mercredi 17 juin 2020

lundi 15 juin 2020

Wagner à lunettes — Une nouvelle création de Stéphane Ingouf — Conversations avec l'artiste

© Stéphane Ingouf — Tous droits réservés.

"On sait que RW n'aimait pas être représenté avec ses lunettes. Nous n'avons donc que quelques caricatures et croquis pris sur le vif. Mais nous venons de retrouver chez un collectionneur vénitien ce portrait peu connu, daté de décembre 1882. La signature est peu lisible mais on peut l'attribuer au graveur Stefano Inogolfo, réputé pour ses illustrations des oeuvres du Maître de Bayreuth"

Voilà qui aurait pu être l'histoire d'une mystification raffinée, mais elle est due à la discrétion amusée du génial artiste qu'est Stéphane Ingouf, qui m'a fait l'immense plaisir de créer ce superbe portrait du Maître et d'en offrir la primeur à mon blog, Munichandco.

Conversations avec Stéphane Ingouf

C'est une de nos conversations dans le monde virtuel qui est à l'origine de la création de cette oeuvre magistrale du plus récent des portraits d'un Wagner à lunettes. Je la reproduis ici en l'état, imaginant qu'elle intéressera le public de Stéphane et que, dans un avenir que j'espère proche, les commentateurs de l'oeuvre de Stéphane Ingouf pourront en faire bon usage lorsqu'ils s'ingénieront à étudier et à présenter la genèse de son premier Wagner aux lunettes. Notre conversation date de la fin avril 2020 :

Luc-Henri Roger Bonsoir Stéphane, si tu me permets une question concernant ma recherche lubique /ludique actuelle....Représentes-tu parfois Wagner avec ses lunettes ? Bonne soirée. Luc-Henri

Stéphane Ingouf Hello Luc, non, je n'ai jamais représenté Wagner avec ses lunettes. En fait, je n'ai pas la rigueur documentaire d'un historien car j'adapte en permanence mes personnages (essentiellement Ludwig et Wagner) aux nécessités des contraintes graphiques qu'imposent mes devinettes visuelles. Pour moi, l'important est surtout de réussir à garder la ressemblance. Je connais comme toi les dessins d'époque, mais aucune photo où il porte ses lunettes. Ca paraît logique dans la mesure où les photos étaient soigneusement posées, donc il n'aurait pas ajouté cet accessoire qui aurait légèrement terni son image de force et de puissance. Cela dit, si ça peut t'être utile, je peux avec plaisir te dessiner un Wagner avec ses lunettes.

Luc-Henri Roger Merci de ta réponse cher Stéphane. Je publierai dans les jours qui viennent la série de caricatures enlunettées que j'ai trouvées. Tes commentaires et appréciations me sont toujours très précieuses. Évidemment si l'envie te prenait de dessiner un Wagner enlunetté, je le posterais très volontiers sur mon blog. Amitiés bavaroises.

Stéphane Ingouf Promis, je te fais rapidement un magnifique Wagner à lunettes...

Luc-Henri Roger Waow je m en réjouis et en suis très curieux


Le Wagner à lunettes de Stéphane m'est arrivé hier en début d'après-midi, l'artiste s'excusant du délai de réalisation, alors que je me sentais absolument confus de son cadeau et sidéré devant la merveille qu'il me faisait parvenir !

J'ai encore interrogé Stéphane sur le support et la technique utilisée pour réaliser le Wagner à lunettes. Voici ce qu'il en écrivait hier :

C'est un petit dessin à l'encre de Chine, de dimensions 11,5 cm X 15 cm, c'est-à-dire à peu près le format d'un tirage photo standard. C'est ma technique habituelle : hachures et petits pointillés (deux par millimètre, qui ne se touchent jamais. J'insiste, tu peux vérifier en agrandissant...)

Nous avions aussi discuté du travail parfois épuisant qu'exige une création, voici ce que Stéphane Ingouf en disait : 

Je pense que les "non-pratiquants" sous-estiment la somme de travail et d'investissement que représente la création littéraire et artistique. Ils voient ça comme un loisir, alors que c'est une ascèse. Je me souviens d'une petite blague, qui a l'air absurde, mais qui ne l'est pas tant que ça : sais-tu ce qu'est un poète ? c'est un homme qui se lève, qui ajoute une virgule à son poème, qui y réfléchit toute la journée, qui enlève la virgule le soir et se couche fatigué... Il faut l'avoir vécu pour le comprendre. Moi qui ai une profession réputée "prenante", je ne me suis jamais autant vidé de mon influx qu'en phase de création. Mais comme tu dis si bien, la satisfaction du résultat dépasse tout le reste.

