vendredi 29 octobre 2010

Dance- Festival 2010: la compagnie Iwanson à la Muffathalle

Iwanson International à Munich est une des académies les plus réconnues de la danse contemporaine en Europe . La compagnie attire depuis plus de trente ans des étudiants venus du monde entier. Elle offre une éducation de base dans la danse contemporaine, des cours de danse classique, jazz, hip-hop et cours de théorie de la danse.Le festival DANCE 2010 présente pendant deux soirées le travail de jeunes chorégraphes exécuté par des étudiants de la compagnie Iwanson, avec notamment deux créations remarquables de Hannes LANGOLF (photo): Games of solitaire, qui a été interprété hier soir, et Miniature, qui sera présenté ce soir à la Muffathalle à 19H30.
Infos et réservations: cliquer ici

mardi 26 octobre 2010

Nymphenburg, couleurs d'un canal automnal

Colverts, foulques et poules d'eau,
Un cygne!
Dans les eaux froides et automnales
Du canal.
Le sculpteur de chapiteau a posé un oiseau au coeur des volutes.
Un signe?

Les feuillages s'éteignent de plus en plus tôt...
Mais la nuit, au château,
Des nymphes boivent le champagne en flûtes





















































lundi 25 octobre 2010

Opéra: ne dites plus la Traviata, dites Anja Harteros

Hier soir, les amis de l'Opéra de Munich ont assisté à une représentation de la Traviata de bonne tenue, malgré une mise en scène et des décors quelconques. Tant qu'à jouer la Traviata, si on ne prend pas le parti de l'inventivité ou de la modernité, pourquoi ne pas miser sur un facsimilé du luxe des hôtels particuliers dans lesquels les riches bourgeois de la seconde moitié du XIXème siècle entretenaient leurs maîtresses?

De cette production, on retiendra surtout l'exquise performance de la soprano allemande Anja Harteros, qui a incarné Violetta de manière accomplie. Harteros sait retransmettre toute l'ampleur du désastre de cette femme en fin de vie. Elle en exprime la vulnérabilité et cette force d'âme, ce sens moral admirable qui conduit la condamnée à opter pour l'abnégation.On retrouvait aussi toute la luminosité vocale qu' Anja Harteros avait fait briller en incarnant Elsa dans Lohengrin pendant le festival d'été de l'Opéra de Munich.

Une voix élégante aux tons sombres, un soprano fluide mais suffisamment solide pour exprimer une présence intense même dans le pianissimo, du raffinement dans le colorature et de la puissance dans l'aigu, une voix accomplie qui peut exprimer les changements d'humeur de Violetta, passant d'un état émotionnel à un autre fort différent du premier avec l'apparence d'une aisance déconcertante, dont on sait qu'elle est plutôt le signe d'une technicité du plus haut niveau.

Toutes ces qualités ont pu trouver leur apothéose dans les duos avec le père Germont porté par le très applaudi Andrzej Dobber. L'Alfredo d'Eric Cutler, de très belle tenue, a pu faire valoir la magie de la voix d'Anja Harteros, sans pour autant que l'on ait assisté à des duos inoubliables.

Mais Anja Harteros vaut à elle seule le déplacement. On pourra à nouveau l'entendre ce mercredi 27 octobre au Bayerische Staatsoper de Munich.

Dance 2010: la biennale de danse de Munich, du 22 octobre au 6 novembre




Dance 2010
Du 22 Octobre au 6 Novembre

Un festival de danse contemporaine qui présente le travail tant local qu'international de jeunes choprégraphes. Ce qui est aujourd'hui remarquable, c'est la recherche d'intégration de systèmes et de méthodes en provenance d'autres disciplines. L'accent de cette biénnale est mis sur les rapports entre le travail sur le corps et notre monde digitalisé.
Outre les performances des danseurs, le festival propose aussi des soirées cinématographiques centrées sur le thème de la danse, des conférences et une exposition de photographie intitulée "Body Languages" , qui rend compte de la collaboration entre le choréographe Raimund Hoghe et la photographe Rosa Frank.
Plus d'infos et programme sur le site de dance2010.de.

dimanche 24 octobre 2010

Rusalka: la musique triomphe au Staatsoper mais le public boude une mise en scène géniale.

C'est la première fois que le chef d'orchestre tchèque Tomas Hanus (photo) dirigeait Rusalka, l'oeuvre la plus connue de son compatriote Antonion Dvorak. Il s'y était toujours refusé parce qu'il attendait que des conditions d'excellence soient remplies avant de s'attaquer à la direction d'un des plus beaux opéras du vingtième siècle, un opéra qui avait ouvert ce siècle puisque Rusalka a connu sa première représentation en 1901.

