dimanche 30 avril 2017

Les Maîtres chanteurs par le collage: un texte de Judith Gautier illustré par les chromos Liebig

Nous retranscrivons ici un extrait du charmant ouvrage de  Judith Gautier, Richard Wagner et son oeuvre poétique : depuis Rienzi jusqu'à Parsifal ( Paris, Charavay frères ,1882, pp- 91 à 108) et l'illustrons en y ajoutant des reproductions des chromos Liebig de la série Les maîtres chanteurs de Nuremberg, Opéra de Richard Wagner,  en version française (Numérotation Sanguinetti : 1002 Numérotation FADA : 999).

LES MAÎTRES CHANTEURS


      L'action se passe au seizième siècle, à cette époque si singulière où l'art et la poésie, dédaignés par la noblesse, s'étaient réfugiés chez les bourgeois et les artisans.
      Depuis la disparition des Minnessinger, ces chanteurs d'amour très semblables à nos trouvères, les maîtres chanteurs seuls enseignaient la poésie et la musique. Ces maîtres étaient aussi chefs de corporations, et leurs élèves, en même temps leurs apprentis,apprenaient simultanément chez eux à coudre une semelle et à filer un son, à scander un vers et à tailler un haut-de-chausse. On s'imagine aisément combien l'art dut s'atrophier dans un pareil milieu, de combien de règles et de lois ces hommes à cerveaux étroits surent entraver l'essor de l'inspiration, qui dut refermer ses ailes et marcher dans les sentiers tracés : c'était quelque chose comme un oiseau élevé par des taupes.
      Si par aventure un nouveau venu, n'ayant pour toute science que son génie, se hasardait dans le cénacle des artisans poètes, on devine quel concert d'imprécations accueillait la liberté avec laquelle il brisait, comme des fils d'araignées, les lois minutieusement tissées par la routine. C'est un événement de cette nature que Richard Wagner a choisi pour nouer l'intrigue de sa comédie.
      Walther de Stôlzing, un chevalier de Franconie, s'est épris de la fille de Pogner, riche orfèvre de Nuremberg. Mais c'est seulement celui qui sera proclamé maître chanteur au prochain concours qui pourra obtenir la main d'Eva.
     Walther, qui ne sait pas le premier mot de l'art, veut cependant concourir, il cherche à se renseigner un peu auprès du naïf David,1'apprenti et l'élève de Hans Sachs.
      La scène a lieu dans un des bas-côtés de l'église Sainte-Catherine à Nuremberg, que les apprentis sont en train de disposer pour une séance des maîtres.

— Ainsi, dit David à Walther d'un air plein d'importance vous voulez devenir maître ?
— Est-ce donc si difficile ?
— L'art des maîtres ne s'acquiert pas comme cela en un jour ! Voici une année que je travaille, moi, avec le plus grand de Nuremberg, Hans Sachs, qui m'enseigne en même temps la poésie et la cordonnerie; quand j'ai bien tanné le cuir il me fait dire des vocales et des consonnances ; quand j'ai bien raidi le fil, il me fait comprendre la rime. Et bien, où croyez-vous que j'en sois arrivé maintenant?
— Peut-être à confectionner une bonne paire de brodequins.
— Ah! je n'en suis pas encore là, s'écrie l'apprenti.
— Voyons, conseillez-moi, dit Walther.
— Eh bien! sachez que les tons et les modes des maîtres sont très nombreux et qu'ils ont chacun leur nom : il y a le ton court, le ton long et le ton trop long, le mode du papier à écrire, le ton sucré et le ton des roses, le ton de l'amour court et le ton oublié, le mode du zing anglais, de la tige de cannelle, des grenouilles, des veaux, le mode du glouton décédé ou du pélican fidèle...
— Mon Dieu! qu'est-ce que tout cela? s'écrie Walther épouvanté.
— Mais il ne suffit pas de savoir les noms, reprend David, il faut savoir comment l'on chante chaque mode pour ne rien changer à la fioriture et à la tabulatur; pour moi je ne suis pas encore si avancé, et c'est bien souvent le mode du martinet que mon maître me chante, et si ma bonne amie Magdalene ne me vient pas en aide, je chante, moi, l'air du pain sec et de l'eau. — Apprenez encore qu'un maître chanteur est celui qui compose un mode nouveau, poésie et musique.

