mercredi 28 février 2018

Une Alcina sans magie au Festival Haendel de Karlsruhe

Layla Claire (Alcina), David Hansen (Ruggiero), danseurs (la suite d'Alcina)
Les photos sont de  Falk von Traubenberg

Le Festival Haendel au Badisches Staatstheater de Karlsruhe a confié la mise en scène de l'opus magna de Haendel à un jeune metteur en scène américain, James Darrah, qui opte pour des moyens à minima. Adieu somptueux décors et costumes baroques, couleurs luxuriantes, île enchantée et animaux sauvages. L'option de deux parois aux beiges de sables avec quelques giclées dorées et séparés par un ensemble de fils qui descendent en faisceaux des cintres et servent d'entrée de coulisses vers le fond de la scène fonctionne à rebrousse-poil de l'essence même de l'opéra baroque. La paroi du fond reçoit les projections vidéo d'Adam Larsen qui se focalisent sur l'expression corporelle des chanteurs. Un long mur d'un brun sombre qui semble fait d'un sinistre agglomérat de corps pétrifiés viendra signifier les victimes de la magicienne dévoreuse d'hommes. Détruit au troisième acte, il laissera surgir tous ces êtres ensorcelés, résurrection de corps déguenillés qui peinent à reprendre vie, épuisés par un trop long sommeil. Au sein du mur se trouvait un vieux projecteur, unique instrument des pauvres prestidigitations d'Alcina, si peu magicienne, si faiblement magicienne et dont les seules armes étaient en fait les artifices de la séduction.

Pas de magie scénique donc. Pour accompagner le chant haendelien qui module longuement de mêmes phrases, James Darrah a misé sur l'expression corporelle et la danse, assisté pour les chorégraphies par Adam Larsen. Mais là encore les moyens mis en place se révèlent à minima. Ne se révèle pas mime qui veut et l'art complexe de l'expression corporelle se réduit ici à la triste palette des attitudes les plus conventionnelles. Les personnages restent souvent figés dans des poses sensées exprimer les différentes facettes du désespoir ou de l'incertitude amoureuse que Darrah traduit  par de fréquentes prostrations, des agenouillements répétés  ou des allongements sur le sol. Dans la scène finale de Morgana et Oronte, Oronte tourne longuement le dos à Morgane et à la salle par le même fait, puis Morgane exprime son désespoir en se cachant tout aussi longuement le visage dans les mains. Ce genre de procédé ne met vraiment pas en valeur les talents scéniques supposés des chanteurs. En misant sur l'expression de stéréotypes, la mise en scène passe à côté de la magnificence de la représentation du baroque, et le chant haendelien, qui explore et détaille minutieusement les moindres recoins de l'émotion dans la répétition incessante mais extrêmement nuancée d'une même phrase, ne reçoit pas ici le soutien si nécessaire de la théâtralisation. 

Alcina (Layla Claire)

Les plus grands bonheurs de la soirée viendront de la fosse. La direction musicale d'Andreas Spering, spécialiste renommé des musiques anciennes, valorise les exceptionnelles compétences des solistes haendeliens de l'orchestre et la musique s'énonce précise, souveraine, sans maniérisme aucun, soulignant la palette émotionnelle de la partition. La soprano canadienne Layla Claire fait preuve d'une présence scénique imposante et soutient la longue partie d'Alcina avec une puissance vocale qui semble passer sans efforts les sept longs arias du rôle.  David Hansen campe un Ruggiero fort léger et discret qui ne pèse pas fort lourd face au volume sonore déployé par sa dévoreuse amante. La prestation est certes élégante et connaît de glorieux moments de bravoure vocale, mais le poids du combat contre les forces maléfiques semble davantage reposer sur les épaules de la Bradamante de Benedetta Mazzucato qui enfile sans peine ce rôle de double travesti. Aleksandra Kubas-Kruk donne de beaux éclats métalliques à sa Morgana, mais déçoit par des vocalises par trop imprécises. Alexey Neklyudov donne un Oronte de belle prestance et Carina Schmieger un Oronte expressif et convaincant. 

La belle ouvrage des musiciens et des chanteurs n'a pas pu compenser le parti pris d'une Alcina désenchantée réduite à la dramatique des méandres des passions amoureuses. 




mardi 27 février 2018

Oskar von Redwitz, Dem Todten und dem Lebenden (Maximilian II. und Ludwig II.). Poème pour le mort et le vivant.


Der Dichter Oskar von Redwitz (1823-1861) veröffentlichte am 14. März 1864 auf der ersten Seite der Bayerischen Zeitung ein elegisches Gedicht zum Gedenken an den  10. März verstorbenen König Maximilian II. von Bayern, in dem er auch den jungen König Ludwig II.  beschwerte und ermutigte. 

 Le poète franconien Oskar von Redwitz (1823-1861) publiait le 14 mars 1864 en première page du Bayerische Zeitung un poème élégiaque à la mémoire de feu le roi Maximilien II de Bavière, décédé le 10 mars dans lequel il plaignait et encourageait aussi le jeune roi Louis II de Bavière monté sur le trône le même jour. 


Dem Todten und dem Lebenden.

Der König Max ist todt! - Wer kann’s noch fassen?
Noch ist von Schreck betäubt sein ganzes Reich.
Jetzt mußt’ er sein getreues Volk verlassen?
Ists möglich nur? - setzt liegt er stumm und bleich?
In dieser Nacht des Wirrsals sonder Ende,
Jetzt mußte brechen dieser helle Blick?
Erstarret ruhen seine deutschen Hände
O düstres, ganz unseliges Geschick!


Ja, wahrlich, dieses Königs Todesschaner,
Er rieselt nicht durch’s Bayernland allein.
Ganz Deutschland, rüste jetzt dein Herz zur Trauer!
Denn, wie er unser war, so war er dein.
Wie er’s gemeint mit seinem eignen Volke,
So treu besorgt er Dich im Herzen trug.
Der Gram um Dich war seine letzte Wolke,
Dein Recht vertrat sein letzter Federzug.


Und zählen auch ein paar mal hunderttausend

on erznen Männern seine Gegner mehr,
Das Bayernbanner wallte doch gar brausend,
Sein König war allein ein mächt'ges Heer.
Er war der Stern in all der Willkür Dunkel,
Nach dem das deutsche Volk vertrauend sah.


Ja- todter König, Deines Volkes Weinen,
Es quillt um Dich aus seinem tiefsten Schacht;
Und lang noch wird gar trüb sein Himmel scheinen
Vom finstern Schatten Deiner Todesnacht
Noch lang wird seine Wunde nicht vernarben,
Und Heimweh wird's beschleichen noch gar oft.
Es wird gar lang noch Deines Herzens darben,
Auf das so fest daß seine stets gehofft.

Las Dein Gedächniß wird gesegnet währen,
So lang das deutsche Voll nur denken kann.
Der Stolz soll unsern düstern Schmerz verklären,
Du durch und durch einst königlicher Mann!
Und die Geschichte wird von Dir einst sagen:
Nie waren treuer Fürst und Volk vereint.
Als einz’ges hat ihr doppelt Herz geschlagen
Nie hat ein König besser es gemeint.

Und jetzt von Deines Vaters Konigsleiche
Blickt das betrübte Voll zu Dir, dem Sohn;
Du noch so schlanke, junge Königseiche,
Der schon so bald ihr harmlos Blühn entflohn!
Du unser neuer Herr, ach wie zu frühe
Sank der erlauchte Vater Dir in’s Grab!
Wie sank der goldnen Krone Last und Mühe
Aufs junge Haupt Dir also früh herab!

