mardi 29 avril 2014

Mirandolina au Théâtre Cuvilliés par l'Opernstudio de l'Opéra de Bavière

Mirandolina: R. Wilson, J. Stewart, M. Grills, Y. Sokolik, Opernballett

L'Opernstudio jouera Mirandolina de Bohuslav Martinů à partir de ce mercredi 30 avril 2014 au Théâtre Cuvilliés de Munich.  Martinů a composé cet opéra comique en trois actes inspiré de La locandiera de Carlo Goldoni (1751) en 1953-1954, un opéra qui comporte des épisodes de dialogues sur fond muscial. La première de Mirandolina a eu lieu au Théâtre national de Prague en mai 1959 sous la direction musicale de Václav Kašlik, peu avant le décès du compositeur. Cet opéra qui a notamment  été joué au Wexford Festival en 2002 est à présent présenté par l'Opernstudio du Bayerische Staatsoper sous la direction musicale d'Alexander Prior dans une mise scène de Christian Stückl. En mars de cette année, il a connu sa première allemande de l'original en italien au Théâtre de la Ville de Giessen dans une mise en scène d' Andriy Zholdak et avec Michael Hofstetter au pupitre.

Mirandolina: Rachael Wilson, Joshua Stewart, Yulia Sokolik

La pièce de Goldoni, écrite exactement 200 ans avant l'opéra de Bohuslav Martinů, narre l’histoire de Mirandolina, une jolie aubergiste qui se plaît à séduire tous les hommes qui visitent son auberge. Et notamment le marquis de Forlipopoli et le Comte d'Albafiorita qui se chamaillent et se disputent ses faveurs. Un chevalier,  un macho misogyne, lui résiste pourtant.  Mirandolina se met bien entendu au défi de le séduire. À la fin de la pièce Mirandolina épouse le valet, Fabrice pour répondre aux dernières volontés de son père défunt, et également en partie pour échapper aux avances du chevalier.

Bohuslav Martinů s'est inspiré du livret du grand dramaturge italien pour son opéra, le seul qu'il ait composé en italien. Pour cette première production munichoise, la partition de Bohuslav Martinů a été arrangée pour orchestre de chambre par Anthony Fiumara et Bart Visman .

Agenda: le 30 avril, les 2, 3, 9 et 11 mai, les 87, 10,11, 19 et 30 novembre et le 2 décembre 2014. 
Réservations en ligne: cliquer ici, puis sur la date souhaitée.

Distribution

Mirandolina Mária Celeng (30.04.2014, 03.05.2014, 09.05.2014), Elsa Benoit (02.05.2014, 11.05.2014)
Cavaliere Andrea Borghini
Ortensia Yulia Sokolik
Deianira Rachael Wilson
Conte Joshua Stewart
Fabrizio Matthew Grills
Marchese Leonard Bernad (30.04.2014, 11.05.2014), Rafał Pawnuk (02.05.2014, 09.05.2014)
Servitore Petr Nekoranec

Orchestre d'Etat de Bavière

Er war ein König! Un poème de Fritz von Ostini à la gloire de Louis II de Bavière



Fritz von Ostini * publie dans le magazine Jugend n°35 de 1902 ce poème à la gloire du Roi Louis II de Bavière: Er war ein König! (colonne de droite de la reproduction ci-contre)

Er war ein König! König jeder Zoll: 
Schön, stolz und frei und jeder Hoheit voll 
Und gebefroh und gütig wie ein Kind 
Und märchengläubig, wie die Kinder sind, 
Und glücklich machen wollt er immerdar 
Der selber doch so wenig glücklich war! 

Kein Haupt, das eine Krone je gedrückt 
Hat sie so königlich wie seins geschmückt! 
Als ... ihm des Willens Herrschaft war geraubt, 
Ging noch ein Leuchten aus von diesem Haupt ... 
Er war ein König, und er hat’s gewußt! 
Von Schöpfersehnsucht schwoll ihm heiß die Brust ... 
Gewaltig trug ihn seiner Flügel Schwung 
Nach Wunderlanden der Begeisterung ... 
Was sonst der Erde Mächtigen gefällt: 
Die Huldigung der leichtentflammten Welt, 
Des Hofes bunten, trügerischen Glanz, 
Des Krieges blutgetränkten Lorbeerkranz, 
Die Lust der Macht, die Welten zittern läßt, 
Der Freuden Rausch in sinnverwirrtem Fest - 
Hat er verachtet eher, denn begehrt. 
Er hielt den Trödel keines Königs wert! 
Er war ein König jener seltnen Art, 
Die ihren Stolz mit Menschenehrfurcht paart. 
Doch als er fand, wie rings der Schranzen Schar 
So leer im Geist und arm im Herzen war, 
Um Beute der Erniedrung stets bereit, - 
Da floh er schaudernd in die Einsamkeit, 
Enttäuscht und krank vor Ekel und vor Scham! 
...Er war ein König - und er starb daran! 

Fritz von Ostini (in »Jugend«)

*Friedrich Fabrizius Max Karl Freiherr von Ostini (1861-1927). Rédacteur en chef de Jugend dès 1896, il signait F.v.O.

dimanche 27 avril 2014

Matinée d'opérettes le 18 mai à la Künstlerhaus



Une matinée en compagnie de trois solistes, Elaine Ortiz-Arandes,  Anton Klotzner et  Franz Xaver Schlecht, à la Künstlerhaus de Munich. L'orchestre et les choeurs Bürger-Sänger-Zunft sont placés sous la direction de Julio Mirón. Oeuvres de Franz v Suppé, Karl Millöcker, Franz Lehár, Johann Strauß et de  Carl Zeller.

Prévente au 08952059563


"Ce n’est pas l’homosexuel qui est pervers, mais la société dans laquelle il vit": le célèbre film de Rosa von Praunheim sort enfin en DVD!


Ce n’est pas l’homosexuel qui est pervers, mais la société dans laquelle il vit (Nicht der Homosexuelle ist pervers, sondern die Situation, in der er lebt) est un film du réalisateur allemand Rosa von Praunheim. Il évoque la sous-culture et de la vie de nombre d’homosexuels au début des années 70. Ce film ne s’adresse pas à la société, mais aux homosexuels eux-mêmes. Le film soutient que les homosexuels sont responsables de leur situation difficile et qu’ils doivent surmonter leurs peurs en s’assumant au grand jour et en s’unissant dans la lutte pour un avenir meilleur et égalitaire.

