mardi 28 février 2017

Les amies de Louis II de Bavière: Anna de Hesse-Darmstadt

Anna de Hesse-Darmstadt est née à Darmstadt en 1843 et décédée à Schwerin en 1865, unique fille parmi les quatre enfants du Prince Karl von Hessen-Darmstatdt. 

Elle épousa en juillet 1864 le Grand-Duc Frédéric-François II de Mecklembourg-Scherin, et mourut en avril 1865 de fièvre puerpérale, une semaine après avoir donné naissance à une petite fille.

Lors d'une visite de Maximilien II de Bavière et de sa famille à son parent le Grand-Duc Louis III de Hesse-Darmstatd dans sa résidence hessoise, ils retrouvèrent également le frère du Grand-Duc, le Prince Karl de Hesse-Darmstadt  et ses quatre enfants. Le Prince héritier Louis sympathisa immédiatement avec Wilhelm de Hesse-Darmstatd qui se trouvait avoir son âge, et fit aussi la connaissance de sa soeur Anna. Par la suite les deux jeunes gens entamèrent une correspondance*. Dans ses lettres Louis ne manquait jamais de demander à Wilhelm de saluer sa soeur, elle aussi amateure de la musique de Wagner. En 1863, Anna accompagna ses parents lors d'une visite à Hohenschwangau. Louis et Anna entretinrent eux aussi une correspondance amicale, dans laquelle il évoque ses joues, ses peines et ses craintes.

*Cette correspondance fut publiée en 2011 par Maria Seitz: Hätt` ich Flügel, um mich zu Dir schwingen zu können ...Dokument einer lebenslangen Freundschaft ; Briefwechsel zwischen König Ludwig II von Bayern und seinem Vetter Prinz Wilhelm von Hessen-Darmstadt ; von der Kronprinzenzeit bis zur ersten Bauplanung, Toeche-Mittler, Darmstadt. 2011. Un livre précieux pour mieux connaître le  Roi de Bavière. la correspondance couvre la période 1861-1868.



Les ronds de fumée wagnériens du Roi Louis II

Un photomontage de BR/Tanja Begovic
Crédit photographique: picture-alliance/dpa

La légende du cygne racontée au Prince héritier Louis par sa mère



Werner Bertram raconte dans Der einsame König- Erinnerungen an Ludwig II. von Bayern (1936, p.14)  que le petit Prince héritier aimait que sa mère, la  Reine Marie, lui racontât la légende de l'origine des cygnes. Jamais l'enfant ne se lassa d'entendre cette histoire.

Cette légende est liée à celle de la naissance de Vénus-Aphrodite: Lorsque Zeus créa Aphrodite à partir de l'écume de vagues, les autres vagues se plaignirent auprès du Roi des dieux qu'il les  avait ignorées. Alors Zeus étendit sa main pour recueillir un peu de l'écume des vagues offensées, et  il la transforma en cygne. Le cygne depuis vogue à la surface des eaux avec une élégance divine et lorsqu'il meurt se met à chanter d'un chant tout aussi divin.


Trump en vedette du carnaval de Düsseldorf 2017





lundi 27 février 2017

Trois affiches du carnaval de Munich dans les années 30- Münchener Fasching 1934/36/38




'Le Roi sans reine, Louis II de Bavière' de Léo Larguier, un commentaire de presse de 1935 (2)

Le commentaire de Jean-Jacques Brousson à l'occasion  de la sortie du livre de Léo Larguier dans l'hebdomadaire  Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques du  5 janvier 1935, Paris, Larousse.

      "Aucune industrie peut-être ne souffre autant de la crise que celle de la librairie. Pensez, mon cher lecteur,, aux étrennes spirituelles. Si verdoient autour de vous des jeunesses ardentes, offrez-leur Le Roi sans Reine, de Léo Larguier. Ce monarque romantique, Louis II de Bavière, était beau comme un pâtre tyrolien et comme un Apollon antique. Il n'eut point de favorites. Aucune Lola Montès, comme son père. Mais un favori : Wagner.
     Son aïeul avait la manie des décors. Dans ta plantureuse capitale bavaroise, sans s'inquiéter de l'inclémence du climat, il avait érigé des temples grecs ou romains, des pinacothèques, des musées, des bibliothèques. Ces frontons, ces colonnades paraissaient un peu ridicules et dépaysés, loin des platanes et des lauriers-roses, dans la buée des saucisses et de la choucroute.
      On se demandait pourquoi, dans cette principauté débonnaire, un décor antique, à la Piranèse. Le fils vint expliquer ces perspectives par sa prédilection pour le fantastique et la musique. Point de favorites à ce prince charmant! Mais, pour maîtresse, si l'on peut dire, un maestro à la baguette de magicien, impérieuse et saccadée, et cruelle parfois comme un fouet.
    Quand on voit le prodigieux redressement de la vie de Wagner, on est frappé de ses péripéties. qui donnent au hasard un éclat providentiel. L'homme qui va renouveler la musique et la mythologie allemandes; qui dressera contre 1'ariette italienne et la clarté française les dieux et les demi-dieux, les elfes, les ondines; qui orchestrera le goût du colossal, la discipline caporalisée et les vapeurs du marécage contre la fantaisie voltairienne et l'épicurisme chrétien, Wagner, a dépassé la cinquantaine. Ce n'est jusque-là qu'un croque-notes avorté. Ses opéras ont été sifflés. Il est accablé d'épigrammes et de dettes. Il n'a plus qu'à disparaître ; à se faire oublier, petit maitre de chapelle ; à donner des leçons ; à diriger sur le clavier, de ses mains qui enchantent l'Olympe, des doigts inexpérimentés d'enfants.
    Péripétie : la sagesse du destin fait naître un roi fou. à propos. Car il ne fallait rien moins qu'une folie' royale pour exécuter cette symphonie wagnérienne, qui a transformé l'Allemagne de Gœthe en celle de Bismarck et d'Hitter. Du jour au lendemain, le gueux qui, par certains côtés, avec ses théories, rappelle, mais en plus pédant, notre neveu de Rameau, devient le véritable roi. On bâtit des palais pour ses opéras. Le budget. sert à revêtir de cuirasses brillantes, de soieries et de brocarts, les personnages de l'apothéose germanique. En vain, le peuple murmure-t-il, écrasé d'impôts que nejustifie aucune tradition galante. Car les sujets sont souvent indulgents aux faiblesses dé leurs maîtres. Si la maîtresse est jolie, ils en tirent vanité. St elfe est fantasque, ils se chuchotent, de bouche à oreille, les lubies de la demoiselle.
    Ces querelles d'alcôves princières font parfois la paix des ménages. bourgeois. Mais, hélas! en Bavière, dans ces âges débonnaires si loin de nous depuis l'hégémonie de la Prusse, la crème du budget, les honneurs vont à un musicien fantasque, bourru, tyrannique. Il mène le roi quasi à la baguette comme il conduit, à son pupitre, le triangle, la petite flûte et les cymbales.
     Les diplomates essaient de conclure un de ces mariages qui assurent au moins la succession de la dynastie. Louis II est comme le chaste Hippolyte. Infirmité, tyrannie de la perfection ? A force de vivre dans le rêve, a-t-il conçu de l'amante une idée, tellement irréelle, si diaphane, que ce n'est plus qu'une vapeur ?
     On ne le saura jamais. Ce roi est-il fou ? Ce petit-fils de mélomane et de bâtisseur a hérité, dans des temps réalistes où la Prusse ne pense qu'à dévorer ses voisins, le don des méandres illusoires. Il se promène tout le long du jour sans voir son peuple, entouré d'une cour invisible qu'il a élue dans l'histoire. Il ne croit pas au talent, ni même à la probité, mais a la beauté. Ceux qui l'entourent, ministres ou valets, doivent être doués de visages harmonieux, de tailles prestes et lestes. Ce goût de la forme corporelle est devenu tellement tyrannique chez le roi qu'il ordonne à certains familiers de le servir masqués à table. A cette table solitaire, fleurie de cristaux et de lumières, on disposera, à droite et à gauche du couvert royal, des couverts énigmatiques. Pour qui ces assiettes peintes de Saxe, ces verres de Bohème, ces serviettes de dentelle. ces roses qui perdent entre les bouteilles, leurs pétales rouges ou pâles ?
     Pour les ombres chéries, Louis XIV ou Napoléon. Oui ! J'entends d'ici votre exclamation : « Ce Louis II est piqué ! » Sans conteste. Et sa folie nous a coûté cher, à nous autres, Français. Mais il y a Wagner ! On sait l'épilogue de ce drame. On interne celui qui pouvait faire emprisonner tous les Bavarois. On lui passe presque la camisole de force. Le maître de tant de sujets n'est pas maître de lui. C'est l'aventure de Charles VI.  Dans le parc du château, qu'on a transformé en asile d'aliénés. On lui permet une promenade au pas du geôlier médecin-aliéniste. On les retrouvera tous les deux, cadavres ensanglantés dans un lac, sous les nénuphars, dans la moire- des eaux que plisse le remous des cygnes, bibelots de Saxe sur un surtout de cristal.
      Le geôlier a la tête défoncée à coup de lorgnettes. Car ce roi chimérique était myope. Et cette infirmité, explique peut-être son exil dans le monde wagnérien. Ce n'est pas un récit historique, c'est un drame romantique. Il faudrait le lire ,avec, en sourdine, quelques airs de Parsifal, des Maîtres-Chanteurs."

