mardi 4 septembre 2018

1904. Un opéra inédit de Wagner retrouvé dans les papiers posthumes du roi Louis II.




Le 3 juillet 1904, le Ménestrel rapportait l'information suivante :

"Toute l'Europe est surexcitée par la découverte sensationnelle qui vient d'être faite en compulsant les papiers posthumes du roi Louis II de Bavière. On a trouvé un nouvel ouvrage de Wagner; la musique et le libretto sont terminés; il y a même des indications de mise en scène. Une notice, écrite par le roi défunt, explique pourquoi l'on n'entendit jamais parler de cet opéra. Il fut écrit pour Louis II seul, et ne devait être représenté que devant lui et ses invités. Mme Wagner a réclamé l'oeuvre comme sa propriété, mais les juges furent d'avis que la partition devait être considérée comme faisant partie du patrimoine de la nation. Le titre du nouvel ouvrage est Sarah. Le sujet est extrait de la Bible. Au premier acte, qui sert d'introduction, la création du monde est figurée musicalement et scéniquement. On entend un choeur immense d'anges invisibles. Les paroles que Dieu prononce pour donner l'existence aux choses et appeler à la vie les êtres sont dites par six basses chantant ensemble à travers un gigantesque porte-voix construit de manière à prêter au son un volume colossal. L'acte se termine par un tableau représentant le paradis terrestre avec l'arbre de la science du bien et du mal derrière lequel Adam et Eve disent un duo d'amour. Les personnages du drame humain sont Abraham, Sarah, Agar, Isaac et Ismaël. Il y a plusieurs scènes à sensation, par exemple le Déluge universel, la Destruction de Sodome et Gomorrhe, la Prise de Babylone... Le finale est une apothéose de 5 prophètes et des sibylles, figurés par des hommes et des femmes jouant de la harpe, du violon et des instruments à vent. La durée du spectacle est de quinze heures, mais Wagner a ménagé un premier entr'acte pour le lunch, un second pour le dîner, un troisième pour dormir, un quatrième pour le déjeuner du lendemain et ua cinquième pour le lunch du second jour. En vue d'une exécution éventuelle de Sarah, des lits seront préparés au théâtre même. M. Conried n'a pas encore câblé à l'intendance de Munich relativement à cet opéra. D'autres offres vont être prises en considération. 

Voici, certes, un scénario tout fait pour les musiciens de l'avenir."

Précisons que cet article du Ménestrel était introduit de la manière suivante:

"Un journal humoristique américain, Town Topies, a publié, comme lui venant de Munich, la lettre suivante, beaucoup trop longue pour ce qu'elle renferme; nous traduisons en abrégeant".

Fake news de 1904...

lundi 3 septembre 2018

Melanie Kurt en Brunhilde

in The Patriot (Indiana), 3 juin 1916

Melanie Kurt (née le 8 Janvier 1880 à Vienne - décédée le 11 Mars 1941, à New York) fut une soprano autrichienne, et une importante chanteuse wagnérienne.

Elle étudia le piano à Vienne puis travailla sa voix à Berlin avec Marie Lehmann, la sœur de la  célèbre Lilli Lehmann.

Elle fit  ses débuts à Lübeck en Elisabeth dans Tannhäuser en 1902.Elle se produisit ensuite  à Leipzig, Braunschweig et enfin à la Staatsoper Unter den Linden et à la Deutsche Oper de Berlin.

Elle rencontra le succès à Covent Garden, au Festival de Salzbourg,a La Scala, à la Wiener Staatsoper, à la Semperoper et l'Opéra national de Bavière.

En 1914,elle fit ses débuts au Metropolitan Opera renant la succession d'Olive Fremstad comme soprano wagnérienne  pour trois saisons.

Son contrat prit fin lorsque les États-Unis  déclarèrent la guerre à l'Allemagne en 1917 et que les opéras de Wagner furent interdits. Kurt resta cependant aux États-Unis jusqu'en 1919

À son retour,elle chanta à Berlin, Leipzig, Stuttgart, Dresde, Vienne et au Festival Wagner de Sopot en  Pologne) (1922)-

Parce qu'elle était Juive, elle retourna à Vienne pour échapper au nazisme, et émigr aux Etats-Unis lors de  l'Anschluss.

Ses meilleurs rôles furent Isolde, Aida, Amelia, Fidelio, Pamina, Donna Anna.et la Maréchale. Elle interpréta également Gluck et Haendel.


La Mort du Roi de Mathias Morhardt, une pièce de théâtre oubliée

La vie et l'oeuvre du roi Louis II de Bavière ont inspiré de nombreux écrivains dramatiques francophones dont les pièces ont connu des succès divers et sont souvent tombées dans l'oubli. C'est le cas de la Mort du Roi de l'écrivain dramatique français d'origine suisse Mathias Morhardt, qui remporta un grand succès tant lors de sa création genevoise en 1913 que lors de sa reprise en 1914. Au moment de sa production, la presse parisienne et suisse  y consacra de longs articles très élogieux. Ce n'est pour l'instant que par le truchement de ces articles que nous pouvons l'évoquer, car le texte ne semble pas en avoir été édité. La pièce connut un tel succès qu'elle fut traduite en polonais et devait être montée à Varsovie, mais cette entreprise fut arrêtée net par la censure russe qui interdit la pièce.

Après une brève présentation de la biographie de l'écrivain, nous tenterons d'approcher cette pièce inspirée de la vie du roi de Bavière, en compilant divers articles de journaux que nous avons pu retrouver dans les archives en ligne.

Mathias Morhardt peint par son ami Ferdinand Hodler

Mathias Morhardt 

* 15.5.1863 Genève, † 9.4.1939 Capbreton (F). ∞ 1891 Marguerite Laboulais.

Né à Genève en Mathias est le fils de Kitty Döhner et de Jean-François-Émile Morhardt, un horloger qui fut aussi chancelier de la république. Il est le frère du docteur Paul-Émile Morhardt.

Tout jeune, il fut attiré par les lettres et le journalisme. C'est ainsi qu'après des études au collège Calvin, il entre vers 1881 en tant que collaborateur à la Tribune de Genève et devient le rédacteur en chef d'un journal satirique genevois, Le Carillon de Saint-Gervais.

Installé à Paris en 1883, il y sera journaliste, essayiste, écrivain et critique d’art. Il donne des poèmes à plusieurs publications telles que la Revue contemporaine. En 1888, son ami Émile Hennequin le fait entrer au Temps. La même année, il est naturalisé français en tant que descendant de huguenot français exilé à Genève et en vertu de la loi du 15 décembre 1790 stipulant que "toutes personnes qui, nées en pays étranger, descendent, en quelque degré que ce soit, d’un Français ou d’une Française expatriés pour cause de religion, sont déclarés naturels français et jouiront des droits attachés à cette qualité s’ils reviennent en France, y fixent leur domicile, et prêtent le serment civique".

Il fréquente les cercles symbolistes, publie un drame idéiste,  Hénor (1890), et un recueil de vers Le Livre de Marguerite (1893). Poète, auteur dramatique et critique d'art, il est également connu en tant qu'écrivain engagé : son amour de la justice lui fit prendre parti avec ardeur pour Dreyfus ; pacifiste, il adhère en 1898 à la Ligue des droits de l'homme, dont il est le cofondateur. Son rôle actif dans l'affaire Dreyfus lui valut de devenir  Secrétaire général de la Ligue, un poste qu'il occupera jusqu'en 1911.

Son refus de la violence lui inspire trois pièces sur l’anarchie: La Circulation des idées, La Loi du martyre et L’Esprit nouveau (celle-ci éditée en 1905). Son théâtre sera est joué à Genève en 1913 à la faveur d’une campagne orchestrée par un groupe d’auteurs réunis en 1912 au sein d’un Comité de décentralisation dramatique. Ceux-ci promeuvent l’idée d’un théâtre national genevois et soutiennent la création, les 14, 15 et 16 avril 1913, de sa trilogie allemande: À la gloire d’aimer (publiée en 1903), La Princesse Hélène et La Mort du roi. Cette dernière est reprise l’année suivante en même temps que deux de ses pièces sur la Russie sont créées: Zapone et Outamaroff (19 et 21.4.1914). 

La Première Guerre mondiale stoppe l’entreprise et dès 1914, il écrit très simplement une dizaine de comédies enfantines, créées pour la plupart en famille à Capbreton, dans les Landes, durant l’été 1918, et éditées dans la collection "Le Théâtre de Mademoiselle" (1919-21); parmi celles-ci, La Comédie des objets perdus (21.7.1918) est montée à Paris en 1919 au Théâtre des Arts par la Société coopérative des auteurs dramatiques français, dont il est cofondateur. Sa comédie en trois actes Vocalises est créée à Genève (27.12.1919) . Retiré dès la fin des années 1920 à Capbreton, il enquête sur l’identité et l’œuvre de Shakespeare et publie À la rencontre de "William Shakespeare" (1938).

