mercredi 30 novembre 2016

Quand Catulle Mendès visitait Wagner à Triebschen en 1869

Un texte de l'écrivain français Catulle Mendès (1841-1909), mari de Judith Gautier, qui avait visité en compagnie de sa femme Richard Wagner et sa famille à Triebschen en 1869. Judith Gautier a publié plusieurs textes à ce propos de son séjour à Lucerne et des ses visites à Triebschen. C'est aussi le cas de Catulle Mendès qui publie ses souvenirs personnels à Triebschen en première partie de son ouvrage consacré au compositeur et à son  oeuvre:  Richard Wagner. G. Charpentier et Cie, éditeurs, 1886. En voici le texte:
SOUVENIRS PERSONNELS


À TRIEBCHEN

Il ne sera pas sans intérêt de donner quelques détails sur la personnalité très curieuse et assez peu connue de l’homme de génie qui n’est plus. C’est à Lucerne surtout qu’il me fut donné de le fréquenter intimement. À Paris déjà, — à propos de la Revue fantaisiste, — j’avais ou occasion de le voir chez lui, rue d’Aumale, si j’ai bonne mémoire. Mais ç’avait été peu de temps avant la première représentation de Tannhæuser à l’Opéra ; impatienté par mille tracasseries, par des «  misérabilités », comme il disait, il en était arrivé au dernier degré de l’exaspération nerveuse. Un chat en colère, hérissé, toutes griffes dehors. Le moment était mal choisi pour lier connaissance avec lui, et d’ailleurs mon extrême jeunesse eût été un obstacle à une familiarité un peu intime. Mais, quelques années plus, tard, Richard Wagner moins irrité, sinon calme, — car il ne fut jamais calme ! — habitait près de Lucerne, à Triebchen, avec celle qui allait devenir sa femme, dans une solitude paisible, favorable aux épanchements. Quand le train s’arrêta devant la gare, le cœur me battait bien fort, et je pense pouvoir dire que Villiers de l’Isle-Adam, mon compagnon de voyage, n’était guère moins ému. Cependant, nous n’étions pas des inconnus pour Wagner ; et comme il n’ignorait pas que nous combattions avec ardeur pour le triomphe de ses idées et de son œuvre, nous avions l’espérance d’une réception cordiale et bientôt de quelque sympathie.
À peine descendus de wagon, nous vîmes un grand chapeau de paille, et, dessous, une face pâle dont les yeux regardaient à droite, à gauche, très vite, avec un air de chercher.
C’était lui. Intimidés, nous le considérions sans oser faire un pas.
Il était petit, maigre, étroitement enveloppé d’une redingote de drap marron, et tout ce corps grêle, quoique très robuste peut-être, — l’air d’un paquet de ressorts, — avait dans l’agacement de l’attente, le tremblement presque convulsif d’une femme qui a ses nerfs. Mais le visage gardait une magnifique expression de hauteur et de sérénité. Tandis que la bouche aux lèvres très minces, pâles, à peine visibles, se tordait dans le pli d’un sourire amer, le beau front, sous le chapeau rejeté en arrière, le beau front vaste et pur, uni, entre des cheveux très doux, déjà grisonnants, qui fuyaient, montrait la paix inaltérable de je ne sais quelle immense pensée, et il y avait dans la transparence ingénue des yeux, des yeux pareils à ceux d’un enfant ou d’une vierge, toute la belle candeur d’un rêve inviolé.
Dès qu’il nous vit, Richard Wagner frémit des pieds à la tête avec la soudaineté d’une chanterelle secouée par un pizzicato, jeta son chapeau en l’air avec des cris de folle bienvenue, faillit danser de joie, se jeta sur nous, nous sauta au cou, nous prit par le bras et, remués, bousculés, emportés dans un tourbillon de gestes et de paroles, nous étions déjà dans la voiture qui devait nous conduire à l’habitation du maître.