Wir hingen Alle längst mit freud’gen Blicken
An Deinem milden, sinn’gen Angesicht.
Doch sollte manches Jahr Dich noch erquicken
Der Jugend ungetrübtes Morgenlicht!
Wir wünschten nicht, daß Dir die schwere Krone

Vom herben Schicksal sei bescheert schon jetzt.
Und seh'n wir dennoch jetzt Dich auf dem Throne,
Der Wehmuth zähre unser Auge netzt.

Verzeih es uns- Es ist ein menschlich Zagen
Aus Liebe für Dich selbst, so jung und zart.
Dein Volk will ja Dich auf den Händen tragen,
Will gern Dich schützen auf der rauhen Fahrt
Will, wie’s nur kann, die Last Dir leichter machen.
O grausam, wer erschwerte sie noch mehr!
Doch Dir thut Noth zu beten und zu wachen,
Und uns mit Dir - denn unser Herz ist schwer!

O daß nur weisen Räthen Du vertrauest
Auf den so jung geerbten Königsthron!
Daß Du den Bau des Volkes weiterbauest
In des Verklärten Geist als frommer Sohn! -
Gewiß, Du wirst es thun trotz deiner Jugend!
So, wir vertrauen: nicht im Thron allein,
Nein, mehr als dieß - auch in der Herrschertugend
Willst Du des Vaters voller Erde sein!

Er stärke Dich, den wir die Allmacht nennen,
Dich unterrichte, der die Weißheit heißt,
In Liebe lehr’ die Liebe Dich entbrennen,
Dir siehe bei der Vater-, Sohn und Geist!
Und so bewehrt zu Deinen Königswegen
Geh’ stark und furchtlos Deines Vaters Bahn!
Gleich Ihm werd’ Deutschlands Ehre, Bayern Segen!
O Ludwig! werd’ uns Maximilian!

Traduction libre de quelques vers

La première strophe évoque le décès de Maximilien II:

Le roi Max est mort! - 
Qui parvient donc à le réaliser? 
Tout son royaume est  pétrifié par l'effroi.
Faut-il qu'il quitte maintenant  son peuple fidèle?
Est-ce vraiment possible? 
Il est muet et pâle? 
Dans cette nuit de confusion sans fin, 
Ce regard cristallin devait se briser? 
La rigueur de la mort s'est emparée de ses mains allemandes qui reposent, inertes,
Destin sombre et funeste! 

Dans les deux dernières strophes (traduites en partie),  Redwitz exhorte le jeune roi:

O que tu ne suives que de sages conseils sur ce trône hérité si jeune! Que tu continues à aller de l'avant dans l'édification de ton peuple, comme un fils pieux éclairé par l'Esprit! Tu le feras, c'est certain, malgré ta jeunesse! Aussi avons.nous confiance, non seulement dans le trône, mais aussi, et plus encore, dans la vertu du souverain. 

Que celui que nous appelons le Tout-Puissant te fortifie. Que Son Amour t'apprenne à brûler d'amour. Confie-toi au Père, au Fils et à l'Esprit! Et ainsi  renforcé dans ton être royal, suis avec courage et sans peur la voie tracée par ton père! Comme lui, sois la fierté de l'Allemagne et  la bénédiction de la Bavière. 

O Louis, sois notre Maximilien!



lundi 26 février 2018

La visite de Louis II au château de Biebrich

Les serres du parc du château de  Biebrich inspirèrent le jardin d'hiver de Louis II
sur le toit de la Résidence.

En, après avoir séjourné à Bad Kissingen, Louis II se rend à Bad Schwalbach où il retrouve l'impératrice de Russie Maria Alexandrovna et sa fille. Il rend ensuite une courte visite à Adolphe de Nassau dans son château de Biebrich, aux bords du Rhin. 

Adolphe de Nassau en 1862,
Lithographie de V. Katzler
Adophe de Nassau, qui avait succédé à son père Guillaume en 1839, utilisait son château de Biebrich comme lieu de séjour estival. Le parc du château était l'objet de toutes ses attentions. Entre 1845 et 1848 il fit construire à l'est du parc par l'architecte Robert Jahn un grand complexe de serres comportant une serre aux palmiers et un jardin d'hiver. Il fit encore agrandir la serre principale, une vaste construction de verre et de fonte à cinq nefs , en 1854 et en 1861.

Lors de l'été 1864, le jeune roi Louis II de Bavière séjourna plusieurs semaines à Bad Kissingen, d'où il partit le 30 juillet pour Bad Schwalbach. Début août il rendit brièvement visite à ses parents à la cour de Darmstatdt, pour continuer son périple vers le château de Biebrich, où il visita les serres qui faisaient l'orgueuil d'Adolphe de Nassau. Cette visite lui inspira l'idée des grandes serres qu'il fit plus tard construire sur le toit de la Résidence munichoise.

Sans que les deux événements soient à mettre aucunement en relation, il est à noter que Richard Wagner rencontra lui aussi Adolphe de Nassau, dont il fut le voisin à Biebrich deux ans plus tôt, en 1862. Voir notre post La rencontre du duc Adolphe de Nassau et de Richard Wagner.

Après sa visite à Biebrich, Louis II se rendit à Francfort pour y visiter la maison de Goethe, puis embarqua sur  vapeur pour remonter le Rhin jusqu'à Cologne, où il visita la cathédrale.

La merveille de verre et de fonte des serres du parc du château de Biebrich n'existent plus aujourd'hui. 










dimanche 25 février 2018

Récit de la visite de Louis II de Bavière à la synagogue de Fürth par un journal israélite de l'époque

Le Dr Isaak Löwi (on trouve aussi 
les graphies Loewi et Löwy)
L'Univers israélite, journal des principes conservateurs du judaïsme, reproduit dans son édition parisienne de 1867 (pp. 333 à 335) le récit de la visite que rendit le roi Louis II à la synagogue de Fürth le 4 décembre 1866. Le roi effectuait alors un voyage triomphal en Franconie, au cours duquel il souhaita visiter la synagogue de Fürth, une ville proche de Nuremberg. Il y fut reçu par le rabbin Isaac Loewy (1801-1873), qui fut Grand Rabbin de cette synagogue de 1831 à sa mort.

Ce récit avait paru dans la revue L'Israélite de Mayence, qui la communiqua à L'Univers israélite, qui la publia à son tour. C'est ce texte que nous reproduisons intégralement ci-dessous.

L'épisode de la visite de la synagogue de Fürth par le roi Louis II est bien connu des historiens allemands du roi qui en ont donné un récit très semblable à celui de la revue de Mayence. L'intérêt de notre publication est qu'elle offre le point de vue israélite, qui apporte une confirmation des éléments déjà connus, et des détails touchants comme l'admiration du monarque pour les broderies précieuses du rideau ou sa demande d'entendre le rabbin s'exprimer également en hébreu, une langue dont il apprécie les harmonies.

Le roi Louis II continua l'oeuvre de son père et fit voter en 1868 une loi qui levait toutes les restrictions qui existaient encore à l'encontre des Juifs de Bavière et qui abrogeait des lois spéciales sur l'habitat, le mariage et la résidence (1).