La mort du Roi - Jehan Le Gal dans le rôle du roi

La Mort du Roi

Nous tenterons ici de présenter tant que faire se peut la pièce de Mathias Morhardt montée à Genève en avril 1913 au départ d'articles de presse suisses et français publiés au moment de sa création en 1913 et de sa reprise en 1914, Les articles les plus significatifs ont été publiés dans Comedia (19 avril 1913), Le Temps (du 21 avril 1913), Le Journal des débats politiques et littéraires (23 avril 1913), Wissen und LebenLa trilogie de Mathias Morhardt, un article de Georges Golay, Band 12 - 1913). La seule photo dont nous disposons actuellement est celle de l'acteur Jehan Le Gal dans le rôle du Roi; elle a été publiée dans la Patrie suisse

Le projet genevois

C'est à l'initiative d'un comité genevois composé d'amis de Mathias Morhardt que trois de ses pièces A la gloire d'aimer, la Princesse Hélène et la Mort du roi, sa "trilogie allemande"y furent montées en avril 1913. Le groupe qui avait assumé de mener à bien cette entreprise difficile s'appelait le „Comité genevois de décentralisation théâtrale". Les membres du comité genevois souhaitaient créer un théâtre national genevois où seraient joués des auteurs de leur pays ou du moins des œuvres inspirées de leur patrie. Aucune des nombreuses pièces qu'il a écrites n'avaient encore été représentées. Pour la première fois ses créations vivaient aux feux de la rampe.

Si la première de ces pièces fut jouée par une troupe de comédiens amateurs  membres du cercle littéraire, la Société genevoise des Amis de l'instruction,  La Princesse Hélène et La Mort du roi,  furent joués sur la scène du Grand Théâtre de Genève par une troupe de comédiens professionnels qu'avait réunie M. Michel Chabance, directeur du théâtre de Nancy.

En dehors de sa trilogie allemande, l'auteur écrivit également une trilogie russe et une trilogie française, et une dizaine de pièces de théâtre pour enfants. 

La Mort du Roi

La Mort du roi est l'histoire d'un jeune souverain que ses médecins et ses ministres jugent atteint de folie, mais qui poursuit le rêve de créer de nouvelles, grandioses et féeriques choses ayant toutes l'art pour l'idéal. Feuerstrom, un sculpteur de génie, déjà âgé, est le seul véritable ami du roi qui vient familièrement le visiter dans son atelier, où se déroule le 2e acte: le roi et le sculpteur, unis par une amitié fraternelle et passionnée, échangent de profondes réflexions sur l'art et sur l'humanité. L'un des plus chers désirs du roi est de faire élever au sommet d'une colline un temple merveilleux qui abritera la statue du Poète, sculptée par son vieil ami et qui aura été coulée en or. Mais les ministres s'épouvantent. Et comme le roi a erré toute une nuit dans le parc, ils sont partis à sa recherche avec les médecins. Ils le rejoignent. Le jeune roi, qui veut vivre libre, les repousse. Réfugié au sommet d'un promontoire, il se précipite bientôt dans le lac, après y avoir jeté son fidèle médecin. 

Au premier acte, nous nous trouvons au palais du roi, dans la capitale d'une province allemande. Au lever du rideau, Donnertwort, président du Conseil des ministres, et Hammerwolf, premier chambellan, s'entretiennent du souverain, de ses coûteuses manies, de la haine qu'il a vouée à ses serviteurs, du trouble mental que sa conduite révèle. Survient le professeur Billingdorf qui enchérit sur ces constatations et déclare tout crûment que le roi est fou. Il convient de lui arracher le pouvoir. Mais comment? Jamais le peuple qui adore son prince ne voudra croire à sa folie. Il accusera les ministres impopulaires de le séquestrer pour les besoins de leur détestable politique, il protestera, il s'insurgera.

Et tandis que les hauts fonctionnaires du roi devisent de la difficulté du cas à résoudre, le roi lui-même fait son entrée. Grand, brun, maigre, l'air fatal, l'oeil hagard, il mêle les discours les plus extravagants aux propos les plus raffinés, les plus subtils, les plus ingénieusement et les plus profondément raisonnables. Il fait part à ses chambellans et à son architecte Weissenkranz de ses rêves grandioses. Il veut incarner l'idéal, sa vision en une œuvre humaine, un temple magnifique, au bord du lac, dans lequel s'élèverait la statue en or du Poète, œuvre du génial sculpteur Feuerstrom.  Il s'exprime parfois en sur-roi et parfois en sous-homme, il montre tantôt tout l'orgueil agressif d'un Frédéric Nietzsche, tantôt tout le pessimisme accablé d'Hamlet, prince de Danemark. Injurieux pour ses ministres. il est paternel jusqu'à la familiarité envers les artistes, ses seuls amis. 

L'acte deuxième se déroule chez le sculpteur Feuerstrom. Le personnage de Feuerstrom qui par instant fait songer au sculpteur Rodin, est dessiné avec piété, avec amour. Ses théories artistiques, toutes les idées qu'il énonce sur les hommes,  l'art et la nature,  sont marquées au coin d'un idéalisme fougueux. Et le langage où il formule ses onéreuses aspirations est d'une remarquable beauté lyrique.  Le roi s'est rendu chez Feuerstrom pour s'entretenir avec lui de projets colossaux et splendide. Feuerstrom, le vieux sculpteur de génie, est au milieu de ses élèves. II expose les idées chères à Rodin. L'Art est l'imitation de la nature et de la vie. La vie est parfaite, l'homme est „un temple vivant qui marche". La nature est incomparable parce qu'elle est la nature.

Les conseillers du Roi surviennent alors et informent Feuerstrom que le souverain a perdu la raison et qu'il sied de l'enfermer. Feuerstrom ne peut les croire: lui et le Roi sont de la même famille. Et lorsque le chancelier Donnertweg lui demande de se faire leur complice pour l'attirer dans un lieu désigné et l'interner, il refuse avec indignation. Ils se retirent.

Le Roi lui-même, comme chaque jour, vient rendre visite à Feuerstrom. Le Roi et l'artiste s'exaltent l'un pour l'autre, et leur dialogue est d'une puissance, d'une ampleur, d'un lyrisme prodigieux.

 „Dire!" — s'écrie le Roi — „qu'il aurait suffi que chaque siècle dressât, à la lisière d'un champ, la silhouette du laboureur, pour écrire l'histoire indestructible de l'humanité."

Au cours du  dialogue de l'artiste avec son prince, on constate qu'à la nervosité, inquiète, marquée  à l'acte précédent par le roi, a succédé,  sur le masque et dans les gestes du souverain, l'enthousiasme le plus confiant. Dans cette société amie, loin des intrigues de cour, devant la jeunesse en fleur du modèle de Feuerstrom et les interprétations glorieuses qu'en font ses meilleurs élèves, le roi apparaît transformé. Il n'est plus ni hargneux, ni injurieux, ni fou. Et l'on comprend le culte que lui vouent ses fidèles amis de l'atelier Feuerstrom et la colère qui s'emparera d'eux quand on leur annoncera tantôt que la roi, privé de sa raison, est déclaré indigne du sceptre et qu'on n'attend qu'une occasion pour proclamer sa déchéance.

Cette occasion ne se présentera pas. Le roi mourra, mais il mourra libre et roi. Au début du troisième acte, sa raison s'est de nouveau obscurcie. Nu tête, l'œil ombrageux, la démarche mal assurée, il parcourt à l'aube le parc royal. Rencontrant deux braves jardiniers qui ramassent les feuilles mortes tombées des arbres séculaires, il engage avec eux une conversation railleuse et pathétique d'une ironie tragique à la Shakespeare. Au palais, cependant, on a remarqué la fugue du roi. Où a-t-il passée ? Quelle nouvelle extravagance prépare-t-il? Et tous ses persécuteurs de s'élancer sur ses traces, chambellans, médecins, président du Conseil. Mais c'est en vain qu'ils appellent le roi et le supplient. Juché sur un roc au bord du lac, d'où il les nargue, le roi, une dernière fois, leur crie son dégoût et sa haine. Il précipite dans le lac le médecin trop audacieux qui a osé porter les mains sur lui ; puis il s'élance lui-même dans le vide. Et le rideau tombe sur cette scène d'une horreur grandiose.