Film précurseur de la naissance du mouvement de libération homosexuelle en Allemagne et en Suisse, il fut aussi très contesté et sa diffusion à la télévision provoqua un véritable scandale.

Pour des raisons financières, le film fut tourné comme un muet puis doublé à la postproduction avec des dialogues non synchrones. La voix off commente l’action sur le ton de la Kulturkritik ( critique de la société).  (Texte extrait de Wikipedia)

Nicht der Homosexuelle ist pervers, sondern die Situation, in der er lebt de Rosa von Praunheim est sorti en Allemagne en 1970. Avec: Bernd Feuerhelm, Berryt Bohlen, Ernst Kuchling. 
Le film vient de sortir en DVD et en blu-ray dans la série Kinokontrovers d'Euro Video. Il peut aussi se commander en ligne sur Amazon.de

samedi 26 avril 2014

La tolérance? On sait ce que c'est! / Tolerant? Sind wir selber! 3 spots sur la tolérance.



Il s'agit du premier des spots d'une série de trois mis en scène par Angelina Maccarone et écrits par Carolin Emcke sur le thème de l'égalité des droits et de la tolérance. Les trois spots seront disponibles sur youtube avec sous-titrages en anglais, en français, en espagnol, en turc et en russe. Le deuxième spot sera diffusé à partir du 29 avril, le troisième à partir du 3 mai. A partir du 8 mai, on pourra les voir au cinéma dans les 12 salles du groupe Yorck à Berlin.

Der erste von drei Spots der Regisseurin Angelina Maccarone und Autorin Carolin Emcke zum Thema Gleichstellung und Toleranz. Der zweite erscheint am Dienstag, dem 29. April, der dritte am 3. Mai 2014. Alle drei gibt es auch übersetzt und untertitelt auf Englisch, Französisch, Spanisch, Türkisch und Russisch. Ab dem 8. Mai dann werden sie in 12 Kinos der Yorck-Kinogruppe in Berlin zu sehen sein.

Contact/ Kontakt: tolerantsindwirselber@boell.de
Twitter: @tolerantsindwir

lundi 14 avril 2014

Quand Louis II faisait la une de Jugend en 1902


Portrait du Roi Louis II de Bavière par Franz von Lenbach
en page titre du numéro 35 du magazine munichois Jugend de 1902.

Franz von Lenbach (1836-1904) est avant tout connu aujourd'hui pour ses portraits. Parmi ses principales œuvres, les plus réputées sont celles d'Otto von Bismarck, du pape Léon XIII, tous deux conservés à la Lenbachhaus de Munich,  ainsi que de nombreuses personnalités de la bonne société, du monde des arts et de la culture du XIXème siècle. Il est devenu de son vivant un peintre connu à la fois en Allemagne et en Autriche. Il fait partie de l'école de Munich.

samedi 12 avril 2014

Didon et Enée de Sasha Waltz, en spectacle invité au Festival du Ballet au Théâtre national de Munich


Pour sa semaine de festival du ballet, le Bayerisches Staatsballett a invité Sasha Waltz et sa célèbre mise en scène de Didon et Enée de Purcell. L'occasion pour le public bavarois de découvrir une production majeure de l'art chorégraphique contemporain.

Avec Didon et Enée, Sasha Waltz revisite le concept du Gesamtkunstwerk du point de vue de la danse. Elle utilise simultanément de multiples disciplines artistiques au départ de la musique de Henry Purcell, avec des visées symboliques. Danse, musique, chant et théâtre se mêlent pour former l'unité du spectacle. Le spectacle a été créé en 2005 au Grand Théâtre de Luxembourg, et est depuis lors représenté sur les grandes scènes internationales avec un succès jamais démenti.

Le chef italien Attilio Cremonesi a retravaillé au départ de la partition de Purcell, un travail légitime puisque le livret est plus long que la partition qui est incomplète. Cremonesi connaît particulièrement bien la musique baroque, il a été formé à l'école de René Jacobs dont il fut l'assistant. Rappelons que l'on doit à René Jacobs une très belle interprétation de Didon et Enee (Harmonia Mundi 2001, avec notamment Lynne Dawson). Cremonesi a imaginé une reconstruction de la partition, notamment au niveau du prologue qu'il propose mi parlé-mi chanté, en se servant notamment de fragments d'autres musiques de Purcell, et en restant bien dans l'esprit du maître du baroque anglais. Avec les jeux scéniques, cela double le temps de la partition initiale ( environ 50 minutes pour l'original, 1H40 de représentation dans la version reconstruite). Cela présente le désavantage de rompre le rythme musical, un inconvénient que Sasha Waltz s'efforce compenser par un surcroît de théâtralité à la lisibilité sans doute volontairement embrouillée. Christopher Moulds a repris depuis la direction musicale de cette production. Il dirige l' Akademie für Alte Musik de Berlin avec beaucoup de finesse, un grand sens des nuances théâtrales et de la dramatisation.

Le travail des choeurs du Vocal Consort Berlin séduit, comme celui des musiciens. L'Enée de Reuben Willcox passe bien la rampe, mais les voix de femmes manquent souvent de projection. Le volume de la salle du Théâtre national de Munich avec plus de 2000 places dépasse celui du Grand Théâtre de Luxembourg (940 places). Ainsi Aurore Ugolin donne-t-elle une Didon vocalement faible, ce qu'elle compense par un jeu scénique magistral, particulièrement remarquable dans les scènes finales.

On ne vient pas voir le spectacle de Sasha Waltz pour la seule musique, mais pour faire le voyage d'un spectacle total qui décloisonne les genres et multiplie les points de vue. Chaque chanteur est doublé d'un danseur, parfois de deux, dont l'expression corporelle incarne les sentiments du personnage. L'art de Sasha Waltz ne permet pas nécessairement une compréhension rationnelle du spectacle, on ne sait pas toujours qui chante, qui danse, qui représente quel personnage. La danse déborde le chant, et les chanteurs et les choristes, souvent mêlés aux danseurs, participent d'une vaste sarabande. S'il est parfois difficile de discerner qui est qui,  les aspects fusionnels et les mouvements de groupe dépassent de loin l'individualisation. 