Source de l'image: Gallica / BNF
"VISITE DU ROI DE BAVIÈRE
à la synagogue de Fürth

On écrit de Fürth (Bavière) à l'Israélite, de Mayence

A l'occasion de l'excursion du roi dans les deux provinces de la Franconie et de son séjour de plusieurs jours à Nuremberg, on fit ici tous les préparatifs pour une digne et solennelle réception de Sa Majesté. Toute la ville s'était ornée magnifiquement. La cour de l'école israélite était particulièrement décorée d'une manière charmante à la porte flottaient nombre de grands drapeaux, et au milieu on voyait des guirlandes de branches de sapin avec divers écussons et de belles devises.

« Longtemps notre ville n'avait eu que l'espérance de cette auguste visite, et déjà des doutes se manifestaient sur sa réalisation, lorsque, le 4 décembre, les habitants furent d'autant plus agréablement surpris par l'arrivée du bien-aimé souverain et Sa Majesté, à peine depuis quinze minutes dans nos murs, désira visiter la principale synagogue. Celle-ci fut illuminée de la manière la plus splendide, et à l'entrée du porche M. le rabbin Dr Lœwy, portant un Sépher Thora dans les bras, alla au-devant du roi, à qui il adressa un discours et donna la bénédiction où se trouvait le salut de  [..., texte en hébreu, ndlr] ou « Béni soit celui qui vient au nom de l'Eternel; nous de la maison du Seigneur, nous offrons a Votre Majesté une cordiale bienvenue, »

Le roi, conduit dans la synagogue, s'entretint avec le rabbin de la manière la plus gracieuse, la plus affable, la mieux faite pour gagner les cœurs. Voici quelques courts passages de l'entretien:

LE ROI (en entrant dans la synagogue). - Est-il de coutume dans votre temple d'y paraître la tête nue ou couverte?

LE RABBIN. - Nous, Israélites, entrons dans la maison de Dieu la tête couverte; mais il n'est point de prescription ici pour Votre Majesté. 

Le roi, conduit à l'arche sainte, pria le docteur Lœwy d'ajouter aux passages bibliques dont il se sert, l'hébreu, attendu que cette langue, prononcée par le rabbin, avait pour lui une harmonie particulière d'un grand intérêt.

LE ROI. - Est-il permis à un laïque de mettre le pied sur ce saint lieu ?

LE RABBIN. - Pour Votre Majesté il n'est point dans ce temple de lieu dont l'accès soit interdit.

LE ROI. - Que de précieuses broderies en or se trouvent sur ce rideau. C'est magnifique. L'avez-vous depuis longtemps?

LE RABBIN. - Il a été donné pur des bienfaitrices, l'année dernière, à l'occasion de l'inauguration de la synagogue nouvellement restaurée.

Sa Majesté se fit lire et traduire les paroles brodées sur le saint rideau.

LE ROI.  -  Que signifie la couronne posée sur la Thora ?

LE RABBIN.-  [..., texte en hébreu, ndlr] Il y a trois couronnes dans le judaïsme celles de la science, du sacerdoce et de la royauté; la dernière est pour l'israélite d'une grande signification. Pour montrer que notre Écriture sainte enseigne particulièrement de s'attacher avec toute fidélité et tout dévouement au souverain du pays, et fait de la fidélité inviolable du sujet et du respect ardent envers la tête couronnée du monarque un devoir rigoureux et sacré, je ne veux citer à Votre Majesté qu'un seul verset -[..., texte en hébreu, ndlr] « Crains Dieu, mon fils, et le roi.» Après la vénération que nous devons à  Dieu, vient immédiatement celle que nous devons témoigner au prince. Majesté royale, à la mort trop prématurée de votre père, d'heureuse mémoire, les israélites de Bavière ont bien pleuré cette grande perte. C'est ici, sur ce saint lieu, que j'ai prononcé l'oraison funèbre; j'étais douloureusement ému. Votre Majesté voit que je suis un homme avancé en âge, avec des cheveux blancs; mais le vieillard a pleuré comme un enfant, et toute la communauté a pleuré avec lui.

La synagogue principale de Fürth vers
1910. Elle fut détruite par les nazis lors
de la nuit de cristal le 9 novembre 1938.
À ces paroles, des larmes d'émotion tombèrent des yeux ordinairement si brillants, si vifs et si contents du roi.

Votre royal père, continua le rabbin, par l'octroi de l'émancipation, s'est assuré un souvenir durable, et son nom sera immortel non-seulement dans les annales de celle communauté, mais chez tous les Israélites de la Bavière, j'ose dire dans le judaïsme d'Allemagne tout entier. Majesté royale, vous voyez ouverte l'arche sainte devant laquelle j'ai l'honneur de me trouver à côté de vous; elle est le plus grand sanctuaire d'Israël; devant cette arche, je prononce humblement cette prière: "Suivez la voie de votre père, et qu'un fils magnanime achève ce que son père bienheureux: a commencé".

Ces énergiques paroles ne manquèrent pas leur impression, car le roi répondit vivement: "Oui, je veux le faire et je le ferai. Je vous autorise, je vous prie, monsieur le rabbin, de le dire à votre communauté,, de le dire en mon nom".  Déjà auparavant le roi avait dit au rabbin « N'est-ce pas, vous ne souffrez plus sous l'oppression passée?» A quoi le rabbin a exposé combien nous nous sentons heureux actuellement puis il a décrit l'oppression sous laquelle nous gémissions autrefois.

Sa Majesté resta plus d'une demi-heure dans la synagogue, témoignant le plus vif intérêt examinant l'arrangement intérieur, et accueillant avec la plus grande satisfaction les explications que le rabbin lui donnait, sur sa demande, sur les usages et prescriptions du culte israélite.

M. le docteur Lœwy fut aussi chargé par le roi de lui faire parvenir, en hébreu et en allemand, les versets employés à sa réception. La personne et la manière de se présenter du rabbin ont produit sur le souverain une impression si favorable, qu'il disait à sa suite « Quelle personnalité agréable et aimable que ce vieillard ». Sa Majesté quitta ensuite la synagogue, après que le rabbin eut demandé la permission, conformément au rite Israélite, de donner aussi la bénédiction à sa sortie: [..., texte en hébreu, ndlr] " Bénie soit ton arrivée, béni soit ton départ. "

Un portrait de Louis Ier de Bavière par Joseph Karl Stieler



Ce portrait fut peint par Joseph Karl Stieler (1781-1858) . Il fut offert par Louis Ier de Bavière (1786-1858, roi de Bavière de 1825 à 1848) au Comte Graimberg en 1852. Le tableau est aujourd'hui  conservé au musée de Heidelberg


Le comte Louis Charles François de Graimberg-Belleau (1774–1864) était un noble d'origine française. Passionné par le dessin, il s'installa à Paris en 1807 et devint l'élève de Jean-Victor Bertin. En 1810, il se rendit à Karlsruhe pour suivre les cours de Christian Haldenwang. Il s'installa  à Heidelberg pour se consacrer aux ruines du château de Heidelberg. Il consacra sa vie à sa protection et à restauration, fit connaitre les ruines au travers d'une série de gravures et réussi à convaincre le grand-duc Léopold Ier de Bade de faire réparer une partie des corps de bâtiment.



Kurpfälzisches Museum der Stadt Heidelberg

Grandes expositions: "Tu es Faust" à la Hypo-Kunsthalle de Munich

Mapplethorpe, auto-portrait © Robert Mapplethorpe Foundation.