Triebschen

Pendant bien des années, j’ai dû perdre, à cause de l’odieuse brochure [le texte écrit par Wagner "contre la France, contre Paris assiégé et vaincu, une pantalonnade abjecte et stupide", ce sont les propos de Mendès dans son avant-propos, ndlr] , le souvenir des quelques semaines passées presque tout entières dans l’hospitalière maison ; mais j’ai dit pourquoi il me semble que j’ai le droit de m’en souvenir maintenant.
Le matin, après un repas rapide, nous quittions notre hôtel où l’on nous considérait fort à cause de notre visite chez Richard Wagner. Je me rappelle même à cette occasion un quiproquo assez plaisant. Chaque fois que nous descendions l’escalier, avec une jeune femme que nous avions l’honneur d’accompagner dans ce voyage, les domestiques accouraient, faisaient la haie, et s’inclinaient jusqu’à terre devant nous. Le patron lui-même, avec l’air du plus profond respect, nous escortait jusqu’à notre voiture, et une fois il voulut à toute force nous baiser les mains. Qui diantre pouvait nous valoir de tels hommages ? Remarquez que nous logions fort simplement dans trois petites chambres au quatrième étage de l’hôtel du Lac, et que nous portions des habits d’une somptuosité modérée. Et dans la ville aussi, il y avait sur notre passage des saluts, des chuchotements, des groupements de têtes découvertes. Mieux encore, quand nous allions à Triebchen, en barque, par le lac, d’autres barques pleines d’Anglais nous suivaient jusqu’au promontoire où s’élevait la maison de Wagner, et là les Anglais attendaient jusqu’au soir, sur l’eau, avec une patience entêtée ! Tant d’empressements et d’obséquiosités finirent par nous agacer un peu, et nous dîmes tout net au patron de l’hôtel que nous voulions être traités comme de pauvres diables de voyageurs que nous étions. Mais alors cet homme sagace prit un air très entendu, et se tournant vers moi, « Sire, dit-il, il sera fait selon les désirs de Votre Majesté, et, puisqu’elle l’exige, nous respecterons son incognito. » Ma Majesté ! vous pensez si nous pouffâmes de rire. La vérité, c’était que notre voyage à Lucerne avait coïncidé avec l’annonce dans les journaux de l’arrivée prochaine du roi de Bavière et que l’on me prenait pour le roi Louis, tandis que l’on prenait Villiers de l’Isle-Adam pour le prince Taxis. Quant à notre jeune compagne de route, on croyait fermement qu’elle n’était autre que madame Patti, venue à Lucerne pour étudier un opéra de Richard Wagner, et c’était dans l’espérance de l’entendre que les Anglais rôdaient le soir devant le promontoire de Triebchen ! Nous eûmes toutes les peines du monde à détromper les braves gens de l’hôtel et à obtenir qu’on ne nous rendit pas les honneurs royaux.
Chez Wagner, les journées étaient charmantes. À peine entrés dans le jardin, les aboiements d’un énorme chien noir, avec des rires d’enfant sur le perron, saluaient notre arrivée, et le poète-musicien, à la fenêtre, agitait en signe de bienvenue son béret de velours noir. Plus d’une fois, notre visite matinale le surprit dans le costume étrange que lui prêtait la légende : redingote et pantalon de satin d’or tout broché de fleurs de perle ; car il avait l’amour passionné des lumineuses étoffes qui s’étendent comme des nappes de feu ou s’écroulent en splendides cassures. Les velours et les soies abondaient dans son salon, dans sa chambre de travail, par tas qui bouffent ou par traînes torrentielles, n’importe où, sans prétexte de meubles, sans autre raison que leur beauté, pour donner au poète l’enchantement de leur glorieux incendie.
En attendant le dîner toujours servi à deux heures précises, la causerie commençait dans le salon vaste et clair où tout l’air des montagnes et des lointains mouillés entrait par quatre fenêtres ouvertes. Quelquefois, nous étions assis, nous, mais lui, jamais ! Non, il ne me souvient pas de l’avoir vu assis une seule fois, si ce n’est au piano ou à table. Allant, venant par la grande pièce, remuant les chaises, changeant les fauteuils de place, cherchant dans toutes ses poches sa tabatière toujours perdue, ou ses lunettes qui étaient quelquefois accrochées aux pendeloques des candélabres, mais qui n’étaient jamais sur son nez, empoignant le béret de velours qui lui pondait sur l’œil gauche avec l’air d’une crête noire, le triturant entre ses poings crispés, le fourrant clans son gilet, le retirant, le replaçant sur ses cheveux, il parlait, parlait, parlait ! Il parlait de Paris souvent. Il n’était pas encore devenu injuste envers notre pays. Il aimait la ville où il avait souffert, où il avait espéré ; il s’informait avec des tendresses et des inquiétudes d’exilé des quartiers où il avait logé et qui avaient été bien modifiés peut-être par les constructions nouvelles. J’ai vu ses yeux se mouiller de larmes à cause d’une maison dont il se souvenait, au coin d’une rue, et qu’on avait démolie. Puis il s’envolait dans des emportements : sublimes images, calembours, barbarismes, un flot incessant, toujours heurté, toujours renouvelé, de paroles superbes, tendres, violentes ou bouffonnes. Et, tantôt riant à se décrocher la mâchoire, tantôt s’attendrissant jusqu’aux pleurs, tantôt se haussant jusqu’à l’extase prophétique, il mêlait tout dans son extraordinaire improvisation : les drames rêvés, Parsifal, le roi de Bavière, qui n’était pas un méchant garçon, les tours que lui jouaient les maîtres de chapelle juifs, les abonnés qui avaient sifflé TannhœuserMme de Metternich, Rossini, « le plus voluptueusement doué des musiciens, » ces gueux d’éditeurs, la réponse qu’il voulait faire à la Gazette d’Augsbourg, le théâtre qu’il ferait bâtir sur une colline près d’une ville, et où viendraient de tous les pays tous les peuples, Sébastien Bach, M. Auber qui avait été très gentil pour lui, son projet d’écrire une comédie intitulée le Mariage de Luther, et vingt anecdotes : histoires de sa vie politique à Dresde, les belles chimères de son enfance, ses escapades, le soir, pour aller voir de loin, du dernier rang du parterre, le grand Weber conduire l’orchestre, Mme Schrœder-Devrient, le plus tendre et le plus reconnaissant souvenir de son existence, — admirable et chère, chère femme ! disait-il avec un sanglot, — et la mort de Schnorr qui avait créé Tristan ; et alors, quand il avait prononcé ce nom Tristan, c’était une furieuse exaltation de tout son être vers l’éternité fiévreuse de l’amour dans la mort, quelque chose comme la conception d’un néant frénétique ! Nous, cependant, étourdis, éperdus, riant avec lui, pleurant avec lui, extasiés avec lui, voyant ses visions, nous subissions comme un tourbillon de poussière et de tempête ensoleillées l’épouvante et le charme de son impérieuse parole ! 

Posts précédents consacrés à cette visite (cliquer sur les liens pour accéder aux articles):

Expo Siegfried Wagner en 2017 au Musée gay de Berlin: Siegfried Wagner: Bayreuth’s ‘Fairy’ Crown Prince.

Porträt von Siegfried Wagner,
© Internationale Siegfried Wagner Gesellschaft/Schwules Museum

Le Schwules Museum Berlin organise du 17 février 2017 au 26 juin 2017 une exposition consacrée à Siegfried Wagner en collaboration avec l'International Siegfried Wagner Society et le Musée Richard Wagner de Bayreuth, et en partenariat avec Operalounge.de. Vernissage le 16 février à 19H.

Siegfried Wagner: Bayreuth’s ‘Fairy’ Crown Prince, tel est le titre de l'exposition, qu'on pourrait traduire par Siegfried Wagner: le prince héritier homo de Bayreuth. Fairy est un mot péjoratif pour désigner une personne homosexuelle, avec une connotation de comportement féminin.

Présentation de l'exposition

L'histoire du clan Wagner - avec toutes ses transgressions morales, ses intrigues, ses scandales et ses luttes de pouvoir autour de Bayreuth - a retenu le public allemand en haleine depuis plus de 150 ans. La «colline verte» et le festival qui s'y tient chaque année depuis 1951 sont considérés par beaucoup comme le «Panthéon du peuple allemand», un sanctuaire national et un bien culturel du plus haut niveau.

Le compositeur Richard Wagner (1813-1883) en est la figure centrale: l'une des personnalités les plus controversées de l'histoire de la musique. On pourrait remplir des bibliothèques entières avec les livres qui ont été sur sa vie et sur ses oeuvres qui ont rompu toutes les règles. Parmi eux on trouve, étonnamment, de nombreuses publications historiques traitant de la fascination particulière que les opéras de Wagner ont exercé sur les homosexuels, par exemple Le portrait de Dorian Gray (1891), Bayreuth und Homosexxualität d'Oskar Panizza (1895), Genio e degenerazione de Cesare Lombroso (1897), Richard Wagner und die Homosexualität de Hanns Fuchs (1903) et  Richard Wagner's Bisexuality  de Heinrich Pudo(1907)r .

Le 6 juin 1869, le fils unique de Wagner, Siegfried, naît en Suisse. Son prénom est celui du héros d'opéra anarchiste et craignant les femmes, fruit de l'union incestueuse de Siegmund et Sieglinde. Le philosophe Friedrich Nietzsche (l'icône future des «masculinistes») était présent au moment de la naissance , le Roi Louis II  était le parrain. La mère, Cosima von Bülow, était encore mariée à un autre homme à l'époque. Et Franz Liszt en est l'illustre grand-père. Dès le début, Siegfried fut destiné à être l'héritier en titre destiné  à perpétuer l'héritage de son père: en tant que musicien, chef d'orchestre et directeur artistique du Festival de Bayreuth. Il a repris la direction du festival en 1906, conntinuant l'oeuvre de Cosima qui l'avait assamuée jusque là,  et il l'a guidé dans l'ère moderne dans le turbulent 20ème siècle.. Ses nombreuses innovations ont affligé de nombreux réactionnaires wagnériens, mais il a persévéré avec succès dans ses projets jusqu'à sa mort en 1930. En dehors de sa direction du festival, Siegfried a lui-même composé 18 opéras, qui ont de son vivant régulièrement  été joués avec succès dans toute l'Europe. Il connut également un succès international en tant que chef d'orchestre très demandé et fort bien rémunéré.dirigeant  ses propres œuvres, ainsi que des œuvres de Richard Wagner et de Franz Liszt. G. B. Shaw a loué la nouvelle façon "intime" qu'avait Siegfried de diriger la musique de Richard Wagner, une approche très différente de la plupart de celles de ses contemporains et  prédécesseurs célèbres.

