vendredi 31 mars 2017

Toussaint 1887: l'hommage des Munichois au Roi Louis II



Le quotidien munichois Neues Münchener Tagblatt consacre une page entière aux Munichois venus rendre hommage à leur défunt Roi les 1er et 2 novembre 1887, soient environ 17 mois après la mort brutale de Louis II. Le dessin représente le sarcophage du Roi Louis II de Bavière dans la crypte royale de l'église Saint-Michael à Munich.

Chromos Liebig: Wotan dans la série "Männergestalten aus Wagner-Opern"


Collection privée

jeudi 30 mars 2017

Cosima la sublime: quand Françoise Giroud s'emmêlait les pinceaux avec les Rois de Bavière.

L'écrivaine, journaliste et femme politique française Françoise Giroud (1916-2003) avait publié chez Fayard en 1996 une biographie romancée de Cosima Wagner sous le titre accrocheur de Cosima la sublime. Une oeuvre sans doute agréable mais d'une composition rapide et pour laquelle l'auteure n'a pas livré un travail de recherche sérieux.

Quatrième de couverture

     Cosima est l'héroïne d'une grande histoire d'amour romantique, telle qu'on en connaît peu. Eprise de Richard Wagner, qui avait vingt-quatre ans de plus qu'elle, elle a su le capturer et devenir sa femme malgré les obstacles inouïs qui se dressaient devant elle: le roi de Bavière, Louis II, Franz Liszt, son père, son propre mari, Hans von Bülow, qui lui refusait le divorce.
     Mise au ban de la société de Munich, la force de sa passion et de celle qu'elle a su inspirer à Wagner ont triomphé. Les Wagner ont vécu quatorze ans d'une union sublime qu'elle a soignée comme une plante précieuse, irriguée de tout son talent d'amoureuse.
    Quand la mort lui a enlevé Wagner, elle a failli succomber au désespoir. Mais une oeuvre l'attendait: la poursuite du festival de Bayreuth tel que Wagner l'avait créé. Défi formidable en son temps pour une femme, défi qu'elle a relevé avec un succès complet, y trouvant son propre accomplissement.
   Telle est la femme énigmatique à certains égards, irritante parfois, captivante toujours, dont Françoise Giroud a choisi, cette fois, de raconter la vie.

L'extrait 

     Va alors entrer en scène, tel un magicien, un personnage paré de toutes les grâces, Louis de Wittelsbach, roi de Bavière, singulier à tous égards: grand, beau malgré une tête trop petite, charmant sous ses boucles noires, avec des yeux bleu foncé, il est aussi, à dix-neuf ans, le puissant souverain du deuxième Etat allemand, depuis que son père, Louis Ier, a abdiqué [sic]. Son grand-père Maximilien [sic] a été contraint, lui, de quitter le trône après avoir abusé de folies somptuaires en faveur de la danseuse Lola Montès [sic].
     Louis II n'aime pour sa part que les hommes, plus particulièrement son aide  de camp, le prince Paul de Tour et Taxis, très cher et joli compagnon. (p.53 de Cosima la sublime)

Les erreurs historiques se combinent aux approximations et aux facilités stylistiques. En 1864, le Royaume de Bavière n'est pas le deuxième état allemand, mais le deuxième état en importance au sein de la Confédération germanique. Louis II n'est pas le fils de Louis Ier, mais son petit-fils: son grand-père Louis Ier fut contraint à  l'abdication suite au scandale de son affaire avec Lola Montés. C'est son fils Maximilien II qui accéda alors au trône. Maximilien II mourut soudainement en 1864, ce qui porta le jeune Louis II au trône. La manière de traiter de l'orientation sexuelle du Roi est par trop réductrice et facile.

Sachant le rôle capital que le Roi Louis II joua dans la vie et l'oeuvre de Wagner, ces erreurs grossières ne peuvent être considérées comme anodines. Que le comité de lecture de l'éditeur ne les ait pas relevées pose également un problème, et non des moindres, 

Tout ceci entache la crédibilité du  récit, dont nous ne pouvons recommander la lecture.

Cosima Wagner, maîtresse de la colline, par Oliver Hilmes

Les lecteurs francophones disposent heureusement aujourd'hui d'une biographie solidement documentée, celle d'Oliver Hilmes, dont la traduction est parue chez Perrin. 