On est séduit dès le premier tableau présentant un aquarium géant, qui est devenu l'image d'Epinal de ce spectacle, dans lesquels des plongeurs évoluent dans une danse aquatique expressive. Une image bienvenue puisque Didon et Enee est un opéra éminemment marin. 
Les groupes en grappes se meuvent et se transforment en une progression de tableaux colorés, avec les magnifiques costumes de Christine Birkle. La mer est très présente,  les mondes souterrains sont évoqués par des trappes qui s'ouvrent et d'où des personnages, où d'autres disparaissent et s'engloutissent, l'aérien est aussi de la partie avec un suspensoir en forme de balance qui permet de beaux mouvements de danses en vol suspendu. Du final, on retiendra l'image effrayante de Didon et de ses doubles danseuses emprisonnées dans leurs longues chevelures qui deviennent arachnéennes. On est transporté dans un univers mythique où l'amour et la haine s'affrontent sur fond de guerre, et où l'amour sort triomphant au prix de la mort. 

Le public conquis à l'art de Sasha Waltz salue cette production d'un enthousiasme quasi unanime pour cet opéra chorégraphique transmué en un spectacle visionnaire qui porte davantage la marque de la chorégraphe que celle du compositeur. 

Pour suivre le travail de Sasha Waltz, visiter  le site de la chorégraphe.



Dido & Aeneas - trailer from Sasha Waltz & Guests on Vimeo.

vendredi 11 avril 2014

DIX / BECKMANN, le monde comme mythe, une double rétrospective à la Hypo-Kunsthalle de Munich

Beckmann / Dix,  auto-portraits
DIX / BECKMANN
Le MONDE COMME MYTHE
Du 11 avril au 10 août 2014 à la Hypo-Kunsthalle de Munich

Deux géants de la modernité

Avec cette exposition, la Hypo Kunstalle de Munich présente en collaboration avec la Kunsthalle de Mannheim la première grande juxtaposition des œuvres de Max Beckmann (1884-1950) et d'Otto Dix (1891-1969) , deux des plus importants artistes allemands de la première moitié du 20ème siècle. Leurs travaux ont eu une influence profonde sur la vie culturelle de la République de Weimar (1919-1933) avant d'être déclarés «dégénérés» ("Entartete Kunst") par le national-socialisme qui a mis en danger l'existence même des artistes . Plus de 180 peintures, dessins et gravures en provenance de musées et de collections privées d'Amsterdam , de Berlin , de Londres, de New York et  de Washington, entre autres, illustrent le développement artistique et la gamme des deux artistes .

Pour Dix et Beckmann, la Première Guerre mondiale a été une expérience fondatrice qui a eu un impact majeur sur leur vie et leur travail . Dès lors, à partir de là, ils ont l'un et l'autre développé leur propre style. Après avoir rejeté de manière consciente l'expressionnisme et l'abstraction , ils se sont lancés dans l'exploration de l'expérience éprouvante de la réalité: Otto Dix, en mettant l'accent sur ​​le côté sombre de la société contemporaine; Max Beckmann , en s'efforçant d'atteindre la couche invisible derrière le visible. En dépit de leurs différentes approches , ils avaient tous deux la même visée: atteindre le moment où le familier devient soudain étrange et où le monde devient un mythe.

Même à un stade précoce, les deux artistes ont attiré beaucoup d'attention à Munich. En 1923 , la Galerie Thannhauser a présenté une exposition des œuvres de Max Beckmann, qui fut suivie d'une exposition d'œuvres d' Otto Dix en 1926. On ne sait si les deux artistes se rencontrèrent au cours de ces années catastrophiques, et pourtant ils ont évolué dans les mêmes cercles, ont exposé leurs œuvres avec les mêmes marchands d'art et même peint de mêmes modèles. Malgré le fait que Dix et Beckmann ont longtemps été considérés comme les deux plus grands artistes allemands de leur génération, à ce jour leurs œuvres n'ont jamais été juxtaposées dans un tel dialogue spécifique .

L'exposition propose un voyage fascinant des débuts jusqu'à la fin des travaux de ces deux artistes exceptionnels, et pourtant très différents. En suivant leurs évolutions, il devient clair à quel point ils ont tous deux été touchés par les extrêmes de leur époque. Tout d'abord, leurs œuvres graphiques reflètent l' expérience de la guerre, mais les horreurs dont ils furent les témoins sont encore manifestes dans leurs représentations de l'après-guerre en Allemagne, un pays alors peuplé d' invalides de guerre et des prostituées. Dix et Beckmann représentent avec la même énergie des personnes de leurs propres cercles privés et professionnels , y compris des personnages bien connus de la scène culturelle comme le fameux portrait que peignit Otto Dix de l'acteur Heinrich George. Les thèmes religieux reviennent aussi constamment dans leur œuvre. Un des premiers exemples est la célèbre " Descente de Croix " de Beckmann conservée au MoMA . En outre, cette oeuvrel témoigne de son exploration des expressions artistiques du passé, également un leitmotiv important dans l'œuvre de Dix.  Tout au long de l'exposition dans les onze salles de la Kunsthalle, les regroupements thématiques effectués par Ulrike Lorenz et  Beatrice von Bormannrévèlent au visiteur les similitudes et les différences entre les deux artistes.

Une exposition remarquable, un événement majeur de la saison culturelle munichoise, à ne pas manquer!

Source du texte: librement traduit du texte de présentation de l'expo sur le site de la Hypo Kunsthalle

Jusqu'au 10 août 2014 à la Hypo Kunsthalle. Ouvert de 10 à 20  heures.