Le fait que Siegfried fût homosexuel, et ait vécu une vie gay étonnamment ouverte, était connu et généralement bien toléré par sa famille. des maîtres-chanteurs reçurent cependant de l'argent provenant de caisses privées.

Après le fameux scandale Eulenburg, le journaliste Maximilian Harden se mit à viser  Siegfried Wagner en 1914. Le prince von Eulenburg, qui  était un proche de la famille Wagner, avait promu le culte de Wagner par son association avec l'empereur Guillaume II et avait garanti une sécurité financière permanente pour le Festival. En outre, Eulenburg était ami avec le «Prophète de la Race" antisémite Houston Stewart Chamberlain, beau-frère de Siegfried. Après que Harden eut publiquement stigmatisé Siegfried comme un «sauveur d'une caisse de couleur différente»*, Siegfried a essayé d'esquiver les rumeurs qui couraient au sujet de sa sexualité en épousant Winifred , une jeune femme plutôt androgyne de 17 ans (1897-1980). Elle lui donna quatre enfants. C'est ainsi que le scandale fut évité et les futurs héritiers masculins du Festival vinrent  au monde: Wieland (1917-1966) et Wolfgang Wagner (1919-2010).

[*Heiland aus andersfarbiger Kiste" Le mot Kiste (caisse) désigne aussi les fesses  des hommes et andersfarbig (d'une autre couleur) se rapporte sans doute à l'euphémisme qui désigne les homosexuels comme des personnes de l'autre rive (vom anderen Ufer). ]

Winifred Wagner et Hitler,
couverture du livre de Brigitte Hamann.
(édité en allemand ou en anglais)
Winifred, fervente wagnérienne et adepte du parti national-socialiste, prit la direction du Festival après la mort de Siegfried en 1930 et mena Bayreuth dans les bras des nationaux-socialistes après 1933, avec des conséquences fatales. Elle veilla également à ce que le travail de composition de Siegfried ne soit plus réalisé, en raison de son «insignifiance» supposée par rapport au génie de Richard Wagner. Elle mit en place une pratique préventive, qui fut perpétuée jusqu'à très récemment par son fils Wolfgang.

Siegfried ne reçoit généralement qu'une mention marginale dans les innombrables livres consacrés à Richard Wagner et au Festival de Bayreuth,  son homosexualité n'est jamais discutée ouvertement, et on n'évoque que peu le cercle des artistes homosexuels qu'il a attirés à Bayreuth pour renouveler le Festival avec des idées «queer». En même temps, sa propre œuvre a été complètement oubliée, Winifred n'a même pas permis que la correspondance privée de Siegfried soit remise à la Fondation Richard Wagner en 1973, avec le reste des documents de famille. En lieu et place de cela, elle les a remis à l'aînée de ses petits-enfants sa plus vieille petite-fille, Amélie, fille de Verena Lafferentz-Wagner, avec des instructions la contraignant à garder le secret le plus absolu.

L'exposition Siegfried Wagner est la première à présenter sans inhibition aucune le côté gay de la vie et du travail de Siegfried Wagner  Elle met en lumière ses stratégies artistiques innovatrices pour Bayreuth, analyse sa relation avec le mouvement nazi et les cercles antisémites, présente son partenaire de vie, le compositeur britannique Clement Harris et son fils gay illégitime Walter Aign (1901-1977). Une attention particulière est accordée aux opéras autobiographiques de Siegfried et à leur valeur musicale.

Une partie de l'exposition se penchera exclusivement sur le  thème «Richard Wagner et l'homosexualité» pour illustrer le contexte de base  de la vie de Siegfried - et pour expliquer pourquoi son fils, Wieland, craint de «devenir» homosexuel en raison de l'«héritage» de son père et de son grand-père .

Un volume d'essais, édité par Achim Bahr, sera publié conjointement á l'exposition.

Les commissaires  de l'exposition sont le Professeur Dr Peter P. Pachl, Achim Bahr et le Dr. Kevin Clarke.

Source de la présentation de l'exposition: traduction libre du texte de présentation du Schwules Museum Berlin. Crédit photographique de la photo de Siegfried: Schwules Museum Berlin.



Indiscrétions sur le Roi Louis II de Bavière rapportées par Sisi, l'Impératrice d'Autriche (5)

Première aparition de Sisi au cinéma dans Das Schweigen am Starnbergersee

Dans son ouvrage Promenades dans la vieille Europe. Munich. Choses vues de Louis II à Hitler,paru chez Hachette, Ferdinand Bac consacre un chapitre à des indiscrétions sur le Roi Louis II. Il relate avoir rencontré à diverses reprises l'Impératrice Elisabeth d'Autriche qui lui communiqua "certains aphorismes et paradoxes de son cousin le Roi Louis II de Bavière".

Cinquième citation attribuée au Roi Louis II

Ma pauvre mère a toujours gardé ses deux yeux sur terre et ses deux yeux sur une bobine de laine. (Strickgarn)



mardi 29 novembre 2016

Kirill Petrenko dirige Lady Macbeth de Mtensk à Munich, avec la sublime Katerina d'Anja Kampe

Anja Kampe et Misha Didyl, les amants infernaux

Si l'opéra de Chostakovitch a par le passé été plusieurs fois produits au  Bayerische Staatsoper, c'est la première fois qu'il y est chanté en russe dans la version originale de 1932. L'Opéra munichois a confié la mise en scène de sa nouvelle production de Lady Macbeth de Mtsensk  à Harry Kupfer qui revient à Munich après une absence de seize années avec un travail confondant de finesse dans la pénétration psychologique des personnages. Kupfer, aujourd'hui âgé de 81 ans, a monté cette année Fidelio à Berlin avec Daniel Barenboim et couronne son année et sa carrière en abordant le grand opéra de  Chostakovitch. 

La réflexion d'Harry Kupfer l'a mené à privilégier la définition des caractères dans un contexte général à une inscription historique trop précisée. Bien sûr, on ne peut oblitérer le contexte de la Russie tsariste avec l'attachement à la glèbe des populations rurales, les répressions policières et la déportation en Sibérie des criminels comme des révoltés. Mais Harry Kupfer ne s'y attarde pas et donne une mise en scène qui s'attache à mettre en exergue la condition de la femme dans toutes les sociétés totalitaires machistes. Il s'attache à montrer la disparité qui existe à différents niveaux de l'oeuvre tant dans la forme que dans les caractères des personnages, une disparité qui existe également dans l'expression musicale: des scènes de genres satiriques  côtoient des monologues d'une grande profondeur; à l'ouverture émotionnelle des uns correspond l'hypocrisie des autres, à l'infâmie des perversités les plus basses répond l'espérance en l'humanité. Tout cela sur fond de liesse ou de détresse, et de piété populaires d'un peuple asservi, totalement dépendant, qui se rassure dans la foi et se noie dans l'alcool.