Jean-Jacques Brousson

Le monogramme royal de Louis II inspiré de celui de Louis XIV

Monogramme de louis II

Un monogramme est un emblème qui réunit plusieurs lettres en un seul dessin, avec ou sans ornements supplémentaires. Comme tout emblème, il représente une personne, une entité ou un groupe. Il peut aussi servir à signer, à marquer un sceau, des meubles ou tout autre objet appartenant au propriétaire ou au titulaire du monogramme. Le monogramme de Louis II de Bavière est formé  d'un "L" miroir sous la couronne royale bavaroise, ressemblant au monogramme du roi français Louis XIV.

Monogramme de Louis XIV

Quand Louis II se mettait sous la protection de Jeanne d'Arc: un sceau en bronze doré





Ce sceau en bronze doré dont la tête a été réalisée en la tête en ivoire représente  Jeanne d'Arc en armure avec épée et bouclier, les mains jointes en prière.  Sur la surface du sceau, un "L" miroir sous la couronne royale bavaroise, ressemblant au monogramme du roi français Louis XIV. La hauteur totale du sceau est de 11.8 cm. C'est le type d'objet qui est parfois proposé à la vente dans les salles de vente. Le sceau fut vendu en avril 2016.

Le roi Ludwig II adorait Jeanne d'Arc et la considérait comme une âme sœur. Il a admiré sa campagne héroïque ainsi que sa volonté indomptable et a été attiré par ses pensées visionnaires. 

Il mentionne la sainte dans ses journaux secrets le 27 février 1866. C'est l'époque où il faisait des serments religieux après son accession au trône "Jungfrau von Orléans! Sainte courroucée , ta main est lourde!").

Lors de son séjour en France du 20 au 29 Juillet 1867, il visita l'Exposition universelle à Paris , ainsi que les châteaux de Compiègne et de Pierrefonds. Le 24 juillet, c'est l'Empereur en sa qualité de maître des lieux qui fit visiter les deux châteaux à plusieurs souverains. La presse française s' était fait fort brièvement l'écho de cette visite. Ainsi Le Figaro rapporta  que leurs Majestés avaient passé la journée à Compiègne et au château de Pierrefonds où elles avaient dîné. Le Petit journal relate la même chose et précisa que les souverains étaient rentrés à neuf heures du soir. Plus tard Henri de Pourtalès signala dans sa biographie du Roi Louis II de Bavière que les souverains avaient déjeuné à Compiègne où Louis II s'était dit  "tout enveloppé de l' esprit de Jeanne d'Arc". A l'Exposition, il avait de plus vu un tableau représentant Jeanne d'Arc qu'il voulut faire reproduire.

De plus Louis visite Reims en août 1874. Il veut célébrer son 30e anniversaire le 25 août en y rendant hommage à Jeanne d'Arc, se rappelant que le sacre de Charles VII avait eu lieu à la cathédrale en 1429, un sacre qui  avait revêtu une importance toute particulière, en cela qu'il avait inversé le cours de la guerre de Cent Ans grâce à la ténacité de la pucelle d'Orléans.

dimanche 26 février 2017

Le Roi sans reine, Louis II de Bavière de Leo Larguier, un commentaire de presse de 1935

Dans le quotidien parisien Le Matin du 30 décembre 1934 (p.4),  Germaine BEAUMONT, consacre un article au roman de Leo Larguier intitulé Le roi sans reine: Louis II de Bavière, paru la même année. Le dessin, peu ressemblant à son modèle, est de Dignimont, qui avait également dessiné la couverture et le frontispice du livre de Larguier, paru chez  Arthaud éditeur, à Grenoble en 1934 (In-8° broché, 118 pages).




LOUIS II, LE ROI SANS REINE

     De toutes les figures de l'histoire, qui, réelles, sont néanmoins fabuleuses, et qui vécurent leur légende en même temps que se déroulait leur histoire, en est-il beaucoup qui présentent un caractère plus mystérieux et plus fantastique que Louis II, roi de Bavière ? En est-il qui, poétiques, connurent la bonne fortune de trouver pour historien un aussi authentique poète que Léo Larguier ?
     Ce n'était cependant pas une tâche facile, même pour un poète si magicien qu'il soit, de pénétrer au plus profond d'une âme qui jusqu'à l'a fin déroba un secret, et que de livrer au jour les replis d'une destinée dont la vie quotidienne et la fin tragique furent autant de mystères.
     Rien ou presque ne destinait Louis II à se montrer un personnage de féerie, un souverain digne de Shakespeare. Rien, sauf le sang inquiet et chargé des Wittelsbach, cette lignée secouée par moments de remous et d'éclairs. Pourtant le père de Louis II était un bon et, probe monarque bavarois qu'une révolution de palais avait amené précocement à remplacer Louis I son père, par trop épris d'art chorégraphique en la personne de Lola Montes, et par trop insoucieux des deniers publics qu'il gaspillait en monuments, en palais, en théâtres. Un dangereux grand-père en somme, et qui, par-dessus la tête bonasse de Maximilien II, léguait à son petit-fils le goût passionné de la poésie et de la musique, une tendance à préférer l'anormal au normal, un penchant vertigineux pour le luxe, le faste (et pas toujours d'une manière exigeante ni épurée) une excentricité enfin telle qu'on n'en trouve que chez certains Anglais, aristocrates et neurasthéniques.
     Il se trouvera peut-être, un jour, quelqu'un pour écrire, à la mode d'autrefois, un parallèle entre le duc de Portland et Louis II. Louis II en tout cas suffit à faire éclater les bornes conventionnelles d'une biographie royale. D'abord il était d'une beauté exquise, parfaite, légendaire, avait ces sombres cheveux frappés de cuivre qui furent une des gloires de son étrange cousine, Elisabeth d'Autriche, d'admirables yeux de myope, pales, étincelants, lointains, une taille élevée, la plus chevaleresque allure. Il réussissait, comble de la grâce physique, et privilège conféré à peu d'hommes, à ne pas succomber sous le ridicule des vêtements romantiques dont il s'affublait. Enroulé dans une cape byronnienne, et portant en sautoir, comme un membre du. Jockey, une petite lorgnette, mais d'opéra, et incrustée de diamants, car sa myopie lui brouillait le détail des choses, et cela explique beaucoup de ses erreurs et beaucoup de ses phobies, il était, la fois, Hamlet et La Palférine. Il fut surtout, pour ses Bavarois, d'abord un sujet d'émerveillement,  à cause de sa jeunesse et de sa beauté puis un sujet d'inquiétude quand il se mit à considérer ouvertement la laideur physique comme une tare, et la musique comme un art sacré, puis un sujet de malaise quand il fit de Wagner le premier sujet de son royaume et le grand favori de sa cour, puis un sujet de méfiance quand, fou d'harmonie, de poésie. il préféra Vivre parmi les roses, dans une île, plutôt, que de présider des séances de conseil d'Etat et des banquets puis un sujet de mépris, quand son amour de la solitude le porta à certaines démences d'allures et d'habitude.; puis un sujet d'aversion quand il parut nécessaire, à tous, de prier le prince Luitpold, son cousin, de prendre la régence.
     Louis II en tant que souverain fut déplorable. Il décourageait ses ministres, refusa de fonder une dynastie en épousant sa cousine Sophie, réussit à deux reprisses à ne pas prendre la tête de ses troupes quand ses devoirs d'homme et de chef l'y contraignaient. Eût-il refusé son alliance à Frédéric de Prusse - il l'accorda par paresse, parce qu'une molle promesse antérieure l'y incitait - Sedan eût été peut-être évité. Ce prince allemand qui incarnait l'Allemagne romantique des burgs et des lorelei, la charmante et sensible Allemagne des morcelés, fit par son adhésion à la Prusse, le pas le plus grave vers l'unité allemande et porta inconsciemment la-ruine dans tout ce qu'il aimait. Il fut l'instrument de sa propre ruine et comme la plupart des hommes, son bourreau. 
     Que pouvait-il devenir après Sedan ce prince d'une autre ère? Des exigences populaires l'avaient contraint à exiler Wagner. Il n'eut désormais comme compagnon que son propre délire. Seul dans ses palais, dans ses parcs, dans ses îles; seul dans son théâtre, dans la salle où on lui servait ses repas et où pourtant il exigeait qu'un autre couvert fût dressé, car il invitait toujours un fantôme à sa table, il vécut de plus en plus mystérieusement. Cette vie, cette solitude durèrent de 1871 à 1886. 
      En 1886. il avait alors 41 ans, ses ministres décidèrent qu'il était fou et qu'il fallait l'interner, et. confièrent cette tâche révoltante car nul aliéniste n'avait été commis pour l'examiner à un certain docteur von Gudden, qui réussit, au delà de ce qu'il espérait, car Louis II, dont on craignait la résistance, n'en opposa aucune. Le roi fut donc ramené dans son palais de Starnberg et tenu sous bonne garde. Mais le jour de la Pentecôte, longeant avec son geôlier les bords du lac, il se jeta dans les flots et tua à coups de lorgnette le médecin qui avait voulu le ramener au rivage. On parla de suicide, on parla aussi d'une tentative d'évasion. Mais, qui peut en être certain ? Et qui eût tenté de faire évader le roi, sinon le seul être qu'il aima probablement d'un mystique amour: sa cousine Elisabeth, impératrice d'Autriche, cette autre Wittelsbach dont on disait aussi qu'elle était folle. Parce que Louis II ne voulut jamais se marier et n'eut jamais de liaison notoire, Léo Larguier nomme, à juste titre, son beau livre le Roi sans reine. Faut-il conclure à une anomalie grave, ne faut-il pas plutôt admettre que certains êtres sont si exigeants en matière de poésie et d'amour, que faute de trouver le bonheur dans une union parfaite, c'est dans la solitude qu'ils le cherchent orgueilleusement?