    Le pauvre Walther est abasourdi. Cependant, l'amour l'empêche de renoncer à son dessein, et lorsque Pogner s'avance accompagné de Beckmesser, un grotesque tabellion qui aspire, lui aussi, à la main d'Éva, Walther s'approche du père de sa bien-aimée et lui fait part du désir qu'il a de concourir.
      Bientôt les maîtres chanteurs s'assemblent pour délibérer à propos du concours public qui a lieu le lendemain. Parmi les bizarres physionomies des artisans poètes, se détache la belle figure de Hans Sachs, l'illustre poète cordonnier.
    Pogner présente à ses confrères le jeune chevalier en annonçant qu'il veut prendre part au concours.

— Ah! s'écrie-t-on aussitôt, dans quelle école avez-vous appris, quels sont vos maîtres?
— Lorsque, au plus fort de l'hiver, la neige couvrait la cour et le château, dit Walther, assis au coin du foyer tranquille, je lisais un vieux livre qui me parlait des charmes du printemps; puis bientôt le printemps venait, et ce que, pendant les nuits froides, le livre m'avait enseigné, je rentendais résonner dans les forêts, dans les prairies : c'est là que j'ai appris à chanter.


      On pense quels cris, quels haussements d'épaule autour du jeune audacieux. On l'invite cependant à donner un échantillon de son talent. Il doit faire entendre une improvisation; mais s'il offense les règles plus de sept fois, son oeuvre sera déclarée sans valeur. Déjà, le marqueur, armé d'une ardoise et d'un morceau de craie, entre dans la guérite où il doit s'enfermer pour écouter le chant et marquer les fautes. Ce marqueur, c'est Beckmesser, le concurrent, le rival de Walther.

— Commencez! crie-t-il du fond de sa logette.

      Walther saisit ce mot qui lui est jeté comme un défi.

— Commencez! s'écrie-t-il, c'est là le cri que le printemps jette à la nature et sa voix puissante résonne dans les forets, dans les halliers, les échos lointains se la renvoient, alors tout s'éveille, tout s'anime. Les chants, les parfums, les couleurs vont naître à ce cri.

      Toute la joie dont la fête du printemps peut emplir un coeur de jeune homme chante dans la. voix de Walther. Mais les règles, qu'en fait-il ? et les fioritures ? et la tabulatur? A chaque instant on entend grincer la craie sur l'ardoise et bientôt même le marqueur jaillit furieux de sa guérite déclarant qu'il n'y a plus de place sur la tablette. Alors toutes les langues se déchaînent, toutes les colères éclatent sur la tête du chevalier: il a entassé erreur sur erreur, bêtise sur bêtise, il ne sait pas le premier mot de l'art.

— Il s'est même levé brusquement de son siège! s'écrie un maître à bout d'arguments.

      Au milieu du tumulte qui devient formidable, Walther reprend son chant joyeux et libre comme pour protester, au nom de la nature renaissante, contre le souffle glacé de l'hiver stérile. Les espiègles apprentis, tout heureux de cette confusion, enveloppent l'assemblée furieuse dans une folle ronde, et souhaitent ironiquement à Walther le bouquet de fiancé.
      
     Le second acte nous montre une des rues si pittoresques de la Nuremberg ancienne; d'un côté s'ouvre l'échoppe de Hans Sachs, de l'autre se dresse la maison de Pogner.
    Sachs revient tout rêveur de la tumultueuse séance; lui seul a été profondément troublé par l'improvisation du chevalier, et il sent ses vieilles croyances chanceler.

— Ah! dit-il, tandis que dans l'orchestre passent et repassent des fragments du chant de Walther, cette mélodie je ne puis la retenir, et je ne puis pas non plus l'oublier, c'était nouveau et cela résonnait comme un chant ancien..

      Il rentre chez lui et se met au travail devant sa fenêtre ouverte.

   Éva, qui aime le chevalier, vient surprendre Hans Sachs et tâche d'obtenir de lui quelques renseignements sur la séance et l'accueil qui a été fait à Walther.

— Ah ! pour celui-là, tout est perdu ! s'écrie Sachs. Sache-le, mon enfant, celui qui est né maître ne fera pas fortune parmi les maîtres, qu'il aille donc ailleurs chercher son bonheur.

— Oui, c'est ailleurs qu'il le trouvera, s'écrie la jeune fille avec colère, c'est près des coeurs qui brûlent encore d'une flamme généreuse, en dépit des maîtres envieux et sournois.