Katerina Lvovna Ismaïlova devient meurtrière et, une fois le premier meurtre commis, rentre dans l'engrenage des suivants. Le livret et la mise en scène de Kupfer mettent en exergue la genèse de ces crimes: elle est devenue l'épouse d'un fils de riche négociant parce qu'elle a été achetée à sa famille pour servir à la production d'héritiers mâles, ce qui constituait une grande  chance d' élévation sociale mais ce qui entraînait une obligation de fécondité qu'elle n'a pas remplie.  Harry Kupfer laisse planer le doute en dessinant la figure de son mari Zinovy Borissovitch Ismaïlov comme celle d'un homme de peu d'envergure, entièrement soumis à un père dominant et peut-être sexuellement impuissant, en tout cas sans appétit pour sa très jolie femme. Mais ce manque de dimension tient aussi au comportement despotique d'un père qui n'a plus la force de diriger son entreprise et a fait de son fils son intendant, plutôt que de lui remettre l'entière direction des affaires. Le père, Boris Timoféiévitch Ismaïlov, a réussi comme négociant, et a dans ses terres un comportement de tyranneau, qui a de son vivant passé ses loisirs à tromper sa femme et qui, alors qu'il vient d'envoyer son fils effectuer des travaux urgents à un endroit très de la demeure familiale, exige de sa belle fille qu'elle soit une servante soumise et économe, et s'apprête à pénétrer dans sa chambre pour la violer. Il la condamne lorsqu'il la découvre dans les bras de son ouvrier Sergueï que lui-même se préparait à la violer. Sergueï enfin, qui prétend aimer sa patronne pour mieux en abuser tour en s'élevant socialement, et dont la personnalité scabreuse atteint l'ignominie la plus abjecte dans les scènes de la déportation. L'opéra progresse vers l'horreur et l'inhumanité dans une logique de broyage de l'humain. Katerina, odieusement trompée et bafouée, condamnée aux travaux forcés à perpétuité, préfère se donner la mort après avoir commis un dernier meurtre, celui de sa rivale. Et pourtant, après ce cortège de cadavres, on ne peut s'empêcher de la trouver attachante et de se sentir navré, ce qui est le signe certain du niveau d'excellence d'une mise en scène bien menée.



Décor du premier acte

Les décors de Hans Schavernoch sont dignes d'entrer au panthéon des arts de la scène. Grâce aux efforts conjoints et remarquables des vidéos de Thomas Reimer et des lumières de Jürgen Hoffmann, l'équipe parvient à créer l' impression d'un espace immense, d'une amplitude qui s'accroître avec la progression des scènes.



Décor du troisième acte

Les deux premiers actes se déroulent dans un immense hangar agricole vétuste  à structure métallique et à parois de bois, dont le  toit mansardé donne par sa gauche un éclairage latéral grâce à une longue verrière. Des passerelles et des poutrelles de fer sont placées de part et d'autre de l'avant-scène autour d'une pauvre chambre surélevée par des poutrelles, trouée d'orifices et au mobilier d'un dénuement navrant. Cette chambre est le centre de l'action. Par le jeu des éclairages et de leurs coloriages, elle devient le point scénique principal pour les scènes qui requièrent un gros plan sur les personnages. La chambre peut s'élever ou être abaissée vers le plancher de la scène, une manière encore d'insister que ce seul refuge de Katerina n'est qu'une protection de paille dans le rapport de force avec ses agresseurs masculins, symbole supplémentaire de l'horreur de la condition féminine. Au troisième acte, la paroi antérieure du hangar a disparu pour faire place à un ciel immense dont les nuages s'élèvent . Au centre, sur un podium qui s'élève, se trouve la table des noces, recouverte d'une nappe blanche aux plis savamment organisés et festonnée de fleurs blanches. En contraste avec la blancheur de la robe de la mariée et de la nappe, tout le reste de la scène et les vêtements de l' assemblée des paysans se déploie dans un camaïeu de gris, de bruns et de bleus sombres  qui se prolonge dans les couleurs menaçantes du ciel nuageux. Les vidéos du ciel sont extraordinaires, l'illusion est parfaite. Et quand on arrive à la scène de la dénonciation, le plancher se soulève, emmène les noceurs vers l'épicentre de l'espace scénique, et sous le plancher se trouve l'assemblée des policiers  fâchés de ne pas avoir été invités à la noce. Pour le dernier acte enfin, le hangar a disparu, seules subsistent les passerelles qui serviront de miradors aux garde-chiourme qui emmènent les condamnés vers le goulag sibérien. L'espace s'épanouit encore, au ciel qui emplit à présent toute l'arrière scène, encore plus vaste qu'à l'acte précédent, s' est ajoutée la mer glaciale dans on immensité. La magie de la technique vidéo et des lumières tient du sortilège! Pour leur permettre quelque repos et de passer la nuit dans leur longue déportation, les bagnards en haillons (superbes costumes de Yan Tax) sont entassés dans une fosse centrale, celle dont tout à l'heure s'est élevée l'assemblée des policiers). A la fin de l'acte. Katerina précipitera sa rivale dans les eaux glacées avant de s'y jeter elle-même, s'assurant une mort quasi immédiate.

A la beauté sans accroc de la mise en scène se marie la beauté impeccable de la musique. Kirill Petrenko dirige l'orchestre avec une précision sublime, avec une concentration de tous les instants totalement au service de l'oeuvre, avec cette capacité de détacher et de matérialiser  le son de chaque instrument ou groupe d'instruments. Il fait ruisseler la musique ou s'entrechoquer les sons quand la musique le demande, déploie une panoplie de couleurs et de rythmes, organise les changements de tons et d'atmosphère,  conduit au sublime un public  totalement captivé. Le Bayerische Staatsoper nous donne ici une des plus belles soirées de l'ère Bachler avec la réunion de deux géants de l'opéra, Kirill Petrenko à la direction d'un des meilleurs orchestres de la planète et Harry Kupfer au faîte d'une carrière dont la maturité et l'expérience nous offrent ici un de ses plus beaux fruits. 

Le plateau est à l'aune de cette réussite avec surtout l'époustouflante interprétation d' Anja Kampe souveraine et sensible dans le rôle de Katerina d'un bout à l'autre de l'opéra. Anja Kampe brûle littéralement les planches dans ce rôle difficile qui exige de l'endurance puisque la protagoniste est constamment en scène. Quelle merveilleuse actrice, qui interprète avec un talent consommé une femme qui passe sans cesse d'un sentiment et d'une condition à l'autre, une femme sensible et vulnérable, dure et tendre, joyeuse et accablée, sensuelle et passionnée, mendiante et enfin anéantie! La présence en scène d'Anja Kampe est confondante de vérité et d'intensité. Et le chant est à la mesure du jeu théâtral, le chant est á la scène ce que l'orchestre est à la fosse: Anja Kampe a travaillé chaque note,chaque émission est ciselée et communique le ressenti exact du personnage interprété. O beauté! La richesse harmonique et chromatique de son soprano dramatique soutient parfaitement tous les aspects de ce rôle si varié et contrasté. la prise de rôle d'une grande Katerina! A ses côtés, Anatoli Kotscherga, un grand chanteur qui approche doucement de la septantaine, n'a sans doute plus toute la puissance vocale qui conviendrait à la brutalité de ce personnage puant qu'est le beau-père Boris, mais il a conservé une belle  palette de graves nuancés et fait montre d'un grand savoir-faire dramatique. Sergei Skorokhodov chante avec une certaine prudence un Zinovy couard et soupe-au-lait, tandis que Misha Didyk joue avec une sensualité hypersexualisée le personnage amoral et cynique du séducteur. Les petits rôles sont tous bien occupés, ainsi du chef de la police chanté par rien moins qu'Alexander Tsymbaluk et de l'excellente mezzo Anna Lapovskaia qui donne une Sonietka sensuelle et narquoise avec un timbre chaleureux. Elle sera Varvara dans Katia Kabanova en Berlin en 2017. Nul doute qu'on pourra bientôt la réentendre à Munich où elle a fait ses études. Enfin le Croate Goran Jurić  est épatant en pope alcoolisé.