Quelques commentaires des critiques de l'époque

  • L'enthousiasme qui avait accueilli A la Gloire d'Aimer et La Princesse Hélène s'est changé hier en triomphe. Car La Mort du Roi est sans doute la plus forte partie de la Trilogie de Mathias Morhardt. C'est l'histoire de Louis II, roi de Bavière, protecteur de Wagner, qui battait ses domestiques, ruina les finances de son pays en voulant réaliser le rêve énorme de sa folie, et qui se noya dans le lac de Starnberg. La Mort du Roi est une pièce plus générale que l'histoire d'un roi malade et romantique.  On y trouve sur la fatalité, des pages qui ont été acclamées, qui sent plus et mieux que du théâtre, et qui assureront à cette oeuvre la plus digne et la plus légitime des consécrations. L'oeuvre de Mathias Morhardt peut revendiquer sa place entre celles d'Ibsen et de Maeterlinck.
  • Cette pièce est d'une indiscutable originalité, d'une puissance qui ne trouve sa force que dans la vie intérieure. La langue en est sobre, sûre, d'une poésie qui est  celle de la réalité. 
  • La Mort du Roi restera le chef-d'œuvre de Mathias Morhardt. C'est l'histoire du roi Louis II de Bavière, fou redoutable en réalité, mais dont l'auteur a fait presque un dieu « qui veut peupler son royaume d'oeuvres mystiques où il exaltera la nature, seule source de beauté ».
  • Les sujets des pièces de Mathias Morhardt sont, comme on voit, près de l'histoire contemporaine, ou presque. Mais, suivant l'expression du critique parisien J. Ernest-Charles, « ces sujets sont idéalisés, magnifiés, sublimisés. Depuis longtemps, aucun poète dramatique n'a été capable d'unir plus de lyrisme à plus d'humanité. »
  • Si M. Mathias Morhardt  prend ses sujets dans l'histoire, il les dépouille de toutes leurs particularités du moment pour les hausser au rang de sujets universels, universellement humains.
  • La Mort du Roi a connu le triomphe. Ce triomphe est mérité. C'est une œuvre magnifique, énorme, grandiose, éclairée par la flamme du génie. Je le dis parce que c'est ma conviction absolue, profonde. Cette œuvre sera jouée ailleurs, elle sera traduite et prendra place à côté des plus belles œuvres de théâtre que l'on connaisse. Elle est émouvante; plusieurs scènes procurent - sans image - le frisson de la Beauté. 
  • L'art de M. Mathias Morhardt est des plus difficiles à analyser. Il est aussi loin que possible des modes théâtrales actuelles. Son théâtre n'est ni d'action ni de psychologie. C'est peut-être un théâtre philosophique. Mais c'est bien plutôt un théâtre lyrique. M. J. Ernest-Charles, a lui-même jugé qu'il « est le véritable théâtre d'un philosophe lyrique ». Et en effet l'accouplement de ces deux mots donne une assez juste 1'impression de cette œuvre dramatique. Mais ce lyrisme philosophique n'est pas celui de Zarathoustra; il est même tout opposé à celui du héros de Nietzsche. Il n'exalte en effet que l'abandon au courant des passions et du rêve et le mépris des puissances de réalité sous lesquelles du reste sa conclusion est de faire succomber ses révoltés, roi ou femme amoureuse. 
  • Le sublime est  l'atmosphère qui enveloppe tous les personnages de M. Mathias Morhardt. Ils ne se parlent jamais directement, mais emploient des formules oratoires, des aphorismes, des axiomes, de solennelles sentences. Ils conversent comme en rêvant, et leurs propos sont vraiment parfois sublimes. C'est le roi qui profère cette phrase magnifique, que je regrette de ne pouvoir reproduire que de mémoire et sans doute infidèlement : « II eût suffi, pour raconter l'histoire de l'humanité, de dresser, chaque siècle, la statue d'un laboureur à la lisière d'un champ. » Ainsi, la magnificence verbale est le langage ordinaire de ses héros, qui ne cessent jamais d'être éloquents, et c'est comme un long poème en prose qu'ils récitent tour à tour.
  • Il y a chez Verlaine une pièce de vers sur Louis II de Bavière qui trace de ce souverain une image fervente et sympathique. Le Louis II de Verlaine, c'est assez exactement le roi fou de M. Morhardt. 
La production genevoise

Mmes Carmen Riga, Berthe Bourgoin et MM. Paulin, Barbot, Bourgoin, Harry et Fleurant faisaiant partie des interprètes. L'artiste remarquable qui a eu l'écrasante tâche de représenter le roi fou c'est M. Jehan Le Gal, un jeune comédien de Paris.

Les représentations avaient été réglées par M. Michel Chabance, directeur du théâtre de Nancy.

Le triomphe de la dernière représentation avait été si complet - rappels, fleurs, ovations à l'auteur et aux artistes- que, devant une réussite aussi nettement affirmée, le comité a décidé de prolonger les représentations.

La production varsovienne est annulée

La presse rapporta que les représentations de La Mort du Roi, qui devaient être données à Varsovie n'ont pu avoir lieu. A la suite de son succès à Genève, la pièce avait été traduite en polonais. Les rôles étaient déjà distribués en partie. L'un des plus célèbres tragédiens du pays, M. Sloski, directeur du Théâtre Impérial dramatique, devant interpréter lui-même celui du Roi. Mais la censure de Varsovie ayant refusé son visa, la question fut portée devant le service central de Pétersbourg. Et celui-ci vient de prononcer définitivement l'interdiction de La Mort du Roi sur toute l'étendue du territoire russe.

Avis de recherche

Si un aimable lecteur dispose du livret original de la Mort du Roi ou sait où le trouver, merci de nous contacter! 

Synagogue Ohel Jakob (Munich)

La synagogue Ohel Jakob (en hébreu : אהל יעקב - Tente de Jacob) est la synagogue principale de Munich, et fait partie du complexe du Jüdisches Zentrum Jakobsplatz (Centre Juif de la place Jakob), centre de la vie communautaire des Juifs de Munich et de la Haute-Bavière, situé au centre-ville de Munich. Elle a été dédiée en novembre 2006. En plus de la synagogue, le Centre juif comprend un centre culturel et cultuel (avec salles de réunion, école, garderie, centre de jeunesse et un restaurant), ainsi que le nouveau musée juif, dépendant de la ville de Munich, ouvert en mars 2007.

De 1947 à 2007, le Centre communautaire juif et la précédente synagogue principale, ainsi qu'un petit musée, se trouvaient au 27 rue Reichenbach.

La conception de la synagogue et du Centre communautaire a été attribuée au cabinet d'architectes de Rena Wandel-Hoefer et Wolfgang Lorch de Sarrebruck, le 6 juillet 2001, après une mise en compétition en deux étapes. Ce cabinet avait déjà construit la nouvelle synagogue de Dresde.










Crédit photographique: Luc Roger

dimanche 2 septembre 2018

Autour de la poésie de Wagner. Un texte poétique et sensible écrit dans le jardin de Wahnfried en 1927.



Voici un beau texte glané au hasard de nos lectures dans le Supplément littéraire du dimanche du journal Le Figaro du 22 octobre 1927. Un homme de lettres, le marquis Pierre d'Arcangues, né en 1886, l'année de la mort du roi Louis II, assistait cette année là au festival et est allé  un soir méditer dans le jardin de Wahnfried. Il livre avec tendresse et une plume magnifique ses impressions et ses pensées à son fils:

"Autour de la poésie de Wagner

A Bayreuth, le 26 juillet 1927. 
(Cinquantenaire de représentations.)

A mon fils,

... Alors j'entrai dans son jardin. Son jardin! Tu ne comprends peut-être pas très bien ce que cela signifie; d'un côté sa maison, et là, dans la verdure, un grand carré de marbre sa tombe. Tu es petit, pour toi un jardin, c'est seulement de la vie. Mais au fond, tu sais ce que c'est peut-être mieux que moi. Le royaume des légendes, des forêts et des oiseaux, les petits seuls savent y vivre. Tu souris? J'ai dit « Son jardin », mais, vois-tu, son jardin, à lui, ce fut d'abord son imagination fabuleuse et puis aussi le monde entier que sa pensée parcourut; j'ai vu, tout à l'heure, là, sa bibliothèque. Il y a tout. De Platon à Molière, d'Aristophane à Shakespeare, de Dante à Gœthe et à Montaigne. tout, je te le dis. Et puis il y a, tout près, le Rhin aux grands bras puissants, gardien de l'or, la forêt de Würtzburg aux sapins bleus, coupée de clairières, de prairies et de ruisselets au bord desquels s'endormait peut être « Freia »; les carrefours embués par le crépuscule où retentissait le rire de « Wotan ». et puis il y a toute la Bavière, toute la Bavière qui, ce matin d'été un peu lourd, embaume le tilleul. Alors, tu sais, quand on a traversé tout cela pour arriver ici, dans ce jardin, on comprend mieux; je veux dire on sent mieux le génie poétique de Wagner. On le sent mieux parce qu'on sent avec son cœur au lieu de comprendre avec son intelligence et que, ainsi, on va plus loin. Il y a des choses si profondes, parfois, qu'on ne peut les comprendre qu'en se refaisant un coeur d'enfant.

*****

Donc, je suis entré dans son jardin. Là, en face de moi, je te l'ai déjà dit, c'est sa maison, « Wahnfried », ce qui signifie lieu de paix. Sur la terrasse du premier étage en demi lune, bordée de fleurs, je vois, dans un fauteuil, une silhouette un peu cassée, des cheveux blancs : Cosima Wagner, sa femme, quatre-vingt-dix ans, aveugle, mais l'esprit encore éveillé, le souvenir toujours vivant. Sa femme, comprends-tu bien? Et d'abord, sais-tu son histoire ? Je vais te la dire; elle est courte et merveilleuse, c'est la plus belle histoire du monde; elle peut se conter par un seul mot: l'amour. Voilà, l'histoire est finie. Et comme l'amour, c'est de la lumière, il rend beau tout ce qu'il touche. Voilà probablement pourquoi tout ce qui entoura Cosima fut comme frappé de beauté et de noblesse. C'est d'abord la grande figure de Liszt, son père, qui fut pour Wagner profondément bon, qui, loin de concevoir de la jalousie pour son talent, l'aida et crut en lui au moment, où les critiques les plus acerbes traitaient ironiquement sa musique de « futuriste » . C'est von Bülow, son premier mari, dont elle se sépara à vingt-sept ans pour épouser Wagner qu'elle aimait depuis l'âge de quatorze ans, Bülow qui, le cœur brisé, continua à aider Wagner comme si Wagner ne lui avait pas pris sa femme; tout cela parce qu'il s'inclina devant l'amour de Cosima; Bülow qui resta l'ami du ménage, et qui, lorsque le Maître mourut, lorsque Cosima, désespérée, tenta de le suivre dans la tombe, envoya à son ex femme ce télégramme historique « Sœur, il faut vivre ». Où trouver plus de beauté dans l'abnégation? 