Le Bayerische Staatsoper a répondu aux exigences du maestro et lui a offert un orchestre renommé qui a su interpréter les douceurs subtiles et la précision de ses indications : on a senti comme une histoire d'amour au service de la musique entre l'orchestre et son dirigeant, avec des choeurs au métier assuré tant dans la maîtrise vocale que dans le jeu théâtral, et enfin un plateau de chanteurs exceptionnels. Le public a été maintenu sous le charme de cette magie musicale synchrone pendant les trois heures de la représentation.

Le public a ovationné l'interprétation de la jeune soprano lettone Kristine Opolais qui a su exprimer avec délicatesse et pathos toute la palette des souffrances du personnage, même si ses graves ne passaient pas toujours l'orchestre. Opolais a de plus un art consommé de la scène, dont on sent qu'elle apprécie le jeu. Au dernier acte elle a enfin pu donner toute sa force vocale, avec des talents de tragédienne contemporaine. L'Ondin était porté par la voix puissante et chaude de la basse Günther Groissböck, le Prince du ténor Klaus Florian Vogt résonnait avec force et clarté, deux grandes voix wagnériennes qui confinent au sublime, deux talents d'acteur . Les rôles secondaires ont contribué de faire de cette soirée un hymne à la Musique.

Le public dans sa grande majorité n'a pas apprécié les choix du metteur en scène Martin Kusej*, qui a été copieusement hué. On se serait cru à la première de Hernani, dans une querelle des Anciens et des Modernes. Personne n'est resté indifférent dans la salle mais les bravos enthousiastes d'un petit nombre n'ont pu compenser le brouhaha général de la désapprobation.


On se rappelera que le livret Rusalka est largement inspiré de la Petite Sirène d'Andersen. Et Kusej a relu le conte en actualisant les horreurs qu'il contient. Dans le conte, la nymphe des eaux, la sirène, appartient au Monde souterrain des eaux qui est régi par des règles strictes et despotiques que nul ne peut transgresser. Pour sortir de son confinement, pour accéder au monde supérieur des humains, il faut endurer des pertes et des souffrances incommensurables: accepter la mortalité, la douleur intense de la naissance des jambes, accepter de devenir muette, sans espoir de retour. Naître à l'humanité est un accouchement extrêmement douloureux au résultat plus qu'incertain. Le prince dont est amoureuse la sirène s'en désintéressera et la laissera sur ses jambes traversées de la douleur de mille poignards, le coeur transpercé, sans qu'un cri libératoire ne puisse sortir de sa gorge condamnée.


Kusej a actualisé ce monde souterrain en s'inspirant de tragédies sinsitres de l'actualité : le monde souterrain devient une vaste cave aux gigantesques tuyauteries pourries qui laissent fuir l'eau. Des enfants et des femmes y sont confinées et y pateaugent. L'Ondin qui règne sur le monde souterrain, le père de Rusalka, est transformé en un monstre pédophile incestueux qui abuse de sa fille et des autres nymphes, violente femmes et enfants, et les maintient en captivité les nourrissant de nourritures chichement achetées dans un supermarché discount. Cela évoque aussitôt les affaires Dutroux, Fourniret ou Fritzl. On repense aux prêtres catholiques pédophiles qui usent de leur influence pour contraindre des enfants à leurs abominations. On pense peut-être que l'on a fermé les yeux dans sa famille proche. Rien d'étonnant à ce que Rusalka essaye d'échapper à un tel univers.




Mais à l'étage supérieur, la société des humains vue par Martin Kusej n'est pas plus engageante: le Prince ne comprendra pas l'amour délicat d'une nymphe rendue muette et Kusej continue dans l'art de la provocation en le faisant copuler sur scène. Le Prince de Kusej plaquera la Princesse étrangère contre un mur et la fornique à souhait sous les yeux désespérés de Rusalka qui n'a que son corps torturé pour exprimer son désespoir et les tourments de son âme à l'agonie. Ailleurs, le garde forestier abuse sexuellement du garçon de cuisine, ou de la fille de cuisine puisque le rôle est ici confié à une femme.



La presse avait déjà monté le public contre Kusej cette semaine en l'accusant à tort de maltraitance envers les animaux: un chevreuil, celui-là même que le prince poursuit lors d'une partie de chasse lorsqu'il rencontre Rusalka pour la première fois, devait être dépiauté sur scène. Un élément que nous avions sorti de son contexte, à tort, il convient tant de le reconnaître que de le souligner. Oui Kusej baigne sa mise en scène dans le sang, ou pour rassurer le lecteur, dans de l'hémoglobine de théâtre: des reproductions de chevreuils sont dépiautés sur scène, les mains du garçon boucher et de la fille de cuisine sont plongées dans de sanguinolentes viscères synthétiques, Kusej organise une valse de figurants et de figurantes en robes blanches de mariées, qui dansent tenant dans leurs bras autant de chevreuils dépiautés, les robes et les visages se couvrent de sang et les mariées en folie se mettent à dévorer la chair cue des chevreuils. Tout ce sang finira par disparaître quand plus tard on retrouvera les enfants dans une chambrée de lits de fer blancs, habillés de vêtements blancs purifiés de leurs souillures. Nos hôpitaux et nos orphelinats sont les lieux où l'on va oublier et laver les corps, redonner une apparence de propreté. Mais les âmes?