Un très grand spectacle qu'on pourra voir ce dimanche 4 décembre en direct via internet à 19H sur la Staatsoper TV.

Toutes les représentations de décembre se jouent à guichets fermés. Une représentation est prévue le 22 juillet 2017 dans le cadre du Festival d'été de l'opéra de Munich.

Crédit photographique Wilfried Hösl

Le personnage de Wagner en ouverture du premier film connu consacré à Louis II de Bavière. Le Roi et Sisi. La mort du Roi.



Rolf Raffé (1895-1978), d'abord assistant du cinéaste-producteur Rolf Randolf, fonde en juillet 1919 sa propre société cinématographique. Irisfilm, avec laquelle il produit son premier film, Das Schweigen am Starnbergersee (Le silence au lac Starnberg). Il s'agit d'un film muet sorti en janvier 1920, le premier film consacré au qui nous soit resté et que nous pouvons aujourd'hui visionner grâce au travail du Musée du film de Munich.  Ferdinand Bonn y joue le rôle du Roi Louis II et Karl Guttenberger dans celui de Richard Wagner. Ce film sera le succès de l'année 1920 à Munich et en Bavière. 

Le film est toujours disponible à la commande. Il fait partie d'un coffret de deux dvd intitulé Ludwig II., König von Bayern, chez Edition filmmuseum.

Le film commence par montrer le compositeur Wagner assis au piano et considérant une partition. On le voit ensuite, aux prises avec la misère, et rêvant d'un jeune Roi qui lui servirait de mécène. Richard Wagner apprend la mort du Roi Maximilien II de Bavière et l'avènement au trône d'un jeune Roi par la lecture d'un journal. Des huissiers de justice viennnet saisir son mobilier. Wagner est désespéré quand arrive l'envoyé du Roi Louis II qui lui présente une bague  précieuse dans son écrin.














Christmas Classics par le Choeur de la Radio bavaroise le 30 novembre et le 3 décembre à Munich

Christmas Classics

Le Choeur de la Radio bavaroise (Chor des Bayerischen Rundfunks) et le Münchner Rundfunkorchester proposent deux concerts consacrés à la musique de Noël, le premier ce mercredi 30 novembre à 19H30 au Prinzregententheater, le second ce samedi 3 décembre à 20H à la Herkulessaal de la Résidence de Munich.

Ils interpréteront de la musique et des chants en provenance de six pays européens (l'Allemagne, l'Autriche, l'Angleterre, la France, la Suède et l'Itali) (ainsi que d'Amérique du Nord et du Sud: des gospels et du swing, avec, bien sûr de grands classiques „O du Fröhliche“, „O Tannenbaum“, „White Christmas“ ou „Santa Claus is coming to town“.

Un CD accompagne ces concerts. Il est déjà en vente sous le titre de „Christmas Surprises“ chez SONY Music.

Ce concert sera diffusé ce mercredi en direct à la radio (ou via internet) sur BR-Klassik à partir de 19H30. Un enregistrement télévisuel sera quant à lui diffusé via la production „Weihnachten in aller Welt“, sur la chaîne ARD le quatrième dimanche de l'Avent et sur la chaîne de télévision BR la veille de Noël.

Réservations

Billets via www.br-klassikticket.de ou en téléphonant au  089/5900-10880 
ou sur www.muenchenticket.de, tél. . 089 / 54 81 81 81

Plus d'infos en allemand sur  www.christmas-classics.de / www.rundfunkorchester.de / www.br-chor.de/

lundi 28 novembre 2016

Décorations de Noël: Neuschwanstein et Linderhof en pendeloques d'étain





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Vu de France en 1908: Les lettres de Richard Wagner à sa femme Minna



Un article paru dans le Journal des débats politiques et littéraires du le 19 août 1908 à Paris (page 3), dans sa section Lectures étrangères. Le journal évoque longuement la publication des lettres de Richard Wagner à sa femme Minna. Ces lettres publiées à Berlin et Leipzig en 1908 seront par la suite traduites en français par Maurice Rémon, qui traduira par ailleurs un ouvrage consacré à Cosima Wagner.

LECTURES ETRANGERES. 

Richard Wagner et sa première femme 

   On vient de publier à Leipzig les lettres échangées par Richard Wagner et sa première femme, Minna Planer. Minna Planer, troisième fille d'un mécanicien, était née à Dresde, probablement le 5 septembre 1809. ElIe épousa Richard Wagner le 21 novembre 1836. Elle était l'aînée de son mari; elle lui était intellectuellement très inférieure. Quand Richard Wagner l'épousa, contre la volonté de sa famille, elle appartenait à une troupe de comédiens errants. Cette union, comme on sait, fut traversée par de graves orages. Minna Wagner, comme dit Liszt, avait quelques vertus domestiques, mais elle n'en avait pas d'autres. "Elle avait de bonnes manières, faisait le ménage de Wagner et même sa cuisine." L'illustre compositeur ne trouva jamais auprès d'elle le réconfort, les encouragements dont cet illustre agité avait besoin dans les mauvais jours. Aussi montra-t-il parfois à sa première femme une certaine dureté; mais il se conduisit, en somme, à son égard, avec sincérité, avec droiture. La correspondance qui vient d'êtrepubliée éclaire d'un jour curieux cette crise domestique dans la vie du célèbre compositeur, crise sur laquelle on était, jusqu'à ce jour, inexactement renseigné. 
   L'union de Richard Wagner et de Minna Planer ne prit fin qu'en 1866, par la mort de Minna. Ce mariage avait duré trente ans. Le lien existant entre les époux n'était d'ailleurs plus, à cette époque, qu'un lien purement nominal. 
   Une des lettres les plus intéressantes de la collection récemment publiée est celle qui fut envoyée par Wagner à sa femme, de Paris, le 17 avril 1850. Wagner y fait remonter au séjour à Dresde l'origine de l'éloignement que Minna conçut peu à peu à son égard. Wagner avait refusé de se plier aux exigences de ses directeurs.
   Dans cette période décisive de ma vie, tous ceux qui m'observèrent exactement et cherchèrent à jne comprendre devront avouer que tout ce que je fis fut une conséquence rigoureusement nécessaire de ma nature artistique, à laquelle –en dépit de tous tes risques personnels- je restai fidèle. Je finis, non seulement comme artiste mais encore comme homme, par me révolter contre toutes les conditions injurieuses que nul ne pouvait supporter avec plus de douleur que moi, étant donné ma nature passionnée.. Mais tout cela paraîtrait absolument explicable -et par conséquent non blâmable à quiconque m'aurait suivi exactement, à quiconque m'aurait observé parvenant non point par à coups, mais pas après pas, au point ou je suis arrivé comme artiste et comme homme. On devrait alors reconnaître que je n'ai point procédé arbitrairement et par vanité, on devrait reconnaitre que j'ai beaucoup souffert. Ou m'aurait consolé, on m'aurait inspiré courage. Ma femme aurait fait tout cela, si elle avait voulu se donner la peine de me comprendre. Pour cela elle n'avait pas besoin de la sagesse qu'on puise dans les livres, mais seulement d'amour. Quand je rentrais à la maison, profondement déçu et énervé par une nouvelle offense, par un nouvel échec, qu'est-ce donc que me prodiguait alors ma femme au lieu de consolation, au lieu d'une sympathie réconfortante? Des reproches, encore des reproches, rien que des reproches Cette éternelle contrainte, sous laquelle je vivais déjà depuis si longtemps et qui ne me permit jamais de me laisser aller complètement sans déchaîner les scènes les plus violentes, pesait sur moi et consuma ma santé. Qu'est-ce que les soins corporels, que tu me prodigues à la vérité largement, en comparaison cte la tutelle spirituelle nécessaire à un homme do ma nervosité! Ma femme se rappeIle-t-elle qu'elle eut le courage, une certaine fois, de me soigner, alité et malade, pendant huit jours entiers, avec une complète froideur, sans me donner aucune marque d'amour, parce qu'elle ne pouvait me pardonner une explication violente que nous avions eue peu avant ma maladie!