      Walther survient, encore tout frissonnant de rage, il veut enlever sa bien-aimée et l'épouser dans son château. Le soir est tombé tout à fait, l'heure est propice, la rue déserte. Eva consent à suivre le chevalier; mais Hans Sachs, qui surveille les amoureux, entr'ouvre son volet et fait tomber sur eux la lueur de la lampe, une traînée lumineuse barre la route,les deux amants sont faits prisonniers par ce rayon.
     De plus, voici Beckmesser, qui s'avance armé d'une guitare ; il pense qu'une sérénade , disposera bien le coeur d'Eva, et il commence à préluder.
     Sachs, de son côté, a porté dehors son établi et recommence à travailler : de cette façon il pourra mieux surveiller les fugitifs. Il frappe donc de toute sa force sur une forme et entonne une chanson bruyante au grand déplaisir du donneur de sérénades.
    Déjà quelques fenêtres s'ent'rouvent et des têtes inquiètes s'avancent, s'informant de ce qui se passe. Beckmesser ne veut pas céder, il chante de plus en plus fort pour couvrir la voix de Sachs qui, lui non plus, ne veut pas se taire. Le charivari devient extraordinaire, les habitants réveillés accourent de tous côtés ; David qui croit que la sérénade s'adresse à son amie Magdalene, la servante d'Eva, tombe à poings fermés sur le chanteur. Du haut des fenêtres on vide des cruches d'eau sur la tête des tapageurs; les apprentis viennent à plaisir augmenter la confusion, tout le monde parle à la fois, on s'exaspère, on se dispute, les coups sont lances à tort et h travers, la mêlée est générale.
      Tout à coup un son de trompe se fait entendre au loin et, comme par enchantement, la foule se disperse, chacun rentre chez soi, les fenêtres se referment, et le veilleur de nuit qui se frotte les yeux, croyant avoir rêvé, s'avance dans la rue déserte.

— La onzième heure vient de sonner, gardez-vous des spectres et des lutins, chante-t-il, tandis que la lune montre sa large face derrière un pignon pointu.


    La toile se relève sur l'intérieur de Hans Sachs. Walther, qui a passé la nuit sous le toit du cordonnier, entre dans l'atelier, abattu, découragé, car le jour qui se lève c'est celui de la fête et du concours: tout espoir d'obtenir Eva est donc perdu.

— Voyons, dit Sachs, ne renoncez pas encore, faites-moi un poème sur le rêve, par  exemple, qui a traversé cette nuit votre sommeil.

     Le jeune homme obéit, et Sachs écrit les vers sur une feuille de papier, qu'il oublie à dessein sur sa table, tandis qu'ils vont tous deux se préparer pour la fête.
    A peine sont-ils sortis, que Beckmesser survient tout meurtri encore de la bataille nocturne dont l'orchestre méchamment lui rappelle toutes les péripéties. Ses regards tombent sur la feuille de papier, il lit les vers et s'imagine que Sachs, lui aussi, veut concourir et aspire à la main d'Eva; lorsque le cordonnier revient, Beckmesser lui fait à ce sujet d'amers reproches et l'accable de sarcasmes.

— Qu'avez-vous ? dit Sachs en riant. Je n'ai jamais songé à concourir et si ces vers ont su vous plaire, je vous les donne, faites-en ce que vous voudrez.

     Beckmesser croyant que les vers sont de Sachs, le plus habile maître de Nuremberg emporte tout joyeux la bienheureuse feuille, sûr de la victoire.

     Eva, délicieusement parée pour la fête, mais triste et le front pâli, entre en passant dans l'atelier de Sachs. Elle a pris pour prétexte son soulier qui la blesse, à ce qu'elle prétend, mais Sachs sait bien où le soulier la blesse, malgré les reproches qu'elle lui adresse de ne pas le deviner. Tandis qu'agenouillé devant elle, le cordonnier la tient prisonnière, un pied déchaussé, feignant de rectifier cette chaussure à laquelle elle trouve tous les défauts, Walther sort de la chambre et reste ébloui au sommet de l'escalier devant la jeune fille plus belle que jamais dans sa toilette de fiancée. Il improvise alors avec enthousiasme la dernière strophe de son chant.
      Eva, toute palpitante de surprise et d'émotion, l'écoute en retenant son souffle.

— Eh bien, va-t-il enfin ce soulier? dit Sachs d'une voix attendrie.

     Eva comprend enfin que le bon cordonnier est son ami et son allié et elle se jette en pleurant dans ses bras.


