dimanche 31 juillet 2016

Ludwigmania: carte postale commémorative du Roi Louis II de Bavière



Carte. postale éditée par les éditions J. Silberstein à Munich. La carte de style Jugendstil représente un itrailleur portant son fusil et un coeur à l´effigie du Roi, sur fond des chateaux royaux de Hohenschwangau et Neuschwanstein.

Traduction du texte: Tu n´as pas besoin de statue de pierre, tu n´as pas besoin de monument en métal, ton image vivra à jamais dans le coeur de la Bavière.



Louis II de Bavière et le chalet de Bleckenau


in Luise von Kobell, König Ludwig und die Kunst, München 1898
Le chalet de montagne de Bleckenau a été construit près de Hohenschwangau entre 1846 et 1850 sur demande du Roi Maximilien II, le père de Louis II, qui voulait faire plaisir à sa femme, la future reine Marie. Marie de Prusse était une randonneuse passionnée, une activité à laquelle elle s´était adonnée fort jeune, alors que, passant les mois d´été avec sa famille au château de Fischbach dans les Monts des Géants en Silésie. Là se trouvait le cottage de Marianne, construit pour Marianne von Hessen-Homburg, un chalet de type suisse qui servit de modèle au chalet de Bleckenau. Plus tard Bleckenau servit de chalet de chasse au Roi Louis II.

 in Luise von Kobell, König Ludwig und die Kunst, München 1898
La Reine Marie aimait s´y rendre et s´y livrer à des activités parfois ancillaires, comme celle de faire de ses royales mains la vaisselle de ses services en porcelaine. Elle avait aussi confectionné des serviettes dont elle avait elle-même filé le lin en compagnie de ses dames de cour.

Elle y emmenait bien sur ses enfants. Louis II, à peine couronné, retrouvant Bleckenau en 1864, s' exclama, se remémorant des souvenirs d´enfance: „Wie freu ich mich Dich wieder zu begrüßen, Du stilles Haus, nach langer, langer Zeit!“.

Le chalet est situé le long du  Pollät, entre le  Säuling et le Straußberg, Il a encore sa facade d´origine. Il est depuis 1919 géré par la famille Schweiger qui y propose un service de restauration.

Le Pöllach coule devant le chalet



Le chateau de Fischbach en Silésie, peint par Carl Daniel Freydanck, vers 1845


Une caricature de Wagner, Cosima et Hans von Bülow (1864)

1864. Wagner avec Cosima, suivis par le mari de Cosima. Hans von Bülow,
dans la Maximilinstrasse de Munich après une répétition de Tristan et Isolde.

samedi 30 juillet 2016

Ciel d´orage à Mittenwald





























L´hymne bavarois du temps de Louis II - BAYERNHYMNE - König Ludwig II





Le poème de Michael Öchsner

Version originale de 1860/1861, la version que Öchsner tenait pour la seule originale. Et donc la version que Louis II de bavière a entendue à maintes et maintes reprises.s

Für Bayern

Gott mit dir, du Land der Bayern,
Deutsche Erde, Vaterland!
über deinen weiten Gauen
ruhe Seine Segenshand!
Er behüte deine Fluren,
schirme deiner Städte Bau
und erhalte dir die Farben
Seines Himmels Weiß und Blau.

Gott mit uns, dem Bayernvolke,
dass wir, unsrer Väter wert,
fest in Eintracht und in Frieden
bauen unseres Glückes Herd;
dass mit Deutschlands Bruderstämmen
einig uns der Gegner schau,
und den alten Ruhm bewähre
unser Banner Weiß und Blau!


Gott mit ihm, dem Bayern-König,
Segen über sein Geschlecht!
Denn mit seinem Volk im Frieden
wahrt Er dessen heilig Recht!
Gott mit ihm, dem Landesvater,
Gott mit uns in jedem Gau,
Gott mit dir, du Land der Bayern,

La septième symphonie de Bruckner: la dédicace au Roi Louis II de Bavière et l´adagio en hommage à Richard Wagner

Bruckner commença à écrire la septième symphonie en septembre 1881. Le premier mouvement fut terminé en juillet 1882. Il y avait alors belle lurette qu´il portait à Wagner un culte absolu et à sa musique un amour éperdu, il lui avait dédicacé sa troisième symphonie.