TU ES FAUST - L'OEUVRE DE GOETHE DANS L'ART
23 février - 29 juillet 2018

Depuis sa publication au début du XIXe siècle, l'œuvre la plus célèbre de la littérature allemande a fasciné d'innombrables artistes, les mettant au défi de créer leurs propres interprétations du thème. L'exposition présente plus de 150 peintures, œuvres sur papier, sculptures, photographies, musiques et films d'artistes européens et américains, comme, pour ne citer qu'eux, Eugène Delacroix (1798-1863), Charles Gounod (1818-1893), Max Beckmann (1884-1950) , Martin Scorsese (né en 1942), Anselm Kiefer (né en 1945) et Robert Mapplethorpe (1946-1989). Le spectacle est mis en scène de façon innovante, nous circulons parmi des salles qui évoquent les lieux de travail de Goethe ou la scène d'un théâtre. Il emmène les visiteurs dans un voyage à travers le récit de la pièce, accompagnant Faust dans sa quête incessante du sens et du but de la vie moderne.


Luis Ricardo Falero, La nuit de Walpurgis (1878) © Collection privée, Monza – Italie


FASCINATION FAUST

Le pacte de Faust avec le diable, sa séduction de Marguerite, sa trahison désastreuse et sa perte de repères dans les rites de la nuit de Walpurgis, l'ostracisme social de Marguerite, son infanticide désespéré et sa descente tragique dans la folie: toutes ces scènes ont imprégné la culture européenne et ont été une source d'inspiration dans le monde entier. Chacun des trois protagonistes a atteint une énorme popularité dans les arts: le caractère flamboyant de Méphisto, à la fois séducteur diabolique et voyou vindicatif, Faust, le savant, qui, désillusionné par sa quête futile de la connaissance suprême, se laisse conduire dans le monde de l'extase, et la jeune fille de bonne famille, chaste et pieuse, qui est attirée par Faust, ce qui la mène à sa perte.

NOUS SOMMES TOUS FAUST

L'exposition suit l'intrigue du drame, qui prend vie dans des œuvres d'art exceptionnelles. Les protagonistes de Goethe exposent les faiblesses d'une société qui est aussi la nôtre: le culte de la jeunesse, l'égoïsme, la manipulation, la corruption et un besoin insatiable de reconnaissance. L'exposition confronte le public avec les questions encore sans réponse du drame. Faust est toujours d'actualité.

Source: traduction libre du texte de présentation de l'exposition par la Hypo-Kunstalle

Voir le site de la Hypo-Kunsthalle. (De/En)

Post précédent sur  Faust et Gretchen, une oeuvre de Tantardini présentée à l'exposition.

samedi 24 février 2018

Lieux de passages wagnériens: Karlsruhe

 Gasthaus Zum Englischen Hof à Karlsruhe.
Source de l'image: Stadtarchiv Karsruhe.

A l'automne 1863 Wagner fit une tournée de concerts à Prague, Karslruhe, Löwenberg et Breslau.

Image: Badische
Landesbibliothek
En novembre 1863, Richard Wagner descendit à l'auberge "Zum Englischen Hof" de Karlsruhe. Le 14 il donna un grand concert au théâtre de la cour grand-ducale (Große Musikaufführung unter persönlicher Leitung des Herrn Richard Wagner). Pour ce grand concert, l'orchestre de la cour grand-ducale avait reçu l'appoint de musiciens du théâtre national et de la cour de Mannheim et de l'orchestre de Baden. Les répétitions eurent lieu le 13 et le 14 novembre en matinée. Au programme figuraient notamment l'ouverture et le final de Tristan und Isolde, l'ouverture des Meistersinger et la chevauchée des Walkyries. Le baryton initialement prévu, J.Hauser, dut être remplacé par Karl Oberhoffer, au grand dam de Wagner qui se plaignit de ce "chanteur de vaudeville" sans voix. Le grand-duc souhaita la répétition du concert le 19 du même mois, ce qui causa du souci à Wagner qui craignit que la salle ne fût pas pleine.


Le théâtre de la cour grand-ducale, construit au début des années 1850, il fut
détruit dans les bombardements de 1945.

A Karsruhe, le grand-duc Frédéric Ier et son épouse Louise, qui avait été une élève de Hans von Bülow, se montraient ouverts et sensibles à la musique de Wagner. Il y eut à cette époque des entretiens pour un éventuel engagement de Wagner, mais ce projet ne se réalisa pas en raison notamment de l'opposition du directeur du théâtre de la cour, E. Devrient.



Festival FAUST à Munich du 23 février au 29 juillet

UN DRAME. UNE VILLE. DES CENTAINES D'ÉVÉNEMENTS.

En 2018, Munich consacre cinq mois au drame le plus célèbre de Goethe. Dans toute la ville, du 23 février au 29 juillet 2018, plus de 200 partenaires et institutions présentent leurs projets autour du «Faust» de Goethe. Le centre du festival est le Gasteig.

Expositions, concerts, films, conférences, événements littéraires, spectacles de théâtre et de danse, fêtes, visites guidées, concours et bien plus encore. De nouveaux aspects vont émerger et ouvrir des approches inexplorées à cette pièce unique de la littérature allemande.

FAUST résonne encore aujourd'hui, Faust est le prototype de l'homme moderne - toujours agité, mais n'arrivant jamais nulle part. Ses questions sont les grandes questions du monde d'aujourd'hui.

Que cherchons-nous? Quel prix sommes-nous prêts à payer? Jusqu'où irons-nous? Qu'est-ce que le bonheur? Le voyage commence...

Voir le programme complet en ligne (sur le site du festival, en allemand et en anglais).

Amours et folie royales - Les Wittelsbach - par Henry Channon

AMOURS ET FOLIE ROYALES, par Henry CHANNON.
Texte français traduit de l'anglais par la Princesse Guy de Faucigny-Lucinge.
(Editions de France, 1936)

La critique de La Renaissance (Paris) en mai 1936

"Depuis la plus haute antiquité, on a remarqué qu'une fatalité inexplicable semblait s'acharner sur certaines familles ; une sorte de malédiction accablait leurs membres pendant plusieurs générations.

L'antiquité nous a légué le mythe des Atrides ; l'histoire contemporaine nous donne l'exemple des Wittelsbach. Voici presque mille ans que les Wittelsbach règnent sur la Bavière. Ce fut tout d'abord une famille royale à la fois paisible et heureuse, ainsi que le montre dans son brillant ouvrage M. Henry Channon, qui, avec cette lucidité propre aux écrivains anglo-saxons, s'attache surtout aux faits. La fatalité n'est apparue qu'à la Révolution française et se révéla tout d'abord à Louis Ier, qui souffrit d'une passion désespérée pour une aventurière espagnole, Lola Montez. Ensuite, comme chez leurs cousins Habsbourg, les épreuves s'accumulèrent et ce fut l'horrible tragédie de Louis II, le roi fou, et de son frère, le prince Olto, le prince dément.

Dans cette étude, dont Mme la Princesse Guy de Faucigny-Lucinge a donné une excellent adaptation, on retrouvera de curieuses anecdotes sur cette malheureuse dynastie, à laquelle la Révolution communiste de 1918 devait porter un coup fatal.

Cet ouvrage ne manquera pas, par son pittoresque, par sa franchise, par son audace pénétrante qu'appuie une brillante documentation, d'obtenir un succès mérité."

