mardi 23 octobre 2018

Munich pendant l'exposition de 1869 par Villiers de l'Isle-Adam

Villiers de l'Isle-Adam, compagnon de voyage des époux Mendès à Tribschen et Munich, fit parvenir une note de voyage au quotidien parisien Le Rappel qui la publia le  21 août 1869. Il y évoque l'exposition des arts décoratifs qu'ils ont visité au Palais de Cristal, leur visite de la statue de la Bavaria ou de la Résidence, le monde des théâtres et de l'opéra, et en particulier la première attendue de l'Or du Rhin de Wagner.

Anselm Feuerbach, Le Banquet de Platon, Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe

MUNICH PENDANT L'EXPOSITION 

Les salles du palais de Cristal sont remplies ; les envois français se sont brusquement abattus, par caisses énormes, à l'Exposition; toute la cimaise est couverte; on parle déjà d'accrocher quelques toiles retardataires au restaurant d'en face, — notamment le Casseur de pierres de Courbet. Disons toutefois que Courbet a envoyé ici un paysage magnifique dont l'eau naturelle et profonde fait véritablement songer.

C'est, avec le Fauconnier de Couture, ce que nous estimons de plus dans le salon français, malgré le peu de sympathie que nous avons pour l'école réaliste. Les Allemands disent, à l'aspect des tableaux de Courbet : " Peinture aussi bonne que brutale : il voit comme un paysan et peint comme un professeur, - ce qui est déjà beaucoup, " ajoutent-ils en riant.

Mais il est trop tard pour vous parler de l'exposition, - des grisailles exquises de Ramberg, du Saint-Joseph de Gysis, des portraits de Lenbach, des paysages de Zwengauër, le Daubigny allemand, des sépias académiques de Kaulbach sur des sujets tires des opéras de Wagner et de la Femme à la robe de velours, de M. Canon, un jeune peintre autrichien d un talent hors ligne.

Laissons donc l'exposition, cette déjà vieille nouvelle. L'on pense que le Banquet de Platon, de M. Anselm Feuerbach, aura la médaille d'honneur. L'œuvre est grandiose, en vérité, et, depuis Pierre de Cornélius, on n'a pas mieux fait en Allemagne. L art est donc bien portant.

Nous aimons Munich, mais tout le monde n'est pas de notre avis. Il est vrai que Munich manque un peu de sergents de ville, qu'on n'y chante pas les Pompiers de Nanterre, qu'on y remarque une absence de viols, d'escroqueries et d'assassinats vraiment désolante pour l'avenir de cette capitale.

Par contre, nous avons vu de magnifiques théâtres où l'on joue Gœthe. Nous nous sommes promené dans des musées qui contiennent des trésors d'art et de génie; nous avons vu des monuments du plus pur style grec, des jardins grands comme le bois de Boulogne, des cafés immenses où l'on est servi par de belles filles que personne n'a l'idée de chiffonner outre mesure (à l'exception de quelques loustics de passage et qui en sont pour leurs frais). Nous avons vu des poètes comme Hermann Zing et Paul Hainz, des peintres comme Lenbach, Maller et Gabriel Max; - nous avons serré, avec toute notre âme, la main qui a écrit les Walkyries, Lohengrin, le Vaisseau Fantôme, Tristan et Yseult, Sigfrid, les Maîtres Chanteurs et le Rheingold.

Nous sommes monté dans l'énorme statue de bronze qui domine la ville, et par les yeux de laquelle six personnes peuvent voir, de front, l'espace s'étendre jusqu'aux montagnes du Tyrol.

Nous avons visité la salle des portraits des dames de beauté du pays. Qu'on se représente une sorte de galerie Montyon de l'amour où (si son nez est d'un jet héroïque) la fille d'un cordonnier côtoie la fille d'une princesse. Le roi Louis Ier, qui a logé dans son palais ce naïf exposé de la beauté germanique, aimait les jolies femmes. Et les bons Bavarois racontent qu'à sa mort la scène suivante se serait passée à la porte du ciel : 

- Toc ! toc?...
- Qui est là? demande saint Pierre. 
- C'est moi, Louis Ier, roi de Bavière! 
- Un instant, répond le bienheureux apôtre.

Et, se retournant vers les galeries éternelles, il s'écrie, d'une voix de tonnerre : 

- Ramassez les onze mille vierges ! voici Louis de Bavière qui arrive !

Mais ne rions pas trop de ce roi qui, au lieu de gloire militaire, a légué à son peuple des écoles où l'on apprend aux enfants à se tenir l'esprit haut et fier.

Le palais est immense et rappelle Versailles : nous y avons remarqué, sur un lit de parade, une courtepointe du prix de seize cent mille francs, à laquelle ont travaillé quarante personnes pendant dix années. En passant dans les vastes corridors, nous nous sommes arrêté devant le sinistre portrait de la duchesse Augusta, l'aïeule qui revient errer dans les grandes salles lorsqu'un prince de la famille va mourir.

Le roi Louis II n'habite point les anciens appartements ; il s'est fait construire, auprès des galeries, trois ou quatre salons -  d'une grande simplicité, - où il travaille, la plupart du temps, solitaire.