      Après un court entr'acte, le rideau se relève sur remplacement où a lieu la fête. C'est au bord de la rivière dans laquelle Nuremberg mire ses toits pointus, ses tours et ses remparts, dans une vaste prairie qui s'étend sur la rive. De tous côtés arrivent les citadins, les paysans; des bateaux pavoises débarquent de joyeuses compagnies, les corporations s'avancent au son des trompettes de la ville, les apprentis tout enrubannés mêlent leur joie à ce gai tumulte, ils enlacent des jeunes filles alertes et dansent sur l'herbe une valse rustique; mais une rumeur de la foule annonce l'arrivée des maîtres chanteurs. Le silence s'établit et les maîtres font majestueusement leur apparition. La charmante Eva est près de son père et tient à la main la couronne destinée au vainqueur.
      Puis Hans Sachs paraît à son tour. A sa vue, un long frisson court parmi les assistants, la foule ne peut contenir sa joie : une immense acclamation accueille le favori du peuple et, dans une inspiration soudaine, toutes les voix entonnent le chant par lequel Hans Sachs a salué Luther et l'aurore de la réformation :

Eveille-toi, le jour se lève; 
Une voix des taillis s'élève; 
Du rossignol j'entends les chants: 
Ils résonnent de cime en cime, 
Dans les vallons et dans les champs. 
A l'occident, la nuit s'abîme, 
L'aube rouge à l'orient luit 
Et le triste nuage fuit.

    Rien ne peut donner une idée de la puissance de ce morceau qui semble contenir toutes les aspirations de l'homme vers la liberté.
      Le concours commence : Beckmesser, qui n'a rien compris à la poésie de Walther, la scande à sa manière et la chante sur les motifs grotesques de sa sérénade. Il s'embrouille si bien que la foule, d'abord surprise, part bientôt d'un vaste éclat de rire.

— Après tout, dit le chanteur dépité, les vers ne sont pas de moi, ils sont de Sachs.
— Eh bien! que Walther les chante, dit Hans Sachs.

      La grâce et la jeunesse du chevalier font déjà une bonne impression sur le peuple et lorsque sa voix pure résonne et fait entendre la charmante poésie redevenue elle-même, les acclamations éclatent de toutes parts, les maîtres troublés eux aussi ne peuvent dissimuler leur émotion, l'enthousiasme est général.
      L'heureux vainqueur, ivre de joie, s'agenouille devant sa bien-aimée, qui pose en tremblant sur son front la couronne de lauriers.






samedi 29 avril 2017

Les Saint Sébastien du Musée de Poznan


Iacopo Palma il Vecchio

Lombardie, premier quart du 16e siècle



Ecole romaine, 17e siècle

Un portrait de Mathilde Wesendocnk âgée par Franz von Lenbach au Musée national de Poznan

Huile sur toile, 71,7 X 52,3 cm
Portrait de Mathilde Wesendonck (1828-1902) par Franz von Lenbach (1836-1904) présenté dans les collections du Musée national de Poznan en Pologne (Museum Narodowe w Poznaniu). Le Musée présente le portrait comme étant celui de Mathilde von Wesendonck.

Vu les conditions d'exposition et de réflexion, le portrait a été photographié en biais par la gauche et la photo est donc légèrement déformée. 






vendredi 28 avril 2017

Wagner, une lithographie vers 1871



Richard Wagner. Lithographie de H. Ruland d'après une photographie von Franz Seraph Hanfstaengl, München 1871. La lithographie est conservée à la Staatsbibliothek de Bamberg.

jeudi 27 avril 2017

Puccini et Menotti par Opera incognita fin mai à Munich




Un spectacle très attendu par les amateurs d'opéra munichois!

Opera incognita, la compagnie d'Ernst Bartmann et Andreas Wiedermann, revient fin mai à Munich pour trois soirées avec deux nouvelles productions combinées: Gianni Schicchi de Giacomo Puccini et le Téléphone de Gian Carlo Menotti. Deux petits opéras en un acte, deux perles burlesques de l'opéra du 20ème siècle qui mêlent argent et romantisme pour une soirée de théâtre musical qui met en scène sur un tempo trépidant  la folie ordinaire des relations humaines.