Le début de l'année 1883 avait porté un coup sévère à Bruckner, à la fois personnellement et professionnellement. Le compositeur avait ressenti la mort de Wagner comme une perte profonde, d'autant plus qu´au cours de leur dernière rencontre, à l´occasion de la première de Parsifal lors du deuxième Festival de Bayreuth en 1882, lui avait promis de diriger toutes ses symphonies. 

En 1882 déjà, l´idée de la mort prochaine de Wagner obsédait Bruckner: « Je rentrais chez moi un jour, très triste ; je me disais il est impossible que le Maître vive longtemps encore. À ce moment précis, l'Adagio en ut dièse mineur me fut inspiré ». Dans un tempo Misterioso e lente assai , quatre tubas wagnériens (Wagnertuben) et un tuba contrebasse modulent comme de belles orgues un thème d'une rare élévation que les violons reprennent avec une mélodie que l'on relève dans son Te Deum.

Apprenant le décès de Richard Wagner, Bruckner en fut extrêmement affecté et modifia la fin de l'Adagio, insérant un choral funèbre aux cors, tubas wagnériens et tuba basse juste avant la coda terminale. Cet adagio a été exécuté aux obsèques de Richard Wagner dans un arrangement pour harmonie de Ferdinand Löwe. 

L'Adagio, et en particulier la coda, a été conçu comme une lamentation grandiose pour le maître de Bayreuth. 

La symphonie fut exécutée une première fois fin 1884, mais fut fort critiquée. Elle connut le succès lorsque elle fut présentée à Munich sous la direction d´ Hermann Levi le 10 mars 1885, Bruckner avait appris à connaître Levi, le chef d´orchestre choisi par Wagner pour Parsifal, au cours de plusieurs voyages à Bayreuth. Bruckner a été célébré par le public et la communauté artistique de Munich. Des amis ont recueilli la somme nécessaire à la publication de la symphonie publié, et Bruckner souhaita dédier sa symphonie au Roi Louis II, le mécène de Wagner. 

On dispose de la lettre que le compositeur adressa au Roi Louis II, en voici deux extraits (le début et la fin de la lettre):

Eure königliche Majestät! Aufs tiefste ergriffen und im höchsten Gefühl der Freude bitte ich allerunterthänigst, Euere Majestät wolle allergnädigst gestatten, daß ich für die mir durch Allerhöchste Entschließung Euerer königlichen Majestät gewordene Allerhöchste Auszeichnung: die allerunterthänigste Widmung meiner VII. Sinfonie Allergnädigst entgegenzunehmen - Euerer königlichen Majestät meinen ehrfurtsvollsten, im tiefsten Herzen gefühlten Dank zu Füßen legen dürfe! 
[...]
Gestatten mir Euere Majestät zum Schlusse noch die Allerunterthänigste Bitte Euere königliche Majestät wollen allergnädigst geruhen, auf dem Wege Allerhöchster Entschließung eine Aufführung von meiner Allergnädigst angenommenen Sinfonie, in deren Adagio die Trauermusik zum Andenken an des Meisters Hinscheiden ertönt,vor Euerer königlichen Majestät in königlicher Gnade gestatten zu wollen.
Gott segne! beschütze! und schirme Euere königliche Majestät! In tiefster Erfurcht verharrt
Euerer königlichen Majestät allerunterthänigster Diener

Anton Bruckner.

On y retrouve ce coté de 'dévot naïf' et de chien rampant aux pieds d´un  maître, dont, dit-on Wagner lui-même se serait gaussé à Bayreuth. Dans la  lettre, il évoque son adagio signalant au Roi qu´il´agit d´une musique funèbre en hommage à Maitre Wagner

Le cinq mai Anton Bruckner recut la réponse à sa requête: le Roi Louis II acceptait la dédicace.


L´adagio, sehr feierlich und sehr langsam

par Herbert von Karajan et le Wiener Philarmoniker

vendredi 29 juillet 2016

Festival d´Opéra de Munich: le récital de René Pape au Prinzregententheater


Rarement un patronyme a-t-il été mieux porté. Car comment désigner une soirée avec René Pape sinon en lui attribuant les qualificatifs de Roi, d´Empereur ou, lorsque il se fait religieux comme hier soir au Prinzregententheater, de Pape. Et c´est aussi avec une ferveur quasi religieuse que le public accueille une des plus grandes basses du monde, avec sa voix adamantine et noire, une voix unanimement célébrée et qui a reçu en 2013 son troisième Echo Klassik dans la catégorie "Black Diamond Bass". Sans doute, et pour être complet, faudrait-il lui citer encore son titre de Prince des Ténèbres, mais cet avatar de René Pape n´était pas au programme...

