vendredi 14 février 2020

Fleurs et fruits de l'Equateur (2) Blumen und Früchten in Ecuador gesehen






























Vacances hivernales dans la montagne bavaroise. Louis II de Bavière au regard de Juliette Pary.



Un texte poétique de Juliette Pary (1903-1950) publié à Paris en février 1929 dans la revue diplomatique internationale Ambassades et consulats. Juliette Pary, nom de plume de Juliette Gourfinkel, fut une journaliste, traductrice et romancière française. Elle traduisit de l'anglais des romans, dont quelques titres d'Agatha Christie, avant de passer à l'allemand pour donner le texte français d'œuvres de Stefan Zweig (Sigmund Freud : La Guérison par l'esprit) et de Hermann Hesse (Le Loup des steppes).

VACANCES HIVERNALES DANS LA MONTAGNE BAVAROISE par M. Juliette PARY

Des doigts hâlés courant sur les cordes de la cithare ; des bras nus dont le hâle se dédore au-dessus du coude; les manches retroussées d'une veste verte de chasseur alpin ; une odeur de pin, de résine, de jeunesse ; une chanson mâle, vibrante dans l'air ivre de hauteur : « Que tu es beau, mon pays de Bavière ! »

C'est le pays de Bavière, robuste, fidèle, joyeux ; c'est la montagne bavaroise — neige, soleil, santé, appels sonores des touristes dans les forêts de pins, skis glissant sur les traînées d'argent du flamboiement alpestre, lacs glacés où dorment les voiles ; c'est la petite auberge juchée là-haut, en face de la Dreitorspitze, la Pointe des trois portails ; c'est la pièce vaste, au plafond bas, que battent de leurs ailes trois aigles immenses, aux murs blanchis de chaux, où les têtes de gazelles tournent leurs yeux vers les cornes de cerfs, à la table de chêne où la bière gaillarde mousse dans les chopes ; c'est la Bavaroise blonde, la joie de vivre faite femme ; c'est le « Seppi », le chasseur alpin, aux genoux nus, à l'âme nue, ensoleillée et fraîche ; c'est le « Grüss Gott ! », le salut en Dieu, aussi éloigné des fades bonjours que la neige des Alpes l'est des rues boueuses, le « Dieu te salue ! » qui fleurit sur les lèvres à 2.000 mètres de hauteur.

C'est enfin, à la place d'honneur, sous les regards amoureux et candides, le portrait jauni d'un homme pâle — du roi fragile, efféminé, las, qui jadis régna sur ce peuple sain, vital et viril.

Depuis son beau livre sur « Hamlet-Roi », sur Louis II de Bavière, M. Guy de Pourtalès a omis de parler de cette étrange chose : l'amour vivant des Bavarois pour ce souverain mort, la tendresse légendaire de la Bavière pour ce prince de conte de fées, l'adoration de ces gosses aux yeux clairs pour ce pauvre grand fou, la passion têtue, tenace, idolâtre, du peuple pour le roi, pareille à celle d'un homme simple et fort pour une femme frêle et raffinée. Il appelait les affaires de son peuple "fadaises" ?

N'importe. Il dépensait l'argent de la nation pour bâtir des châteaux de cartes ? Vive les châteaux de cartes ! Il dédaignait les simples, il se dérobait aux yeux de la foule, il jugeait les bonnes gens indignes de le contempler ?

N'est-ce pas cela qui les fait s'acharner, aujourd'hui encore, à cette contemplation ? Pour la race bavaroise, toute entière dans le monde visible, cet invisible roi est une brèche dans l'infini. Pour le peuple-enfant, ce prince pâle, ses folies, ses mystères, c'est un conte de fées, dont il a soif, autant et plus peut-être, que de bonne bière blonde. Car le Bavarois ne vit pas que de bière !

Louis II en Bavière - c'est l'irréel dans la réalité. Il n'était jamais là pour ses sujets : c'est parce qu'il n'était jamais là qu'il est resté pour toujours.

Au pied de la montagne, la route neigeuse descend vers Linderhof. Dans le parc de séjour royal favori, un escalier souterrain conduit dans la « Grotte bleue ». Les lueurs bleuâtres des lampions dissimulés éclairent les stalactites fascistes [sic, pour "factices" ? Ndlr] et scintillent sur l'eau du lac artificiel où glisse la nacelle de Lohengrin : appuyé sur les coussins de velours bleu, la tête sur l'épaule de Wagner, aux sons de la musique cachée jouant Tristan et Yseult, le roi s'en allait là-bas, là-bas, où ses sujets ne pouvaient le suivre.