Oui nous nous sommes trompés: ce que Kusej dénonce, c'est la perte de l'innocence d'une société carnassière qui tue des animaux fragiles, violente les femmes et abuse sexuellement de ses propres enfants. Exactement le contraire de ce que l'Abendzeitung et une nombreuse presse à sa suite a dénoncé. Non Kusej ne fait pas tuer des chevreuils pour le plaisir d'un acte provocateur gratuit et insensé. Kusej dénonce , pointe du doigt l'inadmissible et, de même que Rusalka crèvera le décor idyllique des montagnes en lacérant la toile qu'elle traverse, Kusej brise nos apparences si bien construites et nous confronte au miroir de nos problèmes sociétaux.



C'est ce que le public n'a pu entendre. Pour ce public, la petite sirène est un dessin animé des studios Disney, le public veut du rêve teinté à la fleur bleue. La musique le lui procure . Mais la grande majorité du public n'a pas voulu de ce miroir tendu par le metteur en scène. Dans la ville opulente de BMW et de Siemens, des fins de semaine à la campagne sur fond idyllique du paysage alpin, on ne veut pas se sentir corresponsable des inégalités femmes-hommes, ni, pire encore, des violences sexuelles contre les enfants et contre les femmes. Le rôle d'un metteur en scène n'est plus d'être un amuseur public, d'ailleurs il y en a plein. Kusej ne provoque pas, il dénonce, il fait prendre conscience, c'est inconfortable et dérangeant, très dérangeant, et la plupart ne sont pas prêts à payer jusqu'à deux cents euros pour être confrontés à cette part de nous que nous occultons si volontiers.




Martin Kusej, un grand metteur en scène, dont la Bavière a eu l'intelligence de se doter pour diriger le théâtre d'Etat, le Bayerisches Staatsschauspiel. Sans doute est-ce une question de temps et d'éducation, mais le public finit toujours par reconnaître le génie.




Dates des représentations:



Octobre 26/28/31 2010
Novembre 4 2010
Mai 22/25/29 2011
Juin 1 et 4 2011

Et dans le cadre du festival d'opéra de Munich: les 15 et 18 juillet 2011

Réservations: cliquer ici

*Photo Peter Uhan

vendredi 22 octobre 2010

Expo Gabriel von Max à la Kunstbau: entre darwinisme et ésotérisme



GABRIEL VON MAX (1840–1915)
ARTISTE, DARWINISTE, COLLECTIONNEUR ET SPIRITE
KUNSTBAU
OCT 23, 2010 - JAN 30, 2011 Mardi à dimanche et jours fériés, de 10-18H


Gabriel von Max (1840–1915), qui fut tout à la fois artiste, spirite et darwiniste, fut à maints égards une figure marquante et charismatique à la fin du dix-neuvième siècle. Il se passionna pour l'histoire du développement de l'humanité et s'interrogeant tant sur ses origines que sur son futur. L'exposition d'automne de la Lehnbachhaus et du Kunstbau présente une rétrospective exhaustive de l'oeuvre de von Max. Elle présente les diverses facettes de la personnalité de ce peintre à l'imagination créative extrêmement riche. Les intérêts de Gabriel von Max englobaient tant la peinture que l'histoire naturelle, l'ethnologie et l'ésotérisme. L'homme était aussi collectionneur et avait acquis une connaissance encyclopédique de l'art, de la culture et de la science de son temps. Dans son oeuvre picturale, on retrouve ces différents intérêts. Ainsi de ce tableau d'un singe qui considère un squelette.

Gabriel von Max, qui a vécu ses années de formation à Prague, Vienne et Munich, a connu le succès dès 1867 avec sa peinture intitulée "Le martyr chrétien". Il devint alors ne des personnalités artistiques les plus influentes dans les cercles praguois et munichois.
Son oeuvre comporte une perspective historique et mythique, -il peint des scènes chrétiennes, littéraires ou mythologiques. Il se fera une réputation de peintre des âmes, avec une peinture qui aborde la thématique de l'amour, de la religion, de la mort et de l'au-delà. Mais il développa aussi un langage pictural qui lui est propre avec une iconographie qui inclut les études anatomiques, la vivisection et les théories darwiniennes de l'évolution. vers la fin du siècle, il se concentra de plus en plus sur les sujets scientifiques. C'est de cette dernière période que datent ses fameux portraits de singes qui connurent un succès immédiat.