Notre avis

La critique de La Renaissance nous paraît beaucoup trop élogieuse pour ce livre qui n'apporte pas grand chose à la connaissance historique. Cependant il reçut en son temps d'excellentes critiques et connut une vingtaine d'années de franc succès. Channon était connu pour son adulation monarchiste et ses sources proviennent surtout des milieux aristocratiques. 

Voir en anglais: The Ludwigs of Bavaria, London, Methuen, 1933, Leipzig, 1934.
ou en allemandDie Ludwige von Bayern, München, 1933.

vendredi 23 février 2018

Les fiançailles de Louis II de Bavière racontées par Marguerite Bourcet

Beaucoup de lecteurs francophones connaissent l'écrivaine catholique Marguerite Bourcet pour sa biographie de la duchesse Sophie-Charlotte d'Alençon, née Sophie-Charlotte en Bavière, un livre intitulé Un couple de tragédie: le duc et la duchesse d'Alençon, publié en 1939 par la Librairie académique Perrin et qui connut un succès phénoménal: plus de 181 éditions et plusieurs traductions. Marguerite Bourcet (26 août 1899 -18 juin 1938) ne connut pas la publication de la plus célèbre de ses oeuvres, elle mourut d'un cancer à l'âge de 37 ans.

En décembre 1937, elle publiait dans la Revue des deux mondes un chapitre de ce roman, consacré aux malheureuses fiançailles du roi Louis II et de sa parente Sophie-Charlotte. La  Revue des deux mondes a mis ses archives en ligne, en accès libre. Je vous ai retranscrit la première partie de l'article, comme mise en bouche. La prose de Marguerite Bourcet est charmante, et sa thèse sur la rupture des fiançailles intéressante. Cela se déguste sans faim.

"LA MARCHE DE LOHENGRIN.

LES FIANÇAILLES DE LOUIS II DE BAVIÈRE,
LE ROI MÉLOMANE.

Le 7 mars 1864, succédant au sage roi Maximilien, le jeune Louis I I montait sur le trône de Bavière. 

Ses vingt ans approchaient. Il était radieusement beau. Non pas, cependant, de cette beauté virile, un peu martiale, que l'on attribue volontiers aux fils de rois. Il portait sur un long corps adolescent, moulé dans l'uniforme de drap clair, une tête d'archange exalté ou de jeune reine amoureuse. 

Les vieux conseillers n'auguraient pas grand bien de l'avènement de ce garçon féru de musique wagnérienne et assez méprisant de ce qu'il nommait « les fadaises d'État ». Mais la population l'adopta d'enthousiasme. Chaque foyer épingla à ses murs une lithographie le représentant, cheveux au vent, regard inspiré, avec cette légende : « le Roi Vierge ». Toutes les Bavaroises, d'un commun accord, s'éprirent de leur ensorcelant souverain. Et les pronostics sur son mariage devinrent le thème favori des conversations. 

L'épouse qu'on lui souhaitait, point n'était besoin de la chercher bien loin. Cette dernière fille du duc Max-Joseph, chef de la branche ducale de Bavière et de la duchesse Ludovicia [sic], la seule de ces cinq jeunes beautés qui ne fût point mariée (1), tout Munich raffolait d'elle. On la connaissait bien, quand elle se promenait à pied le long de la Ludwigstrasse ou devant le Rathaus, entrant familièrement dans les magasins acheter des gants ou un ruban. Elle avait dix-sept ans, la plus ravissante tournure, un sourire inoubliable et des cheveux de soleil natté. Lorsqu'elle assistait, dans la loge ducale, à quelque opéra, et que le roi tournait les yeux vers elle, les bourgeois de Munich se disaient l'un à l'autre, d'un air entendu : « Nous aurons bientôt une reine de Bavière ! » 

Au vrai, les deux intéressés paraissaient y songer fort peu. 

La réputation de grâce de Sophie-Charlotte commençait à émouvoir l'Europe. En ces années, elle ravageait l'Almanach de Gotha. Après un prince de Wurtemberg, elle venait de décourager successivement l'archiduc Louis-Victor et un infant d'Espagne. Cette jeune personne exigeante attendait de rencontrer un fiancé dont elle se sentît éprise. Sa sœur Elisabeth écrivait d'elle avec souci : « Si seulement elle trouvait un mari qu'elle aime et qui la rende très heureuse, mais qui (2) ? » Et elle louait hautement sa jeune sœur d'avoir fait preuve d'intelligence et de loyauté en refusant qui elle n'aimait pas : cela au grand déplaisir de l'ambitieuse Ludovicia, entichée de l'archiduc et de sa brillante situation. 

Quant à Louis II, son établissement s'avérait singulièrement problématique. A vingt ans, ce joli garçon, sous prétexte d'idéalisme, n'affichait que mépris, répulsion, ignorance effrayée pour les réalités du mariage et de l'amour, « matérialités grossières », tout juste bonnes à ruiner sans remède le lyrisme et la poésie. 

D'autres plaisirs lui paraissaient plus raffinés et désirables : fuir ses semblables et, dans un décor recherché, s'abandonner à de silencieuses orgies de littérature, d'où il sortait les yeux troubles, l'âme chavirée, ivre de rêves, étreignant des ombres à deux bras, — la Walkyrie ou Marie-Antoinette, épouses idéales aux baisers désincarnés, plus précieuses mille fois que des formes palpables. L'enfant qui, jadis, dialoguait avec les fantômes, ou divaguait dans les cimetières au clair de lune, avait assez bien tenu les promesses de ces romantiques débuts. 

Il admirait cependant une femme vivante : son impériale cousine Elisabeth, à laquelle il vouait un culte romanesque, d'un platonisme attendrissant. En 1865, aux eaux de Kissingen, il avait subjugué Une princesse, Marie-Alexandrovna, la fille du Tsar. Duos, poésie, fleurs échangées, promenades au clair de lune, — toujours le clair de lune. A u bout de quinze jours, l'Europe, informée et potinière, les mariait déjà : on vit alors Louis II rentrer brusquement à Munich, sans avoir même pris congé. Et les Bavarois se creusèrent en vain la cervelle pour deviner ce qui avait pu pousser leur roi à rompre cette flatteuse alliance qui eût été si utile, en ces temps où la Prusse montrait les dents. 

Cette existence de jeune homme avait pourtant été traversée par un sentiment exalté et tumultueux. 

Sitôt couronné, et libre de ses actions, son premier soin avait été d'envoyer quérir ce Richard Wagner dont les opéras lui dispensaient des félicités inouïes et qu'il considérait, sans l'avoir jamais vu, comme le père de son âme. Un messager, porteur d'une missive et d'un anneau, — suivant le bon usage des romans de chevalerie, — avait atteint le vieux Saxon au béret de velours qui traînait sa malchance et ses rancœurs dans une petite ville d'Allemagne. 

Le Roi l'avait fastueusement installé: appartement à Munich, villa de plaisance au bord du lac de Starnberg. Il étouffait d'enthousiasme et d'extase. Il venait contempler chaque jour son idole. Et, entre temps, il lui dépêchait des proses délirantes. 