Theatinerstraße 880333 München
T +49 (0)89 / 22 44 12

jeudi 10 avril 2014

Reprise du Songe d'une nuit d'été de Neumeier au Festival du Ballet du Bayerisches Staatsballett

Le monde des elfes
Durant la dernière décennie, le célèbre chorégraphe américain John Neumeier qui préside aux destinées du ballet de Hambourg a profondément retravaillé sa chorégraphie de son Songe d'une nuit d'été. A Munich, il en avait présenté en octobre dernier la dernière version. C'est cette version que le Ballet d'Etat bavarois, dont le thème de l'année est "Dance in Germany", présente actuellement pour deux soirées dans le cadre de la semaine du ballet.

Neumeier a créé ce ballet au thème shakespearien en 1977, c'est un chef-d'œuvre du ballet narratif classique, typique des chorégraphies allemandes des années 70. Pour ce ballet Neumeier a opté pour trois registres musicaux différents qui correspondent chacun à l'un des trois mondes auxquels appartiennent les personnages représentés: les milieux de l'aristocratie grecque antique évoluent dans le majestueux cadre sonore de la musique du Songe d'une nuit d'été de Felix Mendelssohn, pour le monde féérique du Roi des Elfes et de son épouse Titiana il fait appel aux sons d'orgues surnaturels et aux harmonies de György Ligeti, et pour les scènes populaires et burlesques des braves artisans qui décident de monter un spectacle pour célébrer le mariage du couple royal il opte pour de désopilantes paraphrases d'airs d'opéra, extraits notamment de la Traviata, produits par un orgue de Barbarie . Ces trois mondes avec leurs trois registres musicaux sont encore différenciés par les décors et les costumes du grand artiste qu'est Jürgen Rose. Rose a utilisé des moyens simples et efficaces pour différencier les trois mondes: des costumes et un décor Empire pour les aristocrates, avec un grand rideau de fond d'un bleu et or, et un récamier pour le rêve d'Hippolyte, la reine des Amazones qui va bientôt épouser Thésée; des collants aux brillances scintillantes pour les elfes avec un jeu de bosquets d'oliviers mobiles aux reflets surnaturels encore accentués par des productions de nappes de fumées; des costumes grotesques de contes de fées pour les acteurs-artisans.

Si Neumeier a quelque peu réécrit la comédie de Shakespeare en rendant l'action plus lisible, le nombre de protagonistes reste impressionnant. Pendant la semaine du ballet on pourra admirer dans les rôles principaux  Ivy Amista (Titania) et Tigran Mikayelyan (Oberon) ce vendredi 11 avril, et Polina Semionova (Titania) et Matej Urban (Oberon) le samedi 12 avril.

Michael Schmidtsdorff, dont on avait déjà pu apprécier le travail en octobre dirige l'Orchestre d'Etat de Bavière.

Quelques places restantes pour ce vendredi: cliquer ici puis sur Karten.

Crédit photographique: Wilfried Hösl

mercredi 9 avril 2014

Expo Hamlet Tell My Story au Deutsches Theatermuseum de Munich

Bild 1, Hamlet. Tell My Story, MünchenEn 2014, , on commémore le 450ème anniversaire de la naissance de Shakespeare. A cette occasion, le Musée du Théâtre allemand de Munich présente en collaboration avec le Musée du Théâtre de Düsseldorf une exposition consacrée à la figure de Hamlet dans le théâtre allemand. Cette exposition est d'abord présentée à Munich et le sera ensuite à Düsseldorf. 

Hamlet, la pièce la plus jouée du répertoire mondial,  fascine le public depuis plus de 400 ans, car elle touche au coeur même de l'être humain, et à la fois, il s'agit d'une pièce qui évoque le théâtre. L'exposition suit les traces d'Hamlet dans le développement du théâtre allemand.  

Hamlet est un rôle que rêvent d'interpréter la plupart des acteurs de théâtre, mais c'est aussi un rôle exigeant et difficile. L'exposition s'intéresse aux principaux interprètes du rôle dans l'histoire du théâtre allemand et évoque des acteurs célèbres tels Johann Brockmann, Josef Kainz, Alexander Moissi ou Gustaf Gründgens ou plus récemment  Ulrich Wildgruber, Klaus Maria Brandauer, Ulrich Tukur ou encore Lars Eidinger. L'occasion d'évoquer la complexité du rôle et la grande diversité des interprétations.

Joseph Kainz
L'exposition évoque également les  options de la mise en scène. On peut représenter Hamlet par une mise en scène historicisante qui s'efforce de reproduire le château et les usages de la cour d'Elseneur, ou faire l'impasse sur l'histoire du Royaume de Danemark et se concentrer davantage sur les aspects psychologisants de l'oeuvre. Comment les metteurs en scène allemands ont-ils représenté les moments clés du récit, qui sont autant de pierres d'achoppement: comment représenter le spectre du père d'Hamlet? comment animer la scène de la représentation théâtrale, du théâtre dans le théâtre? comment aborder la scène du crâne de Yorick? et celle de la mort d'Ophélie? Les mises en scène actuelles de Leander Haussmann, Volker Lösch, Jan Klata ou Luc Perceval sont mises en perspective avec celles du temps de Goethe, ou avec des mises en scène célèbreserden comme celles de Max Reinhardt, Gustaf Gründgens, Karl Heinz Stroux, Peter Zadek, Hans Günther Heyme ou Jürgen Gosch.


Une section de l'exposition s'intéresse aux différentes traductions de référence de l'oeuvre en allemand. Quelle traduction privilégier? Il en existe plus de 80!


Un petit secteur amusant de l'exposition présente l'exploitation commerciale de l'image de marque de Hamlet. Le nom du protagoniste de la pièce éponyme de Shakespeare a été détourné par plusieurs marques de produits commerciaux, et ces objets de consommation sont présentés à la curiosité du public.

Dans le dernier secteur de l'exposition, on peut visionner différents extraits de films qui ont mis Hamlet en scène, y compris des dessins animés comme p.ex.  les Simpsons, ou représenter soi-même Hamlet sur une scène. On peut se faire filmer en train d'interpréter l'une ou l'autre scène et se voir jouer en direct projeté sur un écran. Des crânes sont à votre disposition si vous souhaitez réciter la tirade célèbre Etre ou ne pas être, telle est la question!

Tout au long de l'exposition on peut visionner des vidéos de représentations théâtrales ou cinématographiques.