Max fut en même temps un collectionneur assidu: il rassembla une collection centrée sur les objets anthropologiques, zoologique, préhistoriques et et ethnologiques qui comporte plus de 60000 pièces. Sa collection est aujourd'hui essentiellement préservée au musée Reiss-Engelhorn de Mannheim.
Une visite à l'intérêt artistique et éducatif remarquable!
Plus de reproductions de ses peintures: cliquer ici.


(Largement traduit et inspiré du texte de présentation de l'exposition par Madame Karin Althaus, conservateur)

mercredi 20 octobre 2010

Bambi assassiné: le metteur en scène de Rusalka introduit l'abattoir à l'opéra de Munich

Voile rouge sur la première de Rusalka de Dvorak qui aura lieu samedi prochain au Bayerische Staatsoper. Selon l'Abendzeitung, le metteur en scène de Rusalka, l'Autrichien Martin Kušej , veut transformer l'opéra en abattoir. Trois heures avant chacune des présentations, un chevreuil serait tué pour un effet de scène que l'on ne pourrait obtenir qu'avec un animal à qui l'on vient de donner la mort. Douze représentations, douze mises à mort*. Les organisations de défense des animaux sont scandalisées et étudient les recours juridiques possibles.
Au moins un animal a déjà été exécuté pour les besoins de la séance de photos de presse.
La nouvelle fait la une de l'Abendzeitung de ce mercredi matin et a aussitôt été reprise par Focus online, puis, avec un titre plein d'humour, par le Sueddeutsche Zeitung: Oper setzt auf Re(h)produktion (un délicieux jeu de mots: Reh, c'est un chevreuil, le titre veut à la fois dire L'opéra mise sur la reproduction, le simulacre/la production d'un chevreuil)...
L'opéra d'Antonin Dvořák s'inspire de l'histoire de la petite sirène d'Andersen. Une rusalka,- en tchèque cela signifie une nymphe des eaux-, tombe amoureuse d'un prince et pour le renconter et prendre une apparence humaine, accepte de devenir muette en échange d'une paire de jambes. La rencontre a lieu lorsque le Prince est en train de chasser un chevreuil et s'égare près d'un lac. La nymphe ira vivre avec le prince mais se rendra vie compte que les humains sont cruels et haineux et ne sont pas des personnages de contes de fées. Au second acte, Rusalka contemple avec dégoût le cadavre du chevreuil qui a été tué peu avant la représentation et qui est suspendu par les pieds au moyen de crochets de boucherie. Il sera par la suite décapité sur scène, un "tableau vivant" qui est supposé métaphoriser l'ampleur de l'humaine cruauté.
Le cadavre du chevreuil est frais, pour des "raisons d'hygiène", et, pour ces mêmes raisons, il sera jeté après la représentation, car impropre à la consommation.
Mise à jour: la direction de l'opéra vient de faire savoir qu'il n'y aurait plus de tuerie de chevreuil. L'émoi populaire et les protestations ont sans doute été tels que l'opéra a dû faire machine arrière et remplacer les animaux par un simulacre.
L'effet de publicité a été obtenu. Le metteur en scène, qui n'en est pas à sa première provocation, est conforté dans sa réputation, et le public est horrifié. On peut douter que la musique en sorte grandie.
Mise à jour:
  • Voici la traduction du communiqué de presse officiel du Bayerische Staatsoper (l'opéra de Munich) qui prend position sur la question du chevreuil: Le fait est que pas un seul animal n'a été tué ni ne le sera sur base d'une commande du Bayerische Staatsoper. L'opéra aurait acheté les animaux en boucherie, après qu'ils aient été tué des jours auparavant. Ainsi la question d'une contravention au regard de la loi de protection des animaux ne se pose pas et ne s'est jamais posée. En raison de l'émoi de ces derniers jours, l'Opéra de Munich a décidé, en accord avec le metteur en scène Martin Kusej, d'utiliser la reproduction d'un chevreuil. Le directeur Nikolaus Bachler: "Sur scène, il en va du contenu et de l'expression artistique de l'interprétation. La chasse au chevreuil est un motif important de l'opéra Rusalka. C'est pourquoi nous utilisons des moyens, qui ne permettent pas à la presse à sensation de détourner l'attention de l'Art.

On le voit, l'opéra de Munich conteste l'info de l'Abendzietung. Il ne s'agissait pas de faire tuer un chevreuil trois heures avant la représentation, mais d'acheter des chevreuils morts que les boucheries mettent normalement en vente en automne, période de chasse...Sur facebook, on lit aussi dans les commentaires d'internautes que l'Abendzeitung a simplement cherché à faire du sensationalisme.

Mais bien, place à la musique!