Pour terminer ce post... J'avais il y a quelque temps interrogé Stéphane sur son lien avec la Bavière, cherchant à savoir ce qui avait nourri son enthousiasme pour le roi Louis II de Bavière et pour Richard Wagner. Stéphane Ingouf m'avait fait l'amitié de me confier l'histoire d'un événement important de son histoire familiale alors que je venais de publier un post sur le Prince héritier Rupprecht de Bavière :

Aujourd'hui, il est question du Kronprinz Rupprecht dans ton post. Je ne pouvais pas manquer l'occasion de te dire que ma famille, française et "roturière", doit beaucoup à cet homme car c'est lui qui a personnellement sauvé la vie de mon arrière-grand-père, très grièvement blessé lors de la bataille du col de la Chipotte, dans les Vosges, en septembre 1914. C'est une histoire peu ordinaire, que j'ai apprise alors que j'étais déjà amoureux de la Bavière et des Wittelsbach. Faut-il y voir une prédestination karmique ? Sans trop délirer, je suis persuadé qu'il y a quelque chose qui me relie à eux car j'ai l'honneur et le privilège d'être entré en contact fortuitement et d'entretenir depuis plusieurs années une relation d'amitié avec un membre éminent de cette famille, descendant direct du Prince Rupprecht...

Oui, je connais beaucoup de détails sur cette histoire, que je tiens de la bouche même de mon arrière-grand-mère. Je me souviens en particulier des documents d'époque (lettres, photos...) qu'elle avait précieusement gardés, mais malheureusement, c'était avant 1975 (date de sa mort) et personne dans la famille ne sait ce que ces documents sont devenus depuis (je n'ose l'imaginer...). Si je raconte l'histoire, il faudra me croire sur parole car je ne suis plus en mesure d'étayer les faits par des éléments matériels, ce qui est contraire à tout travail d'historien sérieux. D'un autre côté, j'en ai évidemment parlé à mon "contact Wittelbach" qui, outre le fait d'avoir été ému aux larmes, m'a promis d'essayer de jeter un oeil dans les archives de la 6ème armée allemande (dite "Kronprinz Rupprecht von Bayern"). En effet, cette affaire a dû laisser des traces, car on sait que l'armée allemande est très méticuleuse dans ce domaine, d'autant plus qu'il s'agit là du journal de guerre du Kronprinz en personne. En fait, c'est tout un roman car mon arrière-grand-père, qui s'appelait Nicolas Thomas, avait eu la jambe arrachée. Et c'est donc le Prince Rupprecht qui l'a personnellement relevé alors qu'il agonisait au milieu de ses camarades morts, en s'adressant à lui en français et en demandant qu'il soit soigné dans les meilleures conditions possibles. La suite est passionnante, car ses lettres détaillaient le récit de sa captivité (très privilégiée), avec des anecdotes savoureuses. Par exemple à noël 1914, alors qu'il était encore à l'hôpital à Karlsruhe, il écrivait : aujourd'hui, les allemands nous ont préparé un bon repas, avec du gibier. Malheureusement, un imbécile nous a fait une farce : il a versé de la confiture sur la viande (à l'époque, les frontières étaient bien étanches, les français ne connaissaient pas la gastronomie allemande, faite de chevreuil aux ananas et à la confiture d'airelles...). Bref c'est très émouvant. J'avais quatorze ans à la mort de mon arrière-grand-mère, mais elle me racontait tout cela à moi seul, car elle savait que j'étais déjà passionné d'histoire...

Merci infiniment cher Stéphane Ingouf pour ces conversations passionnantes et pour cette création magique ! 

© Stéphane Ingouf (le dessin et les textes sont la propriété de leur auteur)
Prière de contacter l'artiste (p.ex, via son facebook) avant toute reproduction tant de l'oeuvre que de nos conversations.