Une exposition bien conçue qui ravira tous les amateurs de théâtre et les professeurs ou les parents soucieux d'initier classes et enfants aux arcanes de l'art théâtral.

Au Deutsches Theater Museum, Galeriestr. 4a (Hofgartenarkaden), 80539 München, jusqu'au 22 juin 2014.

mardi 8 avril 2014

International Opera Awards: Kirill Petrenko est le chef d'orchestre de l'année!

Kirill Petrenko. Crédit photographique: Wilfried Hösl 
Les International Opera Awards ont été décernés à Londres ce 7 avril pour la deuxième année consécutive. Le Directeur général de la Musique du Bayerische Staatsoper, Kirill Petrenko, a été désigné chef d'orchestre de l'année. La soprano Diana Damrau remporte le titre de chanteuse de l'année. Le ténor Stuart Skelton est quant à lui chanteur de l'année alors que c'est à Joseph Calleja que va le „Readers' Award“. Barrie Kosky décroche le titre de metteur en scène de l'année. Plus d'infos sur le site des International Opera Awards.

Comédie musicale: Elisabeth, la vraie histoire de Sissi, au Deutsches Theater en 2015


Elisabeth est une comédie musicale de langue allemande écrite par Sylvester Levay (musique) et Michael Kunze (livret). Elle raconte l'histoire d'Élisabeth de Wittelsbach, plus connue sous le nom d'Impératrice Sissi. La première eut lieu en 1992 à Vienne, comme il se doit. Depuis lors, plus de huit millions de spectateurs ont assisté au spectacle de par le monde. La véritable histoire de Sissi est devenue la plus célèbre des comédies musicales de langue allemande.  Le Deutsches Theater reprendra en mars 2015 la production dans la mise en scène conçue en 2008 par Harry Kupfer avec les décors de Hans Schavernoch. 

Le destin de la belle Impératrice d'Autriche touche et fascine des générations entières depuis plus d'un siècle. Tout le monde connaît les films avec l'inoubliable Romy Schneider dans le rôle de Sissi et Karlheinz Böhm dans celui de l'empereur François Joseph. Michael Kunze et Sylvester Levay ont abordé la fascinante personnalité de Sisi (les Autrichiens optent pour une orthographe avec un seul S) sous un tout autre angle: ils refusent le kitsch et décrivent le chemin de vie de l'Impératrice avec ses hauts et ses bas, ses bonheurs et ses doutes, son engagement et son retrait. 

Les auteurs lui prêtent une histoire d'amour avec la Mort (qui est bien un homme, car le nom "mort" est masculin en allemand). Michael Kunze a placé cette figure masculine aux côtés d'Elisabeth, une figure androgyne qui personnifie la personnalité profonde de Sissi.

Une production de Semmel Concerts.

Du 26 mars au 7 juin 2015 au Deutsches Theater de Munich.
Les réservations en ligne sont déjà ouvertes: cliquer ici.

http://www.elisabeth-das-musical.com/

lundi 7 avril 2014

Un cimetière lesbien inauguré à Berlin

Un article de  publié par notre partenaire YAGG.com. Reproduit avec l'aimable autorisation de YAGG.
La cérémonie a eu lieu hier, dimanche 6 avril, dans un cimetière de Prenzlauer Berg.

Dévoilée le 1er avril, la nouvelle de la création d’un cimetière réservé aux lesbiennes à Berlin avait fait l’effet d’un bon canular, bien au-delà de la capitale allemande. Pourtant, ce lieu a bien été ouvert hier, dimanche 6 avril, devant une soixantaine de personnesdans le quartier de Prenzlauer Berg, au cœur du cimetière Georgen-Parochial Friedhof I.

TRANSMISSION DES BIENS

L’administration du lieu a accepté de fournir gratuitement à la fondation Sappho, qui està l’origine de cette initiative, une surface de 400 m², qui pourra accueillir 80 tombes. C’est dans une volonté de préservation du patrimoine que cette fondation a souhaité mettre en œuvre ce lieu qui s’inscrit selon Astrid Osterland, la responsable du projet, dans «la culture lesbienne». La fondation Sappho a été fondée en 1997 par des anciennes membres du groupe Safia, un groupe d’auto-assistance pour femmes âgées vivant seules. Son objectif était notamment que les biens patrimoniaux des femmes de l’association restent dans la communauté et soient transmis aux autres. «Nous sommes la première génération de féministes émancipées ouvertement lesbiennes, et nous avons besoin d’être enterrées quelque part, affirme Astrid Osterland. Il n’y a plus aucune raison pour que l’on soit enterrée anonymement, et je veux reposer avec les personnes pour qui je me suis battue.»

Le site de l’association précise qu’aucune sépulture ne sera anonyme puisque toutes les femmes qui seront enterrées sont ouvertement lesbiennes.

GHETTOÏSATION OU ÉLAN COMMUNAUTAIRE?

L’utilité d’instaurer un cimetière communautaire fait débat. Pour Renate Rampf, porte-parole de la Lesben und Schwulenverband in Deutschland (LSVD), la plus grosse association LGBT allemande, il s’agit d’une «belle et honorable mémoire et un espace culturel pour les femmes lesbiennes». Du côté de Monika Herrmann, maire de la circonscription de Friedrichschain- Kreuzberg, le projet semble aussi aller dans le bon sens: «Si vous vivez dans une communauté, il est logique que vous pensiez aussi à la mort au sein de cette communauté», a affirmé l’élue, ouvertement lesbienne. Mais d’autres sont moins convaincus, comme Stefan Evers, responsable des questions LGBT au CDU, le parti d’Angela Merkel: «Ce n’est pas mon idée de l’intégration et de l’acceptation. Ceux et celles qui se considèrent comme faisant partie de la société ne doivent pas être isolé.e.s, même dans la mort.»