La résidence royale communique avec le Nouveau Théâtre, que les directeurs de Paris ne feraient peut-être pas mal de venir visiter en pèlerinage. L'orchestre - (cent soixante musiciens quelquefois) - est placé presque sous terre. Il est disposé de manière à ce que, dans la totalité d'un accord, aucun instrument ne domine selon la place des spectateurs. - Chanteurs et comédiens sont simplement excellents, et, depuis les premiers rôles jusqu'aux derniers, tout le monde marche avec une conscience irréprochable. - Hier soir nous avons entendu les Noces de Figaro, chantées par le baryton Kindermann et Mlle Mallinger; - Richter, qui est, après Hans de Bülow, le premier kappelmeister de l'Alemagne, dirigeait l'orchestre. Il nous a fait oublier un moment notre cher Théâtre-Lyrique, où cependant l'œuvre de Mozart avait trouvé de grands interprètes, et où Pasdeloup, l'intrépide révélateur de Wagner en France, tient si magistralement son bon archet.

Kindermann est un canon mélodieux, et la Mallinger un rossignol enchanté !

Quant à la mise la scène du théâtre, elle dépasse, sans comparaison toutes celles de l'Opéra de Paris.

Relativement au Rheingold, qui sera joué le 20 de ce mois et dont tout Munich se préoccupe vivement, on a parlé de machines à vapeur se promenant dans les frises sur des rails suspendus et invisibles. Ces machines feraient mouvoir des trucs énormes pour des changements à vue tout à fait sans précédents. - Se figure-t-on bien, cependant, l'effet de deux ou trois locomotives tombant, d'une hauteur de quatre-vingts pieds, sur la scène pendant le " doux reproche " de la déesse de l'Amour, la radieuse Freya, lorsque Wothan, le dieu de la nuit du monde, refuse aux deux géants Fafner et Fasolt l'anneau des Niebelungen pour prix de la construction du Walhalla?

Villiers de l'Isle-Adam.

Richard Wagner chez lui, un article de Judith Gautier dans le Rappel (1869)

Le 16 juillet 1869, Judith Gautier arrivait pour une première visite à Tribschen en compagnie de son mari Catulle Mendès et de Villiers de l'Isle-Adam. L'écrivaine donnera plus tard un récit très complet de ce séjour  dans Le troisième rang du collier, un livre de souvenirs paru en 1909. Cependant, aussitôt après leur séjour, elle signa le 30 juillet un article qu'elle intitula Richard Wagner chez lui et qu'elle fit parvenir au quotidien parisien Le Rappel, qui le publia le 3 août. Judith Gautier, née le 25 août 1845, le jour même de la naissance du roi Louis II de Bavière, n'a alors que 23 ans. Elle signe son article de son nom de femme mariée: Judith Mendès.

Le Rappel du 3 août 1869

RICHARD WAGNER CHEZ LUI 

Le lac des Quatre-Cantons, translucide et pur, semblable à ua immense bloc de cristal bleu, s'étend tranquille devant Lucerne. D'un côté, le mont Pilate, âpre, aride, déchiquète son faîte rocheux auquel s'accrochent les nuages; de l'autre, le Righi verdoyant fait onduler ses bois de sapins sombres, qu'interrompent de claires pelouses, et Lucerne étage ses maisons inégales, ses nombreux clochers, ses bastions hors de service, au-dessus d'un étroit pont de bois qui festonne ses arches rustiques dans l'eau bleue du lac. En face de la ville, à l'horizon, les Alpes troubles et bleuâtres apparaissent vaguement reflétées, et, en avant des hautes montagnes, un promontoire s'avance en pente douce dans le lac, et le ferme à demi. Quelques minces peupliers se dressent à la pointe extrême de ce cap, puis les arbres touffus s'échelonnent, et, dans un entrebâillement des branches, laissent apercevoir l'angle d'un toit et une seule fenêtre d'une maison.

Cette maison solitaire, cachée au pied des Alpes, c'est la maison de Richard Wagner. C'est là que cet homme, dont l'œuvre émeut si profondément la critique, vit seul, dans le recueillement austère du travail.

Les lacs et les hautes montagnes semblent s'interposer entre lui et le monde pour empêcher que le bruit des luttes, les petitesses, les jalousies, ne parviennent jusqu'à cette demeure tranquille. A Triebchen, on ne sait rien de la vie extérieure ; nul journal de France ou d'Allemagne n'y est attendu, et peu de visiteurs y sont accueillis.

Le jardin qui entoure la maison n'a pas de clôture. Cela s'est trouvé ainsi.

Sans sortir de chez lui, Richard Wagner peut escalader les Alpes. On croirait que toute la terre fait partie de ce jardin.

Un grand chien noir, compagnon aimé du maître, protège l'habitation.

L'hiver, le lac devient tempétueux autour du promontoire; les gondoles ne peuvent plus aborder; les neiges envahissent Triebchen, dont la solitude redouble, et les serviteurs vont aux provisions en traîneau.

Vue du dehors, la maison de Richard Wagner est très simple; les murs en sont gris, les rougeurs du toit ont été atténuées par le temps, et, parce qu'elle est ancienne, elle ne détonne pas dans l'harmonie du sublime paysage comme font les villas criardes et banales qui se pavanent au bord du lac. Mais lorsqu'on a gravi le perron et franchi le seuil, on pénètre dans un luxe grand et noble.

