et agressifs et son ironie parfois grinçante; elle se termine cependant de manière plus apaisée: son intensité diminue graduellement et finit dans des sonorités plus douces et lumineuses, le calme après la tempête, avec un final porteur peut-être d'un espoir de réconciliation. Vita Kan au piano, Marina Grauman au violon et Marius Urba au violoncelle ont chacun une personnalité très marquée, qu'ils gardent pleinement et sans concessions dans l'exécution de l'oeuvre, un atout majeur qui fait la force de ce trio.

Milan Siljanov

En clôture de programme, le baryton-basse suisse Milan Siljanov, deuxième prix et prix du public dans la catégorie Chant, a interprété trois arias de Mozart: deux airs de Figaro "Se vuol ballare, Signor Contino" et "Tutto è disposto - Aprite un pò quegli occhi", et le grand air de Leporello "Madamina, il catalogo è questo". Milan Siljanov, qui faisait partie de l'opéra studio de l'Opéra de Munich, a intégré cette saison la troupe du Bayerische Staatsoper. Il a hier soir à nouveau ravi le public avec ses mimiques accentuées, très commedia dell'arte, roulant des yeux et jouant de la pupille, carrant ses mâchoires et modulant les lèvres de multiples façons, brillant dans l'art de la composition  expressive du visage, pour une interprétation d'assez bonne tenue.

jeudi 20 septembre 2018

Ludwig contre la politique de la peur et de l'exclusion. Manif le 6 octobre à Ratisbonne.


Superbe utilisation de l'image du roi de Bavière pour annoncer une manifestation contre la peur et l'exclusion le 6 octobre 2018 à Ratisbonne (Regensburg). La Bavière pour la diversité !(Bayern bleibt bunt!) Bravo à l'artiste!

Concours ARD 2018 - Premier concert des lauréats au Prinzregententheater de Munich.

Les concerts des lauréats sont toujours un moment très attendu qui vient couronner le Concours musical international de l'ARD, trois soirées de concert au Prinzregententheater de Munich pour les deux premières, et en la salle Hercule de la Résidence pour la dernière. La première a eu lieu hier soir, les lauréats y étaient accompagnés par Münchner Rundfunkorchester placé sous la direction dynamique et souriante d'un Andriy Yurkevych très attentif au bien-être et à la mise en valeur des solistes.

Célestin Guérin
En début de soirée on a pu entendre le concerto pour trompette en mi majeur de Johann Nepomuk Hummel  que le successeur de Haydn dans l'orchestre de la cour de Nikolaus II,  prince Esterházy , avait écrit pour marquer son entrée en fonction le  jour du Nouvel An 1804. Ce concerto avait été écrit pour le célèbre Anton Weidinger, l'inventeur de la trompette à clé. Le lauréat Célestin Guérin, un jeune Français de 26 ans aujourd'hui trompette solo à l'Orchestre national de Lorraine, qui a obtenu le deuxième prix dans sa catégorie, a exécuté avec brio la partie du soliste avec une sensibilité exquise dans l'andante et une agilité virtuose décoiffante dans le rondo. 

Le concerto de Hummel fut suivi par le troisième trio pour piano et cordes en do majeur de Bohuslav Martinů, un trio que le compositeur écrivit dans la maturité, - il était alors âgé de 61 ans. Il fut magistralement interprété par le trio sud-coréen Lux, un trio dont les trois interprètes semblaient possédés par la musique, donnant un andante délicat et inspiré. Troisième prix ex-aequo, le trio Lux a également vu sa prestation recueillir la faveur du public qui lui a attribué son prix. 

Le chant clôtura la première partie avec la lauréate Ylva Sofia Stenberg qui interpréta successivement  "Durch Zärtlichkeit und Smeichel", l'air de Blondchen dans l'Enlèvement au sérail suivi de l'air de Norina "Quel guardo il cavaliere" extrait de Don Pasquale. Troisième prix, la soprano suédoise a livré une prestation de belle facture technique mais empreinte d'une sagesse un peu scolaire dans l'expression du jeu de la séduction.

Yucheng Shi

Après l'entracte ce fut au tour de l'altiste Yucheng Shi d'interpréter la partie solo du Schwanendreher , un concerto pour alto que Paul Hindemith, lui-même altiste réputé, composa durant l’été 1935 pour un orchestre dont la caractéristique la plus remarquable est qu'il ne comporte ni violons ni altos si ce n'est celui du soliste. L'oeuvre, dont le titre  désigne le cuisinier chargé de rôtir à la broche les cygnes, a été inspirée par un recueil de chansons populaires, l’Altdeutsches Liederbuch.  "Un ménestrel rend visite à une joyeuse assemblée et joue pour cette dernière plusieurs musiques venant de loin, chansons joyeuses ou plus graves avec une danse en guise de final. Avec son imagination et sa dextérité, il orne et développe les vieux thèmes avec fantaisie ", avait écrit Paul Hindemith en préface de son concerto, et ce sont très précisément ces atmosphères variées qu'est parvenu à rendre le jeune altiste chinois, qui a su conquérir le public par la grande sensibilité, très intériorisée, dans l'interprétation de cette oeuvre qui ne manque pas d'embûches. 

Mingje Lei

La soirée s'est terminée par le feu d'artifices vocal que nous a offert un jeune ténor, chinois lui aussi, Mingjie Lei, qui intègre à partir de cette saison la troupe de l'Opéra de Stuttgart, une brillante recrue pour le Staatsoper de la capitale du Bade-Wurtemberg. Benedikt Schregel, le présentateur de la soirée, racontait l'admiration du tout jeune Mingje Lei pour Fritz Wunderlich. Encore enfant, il était tombé sous le charme des cds du grand ténor allemand sans comprendre  le premier mot de ce qu'il chantait mais dont il s'efforçait d'imiter le chant. Bien lui en a pris puisque aujourd'hui il est devenu un ténor solaire doublé d'un excellent acteur, avec un allemand et un italien impeccables, et un sens inouï de la scène. Il nous a offert un émouvant Tamino avec "Die Bildnis ist wunderschön" et des "Ich fühle es" d'une sensibilité exquise, suivi du "Spirto gentil" de Fernando dans La Favorite. Mingje Lei a reçu les applaudissements très nourris d'un public qui aurait adoré un encore, ce qui hélas pas n'est pas d'usage lors du concert des lauréats. un ténor dont on aura plaisir à suivre la carrière!

Une vidéo de la soirée est accessible gratuitement en ligne sur le site de BR Klassik.
Crédit photographique: ©ARD Wettbewerb 2018