jeudi 23 avril 2020

Rhapsodie en larmes de Narcisse, une nouvelle ludwiguienne de Charbel Tayah

Charbel Tayah est un écrivain et enseignant à l'Université Libanaise, né à Ghazir (Kesrouan – Liban) le 20 juillet 1953. Son recueil Un amour en alerte et autres nouvelles pose la question de l'amour et du drame : « Fatalement, l’amour, tourne-t-il toujours au drame ? Se traîne-t-il, indéfiniment, au seuil du bonheur inassouvi ?». Dès la préface, Charbel Tayah invite son lecteur à découvrir maintes problématiques existentielles dont l’amour est le centre de gravité. 

Une nouvelle de ce recueil, Rhapsodie en larmes de Narcisse, approche la personnalité du roi Louis II de Bavière qui, fou d’amour de la Beauté éternelle, au soir de sa vie, récite ou chante une mélodie lointaine pour justifier toute la problématique de son existence en faveur de l’amour et de la Beauté et contre les plans de haine et de guerres probables.


Charbel Tayah, Un amour en alerte et autres nouvelles, Beyrouth, Dergham, 2011

ISBN : 9789953401874

L'Allemagne de 1933 vue par le Candide : bière, saucisses et un morceau de Wagner


Le Candide (grand hebdomadaire parisien et littéraire) du 19 janvier 1933 publie deux pages de vignettes satiriques qui illustrent la vision française de l'Allemagne de 1933 : pauvreté, faim ou bombance, prostitution, homosexualité, sarcasme sur Hitler ou encore brasserie où l'on peut commander de la bière, des saucisses et un morceau... de Wagner.

mercredi 22 avril 2020

Nidifications dans le parc de Nymphenburg — Life goes on !






Les lunettes de Richard Wagner (3)

Wagner pendant une répétition au Théâtre wagnérien à Bayreuth
Adolph Menzel, 1876
Voir Les lunettes de Richard Wagner (1)

En 2013, la Bayerische Staatsbibliothek (Bibliothèque d'Etat de Bavière) de Munich avait organisé une exposition sur la période munichoise de Richard Wagner. Dans les vitrines, mon attention avait été attirée par une paire de lunettes de lecture ayant appartenu au compositeur. Les lunettes sont présentées avec leur étui sur lequel est gravé le mot "Lesung" (lecture)(voir premier post sur le sujet). Elles proviennent d'une collection privée. Comme ces lunettes sont hors catalogue, on ne sait pas quand Wagner en a fait l'acquisition ni s'il les portait déjà pour la lecture lors des deux années passées à Munich.

C'est anecdotique bien sûr, mais ce type de petit objet qui a dû passer maintes fois dans les mains du compositeur a quelque chose d'émouvant. L'objet m'a interpellé car je ne connaissais pas de photographie, de portrait ni de sculpture du compositeur le représentant avec des lunettes.

Quand Wagner a-t-il commencé à porter des lunettes? Quel était son problème de vue? L'a-t-il jamais évoqué dans un écrit, ou des témoins qui ont côtoyé le compositeur l'ont-ils mentionné? Y a-t-il une photo représentant le compositeur portant ses lunettes? 

Les curateurs de l'exposition n'avaient pas de réponse immédiate à ces questions. C'est grâce aux participants d'un forum consacré à la vie de l'opéra que des premiers éléments de réponse ont commencé à apparaître. L'un d'entre eux m'a apporté des références intéressantes en signalant deux ouvrages qui évoquent les problèmes de vision de Richard Wagner.