A la salle Hubertus du château de Nymphenburg les 19, 26 et 27 mai 2017
Billetterie: München Ticket (tél. 08954818181) ou www.muenchenticket.de


mercredi 26 avril 2017

Une photographie de Siegfried Wagner à 29 ans


Coupure de presse. Photo publiée dans un numéro spécial de la revue Die Woche en février 1933, consacré au 50ème anniversaire de la mort de Richard Wagner.

samedi 22 avril 2017

Impressions Matsukaze à l'Opéra de Varsovie



Se retrouver a Varsovie et se rendre au Teatr Wieki, le Grand théâtre de Varsovie, pour aller assister à la première de Matsukaze, un opéra japonais dont on a entendu parler à Bruxelles ou à Berlin mais dont en fait on ne sait strictement rien. Y aller vierge, sans lecture préalable aucune, et sans programme (il doit être en polonais, une langue que nous ne pratiquons pas). Ne pas profiter des surtitres puisqu'ils sont en polonais, et ne pas saisir le texte chanté en allemand même si cette langue nous est familière. Etre comme la page blanche, ignorante de ce qui viendra s'y écrire. Impressions Matsukaze. 

Mais croire en la blancheur est un leurre, on ne vient pas à l'opéra vide de tout référent. D'entrée de jeu, on est sensible à l'ambiance poétique délicate qu'installent les lumières, la danse et des sons. C'est feutré comme du théâtre nô japonais, avec la lenteur du rythme, la tranquillité des gestes, l'installation d'une intrigue qu'on ne comprend pas mais qui semble répondre à des conventions. Impressions d'un opéra de chambre nô avec peu de solistes, un choeur réduit, peu de texte aussi. L'opéra semble conçu comme une suite de calligraphies qui serait dessinée dans l'espace par les corps qui dansent, des calligraphies écrites avec l'encre des sons qui se solidifient en se mouvant. On voit des images extraordinaires, des corps pris dans le réseau dense du tissage de fils d'un immense  filet noir, comme une immense toile d'araignée complexe, ou encore la définition de l'espace par les arêtes de  parallélépipèdes rectangles doubles ou quadruples, et le jeu fabuleux de deux danseurs dont l'un conduit l'autre  comme un pantin, avant que le mouvement ne s'en inverse. Un spectacle total avec d'extraordinaires danseurs qui semblent exprimer en langage chorégraphique qu'il n'y a pas de réponse aux questions que l'on se pose et que nos désirs ne peuvent être comblés. La musique, le chant et la danse nous invitent à leur contemplation et l'on sort du spectacle sans en avoir  compris le discours mais saisi par tant de beauté et peut-être de douleur, on en sort concentré et peut-être transformé.

Le lendemain, on lira la présentation de l'oeuvre et ce qu'on lira fera sens bien sûr, cela nous touchera, mais ce n'est pas ce qu'on a vécu,

L'auteur de l'opéra, Toshio Hosokawa, a fondé son travail sur un jeu nô du 15ème siècle qui met en scène l'histoire de deux soeurs: Matsukaze, qui signifie «vent dans les pins», et Murakame, qui signifie «pluie d'automne».  Les deux personnages principaux sont les esprits errants des sœurs qui vivaient près de la mer où elles louchaient de la saumure pour faire du sel.  Les deux jeunes femmes tombent amoureuses du même homme: un pêcheur nommé Yukihira. C'est lui qui leur a donné leur nom. Il est parti pour ne plus revenir en abandonnant les deux soeurs  à leurs désirs inassouvis. Elles en meurent de chagrins et ont été enterrées sous un pin. Elles deviennent des fantômes, des esprits flottants attachés au monde des mortels par leur coupable attachement émotionnel aux désirs, un thème bouddhiste fréquent dans le théâtre nô.

La production est due au travail créatif de la réalisatrice et chorégraphe Sasha Waltz, qui  a développé un style d'opéra chorégraphique  dans lequel elle brouille les limites entre le mouvement, les éléments visuels, le chant, l'éclairage et le son des instruments. Le partenariat entre la chorégraphe et le compositeur fonctionne dans une osmose envoûtante pour le spectateur.  

Envie de revoir cette production, avec la clé  de lecture.

Quelques grues et une ou deux cigognes














Crédit photographique Luc Roger
Environs de Węgorzewo (Mazurie)
22.04.2017 

vendredi 21 avril 2017

Nouvelle perspective sur la villa de Wagner et les Propylées à Munich

La villa que le Roi Louis II de Bavière mit à la disposition du compositeur en 1864 se trouvait
Briennerstrasse entre la Galerie Schack (le premier bâtiment à droite qui n'existait pas encore
à cette époque) et les Propylées, juste derrière la calèche.


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Mathilde Maier, une photo publiée par Die Woche en 1933


Une photo de Mathilde Maier (1833-1910),  publiée en février 1933 par la revue Die Woche dans un numéro spécial édité à l'occasion du 50ème anniversaire de la mort du compositeur Richard Wagner.

Wagner rencontra Mathilde Maier en mars 1862 à l'occasion d'une soirée chez son éditeur Schott. Mathilde Maier, fille d'un notaire d'Alzey, était alors âgée de 29 ans. Entre la rencontre et juin 1864, Wagner lui proposa à diverses reprises de vivre en sa compagnie. La jeune fille s'y refusa.

jeudi 20 avril 2017

Cosima for ever! Dame à l'ombrelle sur colline verte. Dame mit Schirm auf grünen Hügel.


Une photographie de Cosima Wagner publiée en février 1933 par la revue Die Woche à l'occasion du 50ème anniversaire de la mort du compositeur.

mercredi 19 avril 2017

L'Ensemble Matheus et le contre-ténor David DQ Lee en clôture du festival Misteria Paschalia de Cracovie

Jean-Christophe Spinosi

Misteria Paschalia, un des meilleurs festivals européens de musique ancienne, vient de se terminer ce lundi de Pâques à Cracovie avec en point d'orgue l'Ensemble Matheus de Jean-Christophe Spinosi en accord complice avec le contre-ténor sud coréen David DQ Lee dans des oeuvres de Haendel, Telemann et Vivaldi. Sans doute la grande salle du Centre de Congrès ICE de Cracovie, pour somptueuse qu'elle soit, ne convient-elle pas parfaitement à l'audition d'un concert baroque de chambre en raison de son volume, mais le talent des interprètes a largement compensé cette inadéquation.

David DQ Lee, un contre-ténor aussi sympathique qu'élégant

Dans une récente interview David DQ Lee évoquait avec humour l'excellente collaboration dans le travail avec Jean Christophe Spinosi:  I am crazy, and he is crazy, so the chemistry is perfect. Jean-Christophe Spinosi a concocté pour ce grand final un programme très festif avec des concertos virtuoses et, selon ses propres termes,  un contre ténor assez fou. Et il est vrai que tant Spinosi que David Lee sont des bêtes de scène qui déploient leurs incroyables talents en véritables animateurs avec un grand sens de la mise en scène et de la théâtralisation musicale et une agilité scénique d'une spontanéité rafraîchissante. Jean-Christophe Spinosi a de grandes capacités de communicateur; un des buts qu'il poursuit depuis le début de sa carrière est de rendre la musique accessible au plus grand nombre, et ce lundi il a fait des merveilles à Cracovie. L'Ensemble Matheus a donné le Concerto en mi mineur pour flûte traversière et flûte à bec de Georg Philipp Telemann (TWV 52:E1)qui tenait du délire avec Alexis Kossenko à la flûte à bec et Jean-Marc Goujon au travero, tous deux éblouissants. Même virtuosité en deuxième partie dans le Concerto pour deux violons, cordes et clavecin RV 512 de Vivaldi où les deux violons étaient tenus par Jean-Christophe Spinosi et Laurence Paugam, la première violon de l'Ensemble Matheus. Quant à David DQ Lee il excelle dans le "Frondi tenere... Ombra mai fu" du Xerxes de Haendel ou dans le "Sol da te" de L'Orlando furioso de Vivaldi, avec plus de tendresse et parfois d'humour que de furore, et d'impressionnantes descentes d'octaves, une prouesse vocale dont il fait abondant usage et qui tient parfois du procédé.

Un magnifique bouquet musical pour le final de la quatorzième édition de  Misteria Paschalia

Ensemble Matheus, Jean-Christophe Spinosi et Laurence Paugam

Texte et photographies: Luc Roger

Rheintöchtersang / Wagner et le chant des Filles du Rhin

Carte postale ancienne

mardi 18 avril 2017

Wagner, l'appel royal à Munich, une caricature du prof. Scheurich


Un dessin du professeur Scheurich paru dans la revue Die Woche du 11 février 1933. Il représente la rencontre de l'envoyé du Roi Louis II de Bavière Franz Seraph von  Pfistermeister avec Richard Wagner le 3 mai 1864 à Stuttgart. Pfistermeister avait pour mission de ramener Wagner à Munich, il était chargé de remettre une lettre du Roi et une bague au compositeur. 

Portrait du Roi Louis II de Bavière

Carte postale vers 1930