Vous pouvez aussi découvrir son livre LE CHEVALIER AU CYGNE et contacter son créateur via le site de ce livrehttps://www.chevalier-au-cygne.fr/

Posts précédents concernant l'artiste Séphane Ingouf (cliquer sur les liens pour accéder aux articles) :

Le Roi Louis II souhaita-t-il des photographies des plafonds de l'Hôtel de la Païva ?

Ancien hôtel de la Païva au 25, avenue des Champs-Élysées
  Au cours de mes fouilles en archéologie journalistique et littéraire ludwiguienne (— un adjectif/néologisme que j'utilise pour désigner tout ce qui concerne la vie et l'oeuvre du roi Louis II de Bavière —), au cours de mes fouilles donc, je suis tombé sur un délicieux potin de presse qui soulève un tout petit pan de la traîne royale : le roi Louis II aurait entendu parler de l'hôtel parisien de la fameuse Païva et aurait souhaité que l'on en fît photographier les plafonds. Que faut-il en croire ? 
  Je vous propose de lire l'article que le chroniqueur (ou le potinier) Louis Marsolleau fit paraître dans le quotidien Le XIXe Siècle du 4 février 1899, puis, si comme moi vous en avez été intrigué, de me suivre dans ma discussion du potin.

Extrait du journal le XIXe Siècle du 4 février 1899

EN PASSANT

   Revisons, mes frères ! car le propre de l'homme est d'errer, et il n'y a point de chose jugée à l'abri d'un démenti futur. Un exemple, entre mille.
   Si jamais femme, au monde fit causer sur elle, c'est bien la fameuse Païva, la propriétaire du non moins fameux hôtel de l'avenue des Champs-Elysées devenu aujourd'hui restaurant de nuit, la Païva des belles nuits du second empire, morte grande dame prussienne. comme il convient. On en racontait long... N'avait-on pas vu, un jour, le prince Clovis de Hohenlohe, ambassadeur d'Allemagne lui faire une visite officielle et même déjeuner à sa table ?
    C'était clair ! comme dit l'autre. Un diplomate ne fréquente pas chez une hétaïre à ce point perdue de réputation, s'il n'a pas à traiter avec elle de louches questions politiques ! — Or, la cause de ce rapprochement sensationnel était tout autre, on vient de l'apprendre ces jours-ci. Le roi Louis II de Bavière était, on le sait, un maniaque capricieux, une sorte de bébé souverain qui, aussitôt qu'il avait envie de quelque chose, voulait tout trépignant, cette chose, tout de suite.
   Or il avait pris à ce fou couronné, la fantaisie de posséder des photographies des plafonds célèbres du palais de la Païva. La Païva refusa net. C'est alors — car il ne fallait pas contrarier Louis II, — que les Bavarois supplièrent le prince de Hohenlohe d'intervenir. Le prince, avec ostentation, se rendit chez la Païva, accepta son déjeuner, et entre la poire et le fromage, obtint, de la courtisane flattée, l'autorisation de photographier les plafonds.
   Ainsi, en toute cette affaire qui si longtemps sembla ténébreuse, il n'y eut que l'exigence d'un dément et la vanité d'une fille. La preuve en est dans un récit documenté que vient de publier la veuve d'un ancien secrétaire de Louis II de Bavière, Mme Louise de Kobell.