Et Cosima vécut. Elle poursuivit l'œuvre. Bayreuth sortait à peine de terre. Elle l'aima d'un souffle passionné; elle s'y consacra et ce fut sa manière de continuer à vivre auprès de celui qu'elle avait perdu. Elle vécut, elle vit encore dans ce dessein. De sa chaise longue elle suit par l'esprit toutes les représentations du cycle, et ce matin, pas plus tard que ce matin, elle a reçu sa femme de chambre en lui disant « Dora, c'est toi? Je songeais quand tu es entrée. Tiens, j'en étais justement au troisième acte de Tristan, tu sais, lorsque Tristan... », et ce fut avec la même passion, avec la même ferveur que, pour la millième fois, peut-être, la vieille femme cassée par le temps évoqua la grande scène d'amour et de mort! Alors maintenant, tu comprends ce qu'est « sa maison ». Et puis, il y a sa tombe, là, devant moi. Elle ressemble à sa table de travail, car elle était en marbre, sa table, comme si, pour écrire ces œuvres titanesques, le granit seul eût été assez noble et assez résistant.

*****

Le Ring des Nibelungen a fini hier dans un triomphe. De l'ensemble de ces représentations il se dégage une perfection que je n'avais jamais vu atteindre. Les voix, les chœurs, l'orchestre, les décors, la lumière concourent à un effet saisissant. Et, là encore, on y sent le sceau de l'amour. Après celui de Cosima, celui de Siegfried Wagner, son fils, subsiste inlassable, comme subsistera, après, celui des petits-enfants. C'est lui qui attise dans le coeur des interprètes le culte de l'œuvre et celui de leur art. C'est là tout le secret de cette perfection.

Puis, du fait de donner à la suite les quatre représentations du Ring, l'œuvre entière prend sa véritable ampleur. Ses côtés si complexes, si touffus, remplis de symboles que l'on n'embrasse que difficilement et lentement si on ne voit qu'une partie, ressortent clairement et il s'en dégage une impression profonde et nouvelle. Le développement du beau caractère de Wotan y décrit sa courbe exacte. Lorsque Siegfried le bafoue et le vainc, notre cœur est étreint plus tristement parce que ce dieu nous est apparu, la veille encore, tout-puissant dans la splendeur de son Walhalla. Le réveil de Brunehilde est plus émouvant parce que nous l'avons vue, la veille, s'endormir et qu'il semble que les flammes n'ont pas eu le temps de s'éteindre autour de son rocher. La sagesse d'Erda est plus profonde, la haine des gnomes, plus compréhensible et, derrière les dieux et les demi dieux, derrière les cimes et gouffres; nous apparaît la signification véritable. Brusquement c'est comme une gigantesque porte ouverte sur l'au-delà. 

*****

Il fait moins clair; l'ombre va descendre; j'ai songé longtemps. Je veux rester encore un moment.

Tout à l'heure, dans le petit salon, à côté du délicieux portrait de Liszt jeune, par Ingres, auprès des masques de Gœthe, de Schiller et de Beethoven, à côté aussi des magnifiques crayons de Lembach représentant Liszt et Wagner, j'ai vu une petite peinture et j'ai ressenti ce quelque chose d'inexprimable qui nous rapproche de l'Eternité; c'est le portrait que le roi Louis II de Bavière envoya à Wagner quand, au lendemain de son avènement, il le fit appeler auprès de lui. Le portrait le représente, lui, Louis II, à cette époque; c'est un jeune homme à la figure douce et rêveuse, le regard profond, un peu égaré, mince, assis dans un fauteuil. Il se dégage de cette figure un charme très sensible et j'évoque tout à coup l'entrée du messager dans la chambre de Wagner, au moment où celui-ci, excédé mais non vaincu, endetté, découragé, s'apprêtait peut-être à abandonner la lutte. Il entre; il donne le portrait et l'anneau, le message qui appelle l'artiste. Il redit les paroles du jeune roi. Wagner écoute, saisi. Que dut-il se passer dans son cœur? Cette histoire, belle comme la plus belle légende, ne semble pas être du temps des hommes. Comment croire qu'en réalité elle soit si près de nous! Car, pour réaliser l'œuvre de Wagner, il fallut deux miracles, le génie de Wagner et le cœur de Louis II, deux miracles aussi étonnants l'un que l'autre; et même il en fallut un troisième il fallait que ces deux êtres se fussent rencontrés!

*****

Maintenant, voici l'ombre tout à fait. Les fleurs s'éteignent dans le jardin; je reste seul avec le jet d'eau, seul avec la tombe énorme, pesante, mais trop légère encore pour écraser, le front du génie. J'ose seulement maintenant m'en approcher tout à fait, et je peux, ô Maître, vous parler dans la nuit:

« 0 vous qui dormez là dans un repos, qui sait, peut-être tourmenté encore par des rêves titanesques, dans quel Walhalla poursuivez-vous votre chemin? Vous commandiez aux cuivres et aux violons; vous étiez le Maître, des crépuscules et des nuages; vous saviez les mouvements de la mer et le chant des oiseaux; votre pensée, sans vertige, voguait au bord des précipices et des nuées. Rien n'était assez haut, rien n'était assez difficile; vous fîtes des dieux émouvants comme des hommes et des hommes grands comme des dieux, et même, dans Parsifal, votre rêve s'élève si haut que l'on se demande, ébloui, si Dieu lui-même n'a pas, ce jour-là, tenu votre main! Vous avez emporté avec vous bien des secrets, votre sommeil doit être peuplé de théories, d'orages tumultueux et de matins limpides. à moins que votre âme n'erre dans quelques-uns de ces paysages qui vous furent chers, dans cette vallée, entre Bamberg et Bayreuth, où les sapins fantômes dressent, au bord des prairies, une armée de lances vers le ciel!

» O Maître, tant qu'il y aura des hommes, la haine des hommes forgera de la haine dans les entrailles du monde. Les « Alberich », les « Mime » sont toujours là. Vous les fîtes forger des baumes et des anneaux. Eux, sur l'enclume rouge, ils ont forgé la guerre. Ils en forgeront d'autres. Il faudrait un Parsifal pour leur parler; il faudrait encore une rédemption; et nous n'y pouvons rien!

» Mais qui dira, maintenant que vous n'êtes plus, la beauté des matins rosés, le mouvement des feuilles, le scintillement du soleil dans les branches? Qui conduira les violons comme par un fil magique le long des thèmes merveilleux ? Qui nous prendra d'une main pitoyable, comme vous le faisiez, pour nous mener dans un royaume de noblesse où l'on pouvait oublier un instant la laideur et la souffrance des hommes?. D'autres essayeront. Mais sauront-ils, jamais? Le même arbre ne pousse jamais deux fois »

*****

- Il est tard, j'ai rêvé longtemps. Quel silence dans ce jardin! Je ne sais plus où j'en suis.

Toi, tu comprendras, mon enfant, parce que tu es petit, petit donc tout près encore de Dieu. Je suis sûr que si tu le pouvais, tu saurais mieux que moi expliquer toutes ces choses de la nature qui font la douceur de la vie. Moi, je ne sais pas, vois-tu, je suis trop vieux ou pas assez.

Et c'est alors que je suis sorti du jardin. 

Pierre d'Arcangues.

Ecrit dans le jardin du « Wahnfried»  le 26 juillet 1927."

Source: Gallica / BnF

Esprit es-tu là? Un message spirite de Louis II de Bavière


En dehors des articles déjà mentionnés dans des posts précédents (1), nous avons encore trouvé plusieurs mentions du roi Louis II de Bavière dans la revue Le Progrès spirite,  l'organe de la Fédération spirite universelle, dont un long message de l'Esprit du roi retranscrit par une médium.

1. Le numéro du 5 mars 1898 évoquait la médiumnité du roi:

Il est notoire que l'infortuné et regretté souverain Louis II, de Bavière, fut aussi un puissant médium dont le noble esprit se dégageait souvent des matérialités de la vie terrestre pour se mettre en rapport avec les intelligences de l'au-delà. C'est ce qui, sans nul doute, donna naissance aux bruits malveillants—émanant, du reste, d'une coterie intéressée — et qui coururent, à un moment donné, sur l'état mental du roi.

2. Les numéros des 5 et 20 octobre 1899 retranscrivent en deux parties un long message de l'Esprit du roi:

Première partie (Numéro du 5 octobre 1899)

MESSAGE SPIRITE

Le 25 août dernier, pendant qu'on fêtait la Saint Louis, nore conversation se porta naturellement sur cet anniversaire, et notre pensée s'attacha à l'Esprit de Louis IX de France, qui fut l'un des principaux guides inspirateurs d'Allan Kardec, ainsi que le président spirituel du groupe si sérieux et si important que le Maître avait fondé autour de lui. Cet anniversaire de la désincarnation de saint Louis fut aussi celui de l'incarnation de cette âme d'élite (quoique hélas ! souvent incomprise) qui fut Louis II de Bavière, ce souverain qui cultiva si noblement les arts et les sciences, dont la vie fut un modèle de pureté et dont la fin tragique, mystérieuse, émotionna le monde entier.

Ne pouvant oublier le cher souvenir de plusieurs messages reçus par elle de Louis II, il y a une douzaine d'années, notre soeur « Espérance » nous proposa de nous montrer un de ces messages, qui semble avoir quelque rapport avec certaines prophéties répandues depuis peu. Nous avons cru devoir mettre cette communication sous les yeux de nos lecteurs, en lui conservant son caractère, son tour particulier, et jusqu'à la simplicité de certaines formes littéraires, afin de laisser absolument intacte la personnalité de l'Esprit. (Il est à remarquer que le style de celte dictée d'outre-tombe diffère de celui qui est propre au médium.)

(N. D. L. R.)

*****

Y a-t-il une fleur plus acceptable que celle de la prière pour les souffrants? Mon but est de rapprocher tous ceux qui ont jadis fait le mal contre moi, soit incarnés, soit désincarnés, afin que je puisse leur en faire la lecture pour leur bonheur.