Körperwelten, le cycle de la vie. Bodyworlds à l'Olympiapark de Munich

Körperwelten

L’exposition BODY WORLDS (Körperwelten) met en scène de vrais corps humains et avoue pour objectifs d' interpelle sur la santé, le bien-être et le processus de l’âge. Une exposition qui propose un regard décalé, parce que direct,  sur les mystères du développement du corps humain au cours du cycle de la vie : de la conception à la maturité jusqu’à son affaiblissement et à son déclin.
C'est un anatomiste allemand, Gunther von Hagens, né Gunther Liebchen le 10 janvier 1945 à Skalmierzyce, qui est l'inventeur inventeur de la plastination, une technique visant à conserver des corps ou des parties d'êtres décédés. Il est à l'origine de l'exposition de corps plastinés Body Worlds (Körperwelten en allemand).  La plastination est une technique d'imprégnation polymétrique qu le Dr Gunther von Hagens a mise au point en 1977, cette technique permet de préserver des tissus biologiques en remplaçant les différents liquides organiques par du silicone.
L'exposition BODY WORLDS a déjà été présentée dans le monde entier par le Dr Gunther von Hagens. On peut y voir l’anatomie des muscles, les organes, les nerfs, le système sanguin, les os, etc., dans une mise en scène théâtralisée. Les corps proviennent de personnes anonymes qui en ont fait don dans un but éducatif.
L’œuvre de Gunther von Hagens pose de nombreuses questions d'éthique et de légalité  et a suscité de nombreuses controverses: peut-on ainsi exhiber des cadavres humains, et à partir de ce matériel morbide créer des "œuvres d'art" ? Mais au-delà de l'interpellation éthique, l'exposition permet de découvrir et de comprendre l’anatomie humaine et son fonctionnement.
Où et quand?
A la petite halle de l'Olympiapark jusqu'au  5 octobre (attention l'expo est fermée du  5 au 11 juin), tous les jours de 10 à 18 heures, le jeudi jusqu'à 21 heures. Liens utiles: cliquer ici et ici.

Festival de ballet: Der Gelbe Klang au Théâtre national de Munich


Pour l'ouverture de son Festival de Ballet, le Bayerisches Staatsballett a eu l'idée de présenter une nouvelle mise en scène de la pièce de théâtre Der gelbe Klang de Kandinsky. Cet essai de théâtre musical constitue la première partie d'une soirée qui comporte trois volets, les deux suivantes étant constituées de deux chorégraphies en création mondiale: Spiral Pass de Russel Maliphant sur une musique de Mukul, et le Concerto pour violon et orchestre de Mason Bates chorégraphié par Aszure Barton.

Sonorité jaune (Der gelbe Klang), Michael Simon, Vassily Kandinsky

Vassily Kandinsky a créé cette oeuvre de théâtre expérimental en 1909, une oeuvre qui sera par la suite publiée dans l'Almanach du Blaue  Reiter en 1912. L'oeuvre est la  première d'une série de quatre drames colorés que Kandinsky a composés entre 1909 et 1914, les trois autres oeuvres ont pour titre  « Sonorité verte » (1909), « Noir et blanc » (1909) et « Sonorité Violette » (1913). Kandinsky avait pour ambition de créer une oeuvre de spectacle total incluant musique et peinture, ballet et jeu scénique. La forme picturale est au centre de la mise en scène et son installation recourt aux variations combinées de la narration, de l'expression corporelle, de la danse et de la musique. Kandinsky est sur la même longueur d'onde que le Baudelaire du sonnet Correspondances ou que le Rimbaud du sonnet  Voyelles*.

On n'est pas loin non plus de la source du structuralisme linguistique et de la sémantique saussurienne. De fait, les préoccupations esthétiques de Kandinsky résultent aussi d'une réflexion sur le signifiant: le son est un phénomène ondulatoire que l'on peut exprimer par la couleur. Le signifiant se dessine aussi par des lignes qui forment des lettres,  il s'inscrit dans la forme d'un mot, chacune des lettres étant formée du dessin d'une ligne, que l'artiste peut à son tour reproduire et décomposer. Kandinsky va établir des correspondances entre les différents  sens et les différentes expressions artistiques. Ainsi pour Kandinsky une sonorité peut-elle s'incarner dans toute une série d'expressions artistiques: un thème musical, bien sûr, mais aussi et surtout dans son cas une peinture, ou encore un mouvement de danse.

Kandinsky ne verra jamais son oeuvre portée à la scène. De concert avec ses collègues du Blaue Reiter, Franz Marc, August Macke et Alfred Kubin, il travailla intensément à la préparation d'une production munichoise de l'oeuvre, qui devait se jouer en 1914, peut-être au Georg Füchs's Künstlertheater, qui disposait de la technique d'éclairage que requérait le projet. La guerre porta un coup fatal à la production de l'oeuvre à Munich.

Dans son essai théâtral "Sonorité jaune", c'est l'histoire d'un géant jaune qui est contée essentiellement par une suite d'impressions visuelles: une pièce en un acte et six tableaux, sans chant ni dialogue, avec un enfant, des figurants costumés en créatures rouges aux formes incertaines, corolles florales ou oiseaux, et un géant qui se compose et se décompose en plusieurs personnages. Une oeuvre entre symbolisme et expressionnisme, et déjà à l'orée du surréalisme.

Le metteur en scène, scénographe et éclairagiste Michael Simon a choisi de mettre ce récit en scène sur des musiques de Frank Zappa. L'orchestre composite, à gauche un orchestre classique, à droite un ensemble de percussionnistes, est admirablement dirigé par Myron Romanul. Avant le lever de rideau, Michael Simon commence par une présentation d' éléments de décors qu'il fait longuement, trop longuement, défiler devant le rideau de scène portés par des installateurs de décors ou des appariteurs: échelles, parties du corps du géant, grandes découpures de morceaux de tableaux de Kandinsky. A droite de la scène, titre oblige, un gramophone jaune déploie son pavillon. La première partie nous fait rentrer dans l'univers abstrait du peintre russe par une installation dynamique. Des danseurs circulent porteurs ou revêtus de parties du corps du géant jaune: l'un arbore un immense pied gauche, un autre un pied droit, un troisième porte un bras gigantesque, un autre encore le torse, etc. Le décor s'installe et se désinstalle; un enfant à tête de poupée surdimensionnée circule entre les échelles et s'essaie à la création d'un monde de lumières et de couleurs qu'il essaye de contrôler. Plus tard le géant jaune finira par se constituer, les diverses parties de son corps s'étant regroupées pour former un individu unique, un géant hybride qui tient à la fois du bonhomme Michelin et de Shrek. Une constitution suivie d'une dissolution: nouvel Adam issu de la glèbe et destiné à y retourner, le géant jaune est issu de la couleur, s'en constitue et finit par s'y dissoudre. Sans doute, aux côtés d'une mystique de l'impermanence peut-on y voir, entre autres, une réflexion sur le processus de création de l'artiste. 