                                                                                                     LOUIS MARSOLLEAU

Éléments d'analyse

La Païva

La Païva vers 1860
   Esther Lachmann, née Esther Pauline Blanche Lachmann et généralement connue sous le nom « la Païva », naquit à Moscou le 7 mai 1819. On la maria en 1936 à François Villoing, un modeste tailleur français dont elle eut un fils l'année suivante, mais cette vie l'ennuyait et elle s'enfuit avec un inconnu peu après la naissance de son enfant. Ses pérégrinations la conduisirent à Paris, où elle se prostitua, rencontra un pianiste célèbre, Henri Herz, qui tomba amoureux d'elle et lui fit connaître Liszt et Wagner, Théophile Gautier et Girardin. Après Herz elle eut de riches amants et après un passage par Londres elle revint à Paris où son mari revint la relancer, pour mourir en 1849. En 1851 elle se remaria avec un Portugais, Albino Francisco de Araújo de Païva, qui lui offre un hôtel au 28, place Saint-Georges. Le couple se sépara en 1852 et le mari s'en retourna au Portugal, mais Esther Lachmann garda son nom et se fit appeler Marquise de Païva, parce que cela sonnait bien, sans se préoccuper de ce que, en fait, son mari n'avait aucun titre de noblesse.
   En 1852, elle devint la maîtresse d'un richissime prussien, un cousin du chancelier allemand Otto von Bismarck, le comte Guido de Donnersmarck, originaire de Silésie. Entre 1856 et 1865, il lui fit construire le somptueux hôtel de la Païva et lui offrit encore en 1857 le château de PontchartainSon mariage avec le marquis de Païva est annulé en août 1871. En octobre 1871 elle épousa son amant prussien dans une église luthérienne de Paris. Donnersmarck fut ensuite nommé gouverneur de la Lorraine annexée.  Soupçonnée d'espionnage par le gouvernement français, elle fut contrainte de quitter la France en 1877. Elle se retira en Silésie avec son époux, dans le château de Neudeck, où elle mourut en 1884, à l'âge de soixante-cinq ans.

L'Hôtel de la Païva

   Construit entre 1856 et 1865 ou 66, il aurait coûté la bagatelle de dix millions de francs-or. Il fut dessiné par l'architecte Pierre Manguin dans le style alors à la mode  de la Renaissance italienne, et présentait le raffinement d'un jardin suspendu. On peut y admirer un grand escalier en onyx jaune d'Algérie, une salle de bains de style mauresque, de somptueuses cheminées par Barbedienne, des sculptures de Jules Dalou ou d'Albert-Ernest Carrier-Belleuse et des peintures de Paul Baudry pour le plafond du grand salon, où l'artiste a représenté le jour poursuivant la nuit.
  Les Frères Goncourt avaient pu visiter cet hôtel  et n'avaient pu manquer d'en faire en leur journal (entrée du 24 mai 1867) un commentaire assassin. Ils en avaient écrit que c'était « le Louvre du cul ». Et d'autres langues vipérines avaient collé un sobriquet médisant sur l'hôtel le surnommant Qui paye y va.

   Reste la question de savoir si le roi Louis II est passé devant l'hôtel de la Païva lors de ses séjours parisiens de 1867 ou de 1873. Et qui donc l'a informé de ses merveilleux plafonds ? On n'avait pas dû manquer d'évoquer au roi bâtisseur cette prestigieuse demeure caractéristique de l'architecture du Second Empire. Richard Wagner a-t-il mentionné l'hôtel dans ses conversations avec le souverain bavarois ?

Le Jour poursuivant la Nuit par Baudry
  En examinant les photos de cet extraordinaire hôtel de maître, je ne puis m'empêcher d'évoquer ici Linderhof et là le pavillon de Schachen. Les plafonds sont partout étonnants : ici un plafond en staff, à caissons et compartiments peints ton sur ton, avec la plupart des moulures dorées, là un  plafond, plat et décoré de petits panneaux en damier, reliés entre eux par des rosaces sculptées et dorées. Dans une pièce, Thirion a peint au plafond, entre quatre médaillons entourant des griffons le Génie traversant l'air. Dans une autre, le plafond, circulaire, en dôme, a pour ornements quatre Médaillons où sont peintes des figures de femme et des guirlandes vertes, et, sous une couronne dorée qui l'entoure, aux quatre angles, quatre Amours volettent, élevant dans leurs mains des banderoles agrémentées de devises anacréontiques. Ailleurs encore un plafond mauresque,entouré d'une corniche composée de petites glaces triangulaires, savamment distribuées et d'un aspect éblouissant...

Grand vestibule avec escalier d'onyx

Louis II et les photographies de monuments parisiens

   La passion du roi de Bavière pour la photographie est bien connue, de même que ses commandes de photographies de monuments français, celles notamment du château de Versailles. J'ai déjà mentionné dans un post qu'il avait fait demander aux Goncourt de lui procurer des photographies d’œuvres de leur collection.
 Le journaliste dit tenir son information d'un écrit de la marquise de Louise de Kobell. Clovis de Hohenlohe est bien ambassadeur d'Allemagne à Paris à partir de 1874. Tout cela tient bien la route et j'en conclus que ce récit de la requête de Louis II  et de la démarche d'Hohenlohe n'a rien d'impossible et est plausible.
   Un spécialiste de Louise von Kobell pourrait peut-être nous éclairer davantage. Toute communication est la très bienvenue. 