René Pape nous a offert dans le cadre du Festival d´été de l´Opéra de Munich un récital qu´il a déjà présenté à Garnier en février et également à New York avec au programme en première partie les Gellert-Lieder de Ludwig von Beethoven et les Chants bibliques de Dvorak (Biblické písně) et, après la pause, les trois Shakespeare Songs de Roger Quilter suivis des Chants et danses de la mort (Песни и пляски смерти) que Modeste Moussorgski composa sur des poèmes d'Arseni Golenichtchev-Koutouzov. Il est accompagné par un  pianiste brillantissime, Camillo Radicke, originaire comme lui de la ville de Dresde, qui donnera notamment un Beethoven exceptionnel et très remarqué.

D´emblée on est frappé par le caractère impérieux de René Pape qui ne se monte pas sensible aux applaudissements d´accueil et fait une entrée en scène quasi solennelle. Le charisme et la prestance autoritaire du chanteur sont tels qu´il impose d´emblée un recueillement et une ferveur dignes d´une grand messe. Et la concentration monte encore dès que la voix de René Pape emplit la salle avec Bitten, le premier des six Gellert-Lieder de Ludwig von Beethoven. René Pape exprime le sentiment intime marqué d´inquiétude, la supplication, la foi sincère et l´éclat poétique des Odes et chants religieux que composa le moraliste Christian Fürchtegott Gellert au 18ème siècle. René Pape détaille la portée émotionnelle de chaque mot, sinon de chaque consonne finale, avec un art consommé de la précision et de la nuance et réussit le paradoxe de communiquer de sa voix puissante, sonore et profonde le mysticisme et l´intimité cachée dans ces conversations très personnelles avec Dieu. La clameur de l´appel déchirant de son "Ich suche Dich" dans Bußlied, est confondante de vérité expressive.

Les Chants bibliques détaillent le langage des psaumes avec les cris et les  suppliques à Dieu, les bénédictions et les remerciements que le peuple élu Lui adresse en se rassurant d´ etre protégé par le divin bouclier, ou le chant d´exil de Babylone extrait du même psaume qui a inspiré le "Va pensier..." de Nabucco. Ici encore, René Pape rend l´atmosphère opprimée de ces textes et nous conduit de son diamant sombre dans une progression qui va désespoir à la ferveur, en déployant toute la beauté de son timbre magnifique et d´un subtil vibrato.

Après l'entracte, c´est comme un moment de détente avec les trois Shakespeare Songs de Roger Quilter dont la ligne mélodique est plus simple et plus légère que celles de Beethoven et de Dvorak. La mort même, dans Come away death, se fait plus poétique avec son espoir de renaissance exprimé par l´image du cyprès. René Pape se montre ici plus chaleureux et cordial et  même le souffle glacé du vent d´hiver de la troisième chanson ne l´empêche pas de se se  terminer presque sur une note joyeuse Then heigh-ho! the holly! this life is most jolly! Comme pour le tchèque des Chants bibliques, on est ici aussi frappés par la maîtrise de la diction anglaise de René Pape et de sa capacité à jongler avec les langues.

Avec les Chants et danses de la mort, on revient aux aspects les plus sombres de la description de la mort avec d´entrée l´agonie d´un enfant et la solitude terrifiante de la mère qui voit l´aube et la mort s´approcher. René Pape exprime ici une infinie tendresse et un désespoir infini, avec une interprétation des plus sensible du dernier vers de la Berceuse (Kolibel'naya): "Bajuschki, baju, baju . Dors, mon enfant, dors." Une même sensibilité imprègne son chant dans Sérénade où la mort impérative adopte le langage de l´amour: "Sois tranquille...tu m´ appartiens". La dernière chanson est tout aussi impérative puisque la mort y devient un chef d´armée monté sur un cheval qui inspecte ses troupes après une bataille. René Pape en donne une interprétation glaçante et sépulcrale.

Après un moment de stupeur, alors qu´on est encore baigné dans les eaux tragiques des Chants et danses de la mort, le public se libère de sa tension attentive par des applaudissements et des trépignements tellement fervents qu´ils finissent par arracher un sourire au célèbre chanteur. Au moment des bis, l´atmosphère se détend et devient presque complice. Mais les bis appartiennent au rituel et sans doute préférerait-on rester sous le charme glacé  et adamantin du spectacle parfaitement orchestré d´une des plus grandes basses de l´histoire du chant lyrique. René Pape ne cherche pas à séduire le public, mais met son énorme talent art au service de l´interprétation, et c´est tant mieux.