Le salon est tendu d un cuir mordoré où courent des arabesques d'or, laissant traîner leurs plis amples sur le parquet; les épaisses tentures des fenêtres apaisent l'éclat du jour; les tapis éteignant le bruit des pas. Quelques meubles anciens et rares se groupent çà et là. De grands divans de pourpre sombre s'adossent aux murailles ; du plafond pend une lampe de bronze, et, au-dessus d'un grand piano d'ébène, apparaît un portrait authentique de Beethoven.,

A droite du salon, dans une petite salle longue et étroite, quatre statuettes de marbre appuient leur blancheur douce sur le velours violet des draperies. Voici Tannhauser; sa lyre en main, il entonne à pleine voix son chant d'amour, l'hymne passionné qui célèbre Vénus; et voici Lohengrin qui, pareil à l'archange vengeur, tire son épée pour la défense d'Elsa de Brabant. En face du saint chevalier, Tristan, croyant boire un poison mortel, vide la coupe qu'emplit le philtre d'amour ; et le héros entre tous charmant, Siegfried, s'appuie sur son glaive et tient entre ses doigts l'anneau des Nibelungen, enfin conquis. 

Au fond du premier salon, une tenture soulevée laisse apercevoir la chambre où Richard Wagner travaille. Elle est petite, enveloppée d'étoffes sombres qui la font silencieuse et doucement obscure. Une bibliothèque, où sont réunies les plus belles œuvres littéraires et musicales, couvre deux des parois. En face de l'entrée, on voit un piano, autel de la sublime musique, tabernacle où s'accomplit la mystérieuse communion du penseur avec l'esprit invisible, et, au-dessus du piano, sourit le portrait du roi de Bavière.

A vrai dire, on nous avait dépeint l'auteur de Tannhauser comme un homme farouche, injuste, insociable; et telle est la force de la médisance, que nous nous pensions obligés, à cause de notre admiration passionnée pour l'œuvre de l'artiste, de chercher une excuse au caractère de l'homme dans la cruauté de la vie qui lui a été faite, dans les déceptions, les basses intrigues dirigées contre lui, et surtout dans l'irritabilité nerveuse assez fréquente chez les musiciens. Avec quelle contrition et quels regrets, aujourd'hui que nous connaissons personnellement Richard Wagner, avec quelle honte d'avoir écouté un instant la calomnie, nous confessons notre erreur passée!

Non, la misère, l'envie, 1'injustice ont eu beau s'acharner sans merci sur cet homme, elles n'ont pu laisser aucune trace ni en lui ni sur lui. Nulle amertume dans son âme, nulle fatigue sur son front superbe où rayonne la jeunesse qui ne s'altère pas.

Tous ceux qui l'approchent l'aiment, profondément. Dans le pays qu'il habite on ne prononce son nom qu'avec respect, qu'avec amour. Une fois qu'il avait voulu nous montrer les montagnes, le lac, et la vallée de Guillaume Tell, nous descendîmes avec lui dans un lointain village. A peine Richard Wagner eut-il mis le pied sur la rive, que les bateliers, les paysans, tous les habitants de ce village inconnu, accoururent vers lui et, baisant ses vêtements, lui pressèrent les mains avec adoration. On eût dit un roi bien-aimé, s'il y en a, sortant dans son royaume.

Alors le maître nous parla ainsi d'une voix émue : « Autrefois lorsque, repoussé, exilé, misérable, je cherchais une patrie sans pouvoir en choisir aucune, je me réfugiai dans ce village, et j'étais seul, abattu. Le soir même, au moment où j'allais m'endormir tristement, un chœur d'hommes chanta sous ma fenêtre, accompagné par des harpes et des instruments de cuivre. M'étant levé, je vis sur le lac plusieurs gondoles illuminées et chargées d'hommes qui chantaient. Ce qu'ils chantaient, c'étaient des fragments de mes opéras. Tandis que je fuyais, vaincu par la haine, dans ce village obscur de la Suisse, on me connaissait, on savait ma musique et on me souhaitait ainsi la bienvenue. J'ai vécu quelque temps au milieu de ces braves gens, et je leur garde une profonde reconnaissance, à eux qui m'ont rendu la foi et le courage, quand je commençais à désespérer, et qui m'ont accueilli avec tant d'amour lorsque toute ma patrie me haïssait. »

Richard Wagner est ainsi fait qu'il ne peut éprouver que des sentiments nobles.

Il ressent une amitié profonde pour les amis enthousiastes que lui a conquis son génie; mais il ne sait pas avoir de haine pour ses ennemis. Aux rieurs stupides qui ont bafoué Tannhauser, il n'en veut aucunement. « Ils ont bien fait de siffler, si ma musique leur déplaisait, » dit-il. Et il aime Paris, où il a pourtant si cruellement souffert; et il en parle comme d'une patrie. 

On a coutume aussi d'affirmer que Richard Wagner n'a d'admiration que pour lui-même et méprise tous les autres compositeurs. Nous avons rougi pour les calomniateurs en l'entendant louer avec chaleur et traiter de chef-d'œuvre les partitions de Rossini, de Berlioz, d'Aubert; et, lorsqu'il parle de Mozart, de Gluck, de Weber et surtout du grand Beethoven, c'est avec des larmes dans les yeux.

Richard Wagner est de taille moyenne, mais les justes proportions de son corps dénoncent une force et une agilité capables de désespérer un homme de vingt ans. Sa chevelure s'éclaire de fils d'argent ; son visage est empreint d'une énergie invincible. La bouche est fine, mais divinement bonne, et, tandis que la face possède une grande mobilité d'expression, les yeux, d'un bleu sombre, demeurant toujours placides et graves, comme le ciel toujours serein au-dessus des mouvements des nuages.

La gaieté de Richard Wagner est celle d'un enfant. Il rit et plaisante sans cesse, avec un esprit tout parisien ; quelquefois même il s'essaie à des calembours. La façon dont il parle français est un peu hésitante, mais pleine de trouvailles, pleine de mots si charmants qu'à vrai dire on s'étonne qu'ils ne soient pas en effet dans la langue française.