« Un et Tout, synthèse de ma félicité (3)... » « Né pour toi, élu pour toi, telle est ma mission, à toi seul je suis tout dévoué... Salut à toi, Soleil, salut à toi, Lumière... O jour de bonheur où j'appris la nouvelle : et les frissons des plus grandes délices me secouèrent quand on vint m'apprendre la nouvelle : le Tant-Désiré est ici, et veut désormais rester ici. » 

Cette toquade wagnérienne atteignit son point culminant lors de la première représentation de Tristan et Yseult, créé luxueusement au Residenztheater de Munich. Rien n'avait coûté à Louis I I pour glorifier l'Un-et-Tout. Ce que voyant, les Munichois prirent peur. Ils avaient supporté de mauvaise grâce l'excessive élévation de cet Allemand du nord, sa morgue, sa fatuité, les démonstrations ridicules de leur souverain : lorsqu'on parla de lever de nouveaux impôts pour édifier le Théâtre de la Musique de l'Avenir, ils devinrent brusquement enragés, et Louis II se vit mis en demeure de  choisir entre son trône et son chef d'orchestre. 

Nul ne saura jamais pourquoi il choisit le trône, lui qui le considérait, à l'ordinaire, comme une horripilante servitude. Il écrivit au compositeur une belle lettre où il l'assurait, malgré tout, de son inaltérable amitié (4). Et Wagner, ulcéré, furieux, partit pour la Suisse, tandis que Louis II souffrait mille morts de la séparation. 

Tel est exactement le point sentimental et moral où se trouvait l'ancien compagnon d'enfance de Sophie-Charlotte quand celle-ci commença à jouer un rôle dans son destin. Et certes, envisagé de synthèse, ce Louis II nous paraît un éphèbe assez peu rassurant. Mais il est aisé de se montrer perspicace lorsqu'on connaît par avance la suite de l'histoire, et que le dénouement projette de loin sa vive lumière sur les incertitudes du prologue. La clairvoyance est moins facile quand on vit avec un personnage au jour le jour, quand on l'a connu petit garçon, adolescent, jeune homme, s'apercevant à peine qu'il grandit pour suivre de trop près sa croissance, et jugeant ses défauts d'homme comme le prolongement anodin de ses travers d'enfant. 

[...]

(1) Hélène, princesse de Tour et Taxis ; Elisabeth, impératrice d'Autriche ; Marie-Sophie, reine de Naples ; Mathilde, comtesse de Trani ; Sophie-Charlotte, non mariée encore, et qui, après ses flançailles avec Louis II , deviendra duchesse d'Alençon. 

(2) Elisabeth à Ludovicia, 22 avril 1866. 

(3) Le roi Louis II à Wagner, 11 juin 1865. 

(4) 7 décembre 1865"

Pour lire la suite de l'article, se rendre sur le site de la Revue des deux mondes.


Un livre que l'on trouve facilement en bibliothèque ou chez les bouquinistes.

Les lectures françaises du roi Louis II de Bavière (2) : les Mémoires du duc d'Antin

Le duc d'Antin portant l'Ordre du Saint-Esprit
peint par Hyacinthe Rigaud
Le roi Louis II de Bavière, passionné de la France des Bourbons et particulièrement intéressé par la cour de Versailles, lisait en français les ouvrages consacrés à son sujet de prédilection. Gottfried von Böhm, un de ses meilleurs historiens, - et un des plus sérieux parce que ces références sont précises et donc vérifiables-, cite dans Ludwig II. König von Bayern, Sein Leben und seine Zeit (Engelmann, Berlin, 1922, p. 359) quelques-uns des auteurs et des ouvrages favoris du roi.

Après l'oeuvre d'Imbert de Saint-Amand, Böhm mentionne Les Mémoires du duc d’Antin, Réflexions sur l’homme, et en particulier sur soi-même, par Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin de Montespan, marquis puis duc d’Antin (1665-1736). Le duc avait commencé ses mémoires en 1707 et les avaient "continuées suivant les occasions, dans différents temps de ma vie." Elles avaient été publiées par la Société des bibliophiles français, Paris, Imprimerie Firmin Didot, 1822. On peut les lire grâce au travail du Centre de recherche du château de Versailles, qui les a mises en ligne.

Le duc d'Antin intéressait particulièrement le roi Louis II parce que, confident des projets de Louis XIV, il fut directeur des Bâtiments et, en tant que tel, supervisa les travaux de Versailles. Il parvint ensuite à en faire continuer l'exécution par Louis XV, avec pour meilleur exemple le salon d'Hercule.

jeudi 22 février 2018

Faust und Gretchen, une oeuvre de Tantardini présentée Munich en 1869 et dont le roi Louis II fit l'acquisition.

Antonio Tantardini, Faust und Gretchen, ca. 1864
La première Exposition d'art internationale de Munich (I. internationale Kunstausstellung zu München) eut lieu du 20 juillet au 31 octobre 1869 au Palais royal des Glaces (Königlicher Glaspalast). Le sculpteur milanais Antonio Tantardini y présentait quatre oeuvres, dont sa Faust und Gretchen (titre allemand donné lors la Kunstaustellung) actuellement exposée à l'exposition Du bist Faust, Goethes Drama in der Kunst à la Hypo-Kunsthalle de Munich.

Le groupe met en scène  les deux personnages du Faust de Goethe, au moment précis où Marguerite, après avoir effeuillé  les pétales de la fleur gisant sur le sol à ses pieds, est convaincue que Faust l'aime vraiment, et cède finalement à ses avances.

Tantardini effectua une première version de cette sculpture suite à la commande de l'avocat Giovanni Antona Traversi qui la destinait à sa villa de Desio. La sculpture  fut présentée au public en 1864 sous le nom de Faust e Margherita (Il bacio) et remporta un succès considérable: Giovanni Camerana lui dédia un poème et Arrigo Boito lui consacra un long article dans lequel il interprétait  le groupe comme un dialogue entre Science et Conscience. Les dimensions de  cette sculpture en marbre sont de  120 x 75 x 85 cm.

Une autre version en marbre que sculpta Tantardini vers 1864 fut envoyée à l'Exposition internationale d'art de Munich en 1869, où elle fut achetée par le roi de Bavière, qui tomba amoureux du sujet. L'oeuvre participa également à l'exposition de Philadelphie en 1876 et en 1878 à l'Exposition universelle de Paris. Elle est actuellement conservée par le Freies Deutsches Hochstift Frankfurter Goethe-Museum. Ses dimensions sont 120 x 72 x 80 cm.


Pour les lecteurs italianophones, voici la poésie de Camerana:





Extrait de Poesie di Giovanni Camerana (en ligne sur Archive.org)

Pour admirer cette oeuvre actuellement, se rendre à l'exposition Du bist Faust, Goethes Drama in der Kunst à la Hypo-Kunsthalle de Munich. (du 23 février au 29 juillet 2018).

Sources: le catalogue de l'exposition de la Hypo-Kunsthalle  [DE] et le site de la Galleria d'Arte moderna Milano [IT].

Les lectures françaises du roi Louis II de Bavière (1) : Imbert de Saint-Amand

Le roi Louis II de Bavière, passionné de la France des Bourbons et particulièrement intéressé par la cour de Versailles, lisait dans la langue de Voltaire les ouvrages consacrés à son sujet de prédilection. Gottfried von Böhm, un de ses meilleurs historiens, - et un des plus sérieux parce que ces références sont précises et donc vérifiables-, cite dans Ludwig II. König von Bayern, Sein Leben und seine Zeit (Engelmann, Berlin, 1922, p. 359) quelques-uns des auteurs et des ouvrages favoris du roi. 