Source de la photographie et plus d´informations sur le site du chanteur.

Wagner, la grosse charge parisienne, une caricature d´Ernst Benedikt Kietz

Caricature de Wagner: La grosse charge parisienne, Ernst Benedikt Kietz,1840



jeudi 28 juillet 2016

Les Indes galantes de Rameau dans la mise en scène de Sidi Larbi Cherkaoui

Lisette Oropesa (Hébé/Zima)

Nicholaus Bachler, le Directeur général de l´Opéra de Munich, souhaitait depuis longtemps confier une mise en scène au chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui. C´est à présent chose faite avec le ballet héroïque (aussi appelé opéra-ballet) Les Indes galantes de Rameau actuellement présenté au Prinzregententheater dans le cadre du festival d´opéra du Bayerische Staatsoper. Le choix d´un chorégraphe comme metteur en scène est particulièrement bien adapté tant le ballet tient une place importante dans la plus représentative des oeuvres lyriques de Rameau. 

Sidi Larbi Cherkaoui est venu au monde de l´opéra par sa collaboration au Fliegende Holländer que Guy Cassiers avait mis en scène à Bruxelles, et il a encore récemment approfondi sa relation à l´univers wagnérien puisque parallèlement à son travail munichois il a créé la chorégraphie du Crépuscule des dieux que vient de monter le même Guy Cassiers au Staatsoper de Berlin. 

Dans sa mise en scène des Indes galantes on le sent particulièrement attentif aux rythmes et au mouvement de cet opéra où le thème du voyage joue un rôle central. Panta rhei, tout se meut et il n´est pas de situation figée, aussi inextricable qu´elle paraisse. La mobilité héraclitienne n´est cependant pas incompatible avec le thème de l´éternel retour. Ça s´en va et ça revient...tel le serpent qui se mord la queue, au prologue comme au final, Cherkaoui place l´action dans une classe d´école primaire, avec ses cartes didactiques qui se déroulent à l´ancienne, et organise le ballet des bancs que ses danseurs et danseuses déplacent dans une vaste salle présentée de guingois: la déesse de la jeunesse Hébé (la délicieuse Lisette Oropesa) se fait maîtresse d´école dans une classe multiculturelle où elle enseigne à ses élèves de diverses origines européennes de jouir des plaisirs de l´amour. Bellone, chantée par l´inénarrable Goran Juric travesti en une énorme femme-adjudant, inquiétante et masculine, et arborant de multiples décorations. Les élèves se chamaillent en arborant de petits drapeaux de leurs pays respectifs. Au tableau, Hébé écrit la conjugaison du verbe venir. Lorsquearrive la suite de la déesse, précédée d´un drapeau américain, les écoliers font taire leurs querelles nationalistes et troquent leurs drapeaux pour de petits drapeaux européens... La mise en scène de Cherkaoui est placée sous le signe de l´humour. Mais si on lève les yeux, on se rend compte que ce monde mouvant rempli d´enfants turbulents n´est pas si drôle que cela ou est en tous cas plus paradoxal qu´il n´y parait: surplombant les parois de la classe, on voir des fils de fer barbelés comme ceux qui entourent les murs d´une prison ou d´un camp. Ce monde, dont les décors sont l´oeuvre d´Anna Viebrock, est aussi un univers concentrationnaire. 

L´exotisme du 18ème siècle qui se plaît à réduire les mondes lointaines à des bibelots en porcelaine aussi naïfs que charmants et qui considère l´étranger avec le regard ironique de Montesquieu se trouve fortement ébranlé par la comparaison avec l´actualité du 21ème siècle. Les grands voyageurs d´aujourd´hui, ce ne sont pas des voyageurs persans s´étonnant des moeurs parisiennes, mais plutôt les millions de personnes déplacées par les contraintes extrêmes des guerres et des famines. Le tour du monde amoureux du ballet de Rameau se termine en quatrième partie chez Cherkaoui avec des réfugiés dormant à même le sol ou sous de tentes de fortune et qui se heurtent aux murs physiques ou policiers que les nations qu´ils sont désespérés de traverser dressent l´une après l´autre. L´étranger n´est plus celui d´une porcelaine de Meissen placée sur une commode ou dans une vitrine; quand il lève le nez au ciel c´est pour se voir confirmer qu´il se trouve dans un univers concentrationnaire.

