lundi 29 octobre 2018

Louis II de Bavière, une biographie de Pierre Combescot

L'auteur

Né à Limoges en 1940, Pierre Combescot publia en 1973 chez JC Lattès une biographie de Louis II de Bavière qui fut aussi son  premier essai.  L'auteur avait à l'âge de 19 ans entamé des études de littérature comparée à Munich où il avait découvert en 1960 la personnalité et le monde de Louis II de Bavière.

Il fut critique de ballet et d'opéra pour Le Canard enchaîné sous le pseudonyme de Luc Décygnes et pour Paris Match. Il collabora également à L'Express. En 1991, il remporta le Prix Goncourt et le Prix Goncourt des lycéens pour Les Filles du Calvaire. Il a obtenu le Prix Médicis en 1986 pour Les Funérailles de la Sardine.
 
Pierre Combescot est décédé en 2017.

Quatrième de couverture

Louis II de Bavière, personnage historique ou héros de roman? Les deux, nous répond Pierre Combescot dans cette superbe biographie qui est en même temps une mise en scène, une mise en drame de ce roi légendaire. Il fallait justement un romancier rompu toutes à toutes les volutes, à toutes les extravagances du baroque, il fallait l'auteur des Funérailles de la sardine pour nous restituer le destin de Louis II avec autant de sympathie, de chaleur de fraternelle compréhension. Car la "folie" supposée du souverain de Bavière n'a été qu'un excès d'originalité dont l'a puni son entourage timoré, d'abord en l'emprisonnant, puis en le poussant au suicide. Il aimait trop ce qu'il aimait, il ne savait pas freiner ses passions ni pour les opéras moyenâgeux de Wagner, ni pour la ruineuse construction de châteaux délirants, ni pour la beauté des jeunes valets dont il faisait ses favoris. Héros flamboyant, dont la vie hors de toute règle et les amours hors de toute loi palpitent et rayonnent à travers les pages de ce livre inspiré.

DOMINIQUE FERNANDEZ





Wagner Quizz: Wer bin ich ? Who am I ? Qui suis-je ?



DE

Paul Otto Brückwald wurde als viertes und letztes Kind des Postbeamten Carl Friedrich Brückwald und seiner aus Dresden stammenden Ehefrau Emilie Pauline, geb. Cagiorgi, in Leipzig geboren. Nach einer 1857 begonnenen Maurerlehre erhielt er auf Grund guter Leistungen ein Stipendium, das ihm den Besuch der Akademie ermöglichte. Von 1860 bis 1863 studierte er an der Königlichen Akademie in Dresden. Im Jahre 1868 wurde er in die Leipziger Freimaurerloge Minerva zu den drei Palmen aufgenommen.

Zu den wichtigsten Gebäuden, an deren Bau er maßgeblich beteiligt war, gehören das von Carl Ferdinand Langhans entworfene und beim Luftangriff am 4. Dezember 1943 im Zweiten Weltkrieg zerstörte Neue Theater (1864 bis 1868) am Leipziger Augustusplatz, dort hatte er die Detailplanung und die Bauleitung übernommen. Ferner war er für die Planung und Bauleitung des Hoftheaters (1869 bis 1871) in Altenburg sowie des Festspielhauses (1872 bis 1876) in Bayreuth mit dem in den Jahren 1881/1882 nachträglich angefügten sogenannten Königsbau verantwortlich.

Als eines seiner letzten Bauten betreute er den Bau des repräsentativen Wohnhauses Schwägrichenstraße 11 im Leipziger Musikviertel im Jahre 1894. Brückwald richtete sich im Souterrain des Hauses ein Atelier ein. Berühmte Bewohner des Hauses waren der Kunsthistoriker Nikolaus Pevsner und die Schriftstellerin Elsa Asenijeff.

Zu Ehren des Architekten wurde in der sogenannten „Architekten-Siedlung“ zwischen den Leipziger Stadtteilen Sellerhausen und Paunsdorf eine Straße nach ihm benannt. (aus Wikipedia)

EN

Paul Otto Brückwald was born in Leipzig, the youngest of the four children of Carl Friedrich Brückwald and his wife Emilie Pauline, née Cagiorgi. In 1857 Otto Brückwald was apprenticed to a bricklayer and due to a scholarship, he was able attend an academy. From 1860 until 1863 he attended the Royal Academy in Dresden. In 1868 he joined the Masonic Lodge "Minerva zu den drei Palmen" in Leipzig.