   A citer encore la lettre suivante où l'opposition foncière des deux caractères, de Richard Wagner et de .Minna Planer, apparaît dans un jour tragique: 

   Eoute-moi, écrit Richard Wagner à Minna Planer, écoute-moi" Ce qu'il y a de complètement différent dans le fond de notre être est devenu un tourment constant pour toi comme pour moi, depuis le jour où nous nous connûmes, tourment tantôt effacé, tantôt aigu. Ce n'est pas à moi à te rappeler ces scènes innombrables qui se sont déroulées dès l'origine entre toi et moi, elles demeurent probablement plus vivantes encore dans ta mémoire que dans la mienne. Ce qui m'attachait naguère à toi si irrésistiblement, c'était l'amour, un amour qui dominait tous les contrastes, un amour que toi, de ton côté, tu ne partageais pas, du moins que tu ne partageais certainement pas avec la même intensité que moi. Au fond, c'est uniquement contrainte par la nécessité que tu cédais à mes instances en vue d'une réunion. Tu ressentais peut-être à mon égard tout ce que tu peux ressentir, mais ce qui importait le plus et ce qui fait qu'on supporte toute peine en souriant, l'amour sans condition, l'amour qui fait que. nous aimons un autre tel qu'il est et que nous l'aimons précisément parce qu'il est tel, cet amour tu ne pouvais le ressentir, car alors, déjà, tu ne me comprenais pas, tu estimais toujours que j'aurais dû être un autre que celui que je suis en réalité. Depuis notre réunion, après ce premier trouble dans notre mariage, le devoir seul guida ta conduite à mon égard. C'est le devoir qui t'a fait supporter avec moi tous les soucis que nous endurâmes a Paris. Dans ton avant-dernière lettre encore, tu mentionnes à propos de cette époque le devoir seulement et non l'amour. Si tu avais eu vraiment alors de l'amour pour moi, tu ne te serais jamais vantée d'avoir supporté ces souffrances; dans ta ferme croyance en moi et en ma personuatité, tu aurais reconnu en ces souffrances une nécessité à laquelle il convenait de te soumettre au nom d'un principe supérieur, on songeant uniquement à ce principe supérrieur. Tu eusses été heureuse dans la conscience de ce principe supérieur, tu en aurais oublié les souffrances banales. Mais toi, telle que tu es, tu n'as trouvé par la suite aucune compensation. Tu n'as de mémoire que pour les souffrances.


   Et voici quelques lignes d'une lettre plus amère encore:

  La colossale erreur que nous avons commise tous deux devait se révéler chaque jour davantage Toutes mes idées, tous mes sentiments sont restés pour toi une monstruosité. Tu avais horreur de mes écrits, bien que j'eusse cherché à te démontrer qu'ils me sont maintenant plus nécessaires que toute inutile composition d'opéra. Ma personnalité entière ne t'inspirait que de l'hostilité, de l'aversion. A chaque instant, hélas, presqu'àchaque mouvement je devais faire quelque chose qui t'était pénible. Cette fois encore tu ne me compris pas, pauvre que je suis! Tu demeures irréconciliable, cherchant l'honneur là où je dois presque reconnaître l'opprobre. Tu as honte des choses qui m'apportent les plus grandes satisfactions..

   La lettre se termine par ces mots:

   Qu'est-ce donc que peut être maintenant mon amour? Le désir seulement de te récompenser pour ta jeunesse inutilement dépensée avec moi, pour les tourments que tu as traversés avec moi, le désir de te rendre heureuse. Puis-je encore espérer pouvoir atteindre cela par la vie commune avec toi? C'est impossible!

   La lettre ci-dessus est la plus acrimonieuse que contienne la correspondance récemment publiée. Richard Wagner y exhale l'amertume amassée dans son cceur par quatorze ans de vie conjugale malheureuse. Une lettre écrite trois mois plus tard, le 4 mai 1850, montre le compositeur déjà rasséréné, presque réconcilié. Il parle du projet de séparation que les époux avaient formé d'un commun accord comme d'une solution désirable et honorable :« Tu recevras bientôt de Londres ce qui est nécessaire à ton existence.Veux-tu me réjouir profondément, crée-toi une existence aussi agréable que possible, fais-toi quelque part un petit jardin, élève un chien et des oiseaux et espère en l'avenir, » La. lettre se termine .par ces mots: "Porte-toi bien, chère Minna! créature durement éprouvée à qui je ne puis malheureusement fournir aucune compensation et que je dois peut-être, pour la guérir, abandonner moi-même. Porte-toi bien et, s'il t'est possible, pense à moi favorablement. Tu recevras de mes nouvelles et ne pouvons-nous même pas espérer un revoir? Salue de ma part tes parents et nos amis. Ne soyez point irrités de ce que je me sépare de vous. Porte-toi bien, porte-toi bien, chère et bonne Minna!"


Plus d'infos


Pour en savoir plus sur Sur Minna Planer, épouse Wagner, lire l'article que lui consacre Nicolas Capranne dans le Musée virtuel Richard Wagner.

Le second tome de la première édition en allemand se trouve en lecture gratuite sur archive,org.