Ne pouvant faire cette lecture que par l'intermédiaire d'un instrument matériel, j'ai tenté, pour arriver à mes fins, d'impressionner l'esprit d'un de mes médiums, afin qu'elle puisse transmettre ces impressions mentales sur le papier.

Ce médium fut ma compagne bien-aimée, dans une existence antérieure (1), mais elle m'avait trompé avec son page d'honneur.

Au comble du désespoir, je lui fis subir une mort violente.

Ce crime, je l'ai expié dans ma dernière existence terrestre, en subissant une mort terrible et violente ! Quant aux instruments de mon supplice, ils ont inconsciemment servi à réhabiliter mon Esprit— déjà épuré par le repentir de cette faute d'un lointain passé. Alors, non seulement je leur pardonnais ma mort pénible, mais je les bénissais du fond de mon coeur.

Me voyant libre, j'ai voulu, dorénavant, me consacrer à l'oeuvre de la régénération de tous ceux qui m'ont fait jadis du mal, — afin qu'ils puissent me rejoindre dans un monde meilleur, où le crime et la calomnie sont inconnus.

Ainsi, pour moi, il est arrivé que ma réparation est accomplie. Ma dernière existence terrestre s'est passée sans tache, car je n'ai jamais fait de tort à personne. Je ne me suis jamais laissé séduire non plus par les tentations de la vie, aussi séduisantes fussent-elles en apparence.

La véritable passion de ma vie était celle de chercher à procurer le bien-être à mes peuples, en leur laissant la conscience libre. Pour ce but, j'ai lutté, pendant toutes les années de mon règne, contre l'envahissement du parti ultramontain, avec ses vieilles superstitions qui ne sont plus admissibles de nos jours.

Afin que mes voeux puissent être réalisés, j'ai poursuivi mes études, avec un enthousiasme sans bornes, sur la doctrine spirite; j'étais convaincu qu'elle était la plus pure, celle qui se rapprochait le plus des enseignements du Christ.

Allan Kardec, le maître, l'apôtre de cette foi, avait achevé de former (formuler) une doctrine complète, d'après l'inspiration de ses Guides. C'étaient ses oeuvres qui m'avaient enseigné ma propre foi, et je voulais qu'elles fussent répandues parmi mes peuples. D'autres influences intervinrent pour détourner mes desseins.

Quant à mes ennemis — les leçons qu'ils devront apprendre dans l'adversité ne seront pas perdues, pourvu qu'ils arrivent à comprendre leurs torts envers celui qui ne leur a jamais fait de mal, au contraire, qui n'a voulu que leur bien-être !

Ces ennemis peuvent devenir même les instruments de la réhabilitation de ma mémoire — qu'ils ont ternie par leurs calomnies.

La vérité sur mon histoire sera connue à mesure que les coupables qui m'ont persécuté se repentiront de leurs mauvais actes; car c'est alors qu'ils reconnaîtront leurs torts et qu'ils chercheront la réparation par la confession complète de leurs méfaits, en reconnaissant de vive voix que ma foi inébranlable dans la doctrine spirite avait été le mobile de tous les actes de mon règne et de ma vie.

Que Dieu se hâte de délivrer le monde de toutes les mauvaises traditions qui l'enchaînent aux cultes matériels, si contraires à son bonheur, l'empêchant de recevoir les avantages d'un enseignement qui met sa condition sociale et morale hors des contrariétés de la persécution ou du despotisme. Sans cette régénération dans ses croyances, le monde ne sera jamais heureux.

Que mes peuples se rappellent mes paroles et qu'ils les tiennent dans leurs coeurs !

Ce serait leur meilleur tribut d'hommages à la mémoire de celui qui fut leur roi, de celui qui a voulu leur enseigner la vérité selon les lumières de sa foi — ce qui est la Foi de la nouvelle Dispensation, divinement annoncée par l'Esprit de Vérité (dont Allan Kardec fut l'Apôtre — le Révélateur), et qui est le Consolateur promis avec tant de clarté par l'envoyé de Dieu, le Christ.

Priez, ô mes peuples! que les paroles de celui qui fut votre Roi soient exaucées, et qu'ainsi, en embrassant cette Foi, vous soyez délivrés de vos présents fardeaux matériels et moraux; afin que vous puissiez.devenir libres d'agir selon vos propres et puissants voeux.

ESPRIT Louis DE BAVIÈRE. 

(1) Selon un autre message, ce fut dans le VIe siècle, alors qu'il était duc régnant dans le même pays (Dynastie des Agilolfinger).

(A suivre)

Deuxième partie (Numéro du 20 octobre 1899)

MESSAGE SPIRITE
Suite

Combien de fois n'ai-je pas voulu vous épargner les ennuis de votre fardeau de superstitions ecclésiastiques — tout en essayant de trouver le moyen de répandre parmi vous ces vérités divines !

Mais, hélas ! il était hors de mon pouvoir de faire marcher mon projet, — l'unique, puis-je dire, que j'avais au fond du coeur,

Puisqu'il était pour moi la clef de la porte de votre émancipation; car vous auriez été délivrés de ce joug vieux et étroit apporté par les émissaires de Rome.

Pensez à moi, et, quand vous m'appellerez, je serai avec vous en Esprit, et plein d'amour pour vous, ô mes peuples bien-aimés !

Et je veux que vous m'écoutiez, en me prêtant vos serments dévoués, afin que vous suiviez loyalement les conseils que je vous envoie par mon Esprit, comme jadis vous m'avez toujours suivi et obéi quand j'ai été parmi vous dans mon corps matériel.

Puissent mes voeux être exaucés !

Comptez sur le dévouement de votre roi, — celui que vous avez appelé le bien-aimé de ses peuples, et qui, maintenant, vous appelle tous, tous, à partager sa félicité et ses jouissances dans le Royaume des Cieux — le Royaume de Dieu, — le Roi de tous.

Pour que ce but soit atteint, ô mes peuples! il faut apprendre, étudier, pratiquer les enseignements de la foi spirite, car muni des connaissances de la doctrine spirite, le monde deviendra plus apte à comprendre ces lois, telles qu'elles sont et telles qu'elles ont toujours été.

Cherchez-le dans les oeuvres divinement inspirées d'Allan Kardec, qui a reçu la mission de répandre la Vérité partout, et qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour achever sa tâche. Que Dieu lui accorde les fruits de ses labeurs ! — si pénibles en raison de l'opposition des adversaires ecclésiastiques et temporels, qui n'ont agi que par orgueil et pour la conservation de leur ancien pouvoir sur l'esprit de leurs semblables.

Que les retardataires aient soin de n'être pas surpris dans leur obstination, lorsque, vers la fin de ce siècle, les Errants viendront prendre une autre incarnation parmi les Incarnés!

Il est à souhaiter que les flots de ces réincarnations ne viennent pas engloutir les pécheurs et les viveurs dans leurs vagues impitoyables !

Car alors, mourant de désespoir, ils seraient relégués dans les mondes inférieurs pour expier leur dureté de coeur.

Les enseignements du Maître, Allan Kardec, ayant été écoutés par les âmes fidèles, le moment redoutable n'aura aucun effet mauvais sur elles, puisqu'elles seront préparées, ri'ayant négligé ni enseignements ni pratiques. Pour elles, les événements ne seront point effrayants, quand même les forces de la nature seraient en pleine action; car il y aura des conflagrations, des inondations, des ouragans et des commotions de toutes sortes.

Les peuples de la terre, voyant ces catastrophes, deviendront plus attentifs aux préceptes de leurs Bons Guides Spirituels, et reviendront à la doctrine du Christ, — celle de l'Esprit de Vérité!

(MESSAGE SPIRITE A MES PEUPLES, envoyé par l'Esprit de Louis II, de Bavière, 13 juillet 1887.)

3. Le numéro du 20 juin 1902 revient sur le message de l'esprit de Louis II de Bavière publé en octobre 1899:

PRÉDICTIONS RÉALISÉES

Depuis un assez grand nombre d'années, les communications d'Esprits obtenues dans les groupes spirites avaient laissé entrevoir l'approche des grandes catastrophes destinées à frapper mais à régénérer l'humanité.

Nos lecteurs peuvent retrouver, dans notre numéro du 20 octobre 1899, un message de l'Esprit de Louis II, de Bavière, obtenu le 13 juillet 1887 par la médiumnité de notre soeur « Espérance »,et dans lequel il est dit :

« Les enseignements du Maître, Allan Kardec, ayant été écoutés par les âmes fidèles, le moment redoutable n'aura aucun mauvais effet sur elles, puisqu'elles seront préparées, n'ayant négligé ni enseignements ni pratiques. Pour elles, les événements ne seront point effrayants, quand même les forces de la nature seraient en pleine action

action CAR IL Y AURA DES CONFLAGRATIONS, DES INONDATIONS, DES OURAGANS ET DES COMMOTIONS DE TOUTES SORTES.

Les peuples de la terre, voyant ces catastrophes, deviendront plus attentifs aux préceptes de leurs bons Guides spirituels, et reviendront à la doctrine du Christ, -— celle de l'Esprit de Vérité .

samedi 1 septembre 2018

Esprit es-tu là? Louis II de Bavière n'était-il autre que la réincarnation du Prince Horensab?

Vera Ivanovna Kryzhanovskaia,
la psychographe qui signait J.W. Rochester
Le Roi Louis II de Bavière est-il la réincarnation du Prince Horensab, un prince criminel qui aurait vécu à l'époque de la reine-pharaon égyptienne Hatschepsout (autrefois aussi dénommée Hatasou) et Richard Wagner celle du mage Chitéen, un être des plus malfaisants? Le Dr von Gudden fut -il dans une vie antérieure Grand Prêtre à Memphis? La double mort du 13 juin dans le lac de Starnberg ne serait-elle qu'une répétition d'un épisode tragique qui se serait déroulé sous la 18e dynastie égyptienne quinze siècle avant notre ère, programmée par les lois de la réincarnation?