The most important buildings, with whose construction he was involved, include the "Neues Theater" in Leipzig (1864-1868), which was designed by Carl Ferdinand Langhans and destroyed during World War II, for which he undertook the detailed planning and the construction site management. Furthermore, he was responsible for the "Hoftheater" in Altenburg (1869-1871) and the Bayreuth Festspielhaus(1872-1876). He also constructed various buildings in Leipzig.

Otto Brückwald died aged 75 on February 15, 1917, in Leipzig. (from Wikipedia)

FR

Paul Otto Brückwald est né à Leipzig. Il était le plus jeune des quatre enfants de Carl Friedrich Brückwald et de son épouse Emilie Pauline, née Cagiorgi. En 1857, Otto Brückwald fut apprenti-maçon et, grâce à une bourse, il put fréquenter une académie. De 1860 à 1863, il fréquenta l'Académie royale de Dresde. En 1868, il rejoignit  la loge maçonnique  "Minerva zu den drei Palmen" à Leipzig.


Parmi les bâtiments les plus importants auxquels il participa, on compte le "Nouveau théâtre" de Leipzig (1864-1868), conçu par Carl Ferdinand Langhans et détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, pour lequel il entreprit la planification, la gestion des travaux et la gestion du site. En outre,on lui doit la direction des travaux du théâtre de la cour  à Altenburg (1869-1871), des retouches aux plans de Semper (suppression des colonnades) et la direction des travaux  du Festspielhaus à Bayreuth (1872-1876), et divers bâtiments à Leipzig. Otto Brückwald est décédé à l'âge de 75 ans le 15 février 1917 à Leipzig. (Traduction libre)

dimanche 28 octobre 2018

Un buste de Louis II par Ottmar Hörl en vente à la Pinakothek der Moderne



Vu à la Pinakothek der Moderne de Munich, ce buste de Louis II de Bavière par Ottmar Hörl. Ce buste faisait partie de l'installation réalisée par l'artiste dans le parc de Nymphenburg. Voir notre post à ce sujet.

Or du Rhin 1869 à Munich. Les médisances de la Gazette de France.

En septembre 1869, La Gazette de France n'avait vraisemblablement pas de correspondant à Munich pour couvrir la première de L'Or du Rhin. Ce journal ne produit que deux articles sur le sujet, le premier le 11 septembre 1869 (p.2), emprunté à La Presse,  et le second le 19 septembre 1869 ( p. 1) qui


Article du 11 septembre 

"  Il y a grande émotion à Munich, où le nouvel opéra de Wagner, Rheingold, n’a pu être représenté au jour fixé.
    La Presse raconte ainsi cet événement :
   " Le chef d'orchestre du théâtre aurait refusé de se conformer à certaines indications de scènes marquées par Wagner, et qu’il trouve absurdes, lui.
    Fureur de Wagner qui réclame au roi, son protecteur et son ami.
    Fureur du roi, qui met le chef d’orchestre à  la porte.
   Fureur du chef d’orchestre, qui court chez le surintendant des beaux-arts, qui écoute ses griefs et l’approuve.
    Fureur du roi, qui met à son tour à la porte son surintendant des beaux-arts.
    L'orchestre, de son côté, se passionne pour son chef et donne sa démission en masse.
    Wagner, d’autre part, se met en colère, et déclare qu’il retire son Rheingold.
   Le directeur se lamente, les artistes pleurent, le roi se met une cinquième fois en fureur, parle de licencier et le directeur et les artistes, si Wagner, son ami, fait à sa bonne ville de Munich l’affront de retirer son chef-d’œuvre.
    Et le désordre croissait toujours!
  On était à la veille de la représentation. Plus de surintendant des beaux-arts, plus de chef d’orchestre.
   On va, on vient, on court, on cherche un autre chef d'orchestre, et on n’en trouve pas qui veuille accepter cette lourde responsabilité.
   En attendant, les heures s'écoulent, le moment de la représentation arrive. Rien, personne, pas de chef d'orchestre, le théâtre fermé, vide, mort.
  Munich, étonnée, patiente d'abord, comme toute population sait faire sagement, puis s’irrite, s’indigne et s’emporte, et les irréconciliables, (il y en a partout), parlent de la déchéance du jeune roi.
   Telle est la situation. Elle est horriblement tendue et difficile. On ne sait pas où cette crise peut aller."