Germaine Beaumont.

Français célèbres à Munich: la Bavière en août 1872 dans le Journal des Goncourt

Edmond de Goncourt par Nadar

Dans le cinquième tome du Journal des Goncourt, Edmond de Goncourt évoque un séjour qu'il fit en Bavière avec le comte de Béhaine du 5 août 1872 (premier jour à Munich) au 9 septembre 1872 (départ de Munich). Nous retranscrivons ce passage ci-dessous. Le passage concernant le Roi Louis II de Bavière a été écrit le samedi 10 août.


Samedi 3 août. 
— Je pars de Paris pour la Bavière, où je vais passer un mois, avec mon parent et ami, le comte de Behaine, dans le Tyrol bavarois. 

Dimanche 4 août. 
— La frontière allemande commençant à Avricourt, avec des douaniers qui prennent des airs vainqueurs, pour ouvrir vos malles : c'est cruel ! 

Lundi 5 août. 
— Je vaguais dans les rues de Munich, avec de Béhaine. Il aperçoit son médecin, donnant le bras à un monsieur, qu'il ne reconnaît pas de loin. C'est Von der Thann, le brûleur de Bazeilles. Il faut se saluer, se dire quelques paroles. Il est impossible de rendre la grognonnerie, en même temps que la gêne du général bavarois. On dirait vraiment à les voir, ces allemands, que  c'est nous qui les avons battus, tant les vainqueurs semblent avoir gardé, comme la rancune d'une défaite. 

von der Tann, photographié par Hanfstaengl
(photo Stadtmuseum München)

Mardi 6 août. 
— J'entre à l'Église de Schliersée, pendant la messe. C'est le décor riant du rococo jésuite, dans une profusion d'encens, dans une musique d'orgue, mêlée de sonneries et de trompettes, et de roulements de tambour. Au milieu des tambours, des parfums, de l'allegro des voix et des instruments, de pieuses nuques de femmes aux cheveux jaunes, torsadés sous la calotte de drap qui les coiffe, des profils d'hommes roux, aux traits barbares et mystiques, aux poils frisés des saint Jean-Baptiste de la vieille peinture, me donnent chez ces populations vivant de miel et de lait, à la façon des anciens apôtres, le spectacle du vieux catholicisme, célébré par une jeune humanité. 

Mercredi 7 août. 
— La femme, ici, semble de la femme fabriquée à la pacotille, une créature au visage embryonnaire, à peine équarrie dans une chair bise, une ébauche de nature, à laquelle le créateur n'a pas donné le coup de pouce de la gentillezza féminine. On ne sait si l'on a affaire à des femmes, à  des hommes, en présence de ces androgynes, qui, par économie, portent des vêtements masculins et ne trahissent leur sexe, que par la largeur d'un fessier anormal dans une culotte. A rencontrer, dans les chemins verts, ces mineuses, ces débardeurs marmiteux, à la figure charbonnée, au chapeau paré de plumes de coq, on a l'impression d'être tombé, en plein mardi gras, dans un carnaval loqueteux, dans une descente de la Courtille, barbouillée de boue et de suie. Puis encore une chose bien laide en ce pays. La jeune maternité n'existe pas, les mères ont l'aspect d'aïeule : la femme ne se mariant ici qu'à trente- cinq ou quarante ans, à l'âge où elle a réalisé sa provision de toile pour l'avenir de sa vie: tant de chemises, tant de draps, tant de rouleaux de toile. 

Samedi 10 août. 
— Joli royaume pour un conteur fantastique, que ce royaume, qui a pour roi, ce toqué solitaire et taciturne, vivant dans un monde imaginaire, créé autour de lui à grand renfort de millions. C'est lui, qui s'est fait machiner, pour sa chambre à coucher, un clair de lune d'opéra, supérieur à tous les clairs de lune, de main d'homme, — un clair de lune qui a coûté 750 000 francs. C'est lui qui s'est fait construire, sur le toit de la Vieille Résidence, un lac, où il vogue dans une barque, en forme de cygne, le long d'une chaîne de l'Himalaya, coloriée par un peintre allemand. Pauvre prince, mélancolique personne royale, dont la douce folie fuit son temps et son pays, pour se réfugier dans du passé, dans du moyen âge, dans de l'exotique. Pauvre prince, amoureux aussi des grands siècles français de Louis XIV et de Louis XV, forcé de travailler à la ruine de la France, sous le commandement de M. de Bismarck, qu'il déteste. Pauvre souverain, réduit à dire au chargé d'affaires de la France : "Je fais des vœu.x pour la restauration de la grandeur de la France, et je suis heureux de vous dire cela, sans que cela tombe dans des oreilles prussiennes."

Lundi 12 août.
 — Le second fils de Behaine est un enfant, tout de caresse. Sa main, quand il prend la vôtre, monte amoureusement le long de votre poignet. Son corps se soude au vôtre, quand il marche à côté de vous. Il y a dans ses attouchements et ses frottements à votre personne, quelque chose de l'en- lacement d'une plante grimpante. Sa petite chair rose, quand on la flatte de la main, on la sent heureuse. Ce soir, au moment où, après le coucher des enfants, je causais avec la mère dans le salon, il a tout à coup jailli, au milieu de nous deux, dans sa chemise de nuit, disant à sa mère, avec une intonation d'un câlin inexprimable : « Viens un peu nous caresser dans notre lit, pour que nous nous endormions ! » 

Mardi 13 août. 
— Je déjeune, à Munich avec de Ring, premier secrétaire d'ambassade à Vienne. C'est lui, qui a été le cornac diplomatique de Jules Favre, à Ferrières. Il nous entretient de la naïveté de l'avocat, de la conviction qu'il avait de subjuguer Bismarck, avec le discours qu'il préparait sur le chemin. Il se vantait, l'innocent du Palais, de faire du Prussien, un adepte de la fraternité des peuples, en lui faisant luire, en récompense de sa modération, la popularité qu'il s'acquerrait près des générations futures, réunies dans un embrassement universel. L'ironie du chancelier allemand souffla vite sur cette enfantine illusion. 