Voilà une des thèses parmi les plus incongrues qui courut à la fin du 19e siècle dans les milieux spirites français. Cette thèse fut énoncée au détour d'un roman, La Reine Hatasou,  dont l'auteure est Vera Ivanovna Kryzhanovskaia, une psychographe d'origine russe qui aurait écrit des romans en transe médiumnique dont l'auteur véritable n'était autre que l'esprit du Comte John Wilmot Rochester. Ce roman, que l'on trouvait à la vente à la fin du 19e siècle,  semble avoir malheureusement disparu à l'exception d'un exemplaire conservé par la Bibliothèque générale de France, mais on en trouve encore des commentaires dans les revues spirites et des mentions dans les journaux de la même époque. A notre connaissance, les plus importantes des recensions de Reine Hatasou figurent dans le numéro du 1er mai 1892 de la Revue spirite et dans le numéro du 1er août 1900 de la revue bimensuelle L'Echo du merveilleux. 

Après une brève présentation de la dite revue, nous retranscrivons la recension de Reine Hatasou que publia George Malet dans l'Echo du merveilleux pour nous intéresser ensuite à la biographie de la  psychographe Vera Ivanovna Kryzhanovskaia, qui prétendait écrire en transe sous la dictée de Lord Rochester. On trouvera encore en annexe une transcritpion de l'article de la Revue spirite.

L'Echo du merveilleux

La revue bimensuelle L'Écho du merveilleux parut entre 1897 et 1914 sous la direction de Gaston Méry, un essayiste, pamphlétaire et journaliste français d'extrême droite. Disciple d'Édouard Drumont, il fut le rédacteur en chef du journal antisémite La Libre Parole. Il est l'inventeur du terme 'racisme' , qui apparaît pour la première fois dans son roman Jean Révolte. Sa revue l'Echo du Merveilleux consacra plusieurs numéros à authentifier les apparitions mariales de Marie Martel à Tilly-sur-Seulles.

La revue entendait donner le change à ce qu’elle nommait non sans mépris la 'science officielle', en poussant la contestation des avancées scientifiques tout en légitimant les caractéristiques étranges de certains phénomènes : médiumisme, extra lucidité, fakirisme (Papus), composition spontanée, voyance, spiritisme et occultisme, distinguant entre le prodigieux véritable et l’affabulation.

La recension de George Malet

Dans les Reportages dans un fauteuil du numéro du 1er août 1900, George Malet résume un épisode du roman La Reine Hatasou, un roman publié en 1891 qui narre entre autres l'histoire du prince égyptien Horensab. En lisant l'article de Malet, on pourra s'appliquer à déceler les parallélismes entre la vie du prince et celle du roi de Bavière, qui ne serait autre qu'une de ses réincarnations lointaines.


REPORTAGES DANS UN FAUTEUIL 

Le Charmeur de Memphis et la Secret du Roi de Bavière. 

" Je croyais les fantastiques romans d'outre-tombe de lord Rochester un peu oubliés chez les spirites. Mais il n'en est rien. A la suite de mon dernier reportage, j'ai reçu plusieurs lettres m'avertissant que Le Pharaon Mernephta n'est pas le seul récit dicté par l'ombre du spirituel courtisan de Charles II au médium slave Mme W. K. Tant s'en faut: il y a encore Herculanum, les Episodes de la vie de Tibère, l'Abbaye des Bénédictins, La vengeance du Juif, etc. Tous pleins d'intérêt, plusieurs même supérieurs à Mernephta, me disent mes correspondants. En quoi j'ai le regret de ne pas être de leur avis. La plupart de ces romans sont illisibles. Aucun n'a ce charme singulier, cette simplicité parfaite ut déconcertante dans l'inouïsme qui caractérise Mernephta. Pas même cet autre récit de l'antique Egypte, La Reine Hatasou, curieux pourtant, le seul qui mérite d'être lu. J'en analyserai quelques chapitres pour l'explication spécieuse qu'il donne d'un récent et tragique mystère historique [La mort du roi Louis II de Bavière NDLR]. 

La Reine Hatasou (vous ne l'ignorez pas sans doute?) fut un Pharaon de cette XVIII° dynastie dont les règnes représentent l'époque la plus glorieuse de l'histoire de la vieille Egypte. Elle était fille de Thoutmès Ier et sœur de Thoutmès III, dont M. Victor Loret a récemment retrouvé le tombeau ; et pendant la minorité de ce dernier, elle porta virilement la couronne de la Haute et de la Basse-Egypte. En ce temps, vivait près de Memphis un prince apparenté à la maison royale, du nom d'Horensab, très beau, très opulent, mais qui, pour on ne savait quelles causes, avait pris le monde en dégoût. Reclus dans son vaste palais où nul habitant de Memphis n'était admis, il sortait seulement la nuit sur le Nil, dans une barque décorée d'or et de pourpre que douze rameurs noirs et muets faisaient voler sur les eaux sacrées. 

Tentées par la douceur des nuits, d'autres barques flottaient souvent sur le fleuve, pleines de bruits d'instruments, de jeunes voix, de frais éclats de rire, portant les beautés de Memphis et leurs courtisans. Au passage de la barque princière tout se taisait; les jeunes filles regardaient avec avidité ce prince jeune et beau et mystérieux, couché sur des coussins de soie. Quand l'une d'elles lui plaisait, le prince au passage lançait une rose dans sa barque. Et ces roses, -d'une beauté sans pareille, exhalaient un délicieux parfum. La jeune fille, flattée, la respirait en souriant et la mettait à sa ceinture. Et les jours d'après, on la voyait distraite et pâle, n'ayant plaisir qu'à respirer la rose dont l'éclat et le parfum ne diminuaient pas. L'image du beau prince l'obsédait. Elle s'échappait de sa maison pour aller rôder vers le palais du charmeur et ne revenait plus. 

Plusieurs jeunes filles de Memphis disparurent ainsi sans que l'on soupçonnât le prince. Et cependant les bruits les plus étranges couraient sur net immense palais clos, dans les jardins duquel on entendait et voyait la nuit des chants et des lueurs de fêtes et où des centaines de jeunes esclaves, les plus beaux et les mieux faits,  achetés par les intendants d'Horensab, s'engouffraient sans on ressortir. Mais un jour, le prince eut l'imprudence de s'attaquer à une jeune Egyptienne de haute race, Neith, protégée par la Reine, dont elle était la fille inavouée. Malgré le sang du Pharaon, Neith fut fascinée comme les autres par le mystérieux et enivrant arôme et la fière petite patricienne, la rose à la main, les yeux égarés, gravit furtivement l'escalier de marbre du palais du charmeur. 

Cette belle conquête devait le perdre. Neith était aimée d'un officier aux gardes qui la chercha désespérément. Aidé par un prêtre de Phrà, auquel la jeune fille s'était adressée se croyant victime d'un maléfice, lorsque le sortilège de la Rose commençait d'opérer en elle, aidé encore par une femme jalouse et abandonnée, le soldat parvint à s'introduire dans le palais du prince Horensab. Et l'on découvrit des choses monstrueuses : orgies, cruautés, sacrilèges. Des centaines de femmes entouraient d'un culte idolâtrique le prince, impassible dilettante trop raffiné pour céder aux appétits de la chair ; toutes portaient au sein les roses enchantées dont le parfum magique emplissait le palais Ces roses étaient mouillées du suc d'une plante qu'il fallait arroser de sang humain. Et chaque jour une de ces malheureuses était sacrifiée pour la soif de la plante ; après quoi le prince faisait jeter le corps exsangue de la victime dans la gueule flamboyante d'une statue de Moloch. Un vieux mage Chitéen présidait à ces sacrifices. On coupait la langue à tous les esclaves pour que si l'un s'échappait il ne pût rien révéler. 

L'officier et le prêtre, après avoir tout vu, purent s'échapper de cet antre et coururent dénoncer le Prince au Pharaon. Les crimes étaient trop grands pour que la qualité du coupable pût le sauver. Il fut condamné à être enterré vivant dans le temple d'Ammon. Le sorcier Chitéen s'était échappé. La jeune Neith, délivrée, restait encore sous le charme. Le parfum de la rose imprégnait encore son sein et l'image du criminel qu'exécrait toute l'Egypte remplissait son coeur. Un jour le mage parut devant elle : - Si tu aimes encore Horensab, lui dit-il, parviens jusqu'à lui ; remets-lui ce flacon, il sera sauvé. 

Neith accepta le flacon et parvint jusqu'au prisonnier, dont elle baigna de larmes les mains enchaînées. Il eut, dans sa joie, un mouvement généreux. - Enfant, lui dit-il, ton amour seul m'est resté fidèle. Je vais te faire un sacrifice digne de ton dévouement, je vais renoncer à cet amour et t'en guérir. Mouille tes lèvres de cette liqueur; le charme sera délivré et tu ne me verras plus qu'avec aversion. Le reste du flacon suffira, pour me dérober aux rigueurs de mes juges. 

Elle ne voulait pas être guérie de son amour ; mais, éperdue, inconsciente, elle obéit pourtant, et le prince acheva le flacon. Quand ils eurent bu, ils restèrent quelques instants à se regarder avec des expressions diverses : la surprise, la stupeur, le dégoût, une horreur tragique se peignaient sur les traits de la jeune fille; une torpeur glacée, une rigidité de mort s'emparaient du prince. Elle recula et s'enfuit en levant les bras au ciel. Il tomba lourdement sur le sol, comme un cadavre. 