Michael Simon  s'est donné pour objectif l'évocation de l'univers coloré de Kandinsky, un univers rythmé par la musique entraînante et joyeuse de Frank Zappa, et qui se termine dans une belle farandole multicolore de danseurs enthousiastes. Mais son travail manque de substance, il reste trop en superficie et ne parvient pas au coeur de la vision artistique de Kandinsky, qu'il ne fait qu'effleureur.

Le public désarçonné et visiblement  peu préparé à recevoir une installation théâtrale là où il s'attendait à voir un ballet, a accueilli la performance avec des avis très partagés: les applaudissements très fournis des modernes se sont heurtés aux huées de désapprobation des anciens. Il est vrai que l'installation des éléments du décor est longuette, et que la ronde dansée avec ses sauts synchronisés, tout à fait charmante au demeurant, ne relève pas, c'est le moins qu'on puisse en écrire,  de la prouesse chorégraphique. Mais la musique est belle, rondement menée et parfaitement exécutée, et le dynamisme onirique de l'univers de Kandinsky est passablement bien exposé. On est un peu surpris, gentiment satisfait, on a peut-être passé un moment agréable et coloré, animé d'excellentes musiques, mais on n'est pas touché. Certains le sont si peu qu'ils quitteront le Théâtre national dès la fin de la première partie.

*A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes (Rimbaud)

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
(Baudelaire)

Spiral pass, Russell Maliphant, Muktul

Changement total d'atmosphère lors de la deuxième partie. La salle est plongée dans un noir absolu et soudain jaillissent la musique de Mukul et la danse de Russell Maliphant, et la magie commence. Maliphant donne ici sa troisième production munichoise. On est tout de suite électrisé par une des plus belles chorégraphies que la scène du Théâtre National ait porté ces dernières années. Pas de décor, rien que le faisceau précis d'un projecteur (belles lumières de Michael Hulls) sur un extraordinaire pas de deux exécuté à la perfection par d'incomparables étoiles de la danse: Lucia Lacarra et Marlon Dino (photo). Mukul et Maliphant sont de vieux complices, il s'agit de leur cinquième collaboration. Le Bayerisches Staatsballeett a commandité la musique de Spiral pass qui est exécutée ici en première mondiale. Sur les perucssions envoûtantes de Mukul, Maliphant nous fait plus que jamais la démonstration de son travail sur l'équilibre des corps et de sa recherche sur les contacts entre les danseurs. Le titre de la chorégraphie provient du langage footballistique américain: un spiral pass, c'est un lancer de ballon en spirale: il s'agit de faire tourner la balle avec les doigts pour lui donner de l'effet; au moment du lâcher prise, le joueur utilise ses doigts pour  faire rouler le ballon hors de sa main. Dans la chorégraphie de Maliphant, on retrouve la  précision de ce type de manipulation, mais le ballon est devenu le corps d'un ou d'une partenaire de danse. Les corps se coulent, s'enroulent, se lovent puis se déroulent dans des contacts surprenants baignés dans des lumières qui semblent simples mais qui en fait par leur précision aident les spectateurs à percevoir les mouvements de la danse. Maliphant sollicite le meilleur des danseurs et des danseuses du Bayerisches Staatsballett et les entraîne aux confins du possible. La danse se déploie dans une fluidité continue des contacts entre les corps. Maliphant crée des équilibres qui défient la gravité, ainsi une des danseuses évolue-t-elle avec élégance et naturel  sur les mains, les bras et les épaules de danseurs, comme si elle se déplaçait sur un plancher aérien, virtuel et invisible. Le travail au sol est aussi prodigieux que le travail aérien, dans des mouvements coulés où les corps se déplacent en glissant dans une fluidité de mouvement stupéfiante. Un spectacle qui monopolise totalement l'attention et stupéfie par sa précision et son inventivité chorégraphique. le public est pris dans la spirale magique de la danse, et le spectacle est salué par un tonnerre d'applaudissements, de cris et de trépignements enthousiastes.



Concerto pour violon et orchestren, Aszure Barton, Mason Bates


A nouveau un changement total d'atmosphère en troisième partie avec la chorégraphie d'Aszure Barton sur le très beau concerto composé en 2012 Mason Bates. La musique en soi est remarquable, avec une partie virtuose pour violon magistralement jouée par David Schultheiss auquel Myron Romanul offre un tremplin musical bien mérité. Un concerto néo-classique, qui évoque par certains aspects César Franck et Gerschwinn. Le classicisme se retrouve aussi dans la chorégraphie de Barton qui nous invite à un spectacle d'une danse légère, aérienne et diaphane, avec des harmonies  qui évoquent la joie et le bonheur dans une grande simplicité de moyens: un rideau de fond de scène représente en pointillés une danseuse dans son envol, les danseurs et les danseuses portent de simples tuniques et pantalons blancs fins et souples qui souligent la caresse visuelle des mouvements (costumes de Linda Chow). Katherina Markowskaja et Lukáš Slavický (photo) donnent un remarquable pas de deux dans ce spectacle de la joie.

On pourra regretter l'organisation très déséquilibrée du spectacle. Il est pour le moins curieux de commencer un festival de ballet par un début de soirée qui relève du théâtre expérimental, alors qu'on s'attendrait à l'exposé de la démonstration des qualités du corps de ballet bavarois. Ensuite, plus qu'en contraste, la chorégraphie Spiral Pass fait tout le contraire et nous donne l'illustration d'un spectacle contemporain tellement réussi et définitif qu'il laisse peu de place à l'appréciation d'une troisième   partie beaucoup plus classique, et qui mériterait davantage d'attention, par exemple en la présentant dans une constellation plus homogène. Il faut cependant  courir voir ce spectacle pour ses deux chorégraphies si magistrales quoique si différentes, et par curiosité culturelle, pour approcher un aspect moins connu de l'oeuvre de Kandinsky.