Première référence, le site internet pathos.compositeurs du Dr Bernard Charton consacré aux pathologies des grands compositeurs. Voici que qu'écrit le docteur à propos des problèmes de vision de Richard Wagner : 

" Il est une particularité médicale rare qu'il faut relever chez Richard Wagner, c'est son strabisme vertical, appelé Hypertropie : L'axe vertical de l'œil droit est décalé par rapport à celui de l'oeil gauche. Ce qui est parfaitement visible sur les photos, que l'on observera de près. Son fils Siegfried était atteint de la même malformation. Cette particularité gênante s'ajoute à sa myopie, assez importante d'ailleurs. Cette réflexion étant utile pour expliquer les fréquentes migraines et céphalées endurées presque quotidiennement par le maître, d'autant qu'il avait horreur de porter des lunettes. Ceci explique cela. " (lien

J'avais alors contacté le Dr Charton en lui posant la question de savoir s'il disposait de sources livresques. Le Docteur Charton m'avait aussitôt répondu, en m'autorisant à publier sa réponse. Voici son courriel:

" Bonjour et merci pour votre missive.
Je n'ai aucune référence à vous fournir au sujet des yeux de Wagner et de sa pathologie, sinon la mienne. À ma connaissance, aucun biographe n'a fait référence à ce strabisme et cette malformation rare de R.W. Étant médecin, j'ai été frappé par cette malformation, ou de cette pathologie qui explique bien des choses, tant chez lui que chez son fils Siegfried.
Il n'est que de contempler les multiples portraits de R.W. pour s'en rendre compte, encore faut-il savoir observer ! ( Père et fils, donc génétique et transmissible)
Je vous envoie ce petit extrait de mon travail sur Wagner. Vous pouvez disposer de la totalité de ce travail sur Wagner si vous le désirez.
Les biographes en général ne s'intéressent que très peu à la pathologie des compositeurs, et c'est bien dommage, et même une grosse erreur, car la pathologie, le caractère et le psychisme du compositeur influent énormément sur ses compositions. C'est ainsi que j'ai traité 75 compositeurs, un ouvrage terminé mais pas encore publié.
À votre service; Dr. B. Charton
" Une curiosité :

Il est une particularité médicale rare et curieuse que nous nous permettons de relever chez Richard Wagner, c’est son strabisme vertical, appelé aussi Strabisme sursumvergent, ou Hypertropie ou Hétérophorie, ou Déviation verticale dissociée (DVD) : C’est-à-dire que l’axe vertical de l’œil droit est décalé par rapport à celui de l'oeil gauche. Ce qui est parfaitement visible sur certaines photos, et même sur certains portraits exécutés par plusieurs peintres, comme Lenbach, par exemple, que l’on observera de près avec intérêt. L’on remarquera que l’oeil gauche regarde vers le haut, par rapport à l’oeil droit.
Son fils Siegfried était atteint de la même malformation strabique. Cette particularité gênante s’ajoute à la myopie importante de Richard Wagner, ainsi qu’à son astigmatisme. Cette réflexion concernant cette triple malformation oculaire étant extrêmement instructive pour expliquer et comprendre les fréquentes migraines, ou céphalées, endurées quotidiennement par le maître, d’autant plus qu’il avait horreur de porter des lunettes. Ceci explique cela.
(À notre connaissance, nous n’avons pas trouvé la description de cette particularité dans les nombreuses biographies consultées.) "

Seconde référence apportée sur le forum: le même participant annonçait avoir trouvé deux planches représentant le compositeur représenté avec des lunettes, dans le livre de René Dumesnil Richard Wagner - Editions Rieder 1929. Voici ce qu'il écrit: 

" On y trouve un portrait de Wagner (sans lunettes) par Renoir de 1884 d'après une esquisse de Renoir en 1880, des manuscrits, des photos etc., et des caricatures dont celle de "Wagner Chef d'orchestre" portant des lunettes, dessin de Gustav Gaul et un "Wagner (portant lunettes, il me semble) pendant une répétition au Théâtre wagnérien à Bayreuth" - dessin d'Adolph Menzel de 1876."