Quand les prêtres d'Ammon-Phrà se présentèrent, pour la cérémonie de l'emmurement, on trouva le prince étendu, rigide, glacé ; on le crut mort, mais il fut décide qu'il serait muré quand même dans l'enceinte d'une petite cour attenant au temple. Une haute et étroite cavité était déjà creusée dans la muraille ; le corps y fut posé debout ; les ouvriers se hâtèrent de replacer les pierres, et le visage redoutable du charmeur disparut à tous les yeux. Au moins, on le croyait... 

Mais voyez ceci : 

La nuit est magnifique. Au ciel d'un azur foncé, la lune resplendit, inondant de ses flots d'argent Memphis endormie. Dans les vastes bâtiments du temple d'Ammon, un profond silence règne, à peine troublé par le cri lointain des veilleurs. Dans une petite cour isolée, les rayons de la lune baignaient une muraille recrépie de frais. Sur cette surface blanche, une tache grise parut tout à coup se former : elle se fonça, devint rougeâtre, ondula comme une vapeur ; cette vapeur se fixa, et la forme très nette d'un homme de haute taille parut suinter du mur. Ses yeux grands ouverts étaient fixes et ternes, ses lèvres frémissantes, ses narines dilatées. 

L'être mystérieux et terrible traversa la cour sans toucher le sol, et disparut dans l'intérieur du temple. Le fantôme flotta le long des corridors et pénétra dans la salle où dormaient prêtresses et chanteuses. Son oeil vitreux se fixa sur l'une d'elles, dont un rayon de lune éclairait le jeune visage : il se pencha sur la dormeuse. Celle-ci se débattit faiblement et s'éveilla. Elle allait crier, mais, fascinée par le regard terrible qui plongea dans le sien, elle retomba sans connaissance. 

Un instant après, le fantôme se relevait et glissait hors de la salle, plus lentement, comme alourdi. Sa victime gisait, décolorée, une plaie rose à la gorge, pendant qu'il disparaissait à travers le mur d'où il avait surgi. 

Le prince Horensab était devenu vampire ! Son flacon contenait un poison destiné à sauver les apparences de la mort. Il pouvait éviter ainsi l'exécution de la sentence et être sauvé par le mage Chitéen. Muré vivant quand même, le prince se trouva dans le cas de maint léthargique trop précipitamment enterré. De ceux-là, les trois quarts périssent; mais certains, parfois, dans des circonstances particulières, s'éveillent dans la tombe, à une sinistre activité. Les êtres qui ont gardé sourdement cet appétit cannibalesque, ancestral, qui se réveille, paraît-il, chez les vieux forçats, sont extrêmement impressionnés par l'influence lunaire (1). Elle transforme leur léthargie en une sorte de somnambulisme lucide, où leurs sens acquièrent une hyperacuité singulière; et comme le corps, puisqu'il vit toujours, a besoin de se nourrir, le somnambule du sépulcre, le Vampire se met en quête d'une victime dont le sang chaud satisfera son appétit à la vieille mode ancestrale. 

La lune l'aide; elle absorbe la pesanteur de son corps; elle le dématérialise au point qu'il traverse le sol, voire même les murs, et se dirige avec une précision infaillible vers la victime que ses sens aiguisés ont choisie à distance, jeune, saine. Il s'abat sur elle, la fascinant du regard, la mord généralement au cou dont il ouvre l'artère et suce tout son sang, à moins qu'il n'en soit empêché. Car, s'il entend un bruit, un être vivant, il fuit, sachant bien que son action est criminelle; avec une vélocité extraordinaire, il regagne son tombeau, guidé par l'instinct qui ramène le somnambule à son lit. Alors, s'il est rassasié, il reprend son immobilité jusqu'à ce qu'une nouvelle nuit de pleine lune l'excite à recommencer sa chasse homicide. La mort de la jeune prêtresse excita grand émoi au temple. Mais. lorsque de nouvelles victimes furent frappées de la même manière dans plusieurs maisons de Memphis, une terreur sacrée régna sur la ville. Le suceur de sang restait introuvable. On s'avisa enfin que les vêtements des victimes étaient faiblement imprégnés de cet étrange parfum qu'exhalaient les roses du Charmeur. Quelques personnes crurent reconnaître le Prince, dans l'Ombre effrayante qui apparaissait silencieusement au bord des fenêtres éclairées par la lune; des mères, paralysées par la terreur, l'avaient vu glisser vers le berceau de leur enfant... Bref, on démura le corps d'Horensab, qui apparut avec l'apparence cadavérique, les yeux ouverts et vitreux. Mais nul signe de décomposition, ce qui parut suspect au grand prêtre. Saisissant le couteau des sacrifices, il le plongea dans la gorge du prétendu cadavre, dont les yeux vitreux s'animèrent soudain et se fixèrent sur ceux du prêtre avec une expression de douleur et de haine mortelle. Puis le regard terrible s'éteignit.

- Mais le secret du roi de Bavière? 

Eh hien, après mainte incarnation, toujours poursuivi par les ombres irritées de ses victimes, le prince Horensab était devenu le roi Louis II de Bavière, et il semblait devoir, sous cette dernière forme, se racheter de ses vieux crimes en partie expiés, lorsque par malheur il rencontra le mage Chitéen en la personne de Richard Wagner. Le mage noir reconquit sa fatale influence sur son disciple. Par sa musique étrange et sauvage, il le ramena aux rêves stériles et malsains. La Roi eût pu se reprendre dans la solitude où il était renfermé comma fou, loin du dangereux Wagner. Mais dans le médecin qui le surveillait, il reconnut justement ce même grand prêtre qui lui avait mis le couteau dans la gorge, à Memphis : de la le désir de vengeance du Roi et cette lutte mystérieuse où tous deux périrent!

GEORGE MALET.

(1) Ai-je besoin de dire que cette théorie du vampirisme appartient à Mme W. K. ou à l'ombre de Rochester? "

*****

Ainsi, selon ce récit, le roi Louis II fut-il un  prince sanguinaire puis un vampire dans des vies  antérieures... On aura remarqué les points communs entre le roi et le prince:

  • Ils sont tous deux de sang royal.
  • Tous deux sont de grande beauté et opulents.
  • Tous deux ont pris le monde en dégoût et vivent reclus  dans de vastes palais.
  • Ils ne sortent que la nuit, le prince dans une barque décorée d'or, le roi dans des carrosses ou des traîneaux décorés d'or.
  • Ils aiment l'un et l'autre les roses.
  • Ils disposent d'un nombreux personnel: les esclaves "les plus beaux et les mieux faits" du prince, les serviteurs recrutés parmi les chevau-légers ou par l'intendant Hesselschwerdt du roi.
  • Tous deux sont amants de la lune. (Louis II, le Roi Lune d'Apollinaire).
  • Ils ne ne succombent ni l'un ni l'autre aux charmes des femmes, tout en jouissant d'un énorme succès auprès de la gent féminine. (Louis II, le Roi Vierge de Catulle Mendès).
  • Tous deux sont des dilettantes raffinés.
  • Tous deux sont jugés, enfermés dans leurs palais et vont y trouver la mort.

La réaction du Progrès spirite aux propos du comte Rochester

Nous avions déjà évoqué l'an dernier, dans un article précédent, la réaction du Progrès spirite, une revue concurrente de L'Echo du merveilleux, qui ne pouvait admettre que la mémoire du roi de Bavière soit ainsi souillée par la mauvaise langue de l'esprit Lord Rochester. (Pour lire notre article, cliquer sur le lien: Esprit, es-tu là? Louis II de Bavière au regard des médiums du Progrès spirite). Les esprits contactés par les médiums étaient volontiers malveillants, et Rochester était connu pour être une langue de vipère.  Les esprits se combattaient parfois par médiums interposés. L'esprit de Louis II avait tenu à ce que sa mémoire soit lavée de toute tache et l'esprit de Rochester s'était amendé.

Vera Ivanovna Kryjanovskaïa, alias J.W. Rochester, alias Mme de Semenoff (1857-1924)

La Bibliothèque nationale de France (BnF) recense cette auteure psychographe sous plusieurs appellations dont l'énoncé pourra être utile au chercheur ou au bibliophile en recherche de l'un de ses romans (en français, on trouve ne trouve que trois romans réédités): Вера Ивановна Крыжановская, Vera Ivanovna Kryjanovskaïa, Wera Krijanowsky, Vera J. Kryjanovskaï, Ročester, J. W. Rochester, Y. W. Rochester, Mme de Semenoff, W. K. 

Vera Ivanovna Kryzhanovskaia, connue également sous son nom de femme mariée Vera Ivanovna Semenova (Varsovie 14 Juillet, 1861 - Tallinn, 29 Décembre 1924) fut une médium psychographe russe. Entre 1885 et 1917 elle écrivit une septantaine de romans et de nouvelles dont beaucoup sont signés sous le nom de Rochester, du nom de  l'esprit qui la possédait. 

Issue d'une vieille famille noble de la province de Tambov, elle nacquit à Varsovie, en Pologne, où son père. le major général Ivan Antonovich Kryzhanovsky, commandait une brigade d'artillerie. Sa mère venait d'une famille de pharmaciens. 

Dès son plus jeune âge, la jeune femme, qui reçut une excellente éducation, s'intéressa à l'histoire de l'Antiquité et à l'occultisme.