Cyril Auvity (Valère), Compagnie
Eastman, Balthasar-Neumann-Chor 

Les changements de décor se font à l´aide de mouvements dansés du mobilier de scène facilité sans doute par des roulettes, et ils interviennent en souplesse,vers la fin de chaque acte: le décor de l´acte suivant se met en place dans des transitions coulées, alors que l´acte en cours n´est pas encore terminé, ce qui, au-delà de l´éclatement des lieux, marque aussi la continuité du propos entre les actes. Si l´on change de continent, on n´en change pas pour autant de sujet: l´amour, toujours l´amour, l´amour qui semble impossible un moment pour se voir finalement consacré, partout et sur toute la planète. Ainsi les bancs et le tableau de l´école cèdent-ils la place au maître-autel d´une église, auquel on accède par une série de marches. Huascar (François Lis), le prêtre inca, se modernise en un prêtre catholique sectaire qui marie un ballet de couples à tour d´effets de chasuble, tout en refusant de bénir un couple gay. L´effet pyramide inca existe toujours, mais c´est une pyramide humaine qui se forme autour du prêtre qui a escaladé l´autel et se poste en haut du tabernacle entouré de grappes de fidèles. On retrouve là la critique acerbe de la religion caractéristique du travail de Cherkaoui. Pour le pays des fleurs, l´autel cède la place aux grandes vitrines d´un musée d´histoire naturelle qui se garnissent de fleurs humaines, avec l´effet cocasse des danseurs-fleurs qui ont les pieds enracinés dans de grands pots. La comédie humaine se déroule alors dans ces vitrines qui se remplissent à la limite de leurs capacités. Des éléments narratifs du décor sont en correspondance de décor en décor: ainsi les planches zoologiques de la première partie, avec leurs représentations d´animaux volants, insectes ou oiseaux, ou ce rapace empaillé qui décorait la classe sont en correspondance avec les vitrines du musée qui sert de décor au pays des fleurs. Enfin l´arrivée de groupes migrants qui envahissent la scène et les vitrines ouvre la voie au dernier des quatre tableaux amoureux. Le pays des sauvages est peuplé de migrants qui exercent les métiers serviles du nettoyage, la catégorisation des classes sociales ne réfrénant pas l´ardeur amoureuse. Cherkaoui chorégraphie ici l´extraordinaire numéro soliste d´un nettoyeur-danseur autour de son balai, là le ballet d´une chaîne humaine qui se meut comme dans une suite de cascades de dominos. Fascinant!

Le propos de Cherkaoui n´est pas ni réducteur ni pessimiste, il ne présente pas une vision horrifiée de la situation du monde, mais s´inscrit bien au coeur du débat entre Hébé et Bellone, l´amour et la guerre, dans la représentation d´une action où par quatre fois l´Amour triomphe. Le Panta Rhei, le monde du voyage et de l´impermanence, suppose aussi qu´il n´y ait d´impasse à nulle situation.

La mise en scène de Cherkaoui grouille d´idées, le plateau est submergé par les artistes qui participent d´un même mouvement scénique: les chanteurs et les choeurs sont intégrés à la danse. Si Cherkaoui inscrit l´action de l´opéra dans un monde plus ou moins contemporain, il l´aborde avec une profusion typiquement baroque où le mouvement l´emporte sur la définition des contours. 

Le Bayerische Staatsoper n´a pas lésiné sur les moyens pour cette production qui termine le festival d´opéra 2016 en feu d´artifice. Les meilleurs spécialistes ont été engagés pour assurer un spectacle de rêve: la Compagnie Eastmann de Sidi Larbi Cherkaoui avec douze danseuses et danseurs, un orchestre dit du festival avec des instrumentistes baroques renommés avec l´incomparable Ivor Bolton, et le superbe Choeur Balthasar Neumann de Fribourg, dont une des spécialités est la musique baroque. Dix jeunes solistes dont quatre Francais (Elsa Benoit, Matthias Vidal, François Lis et Cyril Auvity) apportent leur enthousiasme et leur talent à la profusion du spectacle, même s´ils ne sont pas tous des baroqueux. Un bonheur ne vient jamais sans l´autre: tant les choeurs que les solistes prononcent tous un Français impeccable, ce qui n´avait pas été le cas dans La Juive qu´on vient d´entendre à Munich, et l´on passe une délicieuse soirée baroque et festive à écouter du Rameau dans un spectacle à la vision intelligemment renouvelée.