Jeudi 15 août. 
— Dans une petite église d'ici, il y a un squelette, enfermé dans une gaze constellée de paillettes, fleurie de feuillages d'or à la façon d'un maillot de clown, un squelette qui a, dans le creux de ses orbites et le vide de ses yeux, deux topazes, un squelette, qui montre un ratelier de pierres précieuses : c'est le corps de « saint Alexandre », présenté à l'adoration des fidèles. Cette bijouterie de la relique ne vous semble-t-elle pas la plus abominable profanation de la mort. Aujourd'hui, Edouard (de Behaine) m'entretient de ses conversations avec Bismarck, et me peint le causeur : un causeur à la parole lente, au débrouillage difficultueux , cherchant longuement le mot propre, n'acceptant pas celui qu'on jette à son germanisme dans l'embarras, mais finissant toujours par arriver à trouver l'expression juste, l'expression piquante, l'expression excellemment ironique, l'expression caractéristique de la situation. 

Samedi 7 août. 
— Les enfants s'étaient éparpillés dans les ravines des torrents, à la recherche d'insectes et de fleurettes. Je suis resté seul, sur le haut sommet, jouissant de ma solitude, dans ce lieu foudroyé, qui semble l'endroit affectionné de l'orage, toutes les fois que l'orage éclate dans ces montagnes. Le sol sur lequel je marchais, était de la pourriture d'écorce et de branches, où se dressaient, comme des mâts démâtés, tous les arbres brisés. Quelques-uns, arrachés de terre, montraient, retournées en l'air, leurs racines et leur chevelu emmêlé de glaise sèche. Sur ces décombres de nature, fuyant à tire d'ailes, de temps en temps, un oiseau jetait un petit cri effrayé : c'était tout le bruit et toute la vie de cet endroit. J'y ai vécu une heure, enlevé aux choses et aux idées de la terre, dans une griserie de grandiose, d'altitude, de sublime, d'oxygène. 

Dimanche 19 août. 
— Ma parole, toutes les cervelles sont détraquées, et personne n'est plus logique en France. J'entendais dire à l'abbé, précepteur des enfants de Behaine, qui est un très honnête catholique, et accomplissant rigoureusement ses devoirs religieux, je lui entendais dire, que tout serait sauvé avec un pape révolutionnaire. 

Samedi 25 août. 
— Hier soir, de Behaine nous a surpris, en disant : Tiens, il est minuit! Jamais le petit salon du chalet n'avait vu pareille veille. La conversation était tombée sur le roman. Mme de Behaine soutenait que les aventures extra-dramatiques des femmes du monde, peintes par Octave Feuillet, ne l'intéressaient pas, qu'elle lirait, avec bien plus d'intérêt, des études peignant d'après nature les femmes des ménages européens, qu'elle avait côtoyés dans sa carrière diplomatique. Oui, lui dis-je, je comprends votre goût, et les romans que mon frère et moi avons faits, et ceux surtout, que nous voulions dorénavant écrire, étaient les romans que vous rêvez. Mais pour faire ces romans tout unis, ces romans de science humaine, sans plus de gros drame, qu'il n'y en a dans la vie, il ne faut pas en pondre un , tous les ans... Savez-vous qu'il faut des années, des années de vie commune avec les gens qu'on veut peindre, pour que rien ne soit imaginé, qui ne corresponde à leur originalité propre... Oui, des romans comme cela, un romancier ne peut en fabriquer qu'une douzaine, dans sa longue vie, tandis qu'un de ces romans, qu'on fait avec le récit d'une aventure, amplifiée augmentée, chargée, dramatisée, on peut l'écrire en trois mois, ainsi que le fait Feuillet et beaucoup d'autres. 

Tod auf dem Löwen (La mort sur le lion)


Mardi 27 août. 
— Un squelette de grandeur naturelle qui chevauche un lion, et frappe les heures sur sa tête, avec l'os d'un fémur : c'est une vieille horloge qui arrête et retient votre regard, au milieu de l'immense bric-à-brac du MUSÉE NATIONAL de Munich. L'élégante retraite en arrière de ce torse verdâtre, — et comme enduit de décomposition, — en la naissance presque visible, dans son immobilité, du mouvement qui va sonner l'heure; la tension rigide de celte jambe droite précédant de son pied aux petits osselets décharnés, la marche trop lente du coursier; l'inclinaison de la tête, semblant un salut ironique de cette tête de mort; le naturel, la science de cette équitation macabre; enfin le précieux, le fini, le réa- lisme même de ce cavalier-cadavre, contrastant avec la grossièreté barbare, l'érupement [érupé dans le langage propre aux Goncourt veut dire grincheux, irascible, ndlr]  naïf, le fantastique de ce lion, sculpté d'après un bouquin héraldique, offrent un des échantillons les plus frappants, les plus caractéristiques, les plus réussis de cet art amoureux du néant, de cet art galantin de la mort, qui fut l'art du moyen âge. 

Samedi, 31 août. 
— Aujourd'hui Billing vient déjeuner avec nous, à Schliersée. Il assure que Von der Thann a déclaré devant Vigoni, secrétaire de l'ambassade italienne, que jamais l'Allemagne ne rendrait Belfort à la France. A propos des tendances actuelles de l'Allemagne, il cite un curieux symptôme: la représentation, coup sur coup, de trois pièces de théâtre, montrant la progression du mouvement philosophique, qui dans la première pièce, seulement anti-catholique, devient dans la troisième, complètement anti-religieux, — et met en scène et ridiculise un prêtre catholique, un ministre protestant, un rabbin. L'année dernière, le professeur Deulinger [sans doute Ignaz von Döllinger, ndlr] lui disait, à peu près en ces termes : « Les religions, ça peut être utile à vous autres latins, pour nous, c'est inutile, car ça n'apporte rien à la raison des Allemands. » 

Ignaz von Döllinger par Franz von Lenbach (1872)

Lundi 2 septembre. — Dîner à Munich, chez le comte PfefTel [orthographe incertaine, ndlr]. Un dîner munichois fait dans le milieu catholique et anti-prussien. Le comte PfefTel, un petit vieillard, ratatiné, séché, nerveux, bilieux, ironique, ayant quelque chose du physique d'un diable malingre; le nonce du pape, Tagliani, un homme trapu, pileux, noir, charbonné, ayant quelque chose du physique d'un diable trop bien portant; de Vaublanc, ancien chambellan et ancien ami du roi Louis, un vieil émigré français, qui ne s'est jamais abaissé à parler allemand, très aimable, très sourd, très dix-huitième siècle ; un jeune officier dans l'armée bavaroise, fils du comte Poggi. Une conversation galante, intelligente, spirituelle, avec du suranné, du vieillot dans les idées, et des tours de phrases, vous faisant penser parfois, que vous dînez dans un rêve, avec des morts d'avant 89. En fumant, l'officier bavarois, qui a fait la campagne de France, me parle de notre printemps, comme d'une merveille extraordinaire, d'un temps de dé- lices, qu'il avait cru une invention de nos poètes. Il me dit que chez eux, comme en Russie, on passe de l'hiver à l'été, sans transition; il ajoute que cette privation de printemps a une grande influence sur le moral allemand, et que l'absence de cette jouissance indicible dans la vie allemande, doit beaucoup contribuer à la mélancolie locale. Je retrouve, au salon, de vieilles anglaises du corps diplomatique, de mûres et fades créatures, à exclamations, à monosyllabes inintelligents, à travers le lappement d'une tasse de thé et la déglutition d'une sandwich. Je plains le représentant de la France d'être réduit à ce rien, qui est maintenant le parti de la France. 