Wittelsbacher: le Prince Othon

Carte postale Collection privée

L'allemand sans maître: la préposition GEGEN par l'exemple

La préposition gegen (vers, environ, contre, envers) régit l'accusatif.

Vers, du côté de. 

Gegen Abend, vers l'Occident, à l'ouest.
Gegen die Stadt ziehen, se diriger du côté de la ville. 
Er lief gegen die Tür, il courut vers la porte.

Près de, environ 

Gegen das Fruhjahr, vers le printemps.
Temps ou nombre: 
Gegen drei Uhr, vers 3 heures,
Approximatif:
Es sind gegen drei Uhr, il est environ 3 heures.
Gegen zehn Jahre alt, âgé d'environ 10 ans.


La jeunesse contre le sida
Contre, opposition. 

Er ist gegen uns, il est contre nous.
Gegen den Feind, contre l'ennemi.
Gegen den Strom, contre le courant.
Zehn gegen eins, dix contre un.
Dagegen, wogegen. contre cela, contre quoi. 
Grunde da für und dagegen, raisons pour et contre.
Gegen die Natur, contre nature,
ou, widernaturlich,

Contre, comparaison 

Es ist nichts gegen das , ce n'est rien auprès de cela.
Er ist gegen Dich ein kind, c'est un enfant en comparaison de toi. 
Was ist es gegen den Ruhm? qu'est-ce à côté de la gloire ?
In maß von eins gegen drei, dans le rapport de 1 à 3.

Contre, échange. 

Ein Ring gegen eine Uhr, une bague contre une montre. 
Gegen Geld geben, donner pour de l'argent.
Gegen bare Bezahlung, contrc paiement comptant, au comptant.

mercredi 29 mars 2017

Le Consul de Menotti par l'Opernstudio au théâtre Cuvilliés de Munich

Selene Zanetti (Magda Sorel). Photos: Wilfried Hösl

La troupe des jeunes chanteurs de l'Opernstudio de l'opéra de Munich a donné hier soir la première du Consul de Gian Carlo Menotti au théâtre Cuvilliés. Comme chaque année, les jeunes talents de cette pépiniére d'excellents artistes qu'est l'Opernstudio a eu l'occasion de faire la démonstration de son savoir-faire en présentant une oeuvre d'opéra complète y compris dans des premiers rôles généralement réservés à des talents aguerris.

Le choix de cette année s'est porté The Consul de Gian Carlo Menotti, une oeuvre de la moitié du siècle passé dont la thématique est hélas à nouveau au coeur de notre propre actualité puisque elle traite du problème de la demande d'asile et des freins innombrables qu'installent les pays d'accueil potentiels. Menotti avait lui-même composé le livret de son opéra présenté à Philadelphie puis à New York en mars 1950,  et qui avait connu sa première munichoise au Theater-am-Gärtnerplatz en 1952.i

Joshua Owen Mills (Der Zauberer), Alyona Abramowa (Vera Boronel),
Selene Zenetti (Magda Sorel), Niamh O'Sullivan (Die Sekretärin), 
Paula Iancic (Anna Gomez), Milan Siljanov (Mr. Kofner)

L'action du Consul pourrait avoir lieu dans n'importe quel pays dictatorial. Un combattant de la liberté, John Sorel,  est en fuite, sa femme et son fils aspirent à le rejoindre dans le pays où il prétend s'être réfugié. On assiste à la répression policière de la famille et aux tracasseries administratives kafkaïenne du consulat du pays d'accueil. Magda Sorel insiste pour rencontrer le consul, mais n'en apercevra jamais que l'ombre; jamais on  ne verra le personnage qui donne son titre à l'opéra. Le drame se complique par la mort du fils Sorel qui fait une chute mortelle au consulat. La secrétaire du consulat incarne la lourdeur administrative et son inhumanité. Magda refuse de communiquer à son mari la nouvelle de la mort de leur fils via le réseau des résistants. John en est cependant informé et revient au risque de sa liberté et de sa vie. Magda, espérant sauver au moins son mari, se suicide par le gaz et John est arrêté.