Crédit photographique: Wilfried Hösl

Agenda: les Indes galantes se jouent encore les 29 et 30 juillet au Prinzregententheater, à guichets fermés.

Video-magazine du Bayerische Staatsoper

Opéra de Munich: le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui met en scène Les Indes galantes de Rameau

Lisette Oropessa (Hébé/Zima)
Nicholaus Bachler, le Directeur général de l´Opéra de Munich, souhaitait depuis longtemps confier une mise en scène au chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui. C´est à présent chose faite avec le ballet héroïque (aussi appelé opéra-ballet) Les Indes galantes de Rameau actuellement présenté au Prinzregententheater dans le cadre du festival d´opéra du Bayerische Staatsoper. Le choix d´un chorégraphe comme  metteur en scène est particulièrement bien adapté tant le ballet tient une place importante dans la plus représentative des oeuvres lyriques de Rameau

Sidi Larbi Cherkaoui est venu au monde de l´opéra par sa collaboration au Fliegende Holländer que Guy Cassiers avait mis en scène à Bruxelles, et il a encore récemment approfondi sa relation à l´univers wagnérien puisque parallèlement à son travail munichois il a créé la chorégraphie du Crépuscule des dieux que vient de monter le même Guy Cassiers  au Staatsoper de  Berlin. 

Dans sa mise en scène des Indes galantes on le sent particulièrement attentif aux rythmes et au mouvement de cet opéra où le thème du voyage  joue un rôle central. Panta rhei, tout se meut et il n´est pas de situation figée, aussi inextricable qu´elle paraisse. La mobilité héraclitienne n´est cependant pas incompatible avec le thème de l´éternel retour. Ça s´en va et ça revient...tel le serpent qui se mord la queue, au prologue comme au final, Cherkaoui place l´action dans une classe d´école primaire, avec ses cartes didactiques qui se déroulent à l´ancienne, et organise le ballet des bancs que ses danseurs et danseuses déplacent dans une vaste salle présentée de guingois: la déesse de la jeunesse Hébé (la délicieuse Lisette Oropesase fait maîtresse d´école dans une classe multiculturelle où elle enseigne à ses élèves de diverses origines européennes de jouir des plaisirs de l´amour. Bellone, chantée par l´inénarrable Goran Juric travesti en une énorme femme-adjudant, inquiétante et masculine, et arborant de multiples décorations. Les élèves se chamaillent en arborant de petits drapeaux de leurs pays respectifs. Au tableau, Hébé écrit la conjugaison du verbe venir.  Lorsque arrive la suite de la déesse, précédée d´un drapeau américain, les écoliers font taire leurs querelles nationalistes et troquent leurs drapeaux pour de petits drapeaux européens... La mise en scène de Cherkaoui  est placée sous le signe de l´humour. Mais si on lève les yeux, on se rend compte que ce monde mouvant rempli d´enfants turbulents n´est pas si drôle que cela ou est en tous cas plus paradoxal qu´il n´y parait: surplombant les parois de la classe, on voir des fils de fer barbelés comme ceux qui entourent les murs d´une prison ou d´un camp. Ce monde, dont les décors sont l´oeuvre d´Anna Viebrock,  est aussi un univers concentrationnaire. 
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L´exotisme du 18ème siècle qui se plaît à réduire les mondes lointaines à des bibelots en porcelaine  aussi naïfs que charmants et qui considère l´étranger avec le regard ironique de Montesquieu se trouve fortement ébranlé par la comparaison avec l´actualité du 21ème siècle. Les grands voyageurs d´aujourd´hui, ce ne sont pas des voyageurs persans s´étonnant des moeurs parisiennes, mais plutôt les millions de personnes déplacées par les contraintes extrêmes des guerres et des famines. Le tour du monde amoureux du ballet de Rameau se termine en quatrième partie chez Cherkaoui avec des réfugiés dormant à même le sol ou sous de tentes de fortune et qui se heurtent aux murs physiques ou policiers que les nations qu´ils sont désespérés de traverser dressent l´une après l´autre. L´étranger n´est plus celui d´une porcelaine de Meissen placée sur une commode ou dans une vitrine; quand il lève le nez au ciel c´est pour se voir confirmer qu´il se trouve dans un univers concentrationnaire.