Article du 19 septembre

" Une très piquante et très curieuse histoire est arrivée récemment de Munich. Le prince de Hohenlohe l'a échappé belle :il a failli se voir supplanté dans son poste et renvoyé à ses terres de Silésie ou auprès du roi de Prusse , qui lui aurait sans doute donné un siège à la Chambre hante de Berlin, à côté de son frère aîné, le duc de Ratibor. Voici quelle était l’intrigue ourdie contre lui :

L’hostilité du prince contre la cour de Rome lui a valu depuis longtemps l’inimitié du parti catholique dans les trois cours de Munich, de Paris et de Vienne. Le parti qui veut sa chute avait jeté les yeux pour le remplacer sur M. Perglas, ministre de Bavière à Berlin. Il s’agissait de décider le jeune roi à signer la déchéance de son ministre. Voici d’abord les acteurs du petit drame en première ligne : Mme de Bulow, amie personnelle de Wagner, et qui n’a pas peu contribué à pousser la fortune de celui-ci
à Paris, où elle fait de fréquents séjours ; à Munich, l’abbé Listz et la spirituelle baronne russe de Muchanoff ; à Vienne, deux dames étrangères, mais de haut parage et d’une certaine influence dans les cercles catholiques: Mmes Mendez et Holmes, dont les noms indiquent suffisamment la nationalité (1).

Comme on a remarqué à Munich que le temps propice pour demander Louis II quelque chose est le moment où il sort enthousiasmé de l’Opéra, surtout s’il s’agit d’un opéra de son ami Wagner, il avait été convenu que les deux dames de Vienne se rendraient à Munich et que de soir de la première représentation du Rheingold elles se trouveraient sur le passage du roi et aborderaient carrément la question. Les autres personnages devaient ensuite venir à la rescousse. Mais tout le plan était basé sur
la représentation de ce fameux Rheingold, représentation qui n’a pas en lieu , on sait pourquoi.

Ce contretemps a tout fait échouer ou du moins ajourner ; car on assure que les acteurs de cette petite conspiration, se proposent de reprendre leur œuvre, de renouer les fils du complot et de creuser sous les pieds du prince favori une mine qui finira par le taire sauter. Son espoir renaît déjà depuis qu’on sait que le Rheingold sera prochainement mis en scène ,le surintendant, M. de Perfall, étant rentré à Munich spécialement à cette intention. Le jeune roi, pour s’arracher aux tiraillements dont il était obsédé, s’est réfugié dans le camp de Schweinfurt, où il passe aussi des revues tout aussi bien que le roi de Prusse.

AUBRY-FOUCAULT. (2) "

Notes

(1) On ne saura jamais précisément de quelle nationalité Aubry-Foucault voulait affubler les "conspiratrices" Augusta Holmès, alors encore citoyenne britannique (elle prendra la nationalité française en 1873), et Judith Gautier, encore épouse Mendès ... Les voici sans doute espagnoles, et plus catholiques que le pape.

(2) Aubry-Foucault était le gérant de la Gazette de France, journal de l'appel au peuple, dont la devise était Tout pour le peuple.


samedi 27 octobre 2018

Le chevalier au cygne de Stéphane Ingouf - une BD en projet avec parution garantie



Un ouvrage en projet édité en financement participatif (crowdfunding). L'auteur en est Stéphane Ingouf, dont le pseudo est Stefdecaen.  Stefdecaen, né le 8 mai 1961, en est tout à la fois initiateur de projet, encreur, coloriste, scénariste, dessinateur.

Pour passer commande de la BD (à partir de 10 € pour la version numérique), rendez-vous vite sur le site de l'éditeur SANDAWE. Attention, clôture des commandes dans 34 jours, et il ne reste à ce jour que 22 exemplaires. D'après le site, la parution de l'ouvrage est garantie.


Descriptif

Cet ouvrage est une incursion très personnelle dans l'imaginaire d'un personnage historique inclassable et fascinant, le roi Louis II de Bavière (1845-1886). Fou d'art et de beauté dans un monde qui en manquait cruellement, épris d'absolu et de liberté, fuyant les conventions de son époque, il a tenté, malgré son statut de monarque, de vivre "autrement". Délaissant la politique mais ayant tout fait pour épargner à son royaume la guerre qu'il avait en horreur, il s'est rapidement lancé dans la construction d'extraordinaires châteaux fantastiques et baroques. Presque totalement coupé du monde à la fin de sa vie, considéré comme fou par certains mais adoré aujourd'hui encore de son peuple, il a au final été destitué avant de mourir tragiquement, noyé dans un lac de Bavière.