Mardi 3 septembre. 
— En entrant au Musée national, on voit de l'escalier, par la porte ouverte d'une petite salle à gauche, une tête de diable, au milieu d'objets inconnus et inexplicables. [il s'agissait de la salle 93, au sous-sol du musée, ndlr]. Je suis entré là dedans, et, regardant bien, je me suis senti froid dans le dos, devant toutes ces inventions de souffrance, devant tous ces instruments de torture, avec lesquels l'homme, pendant des siècles, férocisa la mort. Et mes yeux cherchaient, malgré moi, dans cette féronnerie cruelle, la rouille qui fut autrefois du sang. Cette salle, cette chambre, est le musée le plus complet de glaives, de chevalets, de fauteuils capitonnés de pointes, de brodequins à vis, de poires d'angoisse, de toutes les imaginations d'une mécanique meurtrière, pour faire, savamment et diversement, souffrir la chair humaine. Tout ce fer et tout cet acier du bourreau, est entremêlé de moins cruelles curiosités de la vieille justice. Il y a des chapeaux et des queues de grosse paille, qu'on faisait porter aux ribaudes; des manteaux de punition, des sortes de tonneaux, sur le bois desquels était peint, d'une manière galante, par des Watteau de village, le crime qui y faisait enfermer le séducteur; des cages pour immerger, pendant un temps fixé réglementairement, les boulangers, qui vendaient à faux poids ; des bonnets d'âne aux oreilles de fer, etc. — enfin, tout un magasin d'accessoires diaboliques, pour terrifier le prévenu, lorsque sa chair avait résisté à la torture. 

Lundi 9 septembre. — 
Départ ce soir de Munich pour la France.





Ludwig und Wagner, Freunde

Une oeuvre du sculpteur Alexius Ehrl (Nuremberg 1871-1913)

samedi 25 février 2017

Arthur Savaète: Le cygne des Wittelsbach


Arthur Savaète, publiciste, romancier, dramaturge et éditeur à Paris, né en 1858, a consacré une de ses Soirées franco-russes à la mort du Roi Louis II de Bavière et à la politique de Bismarck. Ce récit a également été  édité sous le titre Le cygne des Wittelsbach. Les trois Soirées franco-russes ont été d'abord publiées par la Revue du monde catholique et sont ensuite parues en librairie, soit séparément, soit en un volume qui réunit les trois soirées (voir la photo ci-contre). L'ouvrage se trouve parfois en bibliothèque ou en antiquariat. On peut aussi le lire en ligne via le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France, qui reproduit les deux numéros de la Revue du monde catholique qui le contient, le premier datant du 1er avril 1899.
En voici les premières pages:

SOIREES FRANCO-RUSSESS
PREMIERE SOIREE
LE CYGNE DES WITTELSBACH [Louis II de Bavière, ndlf]

     C'était vers le soir d'une belle journée d'été (1) . Le soleil s'inclinait sur l'horizon, et le château-fort qui, de la rive gauche du Mein, domine la ville de Wurtzbourg étendait déjà sur les toits entassés l'ombre allongée de ses vieilles tours. En ce moment, je gagnais le quai du fleuve en compagnie du comte H..., colonel en retraite de la garde du Tsar, que des raisons de santé avaient amené en Franconie ; et du capitaine K..., homme énergique s'il en est, qui, confiant en son mérite reconnu, marchait d'un pas ferme vers un bel avenir. Dès les premiers jours de mon arrivée à Wurtzbourg, le baron de Ruffin, vice-président de la province, ménagea le hasard heureux qui nous mit en rapport; et, depuis lors, des relations aimables, bientôt cordiales, quelques services reçus et rendus avaient fait naître entre nous une estime sincère à laquelle succéda une franche amitié.
     Nous étions loin cependant d'avoir les mêmes idées et, à vrai dire, entre nous peu d'opinions étaient communes. Le capitaine, protestant d'une nuance insaisissable, au fond ne l'aurait-on trouvé peut-être qu'indifférent, pratiquait vis-à-vis des cultes divers la même ignorance, sinon un égal dédain. Il soutenait le libéralisme politique et religieux, admirait sans réserve la petite Excellence von Lutz, dont il ne mettait en doute ni le patriotisme circonspect, ni l'intégrité cependant suspecte. C'est à peine s'il consentait à blâmer en lui des moeurs faciles et une fourberie incontestable. Pour le prince de Bismarck, le capitaine éprouvait une admiration idolâtre. Le comte était un Slave dans toute la force du mot, confondant l'Allemand et le Juif dans un même sentiment d'aversion qu'il disait patriotique, en tout cas, chez lui, insurmontable. Il appréciait des individus allemands, même juifs, par charité, par entraînement de circonstance; mais quant aux collectivités, aux nations, il en haïssait quelques-unes pour des raisons supérieures, impondérables, disait-il; raisons qu'il subissait sans les discuter, instinctivement. Un jour et soudain avait retenti l'annonce stupéfiante du drame de Berg. Le roi Louis II s'était jeté à l'eau! Le roi était mort! (2)
     Le comte ne fit qu'un bond jusqu'à Munich. Le lendemain il m'écrivait : « Le roi est mort, cherchez les assassins ! » et quelques jours après je recevais de lui cette note mélancolique : « Après l'avoir tué, ils l'outragent ! Il fallait le prévoir : c'était dans l'ordre des choses nécessaires, une sorte de raison d'Etat ! Hélas ! j'ai vu le roi, au milieu de la nuit, sur sa couche funèbre, ruisselant de lumière et chargé d'avanies ! Quel homme ! Sa vue vous empoigne. Tout est grand en lui, et tout, malgré des faits accablants et des preuves que mon esprit récuse, tend à démontrer qu'il n'était pas ce qu'on veut bien dire. Un fou n'a point ce cachet de grandeur, ni un suicidé ce calme majestueux dans le trépas! Ainsi son corps de géant supporte encore avec grâce une tête magnifique, et la mort n'a su effacer de ce front serein, de ces traits admirables, les traces du génie. L'ombre persiste à mes yeux : le crime pèse sur ce cadavre !»
    Le comte, à son retour, avait promis de me dire ce qu'il pensait de la mort de Louis II; et, pour tenir sa parole, il nous avait emmenés, le capitaine et moi, au château de Veitshoecheim, village voisin.
Douze ans se sont écoulés. Le capitaine est devenu colonel de hussards, et le comte, un vieillard vénérable. Je persisterai, sur son désir formel, d'appeler le colonel, capitaine, pour continuer une habitude chère. Des circonstances fortuites nous ayant donc réunis dernièrement en la même ville, nous nous rendîmes sur les mêmes lieux pour l'unique plaisir de rajeunir des souvenirs déjà lointains. Nous descendîmes au bord du Mein.
     Là, à nos pieds et près du bord, une barque se balance sur le flot. Nous y prenons place. Le batelier lève l'amarre, saisit la lourde perche qu'il plonge au fond des eaux et lentement il nous emmène au milieu du fleuve. Ne se servant plus que des rames, il guide la barque qu'il laisse emporter par le courant paisible.
   Nous voguions ainsi mollement bercés dans le frêle esquif, d'autres barques nous précédaient et nous suivaient; on entendait des ris folâtres, des chants, de la musique, qui égayaient le paysage ; sur les berges une foule animait le tableau. Une chaleur tiède, pleine des parfums suaves du soir, flattait tous mes sens et mon esprit, diversement touché, était répandu dans un vague inexprimable. J'éprouvais alors de ces émotions intimes et profondes, sources de douces jouissances, sources d'angoisses secrètes selon la nature de la rêverie qui les produit. Un sentiment étrange remplissait mon coeur lorsque le comte prit la parole [...]

La suite peut se découvrir sur Gallica. Pour la suite de la première partie, cliquer ici. Pour la suite de la seconde partie, cliquer ici.