Intoxiqué d'absolu, il n'avait, pour le réaliser, ni l'amour de Tristan, ni le génie de Wagner. Impuissant à vivre, incapable de créer, il jetait son rêve dans des souterrains, des nacelles, des lampions, des grottes ; parti dans le bleu, il s'écroulait dans un simili plus navrant et plus frelaté que n'importe quel décor d'opéra ou de musichall. Les stalactites truqués s'effritent, la lumière mensongère passe du bleu au verdâtre, l'eau stagnante sent le cadavre : oh ! l'odeur de pins, de jeunesse et de virilité, les troncs noueux, les genoux nus, le soleil, le vent ! C'est au milieu de cela, de tout cela, qu'il fabriquait de l'absolu avec des stalactites, en plâtre.

Allons ! Ils ont choisi la meilleure part, ceux qui passent devant la grille du château, chapeau bas, admirant sans comprendre, aimant sans savoir, vivant sans raisonner.

Que songent-ils en leur for intérieur ? Quelle oraison funèbre font-ils mentalement à Louis II, roi de Bavière, sujet du pays bleu ? Je jugerais bien que tout ce qu'ils disent, c'est : "Dieu te salue, Majesté!" 

Une fois la grille dépassée, voici que le sourire ensoleille leur visage, voici que la plume d'aigle se balance de nouveau sur le petit chapeau vert, voici qu'oublieux de ces pauvres rois, le Seppi, aux sons lointains de : « Que tu es beau, mon pays de Bavière », saisit sa blonde par la taille, et d'un bras vigoureux l'élevant au-dessus de lui, la fait tournoyer dans l'air.

La neige est rose, la neige est bleue, le ciel est une coupe de champagne glacé renversée sur la terre, et tout le soleil du monde a passé dans les doigts hâlés qui courent sur la cithare !

jeudi 13 février 2020

Le poète belge Max Waller à propos de la mort de Richard Wagner

À propos de la mort de Wagner :

Par une anomalie bizarre, ce Germain dont le génie a des fureurs tombait à Venise, au pays des mélodies tendres et de la douceur chantée. Au lieu de s'anéantir sous son ciel aimé de Bavière, dans l'air froid qu'il a remué de ses plus beaux accords, le colosse s'est endormi sous les caresses du soleil italien, comme si, sur cette vie de vertige et de tonnerre, voulût le ciel bleu mettre une mort tiède, alanguie par un éternel baiser. (in Revue artistique)

Et ailleurs dans l'oeuvre de Max Waller, à propos de Wagner :

Vive Wagner le Saint-Graal de la musique qu’on élève dans un soleil.

Ou encore :

Une envie lui vint de fredonner les airs évocatifs de Wagner, de se faire Allemand tout de suite, et d'oublier tout ce qui ne l'était pas. (in Greta Friedmann)

Max Waller (1860-1889)

Léopold-Nicolas-Maurice-Édouard Warlomont, né à Bruxelles le 24 février 1860 et mort à Saint-Gilles, 6 mars 1889 (à 29 ans), est un poète belge, mieux connu sous son nom de plume Max Waller.

Il est l'un des fondateurs de la revue littéraire La Jeune Belgique en 1881. Il dirigea la revue jusqu'à sa mort.

Marie Kalergis-Mouchanoff, née Nesselrode. La critique du Dr Pascal Bouteldja.

La critique du Dr PASCAL BOUTELDJA, Président du CERCLE RICHARD WAGNER - LYON

Luc Roger, que le Cercle Richard Wagner - Lyon avait reçu en novembre dernier à l’occasion de la parution de ses « Voyageurs de l’Or du Rhin » vient de publier aux éditons BoD un nouveau livre :


Son recueil est une réédition de deux ouvrages, depuis longtemps disparus des rayonnages des libraires anciens les plus spécialisés, permettant de faire revivre la mémoire de celle qui fut l’une des grandes mécènes de Richard Wagner.

Allemande de naissance, polonaise par sa mère, mais ayant grandi en Russie, cette comtesse de Nesselrode (1822-1874) épousa en premières noces un grec du nom de Kalergis. Avec lui, elle fit son entrée dans l’aristocratie européenne et parisienne, en particulier. Amie de Liszt, Berlioz, Delacroix, elle épousa en 1863, un aristocrate russe, le comte Sergei von Muchanoff qui fut, directeur de 1868 à 1880 du Théâtre Impérial de Varsovie. Elle aida financièrement Wagner en 1860 à la suite des déficits de ses concerts parisiens et fut longtemps l’une de ses riches protectrices. Grande mondaine, amie de nombreux souverains, elle parcourut l'Europe de Saint Pétersbourg à Paris, en passant par l’Italie, en se dévouant généreusement à la cause de la musique et aux musiciens (Liszt, Tausig). Elle se lia d’amitié avec Cosima et fut une habituée de Tribschen. C’est à elle que Wagner dédicacera, début mars 1869, la réédition du Judaïsme dans la musique. Cette dédicace considérée comme une courte préface, sera suivie d’un long post-scriptum, tentative d’explication et de justification du trop fameux opuscule de 1850, intitulé Eclaircissements sur le judaïsme dans la musique.