Ce livre n'est pas à proprement parler une biographie illustrée, mais une une "vision d'artiste", ouvertement subjective (quoique fondée sur des bases documentaires solides), orientée autour d'un thème cher à Louis II, celui de Lohengrin, le mystérieux Chevalier au Cygne. Héros d'une légende médiévale plusieurs fois reprise à travers les âges, symbole de pureté et d'absolu, ce personnage a inspiré au 19ème siècle un opéra romantique qui a marqué le roi dans sa jeunesse, au point d'influer durablement sur le cours de sa vie et de son règne. Cet album est donc une mise en abyme entre l'histoire de Louis II et celle de Lohengrin.

Le traitement graphique est à la mesure de ce thème énigmatique puisque le livre est presque entièrement constitué de planches à lecture multiple : double, triple, quadruple, sextuple et même octuple. Cela représente une prouesse unique dans la longue histoire des illusions d'optique artistiques, depuis Arcimboldo au 16ème siècle jusqu'à Salvador Dali, Gustave Verbeek et l'OUBAPO... Loin d'être une fantaisie gratuite ou un simple exercice de style, cette profusion d'effets visuels est une façon de traduire poétiquement et métaphoriquement l'univers tourmenté de ce roi mystérieux, rêveur, imaginatif, esthète, mécène des arts et des sciences, bâtisseur de châteaux extraordinaires...


Textes et images reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Apocalypse now! Les Brigands de Schiller dans la mise en scène d'Ulrich Rasche au Residenztheater de Munich

Ensemble © Andreas Pohlmann

Présentation de la pièce

Première pièce de Friedrich von SchillerLes Brigands (Die Räuber, en allemand) est une des œuvres emblématiques du mouvement littéraire allemand Sturm und Drang.

La pièce met en scène le comte Maximilian von Moor et ses deux fils, Franz et Karl. Maximilian aime profondément Karl, son aîné, un élève rebelle mais charismatique. Son frère Franz, le cadet, qui apparaît comme un méchant froid et calculateur, complote pour dépouiller Karl de son héritage. La jalousie qu'éprouve Franz pour son frère le pousse à mentir à son père sur le comportement de Karl, parti étudier à Leipzig. Face aux accusations de vols et de luxure, Maximilian répudie son fils. la nouvelle de sa répudiation conduira Karl à former, avec ses amis, un groupe de brigands et, à travers cette troupe, à remettre en question les notions de légalité et de légitimité. Le développement de la pièce révèle la complexité des motifs de Franz, ainsi que de la complexité de l'innocence et de l'héroïsme de Karl.

Schiller n'avait que 22 ans lorsqu'il termina la rédaction de cette pièce pleine de bruit et de fureur, une pièce sauvage remplie de sentiments de haine  qui éclatent avec violence et dont le héros est " un étrange Don Quichotte, qui  inspire à la fois de l'intérêt et de l'horreur, de l'admiration et de la pitié."  Une pièce où s'exprime aussi la plainte d'un siècle, qui luttait contre toutes sortes d'oppressions qui trouvèrent un dénouement dans la terrible crise de 1789, l'une des plus terribles crises de  l'histoire. Le drame des Brigands est un des manifestes de cette littérature qui prit le nom de Littérature d'assaut (Sturm und Drang), une littérature de combat contre l'ancienne société qu'il s'agit d'abattre et dont Charles Moor est le héros.

La mise en scène d'Ulrich Rasche

Ulrich Rasche s'est fait un nom en tant que metteur en scène de pièces de théâtre avec choeurs. Animant de formidables machineries, poussant à l'extrême les ressources des plateaux tournants et des techniques contemporaines, il place dans cette pièce créée à Munich en 2016 ses acteurs sur deux tapis roulants géants, chacun composé de deux bandes à la vitesse modulable,  qui peuvent s’élever vers le ciel ou se pencher vers l’abîme, être placés en parallèle ou en opposés. La scène sur laquelle ils sont placés peut elle aussi s'élever, ce qui renforce l'impression de tour ou de forteresse.

Plus encore qu'à des acteurs, Rasche fait appel à de véritables athlètes de la scène qui sont soumis à des exercices physiques qui rappellent ceux des esclaves ou des galériens. Et ces galériens sont entraînés par des musiques assourdissantes qui fonctionnent comme une drogue et les hypnotisent,  tout autant que le public, des musiques imaginées par Ari Benjamin Meyers, le compositeur complice d'Ulrich Rasche qui orchestre des tambours obsessionnels et lancinants et des violons, placés de part et d'autre du plateau en avant-scène.