Elles sont parues  en français chez NRF Gallimard.



dimanche 27 novembre 2016

Indiscrétions sur le Roi Louis II de Bavière rapportées par Sisi, l'Impératrice d'Autriche (4)

Détail d'une carte postale historique: Sisi et Louis II sur l'île aux roses


Dans son ouvrage Promenades dans la vieille Europe. Munich. Choses vues de Louis II à Hitler,paru chez Hachette, Ferdinand Bac consacre un chapitre à des indiscrétions sur le Roi Louis II. Il relate avoir rencontré à diverses reprises l'Impératrice Elisabeth d'Autriche qui lui communiqua "certains aphorismes et paradoxes de son cousin le Roi Louis II de Bavière".


Quatrième citation attribuée au Roi Louis II

J'ai toujours vécu en état d'insécurité avec les femmes. Il y avait toujours un moment où arrivait une mauvaise surprise.... (Eine unangenehme Überraschung).

Arno Breker modelant le buste de Richard Wagner

Le sculpteur allemand Arno Breker (1900-1991) réalisa plusieurs bustes de Richard Wagner. Le voici en phase de modelage.

Le modelage du buste de 1939

plus récemment



Une photographie du buste par Charlotte Rohrbach

samedi 26 novembre 2016

Richard Wagner à la Villa les Artichauts: la lettre du Nouvel An 1866 à un ami

La villa Les Artichauts (photo Musée virtuel Richard Wagner)
Nous sommes à la fin de l'année 1865. Richard Wagner vient d'être chassé de Munich. Il quitte la capitale bavaroise le 6 décembre 1865, séjourne une semaine à La Tour-de-Peilz, puis se décide à séjourner à Genève dans une villa qu'il loue le 23 décembre. Il s'agit de la villa  "Les Artichauts" , près du Jardin des Cropettes, dans le quartier de Sécheron. Là il se remet, après un an et demi d'interruption,  à ses Maîtres chanteurs. Il en achève la composition et y orchestre le premier acte. Mais les Artichauts  ne lui donne pas le confort qu'il y avait espéré et très vite Wagner souhaite partir pour le Sud de la France. Pour ce faire, il écrit le premier janvier 1866 une lettre en français à un ami, Monsieur X., dont voici une copie photographique, suivie de sa retranscription.

Voici comment Albert Soubies (1846-1918) et Charles Malherbe (1853-1911) évoquent le parcours de cette lettre et comment ils y en ont reçu. On en trouve le récit dans leurs Mélanges sur Richard Wagner : un opéra de jeunesse, une origine possible des maîtres chanteurs, un projet d'établissement en France, publiés chez Fischbacher à Paris en 1892. D'après Soubies et Malherbe, la lettre a été adressée par Wagner à un personnage politique qu'il avait connu dans le salon d'Emile Ollivier et qui, depuis, a été mêlé à presque tous les événements de l'histoire de l'époque. Ce M. X. avait offert ses services au compositeur allemand et s'était mis en quelque sorte à sa disposition. Aussi la lettre a-t-elle un caractère intime qui ajoute à son intérêt. Elle appartenait alors à Mme M. Hellman qui leur en a communiqué la photographie.

La lettre du Nouvel An 1866 et sa retranscription





1er Janvier 1866.

Genève « Campagne des artichauts. »

     Merci, merci, mon cher ami! Vous savez combien peu je suis fort dans le français. Pardonnez-moi, si je ne fais autre chose pour réponse à votre magnifique lettre, que vous prier de m'assister pour arriver au seul but que je désire, c'est de gagner une retraite absolue, qui me met hors du monde, pour pouvoir enfin travailler et finir mes œuvres commencées et projetées.
    Je pense fort sérieusement à la France du Midi, et ce que je cherche, c'est une belle campagne ou un petit château depuis Avignon et Arles, jusqu'à Perpignan et les Pyrénées pourtant où que cela soit, pourvu que cela ne soit pas, ni Marseille, ni Nimes, plutôt une de ces petites villes hors du commerce, délaissées, où l'on trouve cette vie à bon marché, si vantée de la France méridionale.
     Eh bien mon ami! Je ne connais personne pour lui demander des renseignements. Mais à Paris, on sait tout, on trouve tout. Je voulais écrire à Truinet*, quand votre aimable lettre m'a tourné vers vous. Voilà mon affaire. Veuillez charger un agent, un homme d'affaires pour gagner les renseignements nécessaires. Peut-être avez-vous des connaissances au Midi? Enfin, faites tout votre possible pour me procurer ce que je cherche. Je préfère à tout autre arrangement un bail à 5 ou 6 ans, achat en vue. Prix n'importe.
     La chose principale est de me placer hors du monde d'une façon agréable, de m'éloigner de tout contact avec mes horribles relations du passé.
    C'est le seul moyen de sauver mes œuvres conçues, qui seront perdues, si je passe encore une année dans des convulsions du genre de mon ordinaire. Toute somme que vous demanderez pour les frais de l'agence, annonces, etc. etc., vous sera envoyée immédiatement.
     Eh bien, cher monsieur X., soyez si bon de prendre au sérieux ma grande prière, et tâchez de me faire avoir de favorables nouvelles. Aussitôt que tout est bien préparé, j'irai moi-même en route pour la France du Midi, je verrai tout ce qu'on m'aura indiqué et je vous serai immensément reconnaissant.
     Mille amitiés bien sincères et senties.

Votre dévoué, 
Richard Wagner

*Il s'agit du librettiste et dramaturge français Charles Nuitter, de son vrai nom Charles-Louis-Étienne Truinet (1828-1899). Nuitter a traduit plusieurs livrets d'opéras de Richard Wagner, dont il fut un ami et admirateur .

                                                                        

Cette lettre date de janvier 1866, soient cinq années après le désastre parisien de Tannhäuser. Malgré le fait que Wagner a connu des années pénibles en France, il souhaite alors à nouveau s'y installer. 

Wagner quittera les Artichauts pour se rendre dans le Sud de la France le 21 janvier 1866 en y laissant son chien Pohl et en oubliant de moucher une bougie qui mettra le feu à une pièce de la bâtisse. Un domestique parviendra à circonscrire l'incendie dans lequel le chien périra. Le domestique enterra le chien dans le jardin de la propriété.

A son retour aux Artichauts, Wagner, qui a entre temps la mort de son épouse Minna, se désole de la mort de son chien et lui donne au pied d'un bel arbre une sépulture plus digne de l'affection qu'il lui portait. Wagner ne se rendit pas aux funérailles de sa femme, ce qui fit dire  à Hans von Bülow que Richard Wagner accordait plus d’importance à son chien qu’à sa femme… 

Wagner quittera les Artichauts pour Triebschen, en compagnie de Cosima.

Des Artichauts il ne reste plus rien aujourd'hui. La demeure tomba sous la pelle des démolisseurs dans les années 1960. 



Source principale: Malherbe et Soubies, op.cit.

Magic fire, un film de William Dieterle qui retrace la biographie de Wagner (1955)

De g. à d.: Valentina Cortese, Carlos Thompson, Yvonne De Carlo, Alan Badel,
et Rita Gam dans Magic fire (1955)

Photo IMDB
Magic Fire est un film américain réalisé par William Dieterle, sorti en 1955, qui retrace la vie de Richard Wagner. La musique de Wagner a été arrangée pour le film par Erich Wolfgang Korngold, (1897-1957) lui-même compositeur de musique clasique et d'opéras, et chef d'orchestre, qui s'installa à Hollywood en 1936 où il entama une seconde carrière de compositeur de musiques de films et travailla pour la Warner Bross. Dieterle travailla avec lui pour diverses productions de la Warner Bros. films, dont A Midsummer Night's Dream.