Westfriedhoh München - 18 Bilder / 18 photos - Cimetière de l'Est à Munich


















mardi 21 avril 2020

Les annulations de l'Oktoberfest dans l'histoire munichoise - L'épidémie de choléra de 1873

La tristesse du Münchner Kindl
Les annulations de l'Oktoberfest

L'Oktoberfest, la fête munichoise de la bière, existe depuis 1810. Elle fut organisée à l'occasion du prince héritier Louis avec la princesse Thérèse de Sachsen-Hildburghausen, qui donna son nom à la grande prairie sur laquelle se tint la fête, la Theresienwiese. 

Au cours de son histoire l'Oktoberfest fut annulée à diverses reprises, en raison des guerres, des épidémies ou des crises économiques, mais dans l'histoire récente, il n'y avait plus eu d'annulation depuis près de 70 ans, même si à deux reprises il eût pu en être question, à l'occasion des attentats du 11 septembre 2001, puis en 2016 en raison d'un attentat qui avait eu lieu au centre commercial (Olympia Olympia-Einkauf-Zentrum) et des importants risques d'attentats islamistes au niveau européen

En 1813, l'Oktoberfest fut annulée en raison des guerres napoléoniennes

En 1854 et 1873, des épidémies de choléra ravagent Munich . En 1854, la reine Thérèse fut contaminée alors qu'elle venait d'assister à une cérémonie religieuse de grâces pour remercier le Très-Haut d'avoir mis fin à l'épidémie. 3000 Munichois moururent victimes du choléra cette année-là.

En 1866, la guerre austro-prussienne, au cours de laquelle le Royaume de Bavière se trouvait être l'alliée de l'Autriche, empêcha l'Oktoberfest de se tenir.

La guerre franco-allemande de 1870, au cours de laquelle la Bavière se trouvait cette fois alliée de la Prusse, entraîne l'interruption du Jeu de la Passion à Oberammergau et la suppression de l'Oktoberfest.

1873 Épidémie de choléra.

Les guerres mondiales de 1914 à 1918 et de 1939 à 1945 eurent elles aussi raison de la fête de la bière.

En 1919 et 1920, il n'y eut que des fêtes de la bière réduites. En 1919 Munich sortait de la brève expérience de la république des conseils de Bavière ( Bayerische Räterepublik) et la république venait d'être proclamée à Weimar. Les moyens manquaient cruellement, la guerre et les dommages de guerre avaient ruiné l'Allemagne.

En 1923 et 1924, années de l'hyperinflation, l'Oktoberfest ne put être organisée.

De 1946 à 1948, même phénomème qu'après la première guerre mondiale, seules de petites festivités purent être organisées.

De 1949 à aujourd'hui, la bière coula à flot.

2020 — Cette année, c'est la troisième fois dans l'histoire de l'Oktoberfest qu'une épidémie empêche l'organisation d'un tel événement de masse, qui devait attirer 6 millions de visiteurs.

L'épidémie de choléra de 1873 à Munich — Le Quasimodo munichois contaminé ! — Tristes similitudes avec la situation actuelle.

Le choléra sévit  cette année-là et la Bavière paye un lourd tribut. La population de Munich s'élevait alors à environ 200.000 habitants.

Le quotidien parisien Le Pays évoque la situation munichoise au début du mois de septembre 1873:

   " À Munich le choléra a pris une certaine extension : il y a eu, du 8 au 15 août, en moyenne 25 cas nouveaux par jour, avec une mortalité moyenne d'un tiers ou même seulement d'un quart. Comme à Vienne, la maladie sévit non pas uniquement, mais plus spécialement sur les classes pauvres, dont les conditions hygiéniques sont si défavorables. Le comité d'hygiène publique a créé un hôpital spécial, exclusivement réservé aux cholériques ; et dans chaque quartier, on a établi des postes médicaux reconnaissables la nuit à une lanterne rouge. En outre, on a décidé la désinfection de toutes les maisons où se déclarent des cas de choléra. "

La Charente du 15 septembre 1873 précise les chiffres de l'épidémie au 5 septembre :