Avec les Brigands de Schiller,  Rasche monte un spectacle d'apocalypse qui réalise la prédiction wagnérienne de théâtre total, de théâtre du futur, adjoignant au texte de Schiller une machinerie infernale, une musique qui finit par envoûter le public et des choeurs qui amplifient le texte crié des acteurs, dont la voix se projette physiquement au travers des fumées. Un théâtre du futur qui est  à la fois un retour aux grandes tragédies antiques, avec l'importance des choeurs parlés des acteurs et l'ajout d'un chant choral. Ainsi la plus contemporaine des mises en scènes rejoint-elle le théâtre le plus ancien, pour donner un théâtre intemporel aux qualités d'universalité.

Chez Schiller, le drame s'inscrit dans un espace-temps relativement défini: les deux frères, Charles et Franz,  représentent deux sociétés qui se trouvent face à face :  l'une qui vit dans les bois, et qui a une allure libre et fière et dont la devise est "La liberté ou la mort", l'autre qui est renfermée dans l'enceinte d'un château, et qui s'use dans de coupables intrigues.  Cette définition spatio-temporelle  s'estompe dans la mise en scène d'Ulrich Rasche qui nous transporte dans un ailleurs qui pourrait se situer n'importe où à n'importe quelle époque et qui rend le texte clamé extraordinairement présent et le fait résonner intensément face aux funestes problématiques de notre époque.

Rasche introduit par ailleurs une dimension supplémentaire en interrogeant la frontière entre le bien et le mal et en rendant la complexité du caractère et de la psychologie des deux frères. Les tapis roulants contraignent les acteurs à une progression obligée qui contraint leur liberté de mouvement, et partant, stigmatise l'absence de liberté de l'humaine destinée. Cette impression est encore renforcée par le fait que les acteurs sont corsetés et que des filins d'acier les relient à la machinerie pour évier leur chute. Ils sont les esclaves des machines auxquels ils se trouvent reliés et, même lorsqu'ils détachent leurs filins, restent contraints à marcher sur le tapis roulant pour ne pas disparaître. Le déterminisme est quasi absolu et les contraintes totalitaires.

Il faut des acteurs aux talents surhumains pour interpréter l'oeuvre de Schiller dans la mise en scène d'Ulrich Rasche, qui, si elle ne comporte qu'un seul rôle féminin, celui d'Amélie, la fiancée de Charles, est joué par deux actrices. C'est en effet la fabuleuse, l'exponentielle, la sidérale Katja Bürkle qui interprète Karl Moor dans un rôle en travesti. Quelle interprétation! Quelle incarnation! rarement a-t-on vu une actrice aussi investie dans son jeu, la transformation est phénoménale d'intensité de véracité, d'authenticité, d'expressivité. Katja Bürkle parvient à donner une dimension humaine à cette figure qui est pourtant l'incarnation du mal parce qu'elle parvient à pénétrer les profondeurs de l'inconscient de son personnage et à en rendre compte. Combien il faut de souffrances pour devenir un salaud! Au point qu'on peut aussi se demander quelle est la part de choix et de liberté dans la destinée humaine. Le Karl Moor de Katja Bürkle semble entièrement prisonnier de son destin.

En contraste, l'unique personnage féminin de la pièce, Amélie, admirablement jouée par Nora Buzalka, apparaît comme une demeure chaste et pure.  L'unique figure de femme qui paraît dans ce drame viril, Amélie, reste fidèle à Charles Moor , le jeune homme auquel elle s'était promise, malgré les pressantes et menaçantes sollicitations de Franz. Si dans le drame de Schiller, sa situation ne change pas pendant la durée des cinq actes, Ulrich Rasche en donne une présentation plus nuancée, Amélie jouant les tentatrices pour mieux se moquer de Franz qu'elle parvient à manipuler. Mais malgré ces nuances, Amélie est mise en lumière comme un rêve de femme face à un Franz qui reste un assemblage de vices et de laideurs, comme la nature n'en a jamais produit. En fin de partie, son fiancé Charles Moor frappera Amélie de son poignard, car il faut que tout le monde meure dans cette pièce aussi désespérée que désespérante. 

Le comte de Götz Schulte, le Karl de Franz Pätzold ou le Spiegelberg de Thomas Lettow relèvent aux aussi brillamment le défi de ce spectacle hyperbolique, qui baigne dans les lumières hallucinées de Gerrit Jurda.

Agenda

Die Räuber se joue encore les 25 et 26 novembre 2018 au Residenztheater de Munich. Pour réserver, cliquer ici.

La compositrice Augusta Holmès commente L'Or du Rhin de 1869

Augusta Mary Anne Holmès, née Holmes le 16 décembre 1847 à Paris et morte le 28 janvier 1903 dans la même ville, fut une compositrice française d'origine britannique et irlandaise. En 1873, elle prit la nationalité française et ajouta un accent à son nom de famille. 