(1) Le 1er septemhre 1886, je fis paraître dans la Revue du Monde catholique la substance de cette étude. Je formais alors le projet de donner une série d'entretiens que mes amis croyaient devoir être intéressants. M. Eugène Loudun, à cette époque directeur littéraire de la Revue, soit que ses opinions politiques fussent opposées aux miennes, soit qu'il trouvât les personnalités dont mon étude était émaillée compromettantes, ne consentit pas à laisser passer mon travail «.Autour d'un Drame » dans son intégralité. Il fallut remanier, retoucher, attendre, s'impatienter; finalement M. Loudun s'en alla en villégiature, s'abstenant de donner le bon à tirer du numéro qui devait produire un article qui n'avait pas l'heur de lui plaire. C'est ce qui me fit renoncer à un projet que je reprends aujourd'hui avec plus de liberté. 

(2) Pendant toute la journée du dimanche 13 juin, le roi Louis avait paru fort tranquille et s'était promené dans le parc du château de Berg avec le docteur de Gudden. A six heures, il dîna avec son médecin. Le repas ne dura qu'une demi-heure. A six heures trois quarts, le roi et le docteur se rendirent de nouveau dans le parc. Après avoir fait quelques tours, le roi demanda à M. de Gudden de renvoyer les gardiens qui les suivaient; celui-ci eut l'imprudence d'y consentir. Que se passa-t-il alors? On ne le saura jamais exactement. Vers huit heures, le personnel du château, ne voyant revenir ni le roi ni M. de Guddcn, se mit à leur recherche. A la clarté des torches, on fouilla le parc. Enfin on découvrit sur la rive du lac le chapeau et le pardessus du roi. Sur la berge, on releva les traces d'une lutte; le sol était piétiné. On fouilla aussitôt le lac et on en retira deux cadavres : celui de M. de Gudden d'abord, puis celui du roi. Le visage du médecin était labouré d'égratignures ; il y avait donc eu lutte, et comme il était d'une force exceptionnelle, la lutte a dû être terrible. Il paraît que le professeur Grashey, gendre de M. de Gudden, avait mis, quelques heures avant la catastrophe, son beau-père en garde contre la feinte amabilité du roi. « Prends garde, lui aurait-il dit, ton malade te savonnera (wird dich einseifen). » M. de Gudden répondit en riant : « C'est possible ; mais je ne me laisserai pas faire la barbe. »

Le Weißwurst fête son 160e anniversaire. Quand et comment déguster du Weißwurst?




Le Weißwurst, un boudin blanc bavarois qui doit se déguster le matin, une délicatesse essentielle de la cuisine bavaroise, fête le 160e anniversaire de son existence. Le Münchner Weißwurst, la saucisse blanche munichoise, aurait été été créé le 22 février 1857, dans l’auberge Zum Ewigen Licht, située sur la Marienplatz, par Joseph Moser (dit Sepp Moser), un cuisinier de Munich. A noter que l'entrée de cette brasserie était interdite aux dames! (Voir l'affichette pendue au mur de la brasserie sur la photo ci-dessous).

Confronté à une situation difficile, la pénurie de boyaux de mouton qu’il utilisait pour ses saucisses de veau à griller et à l'impatience de sa clientèle, Sepp moser décida de fourrer de la chair hachée de veau dans des boyaux de porcs. Puis au lieu de passer sur le grill, il mit le tout à cuire dans de l’eau chaude afin d'éviter tout éclatement. Ses clients plébiscitèrent ce nouveau mets. Sa recette s'imposa et fut reprise dans toutes les auberges et tavernes bavaroises. Le Weißwurst c'est donc du veau dans du boyau de porc.
Il y a Weißwurst et Weißwurst. Tout dépend du boucher! Il est traditionnellement composée de viande de veau et de dos de porc (le lard), auxquels sont ajoutés des écorces de citron, du persil et des oignons émincés. Ce hachis est relevé de macis, de gingembre et de cardamone, avant d'être entonné dans du boyau de porc. Cela, c'est le Weißwurst de base. Mais on peut aussi intégrer à cette base des pieds de veau, de la couenne ou d'autres épices comme les clous de girofle, la noix de muscade et du poivre moulu...

Zum ewigen Licht (A la lumière éternelle), photo Stadtarchiv München.
Damen haben keinen Zutritt!

A l'occasion du 160e anniversaire, WIR in Bayern nous rappelle les 8 règles de sa consommation:


1. Déguster le Weißwurst AVANT midi!
2. Toujours en nombre IMPAIR!
3. Avec un Bretzel.
4. Avec une bière blanche ou une bière claire (Weizen ou Helles)
5. JAMAIS DE KETCHUP (crime de lèse-Weißwurst!!!!)
6. Il faut zuzeln, c'est-à-dire retirer la chair du boudin au moyen des dents. (Voir la vidéo)
7. Le Weißwurst se déguste avec une moutarde sucrée.
8. La consommation avec  couteau et fourchette est tolérée, en coupe horizontale ou verticale, mais ...
à votre avis????

Sources: Wir in Bayern, Stadtarchiv München et Wikipedia.


Une promenade équestre de Louis II de Bavière et de Sophie-Charlotte en Bavière

Source: Münchner Stadtmuseum
Détail

Iconographie wagnérienne: le buste miraculé de l'Opéra de Leipzig

Photo des bombardements de 1943. Archives de l'Opéra de Leipzig.
in  Leonhardt Czernetzki et Doris Fischer,
150 Jahre Operette in Leipzig, p.52

Le foyer du Neues Theater lors de l'inauguration du théâtre en 1868
in Gartenlaube, 1872

Le Neues Theater vers 1900

En 1943, le Neues Theater de Leipzig fut entièrement détruit par un incendie provoqué par les bombardements du 4 décembre. Le buste de Richard Wagner, dû au sculpteur Melchior Anton zur Strassen, qui se trouvait dans le large couloir circulaire servant de foyer du théâtre, ne subit cependant aucun dommage.


Melchior Anton zur Strassen (en fait Zurstrassen) fut un sculpteur allemand né le 28 décembre 1832 à Münster et décédé le 27 février 1896 à Leipzig. Son buste de Wagner destiné au Neues Theater de Leipzig fut inauguré le 17 avril 1881. Il représente le compositeur à l'âge de 1861. Sur le socle, on trouvait une inscription versifiée en allemand, qui peut se traduire par Au penseur, au poète à la volonté puissante, par la parole et par les oeuvres, rénovateur et maître de l'art musical.

Aujourd'hui, le buste est exposé à l'entrée du foyer du parterre de l'opéra. Outre ses qualités artistiques, son aura miraculeuse vaut bien qu'on aille lui rendre hommage lorsque l'on se rend à l'opéra de Leipzig.

in Grand-Carteret, Richard Wagner en caricatures, p. 319

A noter que Melchior Anton zur Strassen avait fait des propositions pour la restauration de la Vénus de Milo, qui n'ont visiblement pas été mises en application.


vendredi 24 février 2017

Opérette carnavalesque: Die Faschingsfee de Kálmán par le Theater-am-Gärtnerplatz

Camille Schnoor, la fée-princesse, et Daniel Prohaska, le peintre Viktor Ronai
Les photos sont de Marie-Laure Brianne

C'est le 21 septembre 1917 que la Fée du carnaval, -une opérette en trois actes d'Emmerich Kálmán sur un livret d'Alfred Maria Willner et de Rudolf Österreicher-, fut jouée pour la première fois au Théâtre Johann Strauss de Vienne. Aujourd'hui Josef E. Köpplinger, le directeur général du Theater-am-Gärtnerplatz remet en scène cette belle opérette, opportunément en temps de carnaval, pour célébrer son centenaire. 

Kálmán écrivit son opérette au plus fort de la guerre 14-18. On est alors en temps de disette, la faim tiraille les estomacs qui doivent se contenter, du moins d'après la nouvelle version munichoise,  de soupes aux carottes ou de ragoût d'écureuil. 

Köpplinger déplace l'action à Munich, ce qui permet les habituels ajouts ou transformations au texte pour railler la situation locale. Il aménage intelligemment l'espace scénique réduit de la Vieille Halle des Congrès où le Theater-am-Gärtnerplatz a dû monter sa nouvelle production, les travaux de rénovation du théâtre n'étant toujours pas terminés. Mais, à la guerre comme à la guerre, la Halle du Congrès étant libre, le metteur en scène crée une scène devant la scène, et y installe un bar, des chaises et des tables pour figurer la grande salle du café-théâtre où se déroule toute l'action .