Viril Auvity (Valère),  danseurs,
Balthasar-Neumann-Chor
Les changements de décor se font à l´aide de mouvements dansés du mobilier de scène facilité sans doute par des roulettes, et ils interviennent en souplesse,vers la fin de chaque acte: le décor de l´acte suivant se met en place dans des transitions coulées, alors que l´acte en cours n´est pas encore terminé, ce qui, au-delà de l´éclatement des lieux, marque aussi la continuité du propos entre les actes. Si l´on change de continent, on n´en change pas pour autant de sujet: l´amour, toujours l´amour, l´amour qui semble impossible un moment pour se voir finalement consacré, partout et sur toute la planète. Ainsi les bancs et le tableau de l´école cèdent-ils la place au maître-autel d´une église, auquel on accède par une série de marches. Huascar (François Lis), le prêtre inca, se modernise en un prêtre catholique sectaire qui marie un ballet de couples à tour d´effets de chasuble, tout en refusant de bénir un couple gay. L´effet pyramide inca existe toujours, mais c´est une pyramide humaine qui se forme autour du prêtre qui a escaladé l´autel et se poste en haut du tabernacle entouré de grappes de fidèles. On retrouve là la critique acerbe de la religion caractéristique du travail de Cherkaoui. Pour le pays des fleurs, l´autel cède la place aux grandes vitrines d´un musée d´histoire naturelle qui se garnissent de fleurs humaines, avec l´effet cocasse des danseurs-fleurs qui ont les pieds enracinés dans de grands pots. La comédie humaine se déroule alors dans ces vitrines qui se remplissent à la limite de leurs capacités. Des éléments narratifs du décor sont en correspondance de décor en décor: ainsi les planches zoologiques de la première partie, avec leurs représentations d´animaux volants, insectes ou oiseaux, ou ce rapace empaillé qui décorait la classe sont en correspondance avec les vitrines du musée qui sert de décor au pays des fleurs. Enfin l´arrivée de groupes migrants qui envahissent la scène et les vitrines ouvre la voie au dernier des quatre tableaux amoureux. Le pays des sauvages est peuplé de migrants qui exercent les métiers serviles du nettoyage, la catégorisation des classes sociales ne réfrénant pas l´ardeur amoureuse. Cherkaoui chorégraphie ici l´extraordinaire numéro soliste d´un nettoyeur-danseur autour de son balais, là le ballet d´une chaîne humaine qui se meut comme dans une suite de cascades de dominos. Fascinant!

Le propos de Cherkaoui n´est pas ni réducteur ni pessimiste, il ne présente pas une vision horrifiée de la situation du monde, mais s´inscrit bien au coeur du débat entre Hébé et Bellone, l´amour et la guerre, dans la représentation d´une action où par quatre fois l´Amour triomphe. Le Panta Rhei, le monde du voyage et de l´impermanence, suppose aussi qu´il n´y ait d´impasse à nulle situation.

La mise en scène de Cherkaoui grouille d´idées, le plateau est submergé par les artistes qui participent d´un même mouvement scénique: les chanteurs et les choeurs sont intégrés à la danse. Si Cherkaoui inscrit l´action de l´opéra dans un monde plus ou moins contemporain, il l´aborde avec une profusion typiquement baroque où le mouvement l´emporte sur la définition des contours. 

Le Bayerische Staatsoper n´a pas lésiné sur les moyens pour cette production qui termine le festival d´opéra 2016 en feu d´artifice. Les meilleurs spécialistes ont été engagés pour assurer un spectacle de rêve: la Compagnie Eastmann de Sidi Larbi Cherkaoui avec douze danseuses et danseurs, un orchestre dit du festival avec des instrumentistes baroques renommés avec l´incomparable Ivor Bolton, et le superbe Choeur Balthasar Neumann de Fribourg, dont une des spécialités est la musique baroque. Dix jeunes solistes  dont quatre Francais (Elsa Benoit, Matthias Vidal, François Lis et Cyril Auvity) apportent leur enthousiasme et leur talent à la profusion du spectacle, même s´ils ne sont pas tous des baroqueux. Un bonheur ne vient jamais sans l´autre: tant les choeurs que les solistes prononcent tous un Français impeccable, ce qui n´avait pas été le cas dans La Juive qu´on vient d´entendre à Munich, et l´on passe une délicieuse soirée baroque et festive à écouter du Rameau dans un spectacle à la vision intelligemment renouvelée.

Crédit photographique: Wilfried Hösl

Agenda: les Indes galantes se jouent encore les 29 et 30 juillet au Prinzregententheater, à guichets fermés. 