Ce langage nous permettait de saisir les plus intimes finesses des détails, lorsque, avec une complaisance infatigable, le maître voulait bien nous faire les honneurs de son magnifique royaume intellectuel.

Il nous a raconté son splendide poème l'Anneau des Nibelungen, que nous connaissions trop imparfaitement. Il s'est mis à son piano et nous a fait entendre des fragments du Rheingold, des Walkyries et enfin de Siegfrid, œuvre inachevée encore, qui nous paraîtrait être le chef-d'œuvre du maître, s'il était permis de choisir et de préférer parmi tant d'ouvrages si parfaitement beaux quoique si divers.

Ainsi Richard Wagner nous a fait la joie de nous appeler ses amis. Il a voulu que sa maison fût la nôtre. Après dix jours de glorieuse intimité, nous nous éloignâmes de Triebchen, le cœur serré, et pleins d'une affection profonde pour l'homme que nous avions tant admiré sans le connaître, et de qui la gloire, éclatante maintenant dans toute l'Allemagne, s'établit déjà à Paris même, triomphante et renforcée de toutes ses anciennes défaites.

Judith MENDÈS.

Lucerne, 30 juillet.

lundi 22 octobre 2018

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Plakat / Affiche Bayerische Schlösserverwaltung
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En 1869, trois écrivains Français visitaient la Résidence de Louis II de Bavière . Le récit de Catulle Mendès.

La Résidence

En août 1869, l'écrivain français Catulle Mendès séjournait à Munich en compagnie de sa femme Judith Gautier et de Villers de l'Isle-Adam, un séjour dont l'objectif principal était d'assister à la première de l'Or du Rhin de Richard Wagner. Les trois écrivains eurent l'occasion de visiter librement la Résidence royale, un rare privilège. Catulle Mendès fait le récit de cette visite dans ses Notes de voyage que publia régulièrement le quotidien français Le National. En voici la retranscription :



LES DÉGUISEMENTS DE VÉNUS (1)



Un voyageur, passant un jour dans une bourgade de l'Afganistan [sic], fut interpellé par un homme qui était assis devant une porte.



- Étranger, demanda l'homme, est-il vrai que les gens de ton pays adorent un grand prophète? 

- Ils n'adorent pas un prophète, répondit le voyageur, mais un Dieu. 
- En vérité! Et qu'a-t-il fait, ce Dieu? .
- Des miracles: il a ressuscité les morts. rendu l'ouïe aux sourds, guérit les lépreux et les possédés.
- Est-ce tout?
- Il a multiplié les pains, il a marché sur l'eau. 
- Il a marché sur l'eau? Oh alors, c'était vraiment un grand prophète, car, nous n'avons ici guère que deux ou trois personnes qui soient capables d'en faire autant.


Cette impertinente réplique nous a été remise en mémoire ce matin par un excellent Muniquois [sic] qui nous disait :


- Oui, oui, le château de Versailles doit être assez vaste, puisqu'il est à peine deux ou trois fois plus petit que la Résidence. Naïf amour du clocher! Illusion d'une âme honnête! Il faut reconnaître cependant que la demeure du roi de Bavière est une colossale bâtisse. Tandis que nous nous approchions lentement, grâce à l'allure méthodique d'un maigre cheval de fiacre, elle se dressait de plus en plus grandiose sur le ciel, parmi les arbres d'un parc qui ressemble à la forêt de Fontainebleau.


Notre voiture s'arrêta entre deux guérites peintes de losanges blancs et bleus, et le cocher, qui nous.avait entendu parler français. commença un long discours allemand dans le but de troubler nos esprits et de nous extorquer une somme considérable pour prix d'une course de dix minutes. Nous le laissâmes dire patiemment, et il tendit vers notre porte-monnaie une main sûre du triomphe. Mais quelle ne fut pas sa stupeur lorsqu'il nous vit lui remettre, fort du tarif consulté, et avec un sourire en guise du pourboire, deux petites pièces de six kreutzer! Son attitude devint tout à coup celle d'un homme vaincu par une fatalité définitive; et, en nous éloignant, nous l'entendîmes murmurer d'une voix sourde ce mot profond :



- Il n'y a plus d'étrangers!



Un ordre qui nous avait précédé à la Résidence (2) nous conférait le droit d'y pénétrer seul, par n'importe quelle porte, à n'importe quelle heure. Nous entrâmes dans une cours latérale, solitaire, où l'herbe pousse, et que décore une magnifique fontaine de bronze vert. Au fond, dans un vaste mur rosâtre s'ouvre une voûte basse. Nous choisîmes et chemin. Quelques marches descendues, une porte poussée, nous nous trouvâmes dans une salle ancienne.



Sortir de la vie moderne et entrer tout coup dans le passé, cela équivaut à une douche glacée sur un front brûlant. Nous eûmes le frisson.