Même si de nombreux faits de la vie de Wagner sont correctement rapportés dans le film, d' autres, tout aussi nombreux, ont été transformés, apparemment pour des raisons dramatiques. Ainsi le film met-il en exergue les relations féminines de Wagner et, pour ne citer qu'un exemple des fantaises biographiques il présente Wagner en train de mourir alors qu'il est installé à son piano à Venise. Un passage important du film, historiquement précis, met en scène les émeutes parisiennes  aux alentours de l'opéra lors la première de Tannhaüser. Le mécénat du Roi Louis II de Bavière est présenté sans que le film ne s'intéresse de près à la personnalité controversée du Roi.

Le film, en Trucolor, produit par la société Republic pictures, a fait appel à une importante distribution et les décors sont somptueux. La société Republic pictures était surtout connue pour  westerns de série B et ses films d'aventure. Magic fire fut un des films de prestige produits par Herbert Yates, le directeur de Republic. Malgré les moyens déployés, la critique fut mitigée lors de sa sortie et les recettes décevantes.

David T. Chantler et Ewald André Duponten ont imaginé le scénario d'après le roman de Bertita Harding Magic Fire: Scenes around Richard Wagner, The Story of Wagner’s Life and Music, Bobbs, 1953; Harrap, 1954.

Le film a été tourné pour partie en studio, mais la production s'est offert le déplacement en Bavière, à Bayreuth et à Zurich où des scène sont été tournées à l'ancienne Villa Wesendonck.




Données techniques

Production : William Dieterle
Société de production : Republic Pictures
Superviseur musical : Erich Wolfgang Korngold
Chorégraphe : Tatjana Gsovsky
Photographie : Ernest Haller
Direction artistique : Robert Herlth
Costumes : Ursula Maes
Décors : Robert Herlth
Distribution : Republic Pictures
Langue : Anglais
Pays d'origine : États-Unis
Format : Couleur (Trucolor) - Son : Mono (RCA Sound Recording)
Genre : Drame
Durée : 120 minutes
Date de sortie :
France 30 juin 1955
États-Unis 29 mars 1956

Gerhard Riedmann (Louis II) et Alan Badel (Wagner)


Distribution

Yvonne De Carlo : Minna Planer
Carlos Thompson : Franz Liszt
Rita Gam : Cosima Liszt
Valentina Cortese : Mathilde Wesendonck
Alan Badel : Richard Wagner
Peter Cushing : Otto Wesendonck
Frederick Valk : Ministre von Moll
Gerhard Riedmann : Louis II de Bavière
Erik Schumann : Hans von Bülow
Robert Freitag : August Roeckel
Heinz Klingenberg : Roi de Saxe
Charles Régnier : Giacomo Meyerbeer
Fritz Rasp : Pfistermeister
Kurt Großkurth : Directeur de Théâtre de Magdebourg
Hans Quest : Robert Hubner

Aide à la recherche

Pour faire des recherches à propos de ce film sur internet, il peut être utile de connaître les titres allemands et français du film, respectivement Frauen um Richard Wagner et Feu magique. 

On trouve 21 photos du film  ou de ses affiches sur IMDB.

Pour le moment, on trouve facilement le film en dvd. (Cliquer sur la photo pour l'agrandir)







L'extrait

Dans les vingt dernières minutes du film, Dieterle et Korngold sont parvenus à résumer les 16 heures du Ring der Niebelungen en 5 minutes. C'est Korngold lui-même qui a été filmé au pupitre, parce que l'acteur qui devait jouer Hans Richter n'avait pu respecter son engagement. Un passage où apparaît à plusieurs reprises le Roi Louis II de Bavière interprété par Gerhard Riedmann.

vendredi 25 novembre 2016

Ludwig, un Roi sur la lune, au Théâtre Gérard Philippe

© Serge Bloch
La pièce de Frédéric Vossier fut créée Festival d’Avignon en juillet 2016 à L’Autre Scène du Grand Avignon Vedène, dans la mise en scène de Madeleine Louarn. La pièce est reprise en décembre au Théâtre Gérard Philippe à Paris Saint-Denis.


Avec Rodolphe Burger, Julien Perraudeau et les comédiens de l’atelier Catalyse : Tristan Cantin, Guillaume Drouadaine, Christian Lizet, Christelle Podeur, Jean-Claude Pouliquen, Sylvain Robic.

Du 3 au 12 décembre en la salle Roger Blin

Plus d'infos et réservations: cliquer ici

© Christian Berthelot

Présentation de la pièce

Roi légendaire, roi fou, roi qui ne voulut jamais être totalement roi, Louis II de Bavière est autant admiré aujourd’hui qu’il fut détesté ou incompris en son règne. Grand mécène de Wagner, constructeur compulsif, il a durant sa vie entière cherché dans l’art et la fiction le sublime que la société allemande ne lui permettait pas de vivre. Celui qui écrivait : « Je veux demeurer pour moi et pour les autres une éternelle énigme » a réussi son pari au-delà de toute espérance.
Madeleine Louarn et les comédiens handicapés mentaux de Catalyse, avec qui elle travaille depuis plus de vingt ans, ont décidé de mettre ce personnage au coeur de leur prochain spectacle. Avec leurs compagnons de route, Frédéric Vossier pour le texte, Rodolphe Burger pour la musique, Loïc Touzé et Agnieszka Ryszkiewicz pour la chorégraphie, ils exploreront les fantasmes et les rêves de ce roi romantique.
Ils suivront sa recherche absolue d’une vie qui touche au sublime, les contradictions profondes qui l’habitent, son retrait progressif de la vie réelle pour un monde de fiction – le lent chemin de sa décomposition. De cette chute, ils font un voyage dans l’esprit de Louis II, et construisent une pièce-paysage où la nature, les arts et les excès conduisent au fantastique.


Citations

Il n’y a pas de chose plus vraie que la lune. 

Il faut détruire la paresse dépravée des riches.
Il faut regarder la masse des hommes misérables.
Entendre le besoin essentiel de l’homme.
Le besoin de vivre.
Le besoin d’aimer.
La joie et la fierté.
Il faut s’aventurer sur les glaciers.
Plonger dans la terreur.
Créer l’œuvre d’art.
L’avenir de l’œuvre d’art.
Il faut créer l’avenir.


L'auteur

Frédéric Vossier est docteur en philosophie politique. Il a enseigné en lycée et enseigne aujourd’hui les sciences humaines dans une école de graphisme à Blois. Il est intervenu en faculté des Arts du spectacle (Poitiers, Rennes, Paris-Censier, Tours). Il a longtemps enseigné au conservatoire de Poitiers, a fondé l’Atelier de lecture contemporaine en Poitou-Charente (désormais dirigé par Leila Adham). Depuis 2013, il enseigne au conservatoire d’Orléans et est collaborateur littéraire au TNS (Théâtre national de Strasbourg).

L'extrait