mercredi 4 mars 2020

Wagner - Bayreuth - 1872


Le roi Louis II de Bavière dans le Journal des Goncourt - Entrée du 23 mars 1890

Jean-François Raffaëlli, 
Portait d'Edmond de Goncourt (1888), 
musée des Beaux-Arts de Nancy.
Edmond de Goncourt avait déjà évoqué la personnalité du Roi Louis II de Bavière dans son journal lors du voyage qu'il fit à Munich en 1872 (voir l'entrée du 10 août de cette année dans notre article Français célèbres à Munich: la Bavière en août 1872 dans le Journal des Goncourt). Il revient brièvement sur le sujet en 1890 :

Dimanche 23 mars. — Ce jeune souverain allemand, ce névrosé mystique, ce passionné des drames religioso-guerriers de Wagner, cet endosseur en rêve de la blanche armure de Parsifal, avec ses nuits sans sommeil, son activité maladive, la fièvre de son cerveau, m’apparaît comme un souverain bien inquiétant dans l’avenir.

Le roi Louis II tenait quant à lui les oeuvres des Goncourt en haute estime, et particulièrement en raison de leur expertise historique et esthétique du 18e siècle français. (Voir  notre article Les lectures françaises du roi Louis II de Bavière (3): l'oeuvre historique de Jules et Edmond de Goncourt). Il ignorait sans aucun doute qu'Edmond de Goncourt le traitait de toqué solitaire et taciturne, vivant dans un monde imaginaire, créé autour de lui à grand renfort de millions.

mardi 3 mars 2020

Les Walkyries de Jean Lecroart


Une plaquette de bronze frappé créée par Jean Lecroart (Belgique - 1883-1967)

Une Walkyrie nue assise sur un nuage portant un bouclier attaché au bras gauche. A l'arrière-plan, une autre Walkyrie à cheval brandit un arc.

lundi 2 mars 2020

Portrait d'une soprano wagnérienne par Henry Céard

Je ne résiste pas au plaisir de vous recopier le portrait de Madame Trénissan, une soprano amie du protagoniste du roman Terrains à vendre au bord de la mer d' Henry Céard, que je vous présentais dans un post récent : https://munichandco.blogspot.com/2020/02/terrains-vendre-au-bord-de-la-mer-de.html. Une lecture qui m'amuse beaucoup. Ainsi de ce passage :



" Soprano à la voix éclatante et profonde, par sa carrure et sa prestance, Mme Trénissan se flattait de ressembler à ces cantatrices wagnériennes vastes génératrices de sons, hautes à l'égal des colosses, puissantes à la façon des locomotives et que la musique entoure d'une telle immensité d'atmosphère que l'exagération de leur taille diminue parmi l'ampleur des harmonies : ainsi les silhouettes des individus se rapetissent devant l'énormité des horizons et des mers. Au-dessus de toutes les autres partitions de Richard Wagner, elle plaçait Tristan et Yseult. De toutes les héroïnes d'amour et de sacrifice sorties de la géniale imagination du compositeur et du poète, elle préférait éperdument Yseult. Ce rôle, elle l'étudiait sans cesse, elle s'insinuait en lui, elle l'identifiait à sa personne ; et désespérant de le chanter jamais sur un théâtre, toutes les fois qu'elle le pouvait, elle le chantait, gratuitement, dans les concerts.

Quand, au milieu des salles bondées des spectateurs, elle apparaissait sur l'estrade, parmi les musiciens, et que les lampes électriques étincelant plus fort à son entrée, le chef d'orchestre frappait sur son pupitre pour commander le silence, elle était transportée d'extase. Ses nerfs à l'unisson vibraient sous les archets caressant les chanterelles ; et quand, après une longue attente, sa voix enfin se mêlait aux instruments, elle se sentait soulevée hors d'elle-même, hors du monde, surhumaine, immatérielle, transfigurée ! L'exécution terminée, elle redevenait une femme sage, méthodique, surveillant sa cuisinière, comptant avec ses métayers, ne laissant point passer la date d'échéance de ses coupons de rentes et fort préoccupée du salut de son âme. Elle ne dédaignait ni la société ni le plaisir. Facilement provoquée à la gaieté, pareille aux religieuses, elle riait volontiers des plaisanteries les plus simples. "

Et, quelques paragraphes plus loin :

" Mme Trénissan quittant sa toilette de voyage, dans les compartiments nombreux de sa malle apportée par Baluche avait choisi une robe blanche, coupée à la façon d'un costume de théâtre. Nulle main servante de mauvais désirs ne semblait devoir jamais soulever l'étoffe de la jupe souple et sévère qui tombait chastement, avec des plis tels qu'on en voit aux sculptures. Une écharpe, blanche aussi, descendait de son cou, flottait, sur son corsage. Tête nue, ses cheveux blonds seulement relevés sous un grand peigne d'or, quand elle s'avança, Malbar éprouva l'illusion qu'il se trouvait en présence de l'Yseull du poème, majestueuse et idéale, traversant en souveraine lès plaines harmonieuses de lajner. Comme dans la partition dont il connaissait par coeur le détail des mouvements et leurs moindres nuances, Yseult confondue en Mme Trénissan lui paraissait arriver toute en noblesse sur les vagues fleuries de soleil. "

Un virus mortifère. Eyal Dadon chorégrahie la Danse de Salomé au Theater-am-Gärtnerplatz.