Autour de nous d'énormes parois peintes où s'effaçaient confusément des groupes chevaleresques, et qui, bossuées par l'humidité faisaient saillir çà et là une armure décolorée. ou projetaient le bras de plâtre d'un guerrier. Au-dessus de notre front, à une grande hauteur, des peintures encore, plus troubles, plus brouillées, presque disparues. De loin en loin, sur les murs, des hallebardes droites, aux pointes damasquinées, vieilles armes qui s'oxydent. Une statue qui, dans la pénombre, avait l'air d'une sentinelle, se tenait debout près d'une porte. Le sol, de briques rouges, sonnait profondément. Des fenêtres invisibles versaient une clarté morne. Est-ce dans cette salle que vient errer parfois, à l'heure des agonies royales, celle qu'on nomme à présent la Dame Noire, et qui, de son vivant, fut l'archiduchesse Maria-Anna-Augusta, fille de Ferdinand II, empereur d'Autriche, et femme de Maximilien Ier, duc de Bavière? (3) Comme nous rêvions, un bruit de crosse de fusil retentit sur les briques du sol. Ce que nous avions pris dans la demi-obscurité pour une statue était un grand gaillard de soldat bavarois. Il porta la main à son casque. Nous saluâmes. Ainsi s'évanouissent le fantômes! 



Par des escaliers de pierre qui rodent sous des plafonds bas. par de longues galeries où gémit le vent froid des solitudes, nous arrivâmes au premier étage de la Résidence, et devant nous s'ouvrit une interminable enfilade de salles somptueuses. 



Les fenêtres étaient closes à demi. Nul être vivant. Aucun bruit. Nous marchions en songeant, comme un héros des contes arabes transporté dans le palais d'un Génie.



Ce furent d'abord de vastes appartements pleins d'une gravité hautain,. Les fresques des murs racontaient des batailles. Des lustres énormes descendaient des plafonds d'or. çà et là. un lit de parade aux courtines de brocard semblait avoir été destiné au sommeil d'un géant. Qui donc, n'étant qu'un homme, a osé habiter sous ces lambris énormes ? Est-ce l'un des héros dont les statues colossales, en bronze doré, solennisent la salle du Trône? Nous nous sentions tout petit en passant sous les portes.



Puis, après la courte transition de quelques antichambres, éclata un luxe fou, bizarre, charmant. Plus d'appartements lugubres à force de grandeur, Cent petites chambres, qui ressemblent à des boudoirs, montrent leurs murailles tendues de soies claires, font luire l‘or ciselé de leurs meubles et les marbres polychromes de leurs cheminées qui se courbent en de fantasques dessins. Des vases de Chine, du Japon, de Saxe et de Sèvres surchargent des étagères qui ressemblent de loin aux gradins fleuris d'une serre. Tant de couleurs relatent à la fois, en mille détails, de toutes parts, que l‘on dirait d'un palais de coquillages. Et l‘on se demande si quelque Mme de Pompadour bavaroise n'a point habité plus d'une dans ces petites salles aux murailles discrètes, n'a pas rêvé longuement sur ces tendres sophas [sic], n‘a pas miré ses lèvres rouges dans ces miroirs de Venise, encadrés de porcelaines fleurie. où des colombes se becquettent.



Plus loin, - car nous marchions toujours à travers la solitude du palais, - nous entrâmes dans un appartement où le luxe avait je ne sais quoi de mélancolique et de recueilli. Des pâles tentures bleues, fleuries, çà et là de fleurs pâles, descendaient languissamment vers des tapis aux couleurs éteintes. Les fauteuils d'une causerie récente étaient groupés autour d'une table aux pieds d'argent. Près d'une bibliothèque, une chaise longue, favorable aux rêveries. Qui donc habitait cet appartement calme et clair? Sur une cheminée il y a un groupe de marbre représentant Lohengrin et Elsa. Nous étions dans la chambre même de S.M. Louis II. 



Plus loin encore et après avoir longtemps erré de salle en salle, nous nous trouvâmes en face d'une porte fermée. Jusqu'à présent, notre promenade curieuse n'avait rencontré aucun obstacle. Les tentures s‘étaient complaisamment écartées, les serrures avaient partout obéi à la plus légère pression de notre main. Cette porte résistait. Nous conçûmes aussitôt un violent désir de l'ouvrir et de connaître ce qu'elle nous cachait. Que faire? appeler quelqu'un? Il n'y avait personne dans le palais. Nous enragions. Il y a des moments où on voudrait être serrurier. Nous avions bien dans notre poche la dé de notre malle, mais il eût été absurde d'espérer qu'une clé grosse comme une épingle pût produire quelque effet dans un trou de serrure plus large qu'un quadruple florin. Cependant,nous essayâmes et, chose extraordinaire, à peine avions-nous introduit la petite clé dans la grande serrure, que la porte, avec un grand fracas, s'ouvrit à deux battants. Il est probable que, sans le savoir, nous avions touché quelque ressort mystérieux. Quoi qu'il en soit, la porte était ouverte, et c'était tout ce qu'il nous fallait. 



Combien il eût été dommage qu'elle ne s'ouvrît pas! Sur les murs de deux vastes salles nous apparurent, en grand nombre et symétriquement placés, des portraits de femmes, et ces femmes étaient les plus belles du monde! (4) Là sont réunis tous les types, toutes les conditions, tous les costumes féminins. Une Anglaise aux yeux pâles rêve aux côtés d'une Espagnole dont le regard est pareil à un double poignard d'or. Les cheveux blonds d'une Allemande ressemblent à des rayons de miel; une Italienne a l'air d'être coiffée d'un casque noir. A côte d'une archiduchesse reconnaissable à son pompeux habillement, se montre, moins superbe, non moins belle, une Tyrolienne des monts d'Inspruck [sic] Voici une Parisienne, un peu trop minaudière, mais charmante; voici une Russe, parisienne aussi. Harem immobile et parfait ! Nous allions de toile en toile, extasié, car chacun de ces portraits est l'idéal même du type qu'il représente. Préférer eût été impossible. Nous songions malgré nous à un galant poème du dix-huitième siècle. qui s'appelle Les Déguisements de Vénus (1). Nous nous imaginions que l'éternelle Aphrodite avait revêtu tour a tour toutes les belles formes, tous les costumes, pour la gloire d'un peintre et les délices d'un collectionneur enthousiaste. Car nous sentions bien que nous regardions des portraits et non des visages conçus par le rêve seul ; il y avait dans toutes ces beautés une réalité incontestable. Ces femmes peintes existaient ou avaient existé. Heureux qui les voit ou qui les a vues vivre! Ce fut seulement lorsque l'ombre s'établit que nous quittâmes ces salles enchanteresses. S.M le roi Louis Ier, grand-père du roi actuel, a réuni les plus nobles exemples de la beauté féminine. Et, en nous retirant, nous pensions ce prince enthousiaste et à une historiette qu'on nous conta. 