Le goût mauresque
Source : les photographies de l'hôtel proviennent d'une monographie d'Arsène Houssaye (1814-1896) intitulée L'hôtel Païva : ses merveilles ; Précédé de l'Ancien hôtel de la marquise de Païva, s.d.


Visites de l'hôtel : il est occupé depuis le début du 20e siècle par le Travellers Club. Des visites guidées de l’hôtel particulier de la Païva sont régulièrement organisées par l’association Paris historique, en partenariat avec le Travellers Club, pour découvrir ce lieu privilégié du Second Empire classé monument historique. Se renseigner auprès de cette association.

samedi 13 juin 2020

Lohengrin est-il une oeuvre misogyne ? Elsa, une version de Psyché ?

 

   Le personnage d'Elsa n'est-il qu'une version de l'archétype de la femme curieuse que l'on retrouve incarnée en Psyché ou encore dans leur cousine-germaine Mme Barbe-Bleue : toutes ces personnifications de la femme curieuse et punie de sa curiosité; toutes ces filles de notre aïeule initiale Eve, qui fut la première de la série des curieuses fatales ? C'est la thèse de H. Astier dans la chronique intitulée Lohengrin qu'il publia dans le quotidien la  Souveraineté du 6 mai 1887, alors que Charles Lamoureux venait d'en donner une première exécution parisienne à l'Eden-Théâtre.

Lohengrin

 Le choix qu'a fait le grand ami du roi de Bavière du sujet du Lohengrin était déjà un symptôme de misogynie. Pas flatteur du tout pour les femmes, ce thème-là ! 
   Ortrude, qui remplit dans le drame wagnérien le rôle du traître est une infecte scélérate, la plus soir des coquines. Passe pour une vilaine femme dass la pièce, si on l'y a introduite à titre de repoussoir, destiné à faire ressortir, dans sa splendeur immaculée, le type d'Elsa, l’héroïne.
   Mais l'héroïne Elsa, quelle héroïne de carton se détrempant misérablement dans une passion puérile, celle de la curiosité !
   Dans cet opéra, l'élément féminin est sacrifié sans merci à l'élément masculin, représenté par l'éphèbe Lohengrin, le fils de Parsifal, le Chevalier du Cygne. C'est sur la scélératesse atroce et la fragilité niaise de la femme, personnifiée en ces deux figures d'Ortrude et d'Elsa, que la nature supérieure de l'homme-type s’élève orgueilleusement comme sur un piédestal.
   Lohengrin, demi-homme, demi-ange, a quitté son empyrée pour sauver Elsa et venger son innocence calomniée par des méchants. Il épouse Elsa, après avoir vaincu le chevalier félon qui avait juré sa perte, mais impose comme condition à sa jeune épouse de ne jamais chercher à savoir qui il est. Elsa n'a rien de plus pressé que de se laisser endoctriner par la perfide Ortrude et de manquer à sa promesse. Lohengrin dévoile son secret, mais il disparaît, emmené par son cygne, et Elsa meurt de désespoir.

   C'est, a-t-on dit, la fable de Psyché. Eh oui ! Elsa, comme Psyché, perd, par vaine curiosité, le bien suprême, le bien réel qu'elle possédait et qu'elle n'était pas digne de posséder.Le poète inconnu qui, à la cour du roi Artus, le premier, chanta cet épisode du cycle celtique de la Table Ronde, et à qui le teuton Wagner devait emprunter le sujet de Lohengrin et celui de Tristan et Yseult, connaissait-il la fable de Psyché ? Avait-il lu le poème d'Apulée ? C'est bien invraisemblable.
   Ce qui est vraisemblable, c'est que, dans les traditions armoricaines et galloises, il existait des mythes rapportés du berceau de la race arienne — mythes absolument consanguins de ceux que les poètes grecs ont chantés et qui provenaient de la même source, mais qui, en se transmettant d'âge en âge à travers des races différentes et sous des climats divers, avaient revêtu des figures diverses et pris des noms différents : ici, Eros et Psyché, par exemple; là, Elsa et Lohengrin. [...]