dimanche 25 novembre 2018

L'arrivée de Lohengrin dans la 'Richard-Wagner Galerie' commandée par Louis II




Extrait de :

Richard-Wagner-Galerie. Nach den auf allerhöchsten Befehl Sr. Majestät König Ludwig II. von Bayern ausgeführten Cartons von Wilh. von Kaulbach und Theodor Pixis. Photographiert von Jos. Albert. Mit Biographie Richard Wagners und erläuterndem Text von Wilhelm Tappert. Berlin, Verlag von Hanfstaengl’s Nachfolger, page 38

Sisimania viennoise (3) . Ceci n'est pas un Andy Warhol!


Post précédents sur le sujet:

La visite de Louis II de Bavière à l' Exposition des Beaux-Arts de Munich en 1869 racontée par Cyprien Godebski


Le Glaspalast de Munich en 1854

En mars 1895 commence, dans la Renaissance idéaliste, une revue dirigée par Albert Fleury, la parution des feuilles détachées des Mémoires d'un artiste (inédits), par M. Cyprien Godebski (1), une série de rencontres intitulées L'intimité des grands hommes (une revue éditée à Paris par la Librairie de l'Art indépendant).  Dans le numéro de mars 1895, Godebski évoque sa visite de l'Exposition internationale des Beaux-Arts au Palais de Cristal de Munich (Glaspalast) durant l'été 1869, une visite qu'il effectua en compagnie de Franz Liszt.  Nous reproduisons le passage où Godebski évoque la visite que rendit Louis II à l'Exposition :

[...] A ce propos, je me souviens qu'en 1869, lors de la répétition générale de l'Or dit Rhin à Munich, Franz Liszt me pria un jour de l'accompagner au Salon de peinture où très sincèrement il tomba en admiration devant un exécrable portrait de Winterhalter, tout en jetant un regard de mépris sur une tête de Courbet, une irlandaise rousse du plus superbe effet.

A cette même époque, le roi de Bavière, cet affolé de musique, ce Mécène couronné de Wagner, que l'Histoire connaîtra sous le nom du roi artiste, montrait la plus profonde indifférence devant une belle peinture ; c'est ainsi que seulement trois jours après l'ouverture de l'exposition internationale des beaux-arts, et sur l'insistance de son entourage, il daigna s'y présenter ; tous les artistes exposants se trouvant à Munich furent convoqués pour recevoir l'auguste visiteur ; sa majesté, après avoir parcouru d'un air ennuyé la plupart des salles, se rappela qu'elle devait témoigner un semblant d'intérêt, et arrêtant ses regards sur un petit tableau de genre, de Knauss (2) je crois, manifesta le désir de voir l'artiste, qu'on s'empressa de lui présenter : après quelques compliments banals, elle lui demanda s'il n'avait pas une photographie de son œuvre... et ce fut tout. [...]

(1) Cyprien Godebski (1835-1909), sculpteur français. Il fut l'ami de Stéphane Mallarmé, Franz Liszt, Alphonse Daudet et des frères Goncourt.

(2) Ludwig Knauss (1839-1910). Peintre allemand. On peut voir nombre de ses oeuvres au Musée de Wiesbaden.


samedi 24 novembre 2018

Autour de la première du Rheingold : la vie munichoise des wagnériens de l'été 1869

Cyprien Godebski
En mars 1895 commence, dans la Renaissance idéaliste, une revue dirigée par Albert Fleury, la parution des feuilles détachées des Mémoires d'un artiste (inédits), par M. Cyprien Godebski, une série de rencontres intitulées L'intimité des grands hommes. Dans le numéro de juillet 1895, Godebski décrit l'atmosphère munichoise pendant les répétitions du premier Rheingold à l'été 1869. 

Le sculpteur Cyprien Godebski avait épousé en 1865 en Belgique la Belge Sophie Servais (1843–1872), fille du célèbre violoncelliste et compositeur Adrien-François Servais et sœur du compositeur et chef d'orchestre Franz Servais. On sait que Franz Servais était à Munich et y avait fait la connaissance des chroniqueurs français Catulle et Judith Mendès et Villiers de l'Isle-Adam, avec lesquels il s'était lié d'amitié. Cyprien Godebski était du voyage et avait pu observer la société des fervents wagnériens qui s'étaient vu inviter à la répétition générale. Dans la première partie de cet article, il s'intéresse particulièrement à un incident qu'avait provoqué Villiers de l'Isle-Adam :

L'INTIMITÉ DES GRANDS HOMMES

VILLIERS DE L'ISLE-ADAM

C'était en 1869, le Théâtre-Royal de Munich, sous la direction du maître de chapelle Richter, devait jouer pour la première fois le « Rhein Gold »; les wagnériens en foule s'étaient donné, à cette occasion, rendez-vous dans la capitale de la Bavière : Liszt, Janssens, Franz Servais, des notabilités de toutes nationalités attendaient impatiemment cette solennité musicale. Entre tous, se faisait remarquer la colonie française : Saint-Saëns, Mlle Holmes, Judith Gautier (alors dans toute sa beauté), Villiers de l'Isle-Adam, Catulle Mendès ; Munich ruisselant de soleil, avec ses temples grecs en carton peint, avait pris l'aspect d'une petite Athènes moderne.