Demeurée célibataire, Augusta Holmès entretint une liaison, peut-être dès 1866, sûrement vers 1869, avec le poète Catulle Mendès, qui s'installa chez elle en 1878, avant de la quitter, ruinée, en 1886. Ils eurent ensemble eurent cinq enfants. 

Fervente wagnérienne, elle assista à la générale du premier Or du Rhin, assise aux côtés de Franz Liszt.

Tribschen et Munich 1869

Villiers de l'Isle-Adam consacra à la compositrice un des récits de son recueil posthume de fantaisies, pamphlets et souvenirs Chez les passants (1). Simplement intitulé Augusta Holmès, il relate la passion de la jeune femme pour l'oeuvre de Wagner. A l'été 1869, Augusta Holmès, alors âgée de 22 ans,  visita Wagner à Tribschen en même temps que le couple Mendès et Villiers. Voici le récit que donne Villiers de cette visite :

" [...]  Deux mois avant la guerre allemande (2), je rencontrai à Triebschen, près de Lucerne, chez Richard Wagner lui-même, Mlle Holmès; son père s'étant décidé " malgré son grand âge " au voyage de Munich pour laisser entendre à la jeune compositrice la première partie des Niebelungen - " Moins d'attendrissement pour moi, Mademoiselle !... lui dit Wagner après l'avoir écoutée avec cette attention clairvoyante et prophétique du génie. Pour les esprits vivants et créateurs je ne veux pas être un mancenillier dont l'ombrage étouffe les oiseaux. Un conseil : ne soyez d'aucune école, surtout de la mienne ! "

Richard Wagner ne voulait pas que l'on représentât le Rheingold à Munich. Bien que la partition en eût été publiée il se refusait à laisser montrer l'ouvrage isolément des trois autres parties des Niebelungen. Son grand rêve, qu'il a depuis réalisé à Bayreuth, était de donner une exécution d'ensemble, en quatre soirées, de cette oeuvre de sa vie. Mais l'impatience de son jeune fanatique, le roi de Bavière, avait passé outre : l'on allait jouer le Rheingold par ordre royal. Et Wagner, ayant décliné toute participation et tous éclaircissements, inquiet et attristé de la façon dont on allait déflorer l'unité de son vaste chef-d'oeuvre, avait défendu à ses amis d'aller l'entendre. En sorte que plusieurs musiciens et littérateurs, au nombre desquels je me trouvais, et qui avaient accompli deux fois le voyage d'Allemagne pour écouter la musique du maître, ne savaient trop s'ils devaient obéir ; l'injonction était cruelle.

- " Je regarderai comme ennemis ceux qui auront encouragé ce massacre par leur présence " , nous disait-il.

Mlle Holmès, résignée à la soumission devant cette menace, était désespérée.

Cependant les lettres du Kappelmeister Hans Richter, qui conduisait l'orchestre de Munich, ayant un peu rassuré Wagner, son ressentiment s'adoucit contre ses passionnés zélateurs et l'on profita de cette accalmie pour partir, quand même, à la sourdine.

J'ai sous les yeux une lettre, encore amère, toutefois, et dans laquelle Wagner m'écrivait, à Munich: - " Ainsi vous allez, avec vos amis, admirer comment on s'amuse avec des oeuvres viriles : eh bien ! je compte, malgré tout, sur quelques passages inexterminables de cette œuvre pour sauver ce qui n'en pourra pas être compris ! "

Les prévisions du maître furent déçues par l'éclatant triomphe du Rheingold plutôt pressenti qu'apparu (puisque les trois autres parties des Nibelungen, dont il est la clef, le rendent, seules, totalement intelligible). Tous ses partisans y assistèrent, malgré la menace et la défense,et je me souviens d'avoir aperçu, ce grand soir là dans la salle, au premier rang de la Galerie Noble, Mlle Augusta Holmès qui, assise à côté de l'abbé Liszt, suivait l'exécution du Rheingold sur la partition d'orchestre de l'illustre musicien. [...]

Après la générale de l'Or du Rhin, Augusta Holmès adressa la lettre suivante à Oscar Comettant, collaborateur au journal Le Siècle, qui estima qu'elle méritait "à tous égards les honneurs de la publicité" et la publie dans son édition du  7 septembre 1869 :

Munich, 3 septembre 1869. 