Böhm cite en premier lieu l'oeuvre d'Arthur-Léon  Imbert de Saint-Amand (1834-1900) Les femmes de Versailles, La cour de Louis XIV et la cour de Louis XV, un ouvrage paru chez E. Dentu à Paris en 1886. Il s'agit du seul ouvrage cité nommément par Böhm de ce diplomate et historien français, mais le baron de Saint-Amand avait déjà publié d'autres ouvrages avant le décès de Louis II, et il n'est pas impossible que Louis II en ait pris connaissance.

La Bibliothèque nationale de France a mis ce texte en ligne sur son site Gallica, en accès gratuit, offrant ainsi l'occasion aux amis du roi Louis II de partager un moment de lecture avec lui.

Une des gravures du livre, la comtesse du Barry

mercredi 21 février 2018

Joseph Hartmann Stunz: Wiegenlied aus Veranlassung der Geburt des Erbprinzen Ludwig von Bayern

Berceuse composée par Joseph Hartmann Stunz à l'occasion
de la naissance du prince héritier Louis de Bavière le 25 août 1845.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)



[DE] Joseph Hartmann Stuntz (* 23. Juli 1792 in Arlesheim bei Basel; † 18. Juni 1859 in München) war ein Schweizer Komponist, Chorleiter und Kapellmeister.

Stuntz, der 1808 zur Münchner Hofkapelle kam, vervollständigte seine musikalische Ausbildung u.a. von 1813 bis 1816 bei Antonio Salieri in Wien. Von 1816 bis 1818 war er Kapellmeister der italienischen Oper in München, 1824 wurde er Hofoperndirektor und 1825 erster Hofkapellmeister. Er machte sich vor allem als Komponist von Vokalmusik einen Namen: Neben Opern, zahlreichen Liedern und Chören schrieb er vor allem kirchliche Werke und Festmusiken zu den verschiedensten feierlichen Anlässen des Hofes.

Seine Opern hatten – im Gegensatz zu seinen damals beliebten Liedern – nur mäßigen Erfolg, einige Werke wurden im Teatro alla Scala in Mailand uraufgeführt, so La Rappresaglia (1819) und Elvira e Lucindo (1821). Er bearbeitete auch Mozarts Oper La clemenza di Tito und führte diese unter dem Titel Garibaldi, der Agilolfinger im Jahre 1824 auf.

In München erinnert an ihn die Stuntzstraße. (Quelle: Wikipedia)

[FR] Joseph Hartmann Stuntz (Arlesheim, Suisse, 23 juillet 1793 - Munich, Allemagne, 18 juin 1859) est un compositeur suisse.

Il fit ses études dans la capitale bavaroise. En 1819 il se rendit à Milan, où il donna avec succès l'opéra La Rapperesaglia. L'année suivante, il donna son opéra Constantino au théâtre de La Fenice à Venise, qu'il fit ensuite représenter dans d'autres villes d'Italie et d'Allemagne. Il composa ensuite Elvira e Lucindo (Milan, 1821) et Argene e Almira (Turin, 1822). Appelé peu de temps après à Munich, il accepta la place du chef de chœur du théâtre de la ville. En 1826 il devint maître de chapelle du roi, une position qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Il a également écrit de nombreuses messes solennelles avec orchestre, un Stabat Mater, des choeurs, des symphonies, de la musique de chambre et d'autres œuvres.



Pierrefonds, un modèle pour Neuschwanstein (2)



Estampe représentant Pierrefonds au XVe siècle
Post précédent sur le sujet: Pierrefonds, un modèle pour Neuschwanstein

La vie ardente de Wagner, un livre de Louis Barthou. A lire en ligne.



Dans les années 1920, Louis Barthou publiait un petit livre, La vie ardente de Wagner, que l'on trouve aussi sous le titre La vie amoureuse de Wagner. Le Figaro en publait une critique dans son Supplément littéraire du dimanche 4 juillet 1925.

Le Carnet du Bouquiniste

La vie amoureuse de Richard Wagner par Louis Barthou, de l'Académie française - Ernest Flammarion, éditeur. 

Comme il nous change, ce petit livre, de tant de biographies sèches et glacées, dont on n. saurait nier généralement ni la documentation précise et solide, ni l'intelligence, ni même la finesse et la profondeur d'analyse, mais qui font songer trop souvent à cette jument de Roland qui, elle aussi, avait toutes les qualités, sauf qu'elle était morte. Animé d'une vie intense, captivant, empoignant, le récit de M. Louis Barthou ressuscite non seulement la physionomie de Richard Wagner et de celles qu'il a aimées, mais il nous restitue avec une admirable puissance d'évocation l'atmosphère de fièvres et d'orages où s'est débattu, jusqu'au seuil de la vieillesse, le génie passionné du grand musicien.

Richard Wagner a en effet puisé dans l'amour ses plus belles inspirations et l'histoire de son existence si tourmentée, comme celle de son œuvre prodigieuse, sont inséparables de celle de son cœur. Trois femmes surtout y ont régné, de sorte que « Sa vie amoureuse, prise dans son ensemble, apparaît comme une trilogie dont Minna, Mathilde et Cosima sont les principaux personnages ».

C'est au Théâtre de Magdebourg dont il venait d'être nommé chef d'orchestre, que Wagner rencontra pour la première fois, en 1834, Minna Planer. Elle tenait l'emploi de première amoureuse et était âgée de vingt-cinq ans Wagner n'en avait que vingt et un. Ni l'un ni l'autre, n'étaient des ingénus: Wagner avait passé sa prime jeunesse dans la dissipation; Minna, fille d'un mécanicien avait été séduite à seize ans et était mère d'une fillette qu'elle faisait passer pour sa soeur. Mais tandis que sort passé la mettait en garde contre les entreprises des galants, Wagner continuait d'aspirer éperdument à l'amour. Il s'acharna à la conquête de Minna et l'épousa le 24 novembre 1836. « Jaloux et irascible, écrit M. Louis Barthou, pauvre et somptueux, sûr de sa force et rebuté dans ses entreprisses, il apportait en dot à sa femme du génie, un mauvais caractère et des dettes. » Minna non plus n'était pas sans défaut: maladroite et bornée, elle avait plus de vertus ménagères que de simple vertu, plus de sens pratique que de véritable intelligence. Elle se laissa enlever par Dietrich et Wagner pardonna; elle s'enfuit de nouveau avec cet amant et lorsque Dietrich l'abandonna, le mari trompé pardonna encore. C'est que Wagner cherchait la paix du foyer et sa femme coupable avait de l'ordre, il cherchait la paix du cœur et l'exigeante et tracassière Minna n'était incapable ni d'affection, ni de dévouement.

Ensuite, la vie artistique de Wagner, pendant la période agitée et féconde qu'il passa à Dresde domina sa vie conjugale. Rienzi (20 octobre 1842), le Vaisseau fantôme (2 janvier 1843) et Tannhäuser (19 octobre 1845), sont les glorieuses étapes de cette marche ascendante.

En 1849, Wagner est mêlé au mouvement révolutionnaire et il part pour un exil de treize ans. Il vient à Paris en 1850 et c'est pendant ce séjour que s'ébauchent ses éphémères amours avec l'américaine Jessie Laussot.