La pièce nous interpelle particulièrement dans la situation internationale actuelle, car par le jeu du transfert entre les acteurs et le public, les spectateurs ont tendance à s'identifier à Martha et à se trouver par le fait même en situation de demandeurs d'asile, précisément dans un temps où la tendance est au repli timoré et à la défense des frontières. Le choix de cette pièce n'est pas innocent et rentre bien dans la ligne politique démocrate activement défendue par le Bayerische Staatsoper, une institution qui ces dernières années a toujours pris des positions claires contre la montée des nationalismes populistes.

La metteure en scène Christiane Lutz,(-qui vient de diriger la reprise du Lohengrin de Claus Guth à Bastille-) et le décorateur  Christian Andre Tabakoff se sont adaptés à l'exiguïté du plateau du théâtre Cuvilliés en proposant des décors ingénieux qui servent bien l'action dramatique. L'appartement des Sorel est totalement dépouillé de mobilier. On n'y voit qu'un mur avec une fenêtre assez large et un radiateur au gaz; la portée symbolique du dépouillement est patente: l'appartement vide n'est qu'un lieu de passage pour des personnes constamment sur le qui-vive, qui ont dès l'entame de l'opéra pratiquement déjà tout perdu, fors la vie, que d'ailleurs tous les occupants perdront dans la progression de l'action. La salle d'attente du consulat, située au premier étage d'un immeuble,  est le second lieu de l'action, avec ses objets symboliques du pouvoir administratif: le banc d'attente, les tickets transformant les personnes en des numéros dans une liste, l'enseigne lumineuse dont le numéro affiché permet l'accès à la secrétaire. Une double porte aux vitres translucides donne accès au secrétariat, mais la secrétaire traite la plupart des cas dans la salle d'attente et les demandeurs de visa n'ont que rarement accès au saint des saints, et jamais au Consul. Le banc d'attente est appuyé contre un muret avec une balustrade par-dessus laquelle le petit Sorel basculera pour aller se fracasser à l'étage inférieur. Lors d'un changement de décor, on se trouve au pied de l'escalier menant à la salle d'attente et au secrétariat. Le sinistre emplacement du petit cadavre qui a été enlevé est délimité par des numéros. Ainsi les décors servent-ils d'éléments narratifs, le public restituant la chute du corps de l'enfant et sa mort. Les indications scéniques de Menotti ont été modernisées: les personnages de Christiane Lutz sont équipés des outils de communication contemporains: téléphones et ordinateurs portables, et dans la salle d'attente du consulat on trouve un photomaton, qui servira à l'occasion de confessionnal.

L'Orchestre de chambre de Munich (Münchnener kammerorchester) est dirigé par le jeune chef Geoffrey Paterson qui s'est spécialisé dans l'opéra contemporain, et nous introduit à l'univers sonore de Menotti avec un enthousiasme maîtrisé par un grand souci du détail et une communication très précise avec les musiciens. Un chef au regard lumineux qui fut l'assistant de Kirill Petrenko pendant deux saisons  pour le Ring de Bayreuth. On ressent chez Paterson une autorité naturelle et charismatique qui nous fait espérer le retrouver bientôt à Munich.

La soprano italienne Selene Zanetti incarne avec un talent d'actrice consommé et une forte présence en scène le personnage central de Magda. Sa voix puissante et l'intensité de son soprano dramatique verdien conviennent parfaitement à l'interprétation de cette héroïne dont  la ferveur et la détermination se verront progressivement minées et conduiront au désespoir halluciné puis au suicide. Elle enlève la longue scène du suicide de façon magistrale tant sur le plan scénique que sur le plan vocal. La jeune Niamh O'Sullivan joue avec brio la secrétaire avec la froideur empruntée et la rigidité qu'exige le rôle, tout en laissant pointer de-ci de-là une pointe d'humanité. C'est elle qui nous tend le miroir sinistre et inquiétant  de ce que nous sommes devenus. Johannes Kammler interprète John Sorel de son beau baryton chaleureux. Signalons enfin l'excellente mère de Helena Zubanovitch. Joshua Owen Mills et Igor Tsarkov, déjà bien connus et appréciés du public munichois, viennent compléter le plateau très homogène de cet opéra politique très dérangeant, une production brillante dont on sort pas mal sonnés. 

La programmation de cet opéra vient à point nommé secouer le confort de la capitale bavaroise.