Mon cher monsieur, 

Je sors de la répétition générale du "Rheingold.» (L'or du Rhin), de Richard Wagner, à laquelle, pour ainsi dire, toute l'Europe artistique s'était donné rendez-vous. 

Liszt était là, entouré de ses admirateurs et de ses disciples, comme jadis Raphaël ; Mme Pauline Viardot, Rubinstein, Saint-Saëns, Brasin, 

l'éminent pianiste belge; M. et Mme Mendès, M. Cusias, directeur de la société philharmonique de Londres, Schuré, l'auteur du bel article sur Wagner publié par la Revue des deux mondes, Cornelius, Serow, le compositeur russe ; enfin toute une pléiade de célébrités et d'intelligences qui manifestaient hautement leur enthousiasme. 

Les répétitions du Rheingold ont été faites avec un soin infini, sous la direction de M. Naus [sic, pour Hans] Richter, jeune chef d'orchestre d'un grand talent et d'un enthousiasme sans bornes pour son art. M. Richter remplace à Munich Naus [sic, pour Hans]de Bülow. 

MM. Betz, baryton (Wotan); Schlosser, tenor (Loge); Kindermann, basse (Fafner); Fischer, baryton (Alberich), et Mlle Itehle, soprano (Fricka), ont droit aux plus grands éloges pour la façon magistrale dont ils ont compris leurs rôles. 

La voix de Betz surtout est une merveille : jamais enrouée, jamais fléchissante. 

La salle du Hoftheater (théâtre de la cour), où se donnent les oeuvres de Wagner, contient environ 2,500 personnes. La loge royale fait face à la scène, ce qui est infiniment plus agréable pour les souverains, condamnés chez nous à voir perpétuellement les acteurs de profil. Mais les souverains en France ont tant d'autres compensations!

L'orchestre,  selon les indications de Wagner, e été baissé de six pieds et entouré d'une cloison qui le dérobe au public. Le chef d'orchestre seul est en vue. Cette disposition offre de grands avantages; celui d'augmenter et d'adoucir à la fois la sonorité, ensuite celui de ne pas distraire l'auditoire en interposant entre lui et la scène une haie d'archets souvent violemment agités, ce qui les fait ressembler de loin à une armée de marionnettes à la rescousse. 

Le Rheingold n'est en réalité qu'un prologue, la première partie d'una oeuvre composée de quatre opéras : le Rheingold, la Walkyrie, Siegfrid, et le Crépuscule des dieux

Il s'agit dans le Rheingold d'un anneau magique donnant la toute-puissance. Cet anneau est forgé par les Nibelungen, gnômes [sic] gardiens de trésors, avec l'or rouge que possèdent au fond des eaux les trois filles du Rhin. Cet or leur a été ravi par Alberich, un des gnômes puissants qui, pour s'en emparer, a maudit l'amour ; car, en effet, il est dit que quiconque aime ne pourra posséder ce trésor. Wotan (Odin), Fricka, la Junon du nord; Loge, le dieu du feu; Donner, le dieu du tonnerre ; et Froh, le dieu de la joie, se concertent pour reprendre aux Nibelungen l'or du Rhin, afin de payer les deux géants, Fasolt et Fafner, qui ont construit pour les dieux le palais de Walhalla. Ce vol est la première méchante action des dieux, et cette méchante action doit plus tard les anéantir.  

Wotan et Loge descendent au Nibelheim, la demeure des gnômes. Loge, par des ruses méphistophéliques, parvient à arracher de la tête d'Alberich son cas-que magique, qui a le don dé le rendre invisi-ble, et à l'entraîner lié, suivi de Wotan. Les géants, qui ont emporté Freia, la Vénus scandinave, dont l'absence avait jeté sur les dieux un voile de tristesse, reviennent en ramenant leur conquête. Ils demandent comme rançon assez d'or pour la couvrir tout entière. Alberich, contraint par les dieux, commande à ses gnômes d'apporter leurs trésors. 

Puis Wotan arrache à Alberich son anneau, que celui-ci maudit en menaçant ceux qui le posséderont. Freia est presque entièrement cachée; mais Fasolt, le géant qui aime Freia, découvre son regard brillant encore à travers les sceptres et les couronnes. Fafner, le géant ambitieux, demande pour couvrir ce regard l'anneau tout puissant qui scintille au doigt de Wotan. Les dieux refusent. Erda, la norne fatidique, la Cybèle scandinave, apparaît et commande à Wotan de renoncer à l'anneau. Il lui faut obéir. 

Aussitôt la malédiction d'Alberich s'accomplit. 