Les jours se passaient, et, pour une raison ou pour une autre, la répétition générale si attendue était constamment remise. Pour s'aider a patienter, on visitait les bibliothèques, les clyptothèques [sic], les pynacothèques [sic] et les autres « thèques » en tous genres ; on faisait des excursions dans les environs, et, le soir, on se réunissait pour dîner et finir ensemble la soirée au café de l'Opéra, espèce de Bouillon Duval servi par des femmes. Après le dîner, en vidant force chopes, on s'entretenait de musique.

Au nombre des notabilités étrangères se trouvant alors à Munich, se distinguait une grande dame — je pourrais dire la dernière des grandes dames — Mme de Mouchanoff, femme de l'intendant impérial des théâtres de Varsovie, encore très belle malgré ses cinquante ans sonnés, et qui, durant sa jeunesse, avait, sous le nom de princesse Kaleszi, mis la tête a l'envers à plus d'un à Paris; musicienne remarquable, grande amie de Chopin, de Liszt, de Wagner, etc., c'est en son honneur que Théophile Gautier écrivit la " symphonie en blanc majeur " .

Très curieuse de voir de près la fille du grand Théo, et voulant par la même occasion faire connaissance avec la colonie française, elle me chargea de transmettre à tous une invitation à l'hôtel des " Quatre-Saisons " .

Lui ayant parlé tout particulièrement de Villiers de l'Isle-Adam et de la façon remarquable dont il lisait ses œuvres, il fut convenu que ce dernier lirait à cette réunion un petit drame intitulé " la Révolte " , dont il avait le manuscrit avec lui. Au jour fixe, nous nous rendîmes à l'invitation; le grand salon de l'hôtel, mis à la disposition de Mme de Mouchanoff, était déjà rempli aux trois quarts par les notabilités de toutes sortes. Après les présentations d'usage, Saint-Saëns, je crois, se mit au piano, joua sa « Danse macabre », puis d'autres se succédèrent, puis enfin vint le tour de Villiers de 1'Isle Adam : décoré de sa plaque de chevalier de Malte, correctement vêtu de noir, il alla s'asseoir sur le tabouret du piano. Au milieu d'un grand silence, il commença la lecture de son œuvre; tout semblait marcher a souhait quand, tout à coup, les yeux hagards, il se souleva de son siège, déboutonna son pantalon, retira ses bottes et s'avachit les pieds pendants sur les touches du piano resté ouvert, qui gémirent lamentablement sous son poids, à la stupéfaction de l'auditoire qui semblait assister à une attaque de folie : les dames abritées derrière leurs éventails, les hommes ahuris, chacun se demandait ce que cela voulait dire lorsqu'une voix de femme se fit entendre : c'était cette bonne Mme Judith Gautier qui expliquait à Mme de Mouchanoff que c'était le résultat d'une maladie, et que quand ça le prenait, Villiers devait être libre de tout lien et s'asseoir les jambes pendantes. Au bout d'un moment, la crise étant passée, comme si de rien n'était, Villiers chaussa ses bottes, reboutonna son indispensable et se remit comme devant à lire son drame. C'était pour la première fois, je l'avoue, que j'assistais à pareil spectacle, et ma qualité d'introducteur ne me laissait pas sans une certaine inquiétude. Le lendemain Munich était plein de cette burlesque aventure, lorsqu'heureusement, quelques jours après, la répétition générale du « Rhein Gold » mit fin à tous ces bavardages, et il ne fut plus question que de Wagner et de son œuvre.

[...]

C'est ainsi que le Chevalier de Malte Villiers de l'Isle-Adam, [...], fit son entrée dans le monde en Allemagne.

CYPRIEN GODEBSKI


Sisimania viennoise (2)


Post précédents :

Le Kikeriki en deuil d'Elisabeth d'Autriche. Leb' Wohl, Elisabeth!


in Kikeriki (journal satirique viennois) 18.09.1898

DAS KOPFTUCH - Expo sur le voile - Welt Museum Wien - Reportage photographique