Les sommets alpins autour de Neuschwanstein


La carte postale désigne, de gauche à droite, les Gernspitze, Köllespitze, Gimpel, Rote-Flüh, Vilser-Kegel, Rossberg et Agenstein. Cliquer sur la photo pour l´agrandir.

mercredi 27 juillet 2016

Le kiosque oriental de Louis II de Bavière dans le Parc de l´Orangerie à Strasbourg.

© Archives de Strasbourg




On lit dans le Signal de Madagascar et dépendances du 26 janvier 1908 (pages 1 et 2):

"La ville de Strasbourg vient de mettre en vente les souvenirs de Louis II de Bavière, qu'elle conservait à son musée des arts décoratifs.
Après la mort du roi Louis II de Bavière, là ville de Strabourg avait eu la singulière idée d'acquérir une série d'objets curieux de plus ou moins grande valeur artistique pour le musée des arts décoratifs (musée Hohenlohe*) de la ville, de même qu'elle achetait un petit kiosque chinois ayant appartenu au malheureux souverain, pour en garnir l'Orangerie. Cette année, le conseil municipal s étant rendu compte que ces objets, d'origine exotique, n'avaient aucune raison d'être dans un musée strasbourgeois d'art industriel, décida de les mettre en vente.
Dans la salle qu'ils occupaient, on a exposé une collection de faïences strasbourgeoises fort admirées."

*En 1887, né d’une initiative officielle, le Musée des Arts et Métiers (Kunstgewerbe Museum) est la première forme du Musée des Arts Décoratifs. Sous le nom de Hohenlohe-Museum, il fut aménagé au premier étage de la Grande Boucherie par les soins d’Auguste Schricker et d'Ersnt Polaczek.

Voici ce qu´on lit aujourd´hui sur Archi-Wiki:

"Le kiosque oriental avait été donné par Louis II de Bavière à la ville de Strasbourg vers 1888** (C’est en tout cas la date à laquelle il fut ouvert à la visite, au mois de juillet 1888). Un document réalisé par les archives de Strasbourg précise d’ailleurs que ce kiosque était initialement destiné au musée des arts décoratifs de Strasbourg, mais il est finalement exposé dans le pré situé entre le pavillon Joséphine et l’actuelle avenue de l’Europe. Auparavant, lorsqu’il se trouvait encore en Bavière, il était installé dans le parc du château de Berg sur la rive Est du lac de Starnberg, et Louis II de Bavière y aurait parfois diné."

Voici enfin ce qu´on lit sur la Base numérique du Patrimoine d´Alsace:

"Ce kiosque oriental est construit sur le modèle des maisonnettes de jardin des propriétés ottomanes situées sur la rive asiatique du Bosphore. Installé dans le parc du château de Berg sur la rive est du lac de Starnberg, Louis II de Bavière y dînait parfois. Celui-ci donna le kiosque à la ville de Strasbourg qui l’exposa dans le pré situé entre le pavillon Joséphine et l’allée de la Robertsau. Il est ouvert à la visite à partir de juillet 1888.

La décoration intérieure rappelait l’Orient : des narguilés, des lustres de Turquie, une fontaine, des tentures de brocart, un sofa en soie... En 1925, le kiosque en mauvais état est vendu à un particulier pour la somme de 800 francs, avec injonction de l’enlever du parc de l’Orangerie. Après de multiples sursis, il sera démoli en février 1930 (Isabelle Hess-Misslin)."

*En 1887, né d’une initiative officielle, le Musée des Arts et Métiers (Kunstgewerbe Museum) est la première forme du Musée des Arts Décoratifs. Sous le nom de Hohenlohe-Museum, il fut aménagé au premier étage de la Grande Boucherie par les soins d’Auguste Schricker et d'Ersnt Polaczek.
**Le rédacteur de ce passage fait erreur. Le Roi Louis II, mort en juin 1886, n´a pu donner ce kiosque à la ville de Strasbourg.


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Conclusion

Il s´agit donc probablement du pavillon mauresque que Louis II de Bavière avait commandé à l´automne 1868 à Franz von Seitz pour son jardin d´hiver sur le toit de la Résidence de Munich et qui n´y fut finlement pas installé. Il ordonna ensuite qu´on le construise dans le jardin du château de Berg.


Reste à savoir si la ville de Strasbourg a reçu le kiosque avant la mort du Roi ou si elle l´a acheté lors de la vente d´une partie de la  succession, comme l´indique Le Signal de Madagascar.
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Le kiosque dans les cartes postales anciennes