Il devait les oublier bientôt, car il allait faire connaissance à la fin de 1851, à Zurich, avec le ménage Wesendonck, entrer dans son intimité, associer sa propre existence à celle de ses amis. Il allait surtout concevoir l'amour le plus ardent de sa vie, s'éprendre de Mathilde qui fut l'inspiratrice de Tristan, ce chef-d'œuvre surhumain. M. Louis Barthou nous conte les péripéties de ce roman pathétique, l'achat de l'Asile sur la Colline Verte, l'installation de Wagner, ses relations du voisinage avec les Wesendonck, puis la séparation et le départ pour Venise. Il ne nous dit pas précisément si Mathilde a été la maîtresse de Wagner, mais il semble, à lire l'admirable correspondance du génial musicien que peu de doute puisse encore subsister à cet égard.

Les années, cependant, continuent de se dérouler, et l'œuvre de Wagner à grandir. Il achève Tristan à Lucerne, demeure à Paris de septembre 1853 à août 1861. Il écrit les Maîtres chanteurs et va habiter à Biebrich, près de Mayence, en février 1882.  Minna reparaît et les querelles, reprennent. Wagner se console auprès de Mathilde Mayer en un « Idylle domestique », puis auprès d'une actrice du théâtre de Francfort Frederik Meyer.

En 1863, au retour d'un voyage en Russie, il s'établit à Penzing, tout près de Vienne il est seul, accablé de dettes. En mars 1864, il paraît perdu.

C'est alors qu'il est sauvé par un prince de dix-huit ans, Louis II de Bavière. Le jeune roi, admirateur fervent de son œuvre, lui achète une maison près de son château de Berg. Wagner possède enfin le cadre somptueux qu'il a toujours rêvé. Mais son cœur est inassouvi et an troisième et dernier amour y naît. Wagner s'éprend de Cosima de Bulow, la femme de son disciple le plus affectionné, la fille naturelle de Liszt, son fidèle ami, et de la comtesse d'Agoult.

« Mathilde Wesendonck, note M. Barthou, avait été une inspiratrice Cosima était une dominatrice. Pour inspirer Tristan, il fallait une femme de cœur pour encourager la formidable entreprise des Niepelungen, M fallait une femme de tête. » Cosima a été cette femme-là. Elle eût sacrifié sa vie au maître et abandonna tout pour lui. Après la mort de Minna, tous deux s'installent à Tribschen, près de Lucerne, dans ce séjour que Nietzsche a nommé l'Ile des Bienheureux. Cosima obtient ensuite le divorce et elle épouse Wagner le 25 août 1870. Quand le compositeur se fixera à Bayreuth, le 22 avril 1872, il aura achevé Siegfried et le premier acte du Crépuscule.

Jusqu'à la mort de Wagner, Cosima restera la maîtresse de son cœur et la prêtresse de son art. La représentation de Parsifal, en 1882, sera sa récompense, et lorsque son Dieu mourra auprès d'elle, à Venise, en 1883, elle saura comprendre tout son devoir. « La fille de Liszt, écrit en terminant M. Louis Barthou, a, depuis plus de quarante ans, porté le deuil de Richard Wagner avec la dignité agissante qui convenait à un grand  génie, à une grande oeuvre et à un grand amour. »

Pour lire ce livre gratuitement  en ligne, cliquer ici (Gallica/BNF)

Louis Barthou

Jean Louis Barthou dit Louis Barthou, né le 25 août 1862 à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées) et mort par arme à feu le 9 octobre 1934 à Marseille, fut journaliste, avocat,  homme politique, écrivain et académicien français. Républicain modéré il essaya de reconstituer des alliances contre le péril nazi. Ecrivain et historien, on trouve parmi ses ouvrages deux livres consacrés à Wagner, le livre sous rubrique publié en 1925 et l'année précédente Wagner et le recul du temps.


mardi 20 février 2018

lundi 19 février 2018

Grandes expositions: Les univers de Faust. Le drame de Goethe sur scène, au Deutsches Theatermuseum de Munich

Crédit photographique ©Oda Sternberg

2.3. – 2.9.2018 

Qui – où – quoi – ce sont les trois questions fondamentales que l’on doit se poser quand on veut mettre en scène le Faust de Goethe. 

Qui joue les rôles principaux Faust – Méphistophélès – Marguerite ? Et la troupe en place est-elle assez grande et variée pour incarner tous les autres rôles ? Où, à quels endroits se déroule le drame? 

Ce qui est frappant dans le Faust de Goethe, ce sont les changements de lieu rapides, comme par exemple Ciel – Cabinet d’étude étroit – Paysage dégagé devant la porte de la ville… Comment cela pourra-t-il être réalisé sur scène? Les réponses des créateurs de théâtre s’alignent parfois sur l’évolution technique, mais elles sont surtout également liées aux mouvements esthétiques, à l’imagination et l’idéologie de metteurs en scène et leurs scénographes. 

Qu’est-ce qu’on joue? C’est également une question fondamentale – même en rapport avec ce texte iconique de Goethe. 

Portraits de rôles, enregistrements historiques et conceptions d’espace pourront être appréciés dans un parcours présentant de nombreux modèles originaux. Des scripts et bien d’autres choses illustrent la diversité des réponses créatives qui ont été trouvées au cours de l’histoire des mises en scène de cette pièce jusqu’à présent. 

Faites l’expérience des univers de Faust au Deutsches Theatermuseum.

Du 2 mars au 2 septembre 2018, tous les jours de 10 à 16H, sauf le lundi (fermeture hebdomadaire).

Au Deutsches Theatermuseum,
Galeriestr. 4a (Hofgartenarkaden),
80539 München

Source du texte: Deutsches Theatermuseum

dimanche 18 février 2018

Le mouchoir de Minna

 Christine Wilhelmine 'Minna' Planer
(1809 - 1866)
Au mois de mai 1914, plusieurs journaux français (L'Univers, La Lanterne, L'Indépendant de Mostaganem, Le XIXe Siècle, Les Annales politiques et littéraires, Le Rappel, Le Journal) ont rendu compte du résultat de la vente aux enchères d'un mouchoir ayant appartenu à Minna Planner, la première épouse de Richard Wagner:

"Un record

Le record de vente d'un simple objet de toilette appartient à un petit mouchoir de poche de Wagner qu'on vient d'adjuger, à Munich, au prix de 18.000 francs. Ce petit mouchoir — car il est tout petit — n'a pas de broderie, pas de dentelle; il n'a qu'un ourlet à jour très commun, mais il porte des vers imprimés sur sa trame et au-dessous on lit cette dédicace :

« Kœnigsberg, 14 novembre 1836. A Mlle Minna Planner [sic], en commémoration de son mariage avec le maître musicien Richard Wagner. »

Il est probable qu'à cette époque, le grand musicien aurait cédé toute sa garde-robe et même toute sa musique pour cette somme énorme."

Note

Je suis tombé sur cette anecdote en introduisant "Minna Planner" dans le moteur de recherche de Gallica (BNF). Le résultat de la recherche a donné 17 résultats, dont 7 concernent la vente du mouchoir de Minna.

A noter cependant que l'introduction "Minna Wagner" donne quant à elle 35 résultats, et celle de "Minna Planer" en donne 57. Aucun de ces 92 résultats ne concernent la vente du mouchoir. Est-ce donc le double "n" erroné dans le nom de la première épouse de Wagner qui est à pleurer? 

Promenade hivernale au château de Nymphenburg. 18 février 2018.