   " On nous écrit des bords du Rhin, le 10 septembre :
   Le choléra qui a fait son tour d'Allemagne avant de vous arriver en France est, somme toute, de médiocre intensité.
   A Munich, où il a sévi le plus longtemps et le plus violemment, on a compté, jusqu'au 5 septembre, 697 cas dont 303 suivis de mort. Je vous donne ce chiffre pour officiel et absolument exact. [...](Munich compte environ 200,000 âmes.) "

Le quotidien français Le Constitutionnel du 16 décembre 1873 évoque les ravages de l'épidémie qui n'est pas encore maîtrisée en Bavière, alors que la France semble s'en être sortie à cette date: 

   " Les derniers refuges de l'épidémie sont la Belgique et la Bavière. En Belgique, il y a e u un certain nombre de cas de choléra à Anvers depuis le 10 octobre. Les Annales de la Société de médecine d'Anvers attribuent l'importation du fléau, d'une façon probable quoique imparfaitement démontrée, aux communications par mer. Du 10 au 31 octobre, il y a eu 69 cas, dont 34 décès ; du 1 er au 25 novembre :  46 cas et 37 décès. D'ailleurs, cette épidémie suit une marche franchement décroissante..     En Hollande, on a signalé quelques cas de choléra à Breda et à Berg-op-Zoom. 
  C'est la Bavière qui est le plus sérieusement éprouvée par le choléra en ce moment. D'après la Gazette d'Augsbourg, il y a eu du 29 au 30 novembre, à Munich, 35 cas, dont 13 décès, quelques-uns foudroyants, et, du 30 novembre au 1er décembre, 20 nouveaux cas-et également 13 décès. Il est question de suspendre les réunions de la Chambre et de licencier les élèves des écoles à cause des progrès de l'épidémie... 
   Les journaux de Munich rapportent à ce propos un cas assez curieux de contagion cholérique : le gardien des tours Notre-Dame [la Frauenkirche], qui demeure à 330 pieds au-dessus du sol, est mort d'une attaque de choléra, quoique aucune personne ne fût montée chez lui pendant toute la durée de l'épidémie. Il avait l'habitude de faire monter ses vivres par le moyen d'un treuil. Il est difficile d'admettre que les miasmes; cholériques se soient élevés dans l'air à cette hauteur; mais ce qui est beaucoup plus explicable, c'est qu'ils ont été transportés avec les aliments et les boissons qui auront été là, comme si souvent, l'agent de la contagion. 
   La ville de Munich a promis, dit-on, une récompense de 100,000 thalers à celui qui trouverait un remède efficace contre le fléau. Mais pour le choléra, comme pour la rage, le vrai remède consiste dans les moyens de préservation beaucoup plus que dans les moyens de guérison ; et là-encore l'hygiène est beaucoup plus puissante que la médecine. 
   Il y a une préoccupation qui inquiété souvent les gens les plus braves devant la mort : c'est la crainte d'être enterrés vivants. [...] "

Les lunettes de Richard Wagner (2) Une photo avec lunettes

Voir le premier post sur le sujet

Le Dr Pascal Bouteldja, auteur d'Un patient nommé Wagner et Président du Cercle Richard Wagner-Lyon a l'amabilité de nous communiquer le texte suivant qu'il a accompagné d'une photographie du photographe Joseph Albert (Munich) :

En effet, aucune photographie ne témoigne du port de verres correcteurs. Mais l'astigmatisme myopique de Wagner (selon le témoignagne de l'ophtalmologue londonien de 1877) n'était pas majeur, ce qui explique que Wagner pouvait se dispenser de porter des lunettes dans la vie quotidienne. Par contre, on voit sur la photographie de Joseph Albert (1865) les lunettes qui pendaient du pantalon de Wagner...


Pour aller plus loin : consultez le chapitre consacré aux troubles oculaires du compositeur dans Un patient nommé Wagner (pp. 293 à 298)