Ballet du Staatsheater-am-Gärtnerplatz

Pour évoquer les horreurs de la guerre, Köpplinger organise un ballet macabre de soldats et d'infirmières de la croix rouge aux visages blêmes et épuisés, porteurs de ballons de baudruche rouge sang, comme autant de berlingots pour les transfusions aux blessés ou comme, parfois, autant de signes de joie. Mais les gestes mécaniques des danseurs qui élèvent ou escamotent les ballons montrent bien qu'on n'est pas vraiment à la fête. Toute l'opérette se déroule sur la toile de fond de la guerre: on s'amuse, on boit et l'on danse pour oublier l'espace d'une soirée les horreurs de l'indicible carnage, et Köpplinger y insistera tout au long de sa mise en scène, peut-être pour rappeler aussi le monde inquiétant dans lequel nous vivons aujourd'hui. Ce monde de l'opérette où tout se termine toujours par un happy end est ici couvert de sinistres nuages que la gaieté des chants et les joies de l'amour ne parviendront pas à dissiper.

La salle du café est en contrebas de la scène qui représente la rue enneigée et glaciale où patrouille la police et ou l'on fait des batailles de boules de neige. L'orchestre est en fond de scène, toujours caché par un rideau de scène noir à peine translucide, le chef Michael Brandstätter fait dos au public et dirige les chanteurs et les choeurs par moniteurs interposés. Les décors de  Karl Fehringer et Judith Leikauf utilisent au mieux les possibilités de la salle de la vieille Halle des Congrès, sans doute peu apte aux productions théâtrales, mais qui a gardé le charme désuet des années cinquante, époque à laquelle elle fut ouverte au public, quasi encore sur les débris de la dernière guerre. Ils utilisent des moyens aussi simples qu'efficaces, le bord de scène servant de mur de fond au café-théâtre, un téléphone à cornet au mur permet la liaison avec l'extérieur, une grande ardoise signalant que le plat du jour est de la soupe aux carottes, un escalier de bois montant vers la scène où une porte battante permet l'accès à la rue. La réussite du décor se voit encore rehaussée par celle des costumes de Dagmar Morell qui parvient à restituer les accoutrements pauvres et artistes de la bohème du début du 20e siècle, et les habillements rupins de la haute bourgeoisie ou de la noblesse. Les costumes des danseurs, soldats et infirmières , de même que leurs grimages, sont particulièrement réussis.

Chorégraphie d'une fête bien arrosée, avec Franz Wizner à gauche.

Pour oublier la faim, le froid et les horreurs de la guerre, une joyeuse compagnie d'artistes et de nobles fait la fête lors du carnaval dans le café-théâtre de Leopoldine Brandlmayer. Toute fête est pourtant interdite par les autorités, et la police veille et intervient, mais comme les policiers ont soif... C'est un jeune artiste peintre totalement désargenté qui joue les amphitryons:  Viktor Ronai donne une fête à l'occasion du prix de 10000 marks qu'il s'apprête à recevoir d'un noble mécène. Quand l'un des invités s'en prend à une jeune femme fort belle et dont Victor, amoureux, vient de croquer le portrait, le jeune homme s'interpose. Malheureusement, le goujat importun est le Comte Mereditt, qui est aussi le fondateur du prix. Victor le provoque et un duel doit être organisé. Mais la jeune femme le récompense bien mieux en lui donnant un baiser. L'intrigue se corse quand on apprend que la jeune femme doit épouser le lendemain un riche et noble barbon. Elle refuse de dévoiler son identité, -elle est en fait une véritable princesse- et se fait passer pour la Fée du carnaval. L'intrigue principale se complique de plusieurs intrigues secondaires qui mettent chaque fois en scène des amours peu conventionnelles entre nobles et soubrettes ou artistes de théâtre. Le final fait sauter toutes les conventions: le vieux barbon redonne sa liberté à la Fée du carnaval, qui n'est autre que la Princesse Alexandra Maria, le goujat s'est excusé, Viktor pourra se mettre en ménage avec la Princesse, et, n'était-ce de la folie guerrière, tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

La réussite de la soirée  tient autant du théâtre, de la danse que de l'opérette. Elle est d'abord due au travail d'équipe de la troupe que l'on sent extraordinairement soudée. Si on est assis des deux côtés de la scène ou aux premiers rangs, on a tout loisir d'observer le travail de placement de la mise en scène dans la création des différents tableaux et celui de la chorégraphie d'Alessio Attanasio, un travail magistral d'une précision  aussi redoutable que nécessaire, car la salle du café théâtre est surélevée par un podium fort bas, qui crée une profonde marche. Les danseurs de la troupe, infirmières et soldats, font des acrobaties dans les couloirs étroits qui entourent la scène, tandis que chanteurs et choristes exécutent des valses entre les tables. Tous ces déplacements sont millimétrés, un faux pas et c'est la chute assurée. Il y a au Theater-am-Gärtnerplatz un esprit de troupe comme on en rencontre rarement, et qui s'étend au-delà des âges. Ainsi Joseph E. Köpplinger a-t-il rappelé des gloires du théâtre en les sortant de leurs retraites bien méritées pour interpréter la patronne du café et ses aides. Quel bonheur de retrouver sur scène la Kammersängerin Gisela Ehrensperger, qui fit partie de la troupe pendant 40 ans (1967-2007) et qui interprète avec brio et maestria la patronne du café-théâtre Leopoldine Brandlmayer, et Franz Wyzner en Joseph, le garçon de café amoureux éconduit  de sa domina de patronne depuis des lustres, un immense acteur connu autant du public autant du public viennois (-il fit ses débuts en ...1957, excusez du peu,  au Wiener Kammeroper-) que du public munichois qui vint l'applaudir au Theater-am-Gärtnerplatz comme membre de la troupe de 1986 à 1997, puis, récemment encore, en directeur de cirque dans la Zirkusprinzessin. Leur prestation a été couronnée par un tonnerre d'applaudissements. La sémillante Camille Schnoor donne une comtesse Alexandra Maria, la fée-princesse, digne des plus grandes stars de l'opérette. La jeune niçoise franco-allemande vient de rejoindre cette année  la troupe du Gärtnerplatz,  où elle a déjà interprété de manière remarquée la Julie du Liliom de Johanna Doderer, et où elle est très attendue en Dona Elvira dans le Don Giovanni qui se donnera fin juin. Dotée d'un timbre magnifique, Camille Schnoor joue aussi bien qu'elle chante, avec de grandes qualités de diction et de projection de la voix, et un enchaînement allègre des trilles dans les morceaux de bravoure. Elle forme un couple vocalement parfait avec Daniel Prohaska qui inteprète avec une grande sensibilité la partie du jeune peintre Viktor, rendant parfaitement la complexité de la personnalité d'un artiste constamment au bord de la faillite et qui finit par sortir vainqueur du combat avec l'adversité. Egalement très remarquée. Dagmar Ellberg interprète avec une grande authenticité le rôle de Rosl, deuxième patronne du café et soeur de la première. Nadine Zeintl chante avec un talent survolté la choriste Lori Aschenbrenner (littéralement brûleuse de cendres), dont la vulgarité jalouse séduit le Baron Hubert von Mützleberg, un homme au tempérament conciliant joliment chanté par Simon Schnorr

Si cette Faschingsfee a toutes les qualités d'un grand divertissement carnavalesque, la mise en scène magistrale de Joseph E. Köpplinger et de son équipe a su lui apporter la dimension supplémentaire, et tragique d'une danse sur le volcan. Cette Fée de carnaval  a des allures de chatte sur un toit brûlant.
Et si l'opérette a bien fêté ses cent ans, elle n'a pas pris une ride!

Les portraits du Roi Louis II par le peintre bavarois Lomax


© Lomax58

Le peintre bavarois Max Lochner, Lomax de son nom d'artiste, est né en 1958 à Zwiesel dans le Bayerischer Wald. Il s'est mis à peindre dès l'âge de douze ans. Portraitiste, paysagiste, peintre du sport ou peintre de fantaisie, il travaille dans son  atelier, à Garmisch-Partenkrichen, mais également en Live Actionpainting: il réalise alors des portraits de 1,50 x 1,50 en une heure de temps en présence du public. Lors du fameux G7 d'Elmau en 2015, il réalisa le portrait des 7 chefs d'états présents au sommet.