Quand Louis Ier fut mort, il n'eut pas besoin d‘attendre, pour ressusciter, le jour du dernier jugement. Les rois, même dans l'autre monde, obtiennent des tours de faveur. Donc, sans retard, il s'en vint frapper à la porte du Paradis.



- Qui est là? demanda saint Pierre.

- Louis Ier, roi de Bavière. Ouvrez!

Et, en effet. le bon Saint- Pierre se prépara à laisser entrer l'auguste Élu; mais, d'abord, embouchant un porte-voix, il cria vers le Paradis:

- Voici le roi Louis Ier ! ... ! ...Enfermez les Onze Mille Vierges!


Catulle Mendès 



(La suite prochainement)



Notes 

(1) Le titre de cet article est emprunté au poète Évariste de Parny qui publia en 1803 à Paris un recueil intitulé Porte-feuille volé, qui comportait trois parties: Le Paradis Perdu, les Déguisements de Vénus et Les Galanteries de la Bible.

(2) Il se pourrait que les trois journalistes français ont obtenu ce privilège suite à une recommandation de Richard Wagner auprès du roi Louis II de Bavière.

(3) Il s'agit de Marie-Anne d'Autriche (1610-1655).  Fille de l'empereur Ferdinand II du Saint-Empire et de Marie-Anne de Bavière1 , née le 13 janvier 1610, Marie-Anne d'Autriche épousa en 1635 son oncle, l'électeur Maximilien Ier de Bavière, de 37 ans son aîné. Celui-ci veuf d'Élisabeth de Lorraine (1574-1635) et sans enfant, fervent défenseur de la cause catholique pendant la guerre de Trente Ans, avait reçu en 1620 la dignité électorale.
 Joachim von Sandrart, Marie-Anne d'Autriche
(Kunsthistorisches Museum de Vienne)

Si Catulle Mendès évoque la légende de l'apparition d'une dame en noir, Jacques Bainville ou Léo Larguier parlent plutôt du tableau de la Comtesse Orlamonde, aussi appelée la Dame blanche. Ainsi dans cet extrait du roman Le roi sans reine que Larguier consacre à Louis II:

" — Il paraît, dit une vieillie dame à son voisin, que notre roi savait qu’il ne tarderait pas à mourir, il avait vu au bal la comtesse... la comtesse... Comment l’appelez- vous ?
— La comtesse Orlamonde? fit l’autre en haussant les épaules et en lançant une bouffée de fumée, vous voulez rire, ma bonne, ce sont là des histoires auxquelles les enfants en bas âge ne croient plus. C'est impossible...
— Si, si ! répondit-elle... et ce n’est pas la première fois que cela arrive. Dans une salle de la "Résidence", il y a un grand portrait de cette comtesse, et quand un roi de Bavière est prêt de sa fin, il voit s’animer la peinture. Ce sont d’abord les yeux ; les paupières battent comme celles de quelqu’un qui s'éveille ; le regard s’anime ; puis, une main s’agite, tapote la jupe de brocard, et, comme si elle sautait d’une fenêtre sur le parquet, la comtesse Orlamonde saute à bas de son cadre. Le roi est seul à voir le miracle. Elle va vers lui, salue de la tête, et il sait qu’il ne tardera pas à mourir... Eh bien ! on dit que le soir du premier jour de mars, Sa Majesté a été témoin de cette scène, au milieu d’une grande fête de la Cour, et le roi s’est alité le surlendemain et il est mort cinq jours après, voilà! Dieu garde notre nouveau roi, Louis II, son fils, mais il est si jeune ... Songez qu’il vient d’avoir seulement dix-huit ans !... Oh! je sais son âge, parce que ma petite fille, Charlotte, est née le même jour, le 25 août, en 1845 ; vous pouvez compter...
— Il paraît qu’il est très beau, dit une jeune femme... Je ne l’ai jamais vu... Jusqu'à présent, personne ne la beaucoup approché. Il paraît aussi qu’il est toujours triste et qu'il adore la poésie et la musique... Il faudra bien qu’il se montre, maintenant. "

(4) Il s'agit de la Galerie des Beautés (en allemand Schönheitengalerie), une galerie de portraits commandée par Louis Ier de Bavière, La galerie rassemble trente-six portraits de dames célèbres pour leur beauté et peintes pour le roi de Bavière entre 1827 et 1850 par Joseph Karl Stieler, nommé peintre de la cour en 1820.  Ces oeuvres, qui étaient exposées dans des salles de la Résidence jusqu'à la seconde guerre mondiale, furent transférées  après la guerre dans l'aide sud du château de Nymphenburg, où elles se trouvent encore actuellement exposées.


dimanche 21 octobre 2018

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Le Braconnier d'Albert Lortzing au Theater-am-Gärtnerplatz

Le Théâtre-am-Gärtnerplatz remet ces jours-ci à l'affiche Le Braconnier (Der Wildschütz) de Gustave-Albert Lortzing, un opéra comique présenté la saison dernière dans une nouvelle mise en scène de Georg Schmiedleitner. A voir les 24 octobre, les 2 et 17 novembre, et les 8 et 19 décembre au Theater-am-Gärtnerplatz.