Agenda

Les 27 avril, les 2 8, 11 et 17 mai, le 22 septembre et le 4 octobre  2014
Le 23 avril, les 12, 13, 14 et 19 mai 2015.
Réservations: cliquer ici puis sur la date choisie.

Crédit photographique: Wilfried Hösl

jeudi 3 avril 2014

Igor Zelensky dirigera le Ballet d'Etat de Bavière à partir de septembre 2016


L'étoile de ballet russe  Igor Zelensky prendra la succession d'Ivan Liška à la tête du Bayerisches Staatsballett à partir de septembre 2016. Ivan Liška aura dirigé le Ballet bavarois pendant 16 ans au cours desquelles il lui  donna une stature et une aura internationales. Comme il est de coutume, le contrat d'Igor Zelensky porte sur une durée de 5 années.

Originaire de Labinsk, Igor Zelensky a étudié le ballet à Tiflis avec Vakhtang Chabukiani et au célèbre institut Vaganova de Saint-Pétersbourg dans la classe de Gennady Selutsky. Il fit ses débuts au Théâtre Mariinski en 1988, où il dansa comme soliste à partir de 1991 puis comme premier soliste. Il dansa également pendant plusieurs années comme soliste au New York City Ballet (de 1992 à 1999) où il  dansa dans 25 chorégraphies de Balanchine et dans des oeuvres de Jerome Robbins et de Peter Martins.

Igor ZelenskyOn a déjà pu admirer le travail de Zelensky à Munich où il fut danseur invité à plusieurs reprises entre 1999 et 2004. On se souvient notamment de ses exceptionnels  Solor dans la Bayadère ou Des Grieux dans la Manon de Kenneth MacMillan  sur la scène du Théâtre National.

Depuis 2006, Igor Zelensky est le Directeur artistique du théâtre d'Etat de Novosibirsk. De plus, depuis 2011, il est le directeur artistique du ballet du Théâtre Stanislavsky de Moscou.

Igor Zelensky est resté sagement discret quant à son projet et au programme qu'il envisage de monter avec le Bayerisches Staatsballett. Il est d'avis qu'il lui convient d'abord de longuement observer et d'analyser très précisément le travail effectué par le Ballet de Bavière, et aussi de s'imprégner de la culture locale, selon le principe Think globally, act locally (penser globalement, agir localement), un motto qu'Igor Zelensky s'est plu à répéter à plusieurs reprises. Cette devise est aujourd'hui liée à la philosophie du développement durable. C'est sans doute ce qu'on peut souhaiter de mieux pour la collaboration de ce nouveau directeur et du Ballet d'Etat de Bavière.


mercredi 2 avril 2014

La voix de Louis II de Bavière, une caricature dans le magazine Jugend (1908)



Dans ce magazine Jugend daté de 1908, le fantôme du Roi Louis II de Bavière semble sortir comme un génie de sa lampe sur la place de l'Odéon devant l'église des Théatins de Munich. Des prêtres témoins de la royale apparition sont saisis d'effroi et s'enfuient. La légende attribue les paroles suivantes au fantôme du Roi: Die Stimme Ludwigs II. "Solange der Geist von Hernn von Wehner im Kultusministerium umgeht, danke ich für ein Denkmal in München" (La voix de Louis II. "Aussi longtemps que l'esprit de Monsieur von Wehner* circule dans le Ministère de la Culture, je suis reconnaissant pour un mémorial à Munich"). Sans doute s'agit-il du projet du monument à Louis II qui allait venir orner le pont Cornelius en 1910, et dont il ne reste aujourd'hui que la tête.

La caricature du roi lui donne un air de grande dame ou de diva (collier, geste des mains, déhanchement) et fait peut-être allusion à son homosexualité.

*Anton von Wehner (1850-1915), politicien et ministre bavarois. 

mardi 1 avril 2014

Tous tout nus à l'Opéra de Munich: Nackt in die Oper!

Spencer Tunick: Der Ring (© Wilfried Hösl)

Le Superintendant Nikolaus Bachler annonce sur le site de l'Opéra de Munich (Bayerische Staatsoper) en cette belle matinée du premier avril que le BSO proposera bientôt des représentations auxquelles le public pourra assister en tenue d'Adam ou d'Eve. Des sacs en plastique seront remis à l'entrée pour que l'on puisse y déposer ses vêtements. Cette idée lui est venue suite aux installations de nudités humaines de Spencer Tunick à l'occasion du Ring. La première soirée de ce nouveau genre aura lieu le 20 juillet pour une représentation de l'Orfeo le 20 juillet prochain. Venez donc tout nus et tout bronzés. A poil, c'est chic!

Orfeo descendra lui-même aussi dans le royaume d'Hadès dans le plus simple appareil.

A noter qu'on refusera l'accès aux personnes qui se présenteraient le corps peinturluré, protection de monument classé oblige.

La tradition de la nudité n'a rien de choquant en Allemagne, où le naturisme est volontiers pratiqué jusque dans les endroits les plus publics. Ainsi au beau milieu du jardin anglais y a-t-il une pelouse naturiste. Les bords de l'Isar ou les lacs proches de la capitale bavaroise comportent de nombreuses plages naturistes. Personne ne s'en offusque, personne n'y prête attention, n'étaient-ce des groupes de touristes asiatiques armés d'objectifs photographiques. 

Si vous ne pouvez pas attendre le 20 juillet pour vous promener dans le plus simple appareil à Munich, cliquer ici pour savoir où pratiquer le naturisme de plein air en toute légalité à Munich.

Snejinka Avramova nommée Bayerische Kammersängerin



Couronnement d'une carrière de 40 ans, la mezzo-soprano bulgare Snejinka Avramova a été honorée du titre de »Bayerische Kammersängerin« par le Ministre de la Culture de l'Etat de Bavière. Snejinka Avramova a fait ses adieux à la scène ce 30 mars au théâtre Cuvilliés de Munich, en donnant un récital de lieder.

Crédit photographique: Christian Zach.