La force de ses portraits réside dans l'importance accordée aux yeux, dans leur diversité  et l'expressivité résultant du choix des couleurs. 

© Lomax58

Pour en savoir plus sur l'artiste, découvrir son travail ou  prendre contact avec lui, visiter son site:
http://www.lomax58.com/

A noter que le premier portrait du Roi Louis II de Bavière est actuellement exposé au buffet de la gare de Mittenwald, et qu'il a  trouvé acquéreur. Le second (1,5 x 2 m) est disponible à l'achat.

Les photographies des portraits sont sous copyright. Ils sont reproduits ici avec l'aimable autorisation de l'artiste.

Epitaphium, un poème de Wagner en forme d'inscription funéraire


EPITAPHIUM. 

Hier liegt Wagner, der nichts geworden, 
nicht einmal Ritter vom lumpigsten Orden; 
nicht einen Hund hinter'm Ofen entlockt' er, 
Universitäten nicht 'mal 'nen Dokter. 

Munich, 25. März 64.

EPITAPHE

Ci-gît Wagner qui n'est rien devenu 
Pas même chevalier de second ordre 
Ni même chien près du foyer 
Ni Docteur d'une université.

Munich, 25 mars 1864

in Gedichte von Richard Wagner, édité par Carl Friedrich Glasenapp chez G. Grote'sche, Berlin, 1905, p.36
(Traduction libre de Luc Roger)

Circonstances de l'écriture

En mars 1864, Wagner est en déserrance. A Vienne les représentations de Tristan ont été annulées parce que l'opéra a été estimé injouable, ce qui entraîne la perte des bénéfices escomptés. Il fuit la capitale autrichienne où la prison le menace en raison des poursuites de ses créanciers. En Suisse les Wesendonck ne lui accordent pas l'asile espéré. Il retourne en Allemagne et le 25 mars 1864 passe par Munich, où il séjourne au Bayerischer Hof. C'est alors qu'il écrit ce court poème à d'une ironie désespérée. 

Il a alors bien sûr entendu parler parler du jeune Roi de Bavière qui le 10 mars vient d'accéder au trône suite à la mort soudaine de son père Maximilien II, mais ne sait pas encore qu'il entrera dans sa vie quelques semaines plus tard.  Pourtant le huit avril, dans une lettre à Peter Cornélius, il écrit: Il faut qu'une lumière pointe, que quelqu'un se manifeste qui m'aide énergiquement (Ein Licht muß sich zeigen...). Bref il faut qu'un miracle se produise.

Le 28 avril, Wagner se trouve à Stuttgart. C'est là que l'envoyé du Roi Pfistermeister viendra le chercher le soir du 2 mai. Le miracle s'est produit, le Roi Louis II veut que Wagner vive à ses côtés et se consacre entièrement à son travail. Le matin du 4 mai Wagner était introduit près du Roi à la Résidence de Munich.

Le chien près du foyer

En allemand, on emploie l'expression figurée Etwas lockt keinen (Hund) (mehr) hinter dem Ofen hervor pour évoquer  quelque chose de désuet, qui est devenu ennuyeux ou inintéressant. L'origine de l'expression remonte à la pratique de laisser les chiens dans la cour de la maison ou attachés à l'extérieur. Lors des hivers rudes, on les laissait rentrer à la maison où les chiens allaient s'allonger à l'endroit le plus chaud, près du foyer. Dans le contexte du poème, Wagner affirme que dans sa vie, il n'est pas parvenu à susciter l'intérêt, qu'il n'a même pas obtenu la place qu'on réserve à un chien, prés du foyer.

Source de l'explication: le Redensarte-Index, qui signale que l'expression est déjà attestée au 17e siècle chez Grimmelshausen (1622-1676).

jeudi 23 février 2017

Buste de Richard Wagner par Naoum Aronson


Buste de Wagner, 84 x  68 x 50 cm, bronze à patine verte, fonte à cire perdue.
Photos de la galerie Alexis Borde


Naoum Lvovitch Aronson, un des plus grands sculpteurs juifs du 20e siècle, est né en 1872 à Kreslau (Empire russe, aujourd'hui Krāslava en Lettonie), et mort en 1943 à New York. A 16 ans, il étudia d'abord une dizaine de mois à l'Académie des arts de Wilna (aujourd'hui Vilnius), mais dut quitter cette ville, horrifié par l'anti-sémitisme virulent dans la Russie impériale (1).  En 1891, il vint vivre à Paris, où il rencontra Auguste Rodin et s'enthousiasma pour la peinture impressionniste. Il continua alors ses études à l'École nationale supérieure des arts décoratifs dans l'atelier d'Hector Lemaire. Après avoir effectué son service militaire en Russie, il revint vivre à Montparnasse en 1896.

On lui doit de nombreux bustes de personnalités célèbres comme George Washington, Raspoutine, Tolstoï , Spartacus, Berlioz, Chopin ou encore Beethoven (1905) . Le buste de Wagner daterait de 1920.

Naoum Aronson près de son monument à l'Institut Pasteur, photo de presse
(Source Gallica/BNF)

En 1923, il est chargé de réaliser un buste en marbre de Louis Pasteur pour l’Institut qui porte son nom. Pour l'Exposition universelle de 1937, il réalise un buste de Lénine (pavillon de l'URSS) et un élément décoratif du Grand Foyer du Théâtre national de Chaillot, la statue L'Été, pour laquelle il reçoit la Légion d'honneur.

Fuyant l'Occupation nazie, Aronson émigre avec sa femme aux États-Unis en mars 1941. Il meurt deux ans plus tard à New York dans son studio de l'Upper West Side.

Une partie importante de ses œuvres se trouve aujourd'hui au Musée d'art de Petah Tikva en Israël.

(1) J. Biélinky évoque la vie et l'oeuvre de Naoum Aronson dans un article paru dans la revue de S. Bloch  L'Univers israélite du 4 juin 1926  à l'occasion d'une exposition parisienne de l'artiste. Voici la fin de cet article:

Originaire de Russie, Aronson est né à Kreslavka, en 1872, le 5e jour de Hanouca. Il travaille à Paris depuis 1891, mais, pour devenir un grand artiste, il n'a éprouvé aucun besoin de fréquenter une école quelconque. Au début de la guerre, Aronson part pour la Russie, où il fait le portrait de Raspoutine, mais en 1915, un événement bien russe, lui fait quitter précipitamment ce pays pour rentrer à Paris. On était en pleine guerre. Par ordre du grand-duc Nicolas, tous les juifs des provinces frontières, présumés « espions », furent évacués de force, vieillards, femmes, enfants, à l'est et jusqu'en Sibérie.

Se trouvant à cette époque à Wiatka, M. Aronson a assisté au passage des trains des exilés. On les transportait dans des trains de marchandises et dans des wagons plombés. Toutes relations avec le dehors étaient interdites aux malheureux enfermés dans les wagons, pas même la réception de la nourriture que les gens charitables apportaient dans les gares. Ayant découvert un de ces trains à la gare de Wiatka, N. Aronson, appuyé par des amis, réclama l'ouverture immédiate des wagons. Et voici le tableau qui se présenta à ses yeux quand on eut ouvert le premier wagon d' « espions »: par terre, devant la porte, était couché un vieux juif, qui mourut d'inanition quelques instants après. Plus loin, une femme devenue folle tenait dans ses bras le cadavre de son enfant mort également de faim. De nombreux juifs rapidement enlevés du train furent transportés chez des coreligionnaires de la ville; mais, malgré les soins, ils ne tardèrent pas à succomber. Cette vision d'horreur, qui montra à Aronson la face hideuse de la Russie impériale, le poussa à quitter la Russie avant la Révolution. Car N. Aronson est profondément juif dans son cœur et dans son art, et si, il y a quelques mois, nous avons parlé ici de son « splendide isolement », ce n'est pas dans le sens d'isolement égoïste ; c'est parce qu'il s'élève et s'isole pour mieux voir la vie et mieux connaître le monde qui souffre.

Tel est l'homme et le juif au grand cœur, l'artiste génial, dont l'œuvre se présente dans toute sa beauté au public parisien. J. BIÉLINKY.