Ce recueil comprend l’intégralité de la correspondance écrite en français entre Marie Kalergis et sa fille, de 1853 à 1874. Compilés par La Mara, nom de plume de Marie Lipsius (1837-1927), amie de Franz Liszt et de la famille Wagner et éditeur d’une grande partie de la correspondance de Liszt, ces échanges épistolaires furent publiés en 1907 par Breitköpf & Härtel. Quelques notes et un « index des patronymes » complètent utilement ces 246 lettres. Luc Roger les fait précéder avec justesse de la grande biographie (pp. 23-176) de Constantin Photiadès (1883-1849), écrite à partir des précises archives familiales, intitulée « La Fée blanche, la symphonie en blanc majeur ». Publiée en 1923, elle fut récompensée par un prix de l’Académie française. L’éditeur y associe également un article (La vie littéraire du 12 février 1924) d’Henri de Régnier présentant la biographie de son ami Photiadès ainsi que 43 lettres de Franz Liszt à la comtesse et à divers correspondants dans lesquelles le musicien évoque sa grande amie (pp. 499-543). Un chapitre « Marie Kalergis-Muchanoff dans la poésie, au théâtre, au cinéma – Œuvres musicales dédiées » (pp. 545-571) y présente une série de poèmes (Gauthier,Heine…) ainsi que les œuvres musicales qui lui furent dédiées par Liszt, Johann Strauss fils ou encore Hans von Bülow. Enfin, un ultime chapitre « Mémoires et souvenirs » (pp.573-597) livrant quelques extraits de souvenirs et de mémoire de contemporains (Horace de Viel Castel, Pauline Viardot, Judith Gautier, Pauline de Metternich…) concluent utilement cet opus agrémenté de 10 reproductions en noir et blanc.

Un livre essentiel pour découvrir des détails inédits sur l'art et l'intimité de Franz Liszt et Richard Wagner mais aussi pour aussi traverser un quart de siècle avec une figure exceptionnelle de l’histoire culturelle européenne du XIXème siècle.

Où trouver le livre ?

Deux versions : format papier ou Ebook.

Via le site de l'éditeur BoD

https://www.bod.fr/librairie/marie-kalergis-mouchanoff-nee-nesselrode-9782322131310

En France et en Belgique

Fnac : https://livre.fnac.com/a14106901/Luc-Henri-Roger-Marie-Kalergis-Mouchanoff-nee-Nesselrode

Amazon.fr  : https://www.amazon.fr/Marie-Kalergis-Mouchanoff-n%C3%A9e-Nesselrode-correspondance/dp/2322131318

Gibert.com : https://www.gibert.com/marie-kalergis-mouchanoff-nee-nesselrode-itineraires-et-correspondance-de-la-fee-blanche-11609546.html

et autres : Librairesdelest, etc

ou en librairie (titre et ISBN).

En Allemagne

Hugendubel (livraison gratuite en Allemagne) : https://www.hugendubel.de/de/buch/la_mara_luc_henri_roger_constantin_photiades-marie_kalergis_mouchanoff_nee_nesselrode-38465127-produkt-details.html?originalSearchString=marie%2520kalergis&internal-rewrite=true

En Europe : via amazon ou BoD

Au Canada

Amazon.ca https://www.amazon.ca/Marie-Kalergis-Mouchanoff-n%C3%A9e-Nesselrode-correspondance-ebook/dp/B083V86GND/ref=sr_1_14?qid=1579438147&refinements=p_n_date%3A5916705011&s=digital-text&sr=1-14

Aux USA

Buscalibre (livraison gratuite aux USA): https://www.buscalibre.us/libro-marie-kalergis-mouchanoff-nee-nesselrode-itineraires-et-correspondance-de-la-fee-blanche-books-on-demand-libro-en-frances/9782322131310/p/52289661

ou Amazon.us

Fleurs et fruits de l'Equateur (1) Blumen und Früchten in Ecuador gesehen
































13 février 1883 - Décès de Richard Wagner à Venise

Qu'il repose en paix dans la gloire éternelle de son immensité.






Photographies des moulages présentés dans les vitrines du Musée Richard Wagner de Tribschen.