Voici en avant-programme un résumé biographique du compositeur et le synopsis de son opéra comique.

Résumé biographique

Albert Lortzing (né le 23 octobre 1801 à Berlin – mort le 21 janvier 1851 dans la même ville), est un compositeur, librettiste, acteur et chanteur allemand. Il est l'un des principaux représentants de la variante germanique de l'Opéra comique, le Spieloper.

En tant que compositeur, Gustave-Albert Lortzing avait de son vivant  rencontré le succès mais avait à la fois vécu dans une misère relative. Voici le portrait qu'en donnait au moment de son décès le journal de musique Le Ménestrel du 9 mars 1853 : 

" Voici quelques détails biographiques sur le compositeur allemand dont nous avons annoncé la mort si regrettable et si prématurée.

Gustave-Albert Lortzing, né à Berlin en 1803, fut destiné à la scène dès son enfance. Doué d'une belle voix de ténor, il débuta avec succès comme chanteur; mais bientôt il sentit que sa vraie vocation était celle de compositeur. A l'âge de vingt-trois ans décrivit un grand opéra intitulé : Ali Pacha, qui reçut un accueil très favorable à Berlin, à Dresde, à Munich et à Vienne. Ensuite il mit successivement en musique trois opéras-comiques : le Polonais et son enfant, les Deux Archers, et Czar et Charpentier. Ce dernier ouvrage fut reçu avec le plus vif enthousiasme, et devint si populaire, qu'en moins de six mois il avait été exécuté sur tous les théâtres de l'Allemagne.

Lortzing se retira de la scène afin de se livrer exclusivement à la composition. Les opéras qu'il a écrits depuis sont : Casanova, le Braconnier, Hans Sachs, l'Armurier, Ondine et les Dilettanti de haut parage ou la répétition d'un opéra-bouffe, ouvrage qu'il composa pour le grand théâtre de Francf'ort-sur-le-Mein, et qui, comme on se le rappelle, a fait fureur dans cette ville.

On a aussi de Lortzing plusieurs vaudevilles, des morceaux détachés de chant, et beaucoup de compositions pour la flûte et pour le piano, instruments sur lesquels il excellait lui-même.

Lortzing a été successivement directeur de musique de divers théâtres de Vienne, de Dresde et de Munich; il l'était depuis quelques années d'un théâtre secondaire de Berlin. Sa mort a été en quelque sorte subite. Dans l'après-midi du lundi 20 janvier, il dirigea, au théâtre de la Koenigstadt, la répétition du Matrimonio segreto, de Cimarosa; après avoir dîné il rentra chez lui, et rédigea le règlement d'une nouvelle société philharmonique qui venait de se former à Berlin sous le nom de l'Odéon, et dont il avait été nommé directeur ; puis il se coucha. Dans la nuit même il se sentit très oppressé, et le lendemain, à la pointe du jour, il envoya son domestique chercher un médecin. Lorsque le domestique revint, il trouva son maître mort. Le médecin a constaté que Lortzing avait succombé à une attaque d'apoplexie foudroyante.

Albert Lortzing, dit la Berliner-Musik-Zeitung-Echo , se consacrait entièrement au style des scènes populaires, et s'éloignait des hautes sphères musicales , autant par goût que par la nature de son talent. Il n'ambitionna jamais la faveur d'un public d'élite; mais son public à lui ne s'en montra pas plus reconnaissant. Cet artiste favori, cet enfant gâté des bourgeois de Berlin, qui naguère ne pouvaient pas assez entendre son Czar et Charpentier, se vit forcé en 1818 et 1849 de parcourir l'Allemagne et de consumer son activité sur des scènes de troisième et de quatrième ordre — (des théâtres ambulants ! ) — pour gagner sa vie et donner du pain à sa femme et à ses six enfants !

Ses Deux Archers, son Hans Sachs, Casanova, l'Armurier, le Braconnier et surtout Czar et Charpentier, avaient rapporté des sommes considérables. Mais quel fruit en a-t-il retiré? Il n'a jamais touché de droits d'auteur; ses modiques honoraires dans les grands théâtres étaient bien vite consommés ; les scènes secondaires se montraient peu généreuses, quelques-unes ne payaient pas du tout ; or le compositeur ne peut pas vivre d'applaudissements et d'enthousiasme public. Lortzing est mort de faim dans sa patrie, au coeur de l'Allemagne!... "

Annonce de la parution d'un arrangement pour piano en 1843
Le Braconnier ou la voix de la nature

Der Wildschütz, une des œuvres les plus populaires du talentueux Albert Lortzing, fut joué pour la première fois en 1842, et est basé sur la comédie d’August von Kotzebue intitulée Der Rehbock, oder die schuldlosen Schuldbewußten (Le Chevreuil). Il n'est pas sans rappeler l'intrigue et l'esprit du Mariage de Figaro de Mozart.