Fasfer [sic] tue Fafolt d'un coup de massue et fuit on emportant les trésors. Loge le Rusé félicite les dieux, chez lesquels cependant naissent les remords de leur premier crime. Sur un arc-en-ciel qui mène au Walhalla, les dieux montent dans la lumière, tandis qu'au fond du Rhin les trois nixes pleurent la perte de l'or merveilleux. 

L'impression musicale que laisse le Rheingold est la plus pure, la plus grandiose et la plus lumineuse qu'on puisse imaginer. La simplicité de cette oeuvre est extrême, comme drame et comme musique. Les vers sont superbes de fièvre poétique et de violence. Ce sont des vers blancs, à la façon de Shakespeare. car Wagner est à la fois un génie musical et un puissant dramaturge. 

Cet opéra contraste singulièrement avec tout ce que Wagner a fait jusqu'à présent. Comme couleur, comme ligne, la conception entière diffère totalement de ses oeuvres précédentes. Du reste, chacun de ses opéras porte un cachet particulier. L'orchestration, comme toujours, est chez lui remplie d'effets inconnus, grandioses et saisissants. 

Pour la première scène qui se passé au fond du Rhin (non point dans l'eau véritable, comme on s'est amusé à le dire, mais dans un décor faisant parfaitement illusion), l'orchestre, d'une rare originalité, est ainsi composé: Trois grandes flûtes, trois hautbois, un cor anglais, trois clarinettes, une basse-clarinette, huit cors, trois trombones; le quatuor d'instruments à cordes. L'introduction reste en mi bémol et ne change de ton qui lors du chant des trois filles du Rhin qui s'appellent à travers les eaux. L'effet de cette scène est au-dessus de toute description. La phrase musicale est construite de manière à produire un enlacement continu qui ne va pas jusqu'à l'angoisse obsédante, comme dans certaines parties du Tannhauser et de Tristan et Iseult, mais qui fait naître une sensation sans égale de fraîcheur, de clarté et de poétique repos. 

Au deuxième acte, dans la caverne des gnômes, le bruit des forges est produit par dix-huit véritables enclumes, grandes ou petites, placées sous le théâtre, et frappées alternativement sur un rhythme régulier, tandis que l'orchestre chante une longue phrase d'un caractère sombre et furieux. Ici la musique devient peinture et le tableau sonne obscur à l'oreille. 

Dans l'introduction à la seconde scène, la grande marche triomphale qui doit éclater à la fin de l'opéra est dite pianissimo par quatre tubas, contralto, ténor, baryton et basse, auxquels le chef d'orchestre a imaginé d'appliquer l'embouchure des cors. L'effet est d'une douceur extrême. Tous les chants de Loge, le dieu du feu, sont accompagnés d'un dessin obstiné qui ressemble à un jet de flammes blanches et grêles ; les violons pizzicato, les flûtes en notes détachées et un frottement de cymbales donnent la sonorité voulue par le maître. 

Mais la splendeur suprême est ce chant de triomphe de la dernière scène commencée par  Froh, le dieu do la joie, repris par Wotan. On croit sentir trembler la terre, et on se sent comme porté vers les cieux inondés de cette suprême mélodie. Jamais Wagner n'avait atteint à de plus sublimes hauteurs. 

Des êtres fabuleux et héroïques passent sur ce chant et semblent, par leur présence, élargir l'horizon musical. Les dieux scandinaves se dressent dans la lumière en agitant leurs lances de diamant. C'est sublime. et l'on est transporté dans le monde do l'épopée telle que la comprenaient Eschyle et Homère. 

L'exécution publique de cet opéra n'aura probablement pas lieu ; le chef d'orchestre, M. Richter, et le prenier chanteur, M. Betz, s'étant retirés afin de na pas exécuter dans de détestables conditions de mise on scène une oeuvre admirable. 

La conduite de M. Richter a été dans tout ceci d'une loyauté et d'un désintéressement au-dessus de tout éloge. Ne voulant obéir qu'à Wagner, qui certes avait le droit de faire retarder une exécution incomplète, M. Richter a donné sa démission de chef d'orchestre et de directeur de musique plutôt que de pactiser avec las ennemis du maître, quelque puissants qu'ils fussent. 

Recevez, mon cher monsieur Comettant, mes salutations les plus empressées. 

AUGUSTA HOLMÈS
        

(1) 1890 - Chez les passants, Comptoir d'édition à Paris. L'extrait se situe aux pages 68 à 71.
(2) Villiers fait évidemment une erreur de datation d'un an. La guerre franco-allemande eut lieu en 1870.