Son père décéda alors que  Vera n'avait que dix ans, et cette mort laissa sa famille dans une situation difficile. En 1872, Vera reçut le soutien d' une association de bienfaisance pour l'éducation des filles nobles de Saint-Pétersbourg, où elle put fréquenter en tant que boursière l'Institut Catherine la Grande. Mais la santé fragile et les difficultés financières de la jeune fille l'empêchèrent d'y terminer ses études, qu'elle interrompit en 1877. Elle poursuivit ses études  à la maison.

C'est à cette époque que  l'esprit du poète anglais J. W. Rochester (1647-1680), en profitant des dons psychiques de la jeune fille , se matérialisa et lui proposa de se dévouer corps et âme au service du Bien en écrivant sous sa dictée. Après ce contact avec celui qui allait devenir son guide spirituel, Vera , atteinte de tuberculose chronique, aurait été guérie de cette maladie alors extrêmement grave et souvent mortelle.

Publicité pour les oeuvres de l'esprit de Lord Rochester
dans un journal spirite
Elle commença son travail d'écriture automatique psychographique dans sa dix-huitième année. En 1880, lors d'un voyage en France, elle participa avec succès à une session de médiumnité. À l'époque, ses contemporains furent stupéfaits de son abondante productivité, malgré sa santé fragile. C'est à Paris qu'elle publia en 1886 sa première œuvre psychographique, un roman historique intitulé Episode de la vie de Tibère, oeuvre médianimique dictée par l'esprit de J.W. Rochester. On pense  que la médium fut  influencée par la doctrine spirite d'Allan Kardec, la théosophie d'Helena Blavatsky et l'occultisme de Papus. C'est encore à Paris que  Vera produisit une série de romans historiques psychographes tels que Le Pharaon Mernephtah, L'Abbaye des Bénédictins, La Romance d'une reine, Le Chancelier de fer de l'ancienne Egypte,  Herculanum, Le signe de la victoire ou La nuit de Saint-Barthélemy, qui attirèrent l'attention du public tant par leurs  sujets captivants que par leurs intrigues passionnantes. Son roman Le Chancelier de fer  fut primé par l'Académie des sciences de France.  En 1907, l'Académie des sciences de Russie lui  décerna une mention d'honneur pour son roman  Les luminaires tchèques.

Son mari, S. V. Semenov, occupa un poste à la chancellerie de Sa Majesté et, en 1904, fut nommé camérier du tsar Nicolas II de Russie. Semenov était par ailleurs un spirite célèbre, il présidait le Cercle de recherches psychique de Saint-Pétersbourg.

Dès son retour à Saint-Pétersbourg en 1890, Vera commeça à traduire son oeuvre française en russe, tout en continuant d'écrire de nouvelles œuvres, dont des romans psychographiés.  Un critique russe la qualifia de première dame de la science-fiction russe.

Avec le déclenchement de la révolution russe, Semenov fut arrêté et exécuté dans la  prison Kresty. Vera s'exila en Estonie avec sa fille Tamara, où elle connut les affres de la privation. Pendant plus de deux ans, elle fut contrainte de travailler dans une exploitation forestière, un travail bien au-dessus de ses forces qui affecta sa santé.  Elle mourut de tuberculose en 1924, dans la misère.

L'oeuvre

Avec ses romans historiques psychographes, elle devint la première représentante du roman ésotérique occulte en Russie, où divers journaux publièrent ses oeuvres ( Svet, Mosk. Ved., Novoe Vremia, Rus. Vest., Rodina et Pamsky Mir). Le thème principal de cette production est la lutte universelle entre les forces du bien et du mal et l'interdépendance des forces cachées dans l'être humain avec le cosmos. Dans les ouvrages qu'elle écrivit en écriture automatique, l'esprit de Rochester fait du spiritisme en action. Sous la forme attrayante du roman, et à travers la pluralité des existences, il applique la doctrine spirite à toutes les conditions de la vie de ses héros et héroïnes.

Après la révolution russe, elle fut considérée comme une représentante des courants bourgeoises œuvres, incompatibles avec l'idéal soviétique, furent bannies et détruites. À sa mort, elles furent rééditées en russe en Lettonie et en Allemagne.

L'article d'Adolphe Laurent de Faget dans La Revue spirite du 1er mai 1892

"LA REINE HATASOU

Roman de l'ancienne Egypte, par J.-W. ROCHESTER (W.-K.). 2 volumes in-18 de plus de 800 pages, avec portrait de l'auteur: 7 francs.

Nous sommes heureux d'annoncer la publication d'un nouveau roman philosophique et historique de J.-W. Rochester, l'esprit désincarné auquel nous devons cette série attachante et instructive qui commence à Episode de la vie de Tibère, passe par l'Abbaye des Bénédictins, le Pharaon Mernephtah, Herculanum, et ne s'est point arrêtée à la Vengeance du Juif, dernier ouvrage paru que nous avons étudié ici-même.

La mine est féconde et l'esprit de Rochester a pris à tâche de l'exploiter patiemment, courageusement. II continue sa route vers le progrès, vers la justice et vers l'amour, sans se laisser entraver par les ronces qui barrent le chemin. Si son coeur est blessé par l'indifférence ou le scepticisme d'un grand nombre de lecteurs qui demandent à la littérature moderne de ne refléter que les joies brutales de la matière, que les applaudissements de ceux qui aiment l'idéal lui soient un encouragement suffisant pour qu'il puisse achever son oeuvre avec la certitude d'avoir été compris.

La Reine Hatasou est puissamment écrite. Cet ouvrage met en relief les époques lointaines où le pouvoir des prêtres rivalisait déjà avec celui des monarques, où le fanatisme et la superstition s'alliaient aux premières lueurs de la vraie foi. Que de héros terribles ou gracieux viennent donner à cette oeuvre le reflet charmant ou sinistre de leur personnalité ! C'est d'abord, après le Pharaon lui-même, Neith, la noble fille d'Halasou, dont l'origine a été tenue secrète, ce qui ajoute au roman une délicieuse nuance de mystère; c'est Keniamoun, le brillant officier des gardes, qui aime Neith et sacrifiera son amour au bonheur de la femme aimée ; c'est encore Sargon, le prince chitéen, qui, devenu l'époux de la fille du Pharaon, la poignardera, le soir même de ses noces. Comment oublier Roma, le généreux, l'esprit éclairé, qui, bien que prêtre du temple d'Hator et marié, aimera Neith et sera aimé d'elle, sans franchir la barrière que le devoir élève devant son amour! Une foule d'autres personnages, tous bien saillants, bien en pied, dont le caractère ne se dément pas un seul instant, donnent au roman - par le choc de leurs passions, de leurs haines, de leurs sentiments vils, frivoles ou élevés, une expression originale, puissante et tout le charme d'une étude vécue.

Dans la deuxième partie de cet ouvrage entre en scène le prince Horemseb, parent éloigné d'Hatasou, qui vit - retiré en apparence - dans son palais de Memphis, entouré d'un luxe royal. C'est un charmeur irrésistible qui, par sa beauté, sa distinction naturelle, et surtout par les arômes funestes qu'il répand sur des fleurs qu'il fait respirer à ses victimes, range sous sa loi presque tous les coeurs féminins. Mais ce n'est pas l'amour que rêve le prince : c'est l'éternelle vie. Pour l'obtenir, et sous l'influence de Thaadar, prêtre très versé dans les sciences occultes, il sacrifiera de belles et pures jeunes filles à l'infâme vérité qu'ils adorent, à ce Moloch dont les entrailles embrasées dévoreront tant de précieuses existences ! Enfin, trahi par une femme miraculeusement échappée à l'affreux sort qu'il lui réservait, le prince Horemseb, - dont le pouvoir magique s'est étendu jusque sur la fière Neith, - est arrêté, emprisonné et jugé par les prêtres.

Neith cherche à le protéger de la mort ignominieuse qui l'attend. Elle va le visiter dans son cachot et lui faire boire une liqueur préparée par Thaadar et qui endort le prince. Condamné a être muré vivant, et bien qu'il ne soit plus qu'un cadavre aux yeux abusés des médecins, Horemseb est renfermé dans cette étroite cavité qui doit être en même temps sa prison et sa tombe. Mais la vertu de la liqueur lui rend possible une existence particulière faite de léthargie et de vampirisme, et Horemseb, quoique muré par les prêtres, sort, fantôme odieux, du sépulcre qu'on lui a bâti, pour continuer la série épouvantable de ses crimes. Il devient suceur de sang!

Les spirites en particulier liront avec le plus vif intérêt tout ce qui se rattache à cette redoutable et bizarre existence du vampire, de même que les évocations spirites faites dans les temples et les autres scènes de spiritisme ou de magie que retrace Rochester.

Nos félicitations fraternelles à l'esprit ami qui répand la lumière de nos doctrines en des pages toujours pleines de de logique et de force, qu'il sait encadrer dans les péripéties émouvantes d'un roman à sensation. Remercions-le de travailler avec tant de dévouement et de zèle au bonheur de ses frères en humanité, en éclairant leurs convictions et en élevant leur esprit, tout en charmant leur imagination par des récits charmants et variés. A. Laurent de Faget."

Note 

Les lecteurs qui savent le russe ou le portugais sont avantagés car on trouve des traductions de ce roman dans ces deux langues dans des éditions récentes: ЦАРИЦА ХАТАСУ (aussi en e-book) / Hatasu – a rainha do Egito.

La Bibliothèque nationale de France ne semble disposer que d'un seul exemplaire. On peut tenter sa chance chez les bouquinistes, mais rien ne semble disponible en ligne pour le moment. En français, l'édition de 1891 comporte deux volumes.