Acte I

Le maître d'école Baculus fête ses fiançailles avec Gretchen à l’auberge du village . Un chasseur du comte d'Eberbach arrive plus tard aux festivités avec une lettre indiquant à Baculus qu'il a été démis de ses fonctions de maître d'école,parce que Baculus a été chasser  sur les terres du comte sans sa permission. Baculus songe à envoyer Gretchen pour qu'elle essaye de lui faire changer d'opinion, mais il se souvient ensuite que le comte a un faible pour les filles. La baronne de Freimann, la sœur du comte  qui a récemment perdu son mari, arrive, déguisée en étudiante. Son frère veut la marier  avec le baron Kronthal. La baronne entend le malheur de Baculus et propose de défendre sa cause à la place de Gretchen. Le comte arrive ensuite sur la scène avec ses compagnons de chasse, tout comme le baron Kronthal. Le comte et le baron se sentent immédiatement attirés par Gretchen. Le comte convie  tous les chasseurs à sa  fête anniversaire au château.

Acte II
La comtesse d'Eberbach a un faible pour les tragédies anciennes , en particulier pour celles de Sophocle, et accable  sa servante de ses discours sur le théâtre. Son intendant Pancratius conseille à Baculus d'exploiter cette passion pour gagner les faveurs de la comtesse. Baculus impressionne la comtesse avec des citations des œuvres littéraires anciennes. Mais le comte s'en rend  compte et tente de bannir Baculus. Baculus essaie alors de persuader la baronne de se déguiser en Gretchen. Une tempête se déclare qui oblige Baculus et Gretchen à rester enfermés dans le château. Au cours d'une partie de billard, les lumières s'éteignent à plusieurs reprises. Le comte et le baron en profitent pour surprendre Gretchen. Cependant, la comtesse aide Baculus et Gretchen à s'échapper. Le baron offre ensuite une récompense de cinq mille thalers à celui qui lui ramènera Gretchen.

Acte III

La célébration de l'anniversaire du comte continue. On amène la vraie Gretchen au château. Le baron se rend compte que Gretchen semble différente de celle qu'il  a connue. Baculus révèle alors que la  Gretchen que le comte avait rencontrée n'était autre qu'un étudiant déguisé. La baronne révèle sa véritable identité. Le baron demande une explication à Baculus, puis le comte se joint à lui pour demander des éclaircissements. La comtesse arrive elle aussi. La confusion est enfin clarifiée. À la fin, Baculus et Gretchen sont réunis et Baculus est rétabli dans ses fonctions de maître d'école. Il s'avère de plus que Baculus n'avait pas braconné car il avait accidentellement abattu son propre âne au lieu d'un cerf sur les terres du comte.


samedi 20 octobre 2018

Un musulman jouera un des premiers rôles dans le prochain Jeu de la Passion d'Oberammergau

Pilate condamnant Jésus à mort. Crédit Passionsspiele Oberammergau

Il n'y pas pas que la bière qui soit savoureuse en Bavière. La question religieuse l'est tout autant dans ce pays qui vient de réimposer la croix dans les halls des édifices publics. Et l'histoire que vient de nous servir le metteur en scène du Jeu de la Passion ne manque elle non plus pas de saveur.

C'est aujourd'hui que la ville d'Oberammergau rendra public les noms des 20 protagonistes de l'édition 2020 du Jeu de la Passion, et, si peu d'infos ont filtré, il en est une qui ne manquera pas d'interpeller les Bavarois les plus traditionalistes, puisque le metteur en scène Chritian Stückl a laissé entendre dans une récente interview au Spiegel qu'un habitant musulman d'Oberammergau jouera un des trois apôtres les plus importants : Jean, Pierre ou Judas. Ce jeune musulman est âgé de 18 ans, ce qui selon le metteur en scène est trop jeune pour jouer le rôle de Jésus !

Le Jeu de la Passion se joue tous les dix ans depuis 1654 et mobilise toute la population de la petite ville bavaroise. Pour en être acteur, il faut impérativement être né à Oberammergau ou y résider depuis au moins 20 ans. Les hommes doivent en outre se laisser pousser barbe et cheveux, seuls ceux qui interprètent un soldat romain peuvent garder les cheveux courts. Sur les 5000 habitants que comptent Oberammergau, 2500 participeront activement au Jeu de la Passion dont la première aura lieu le 16 mai 2020.

Christian Stückl rappelle que jusqu'en 1990, les femmes mariées ne pouvaient pas participer aux représentations parce que les rôles de femmes devaient être confiés à des vierges.Il se doute bien qu'en choisissant un jeune musulman né dans la ville pour interpréter un apôtre, il rencontrera des vents contraires. Mais Christian Stückl ne craint pas la controverse. Lors des trois éditions précédentes, qu'il a dirigées, on lui avait reproché de s'être fait conseiller par des rabbins ou d'avoir attribué un rôle principal à un protestant. Et puis le second directeur du jeu de la Passion, Abdullah Karaca, se trouve lui aussi être musulman. 

Christian Stückl rappelle aussi que l'histoire de Jésus s'inscrit dans le cadre de conflits interreligieux juifs, que Jésus était lui-même Juif et que la philosophie de Jésus est d'abord celle d'un message d'amour et de fraternité.  Le message évangélique n'a que faire des fanatismes religieux. C'est à lui qu'est confiée la sélection des protagonistes et c'est avec sa longue expérience de sa direction d'acteurs et sur des critères uniquement professionnels qu'il fait ses choix.

Et rappelons pour notre part que Jésus est aussi un prophète de l'Islam...