Crédit photos : Marie-Laure Briane
Après un fulgurant parcours de danseur,  Eyal Dadon, né en 1989 à Beer Sheva en Israel, est devenu depuis 2016  le directeur artistique et le chorégraphe de la Sol Dance Company. Le Théâtre de la Gärtnerplatz l'a invité à Munich où il présente son spectacle Salome Tanz, qu'il met en scène dans le monde virtuel des jeux vidéos auquel il joint des éléments d'interactivité : dès avant le spectacle, le public était invité à en orienter le cours  en répondant via internet à des questions parfois surréalistes (Ketchup ou Mayonnaise?). Le soir du spectacle il reçoit des cartes bifaces qui lui permettent d'influer sur le déroulement de la soirée en votant à main levée. 

Le spectacle commence par une projection vidéo sur le rideau d'avant-scène : une multitude d'écrans pivotants se rassemblent pour composer l'image de la tête d'un homme barbu au cou tranché qui, vu le titre du spectacle, évoque nécessairement  le Baptiste, qui se livre ici à un acte d'auto-cannibalisme. Il semble détacher des fragments de chair de son cou qu'il porte à sa bouche. 

Le choix du public. Joel Di Stefano donne la procédure du vote.
Le rideau se lève et nous introduit dans le monde virtuel d'une console vidéo. Le jeu va se jouer accompagné de diverses musiques dont la principale est la Kammersymphonie (symphonie de chambre) pour 23 instruments solistes que composa Franz Schreker en 1917, à laquelle viennent s'ajouter des musiques de John Cage et Caroline Shaw. Un protagoniste barbu se voit attaqué par des multiples danseurs vêtus des pieds à la tête de combinaisons collantes blanches grillagées d'un filet noir, une version en blanc et noir du costume de Spider-Man (costumes très réussis de Bregje van Balen). Comme dans les premiers jeux vidéos, il s'agit pour le protagoniste d'éviter ou de supprimer ses attaquants. Le grand jeu de la vie et de la mort est filmé par un cameraman (vidéos de Thomas Mahnecke et  Christian Gasteiger), avec une projection instantanée sur les toiles encadrant le fond de scène. Les danseurs explosés s'en vont mourir en coulisses. Entre les tableaux du spectacle, des questions simples sont soumises au choix du public (du type : le personnage doit-il s'agenouiller ou danser / est-ce la femme ou l'homme qui doit mourir ?), mais le jeu de l'interactivité ne nous a pas semblé apporter grand chose au spectacle. Le procédé est usé et le scénario trop flou, trop éloigné de celui de Wilde auquel il se réfère pour que le public se prête véritablement au jeu.

Le public est cependant assez cultivé pour retrouver dans la chorégraphie des éléments empruntés à l'histoire bien connue de Salomé telle qu'elle fut portée au théâtre par Oscar Wilde puis à l'opéra par Richard Strauss. La Salomé d'Eyal Dadon n'est cependant plus un personnage unique identifiable, elle se disperse dans la chorégraphie comme un virus mortifère venu infecter un jeu vidéo. Au cours d'une interview, Eyal Dadon faisait justement remarquer que dans les jeux vidéos la mort et le meurtre laissent les joueurs complètement indifférents, le monde virtuel du jeu se peuple de cadavres qui disparaissent aussitôt sans qu'on en soit affecté. A-t-il voulu y insister en donnant le vote au public ? Et le public se rend-il compte que, à l'instar des spectateurs des jeux du cirque romains, la carte qu'il tient à la main décide de la vie ou de la mort des personnages dansés ? 

Pas de deux. David Valencia et Isabella Pirondi.
La beauté du spectacle tient tant à l'idée maîtresse qu'il véhicule qu'aux inventions chorégraphiques d'Eyal Dadon. Il crée des mouvements d'une plasticité élastique étonnante, les danseurs semblent doter d'une motilité d'une fluidité toute caoutchouteuse, notamment lors d'un impressionnant pas de deux. Les ensembles sont parfois captivants, malgré des passages à vide fort répétitifs et qui deviennent un peu lassants lorsqu'on a compris le propos. Les danseurs livrent tous de remarquables performances et l'on reste pantois face à l'exercice d'endurance d'un spectacle de 80 minutes qui se déroule sans entracte. L'excellence de l'orchestre du Teater-am-Gärtnerplatz placé sous la direction de Michael Brandstätter a été particulièrement saluée au moment des applaudissements.

Jusqu'au 22 avril (six représentations restantes). Cliquer ici accéder à l'agenda et aux réservations.