Prochaines représentations et réservations

Les 30 et 31 mars (places restantes)
Les 2, 7 et 9 avril ( places)
Cliquer ici pour réserver en ligne


Belles promenades bavaroises: les pâtures marécageuses d'Ettal (Ettaler Weidmoos)

Les touristes connaissent bien l'abbaye d'Ettal, les façades peintes d'Oberammergau et le château de Linderhof, et en visitant ce coin charmant et chargé d'histoire de la Haute Bavière, passent sans le savoir à côté d'un paradis de la biodiversité: la réserve naturelle des pâturages d'Ettal. 

Une promenade facile (50 mètres de dénivelé tout au plus) de deux ou trois heures, très recommandée au printemps en raison d'une abondante floraison et de nombreuses espèces d'oiseaux, vous fera parcourir le triangle des pâtures et des rivières entre les communes d'Ettal, de Graswang et d'Oberammergau, vous offrant de plus de très beaux points de vue sur les montagnes environnantes.

On peut commencer la promenade au moulin d'Ettal (parking payant), mais en circulant un peu, on trouve des parkings gratuits.

Reportage photographique















































L'allemand pour les (moins) nuls: l'umlaut

L'umlaut

Umlaut, de l’allemand um-, « autour, transformation » + laut, « son »

L'Umlaut, appelé aussi métaphonie ou inflexion, peut constituer une des manières de marquer le pluriel. On indique par ce mot une modification du son de la voyelle radicale en un autre plus adouci, comme dans Dörfer, pluriel de Dorf, village.  

Qu'est-ce que l'inflexion d'une voyelle? En allemand on distingue les voyelles graves -u-, -o- -a- des voyelles claires -e- et -i-. Si nous plaçons ces  cinq voyelles sur une échelle en allant de la plus grave à la plus claire, cela donne  la série -u -o -a -e -i-. Dans la langue parlée, une voyelle grave peut s'infléchir "vers le haut", c'est-à-dire devenir plus claire, quand elle est suivie d'une voyelle claire. Ainsi, un -a- suivi d'un -e- devient ae , de la même façon que -o- devient -oe- et -u- devient -ue-. Pour matérialiser ce changement de timbre, on apposait donc autrefois un -e- à la voyelle concernée. Dans certains noms propres : Goethe ou Maeterlinck, on trouve d'ailleurs toujours ce -e- postposé, on n'écrit jamais Göthe ou Mäterlinck.

Pour marquer cet adoucissement de la voyelle, on se sert dans les imprimés d'un tréma ou 2 points au-dessus de cette voyelle, et dans l'écriture de 2 guillemets.

Quand une majuscule a l'inflexion, on peut remplacer le tréma par la lettre e placée à côté de celte majuscule. D'après cela, on écrit: Ä ou Ae, Ö ou Oe, Ü ou Ue, etc. Aujourd'hui, dans les adresses email, on n'emploie pas l'umlaut, mais on place un e à côté de la voyelle. Par exemple si on trouve la ville de Munich (München) dans une adresse email, elle s'écrit muenchen et non München.

L'umlaut peut être une marque du pluriel

Cette inflexion se pratique sur les voyelles radicales a, o, u, et sur l'a de la diphthongue au. On les prononce alors è, eu, û, oï. La désinence tum est la seule qui admette cet adoucissement: Die Irrtümer, les erreurs.

Lorsqu'au pluriel les voyelles redoublées aa, oo, prennent l'inflexion, elles redeviennent simples. Ainsi das Maal, la marque devient au pluriel die Mäler, les marques; der Boot, la nacelle ; die Böte, les nacelles.

Cette inflexion s'appelle en allemand Umlaut. De là, das Umlaut nehmen, ou simplement umlauten, verbe neutre, prendre l'inflexion.  

Remarquer que l'inflexion du nominatif pluriel se continue toujours dans les autres cas du pluriel.

L'inflexion se manifeste souvent dans les dérivations de mots

L'adoucissement de l'umlaut apparaît fréquemment dans les adjectifs ou les verbes dérivés d'un substantif, dans les conjugaisons, dans les comparatifs et les superlatifs

Aufwand, aufwändig ;  Qual, quälen ; ; Band, Bändel ; Stange, Stängel ; Schwang, überschwänglich ;
ertragen, erträglich, unerträglich; 

Schlafen, er schläft